Fermer
(Previously, in my 24 hours, je recevais consécutivement un mail de Gaston, puis un de Valentin, entrecoupés d’ordres
comminatoires de ma chère boss, m’imposant de repousser à plus tard la lecture de ces mails).
J’ai cru qu’elle ne me lâcherait jamais.
Le dossier XYZ n’est pas si important que ça. Mais Madame, aujourd’hui, voulait discuter. De sa vie si intéressante. Son mari, ses enfants, son chien, sa maison, sa maison de campagne, ses voyages, ses vacances ratées…Comme si ça se faisait de s’étaler comme ça, au bureau, et de plus devant son assistante. Ce manque de pudeur me fascine. Les gens ne sont-ils donc pas Dieu capables de garder pour eux leurs états d’âme ? L’étalage de la misère humaine au quotidien me désole, vraiment.
Mais, bon, j’ai écouté, hoché la tête, dit oui oui, non non, non c’est pas vrai, là j’y crois pas, trop fort, oh c’est dingue, pendant un temps que j’ai jugé réglementaire. Et puis, j’ai demandé l’autorisation de retourner vaquer à mes propres dossiers.
Parce que là, j’ai du pain sur la planche. Tant pis pour la pause déjeuner, tant pis pour les copines qui doivent m’attendre de pied ferme pour aller papoter. Leurs petites histoires ne m’intéressent pas du tout. (Euhhh, précision : ne m’intéressent pas du tout, aujourd’hui).
Je vais enfin pouvoir lire ces mails. Gaston, Valentin, Valentin, Gaston, par lequel je commence ? La logique voudrait que je commence par celui de Gaston, puisque je l’ai eu en premier. La logique ne fonctionne pas toujours avec l’envie. L’envie décide que celui de Valentin est beaucoup, beaucoup plus urgent. Mais, je vous rappelle que je suis en stage zen, et j’apprends donc à contrôler mes envies.
Inspiration, expiration. Pourquoi je tremble là ? Toute fébrile je suis, c’est idiot tout de même. Emma, mon enfant, ton avenir ne dépend pas de ses mails. Au pire, tu te fais dégager par les deux, tu t’en fiches, tu ne t’effondres pas, ta vie ne s’arrête pas maintenant. Il y a plein d’hommes partout. Plein, plein. Suffit de trouver le partout.
Et de plus tu psychotes à fond les ballons, alors que je te rappelle, ma cocotte, que c’est toi qui est à l’origine de tout ça. Donc, pour une fois, mûris, et assume.
Je déteste quand ma petite voix intérieure me rappelle à l’ordre. De quoi je me mêle ? J’ai l’impression d’être dans un dessin animé, avec le petit ange d’un côté, le petit diable de l’autre, les deux assis sur mes épaules, version, on s’installe et on discute. Oui, je sais, l’ange, tout va bien, aucun stress. Oui, t’as raison le diable, mettre la pagaille c’est quand même drôle. Ok, l’ange tais-toi, tout est de ma faute, pas la peine de me le seriner, suis pas sourde.
Gggggrrrrrrrr.
Je vais arroser mon ficus, ça va me calmer. (J’ai des ficus partout. Que ce soit clair, ce n’est pas par passion, c’est un truc de Germaine, elle est convaincue de la bonne influence des plantes vertes, et m’offre un ficus à chaque fois que j’arrive quelque part. Je hais les ficus, le prochain, je lui fais bouffer feuille après feuille.)
Ah, et puis, je vais m’étirer un peu. La discussion avec ma boss m’a laissée sur le flanc. Voilà, voilà. Bon. Bien. Parfait. Ça c’est fait.
Je vais tirer à pile ou face, entre le mail de Gaston et de Valentin. Laissons le hasard faire les choses. Alors pile : Gaston, et face : Valentin. Hop. La pièce vole au dessus de ma tête, retombe, sous mon nez. C’est pile. Ok. Très bien.
Gaston, que me veux-tu ?
« Emma, il faut absolument que je te…. (Respire Emma, respire, ce n’est qu’un mail…) parle. Je crois que tu te trompes. Tu sembles m’associer à Valentin, puisque je l’ai cité ce matin. Alors, que les choses soient claires : Valentin n’est pas un ami. C’est un vieux pote que j’avais totalement perdu de vue. Et je n’avais pour être honnête aucune envie de revoir ce triste sire. Pour des raisons personnelles, je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais je le considère sans intérêt, prétentieux, orgueilleux, lâche, et effectivement sans scrupule.
Voilà, il fallait que ce soit dit.
Maintenant, sache aussi que TOI tu m’intéresses. En amie. Si, d’aventure, il s’avérait que l’affection que j’ai pour toi, même si je te connais très peu, est partagée, j’en serai le plus heureux des hommes. Si, d’aventure aussi, l’amitié dissimulait autre chose, je serais alors encore plus heureux.
Pardonne ce mail que je t’envoie, en toute franchise, en toute confiance, le plus sincèrement possible.
J’ai envie de te revoir.
Je t’embrasse, tendrement.
Gaston. »
Ben merde alors.
D’où il se croit autorisé à critiquer Valentin comme ça ? C’est facile tout de même. C’est pas parce que je lui dis que Valentin, là, si c’est un de se copains, ça va pas être possible, qu’il faut le casser complètement. C’est lui qui a mis le sujet sur le tapis, si je ne m’abuse.
D’un autre côté, il dit qu’il tient à moi. Huuummmppffff. C’est pas dit exactement comme ça, mais ça revient au même. Quoi, le petit ange ? T’as un truc à dire ? Non ? ça tombe bien, parce que là, j’ai pas le temps de t’écouter. Et toi le diable ? Tu rigoles, c’est ça ? Oui, t’as l’air content.
Ahhhh….Gaston….C’est mignon, non, le « je t’embrasse tendrement » ? Et puis ça veut dire beaucoup de choses…En fait il est juste honnête. Re hummmpppfff. Et Valentin, je ne le connais pas tant que ça. Et c’est vrai qu’il s’est comporté comme un gros lâche. Beurk… Et Gaston ne me force pas la main, il veut me revoir, et en fait je veux bien aussi. Re re hummmpppffff…..
Allez, 1 point pour Gaston. Moi aussi en toute franchise, en toute amitié, je serai heureuse que tu sois le plus heureux des hommes, et, moi aussi, si d’aventure…Emma !!! Lis le mail de Valentin, c’est bon, là, avec Gaston. Peut-être que Valentin à lui aussi des choses à dire !
Hop. Clic sur le mail de Valentin.
« Emma, il faut absolument que je te prévienne,
J'ai fait une petite bêtise, vraiment une broutille, mais il faut que tu te mettes à l'abri immédiatement.
Tu es en danger, on veut te tuer.
L'assassin est une femme d'une quarantaine d'année, super bien foutue, blondasse mais c'est pas naturel, elle porte en général des sous-vêtements rouges avec des porte-jarretelles, mais par-dessus je ne sais pas ce qu'elle porte, elle est très souple et elle fait des choses très étranges avec son corps, méfie-toi d'elle elle est corse.
Sois très prudente et ne fais confiance à personne.
Emma, Emma mon Amour, tu es vivante, je suis tellement heureux,
Valentin »
Ah oui quand même.
Il va mieux le garçon. J’avais des doutes sérieux, mais là, les bras m’en tombent. Il pense que ça va m’exciter, son mail ? Eh oh, suis bizarre sans doute, mais pas parano. Il va pas bien lui. Oh ben j’ai peur dites donc. On veut me tuer. Allo allo la CIA, la NSA, et les services secrets, je suis informée mais chut c’est confidentiel, par un sombre abruti obsédé par le fonctionnement de sa virilité qu’une femme blonde en culotte rouge m’en veut. Vous pouvez faire quelque chose pour moi ?
Il est complètement frappé, l’autre.
Je me retiens d’exploser de rire.
Taré. C’est un taré, un dingue.
Ah, et puis bonjour la technique de naze…Il veut me faire peur, enfin, que j’ai très très peur d’une dame trop trop méchante, et comme ça, je lui saute dans les bras…Oh Valentin, mon héros, heureusement tu es là pour me protéger…
Emma, mon amour… il est fêlé, …De quel droit mon amour ? Mon amour, mais je ne te donne pas de nouvelles, je t’aime trop pour te parler. Bien sûr.
Il croit quoi, le Valentin ? Y’a marqué « Grosse débile » au néon sur mon front ?
Il a quel âge ? Dix ans ? C’est à dix ans qu’on fait peur aux filles pour jouer les gros bras…Et je l’ai regardé, moi ? J’étais ne serait-ce qu’un minimum attirée ? C’est pas possible. Ah non, c’est pas possible.
Bon, Valentin, t’es bien gentil, t’es bien mignon, mais là, t’as perdu. Allez, salut, sans rancune. Les dingues, je les laisse chez eux, et moi, je vais continuer ma vie. Peinarde.
Avec Gaston.
Et ça va être super.
J’en reviens pas quand même. Totalement à la masse le Valentin.
C’est dommage, il était pas mal.
Heureusement, y’a Gaston…
To be continued.
(et pour ne rien manquer, rater, suivre ou reprendre, à lire ab-so-lu-ment : les pensées de
Valentin)
Publié le 05/02/2010 à 11h15 dans Previously, in my 24 hours