Drôle d'endroit (...)
Je suis tombée. Mais juste à la renverse.
Ma soeur.
Avec Cathy.
Pouahhhh.
Beurk.
Elle avait tenté de me piquer mon copain.
Elle avait piqué la nana de ma meilleure amie, nana qui était l’ex de mon copain.
La garce.
Je ne sais pas ce qui me perturbait le plus entre sa soudaine et saugrenue homosexualité, et son comportement de fieffée salope.
Quoiqu’il en soit, j’étais perturbée. Très. Comme jamais.
J’ai réussi à calmer Germaine. Tout du moins, à la décourager de se pendre au premier arbre venu. Je l’ai reconduite au château.
Je lui ai demandé d’aller faire sa valise; et lui ai dit que je la reconduirai à Paris. Il n’était pas nécessaire de rester plus longtemps; autant partir.
En l’attendant, une dernière fois, je me suis assise dans ce hall, désert et glacial.
Seule.
Et fatiguée, mais alors fatiguée…Parlez-moi de la campagne et de ses bienfaits revigorants…Je trouve Paris finalement beaucoup plus zen.
J’ai mis ma tête entre mes mains
(De toutes façons, j’étais seule, alors entre les mains de quelqu’un d’autre était impossible).
Et j’ai pensé.
À Germaine, qui avait cru trouver l’Amour avec Cathy, puis l’Amour tout court, puis encore l’Amour mais avec moi. Qui avait fait preuve de violence à mon encontre (j’avais toujours mal au crâne quand même), avait disparu, était revenue, était trahie, avait voulu en finir avec ce monde cruel.
C’est violent pour un seul week-end, ça vous fait des journées chargées.
J’ai pensé à cette s***** de Cathy, qui avait détourné mon amie, l’avait ensuite trompée, avec à peu près tout ce qu’on peut trouver dans le château.
Heureusement qu’il n’y avait ni chien ni chat d’inviter au week-end.
J’ai pensé à Pauline, excitée par tout ce qui pouvait un tant soit peu dégager de phéromones, et se jetant dessus comme une bête sauvage et assoiffée. La garce. Jusqu’à mon mec. La re-garce. Jamais plus elle ne mettrait les pieds chez moi. Maman, je te rends ta fille, fais-en ce que tu veux. Pas question de lui servir de chauffeur pour revenir à Paris. Elle prendra le train, fera du stop, louera un vélo, je m’en moque et m’en fiche.
Son destin est entre ses mains (c’est un peu pompeux, mais je suis quand même dans un état d’épuisement avancé, je ne contrôle pas toutes mes pensées, vous ne m’en voudrez pas).
J’ai pas pensé à Fabrizio. Pas que ça à faire non plus.
J’ai pensé à Valentine. En fait, je ne savais plus quoi penser. Valentin m’avait glissé des confidences que je trouvais proches du délire absolu. Je veux bien qu’on passe un week-end “welcome chez les goudous, tout le monde fait n’importe quoi et saute sur le premier venu”, mais Valentine, cette femme fidèle et farouche furieusement fondue de son ( help…j’ai besoin d’un synonyme pour homme commençant par f…) mec…Valentin serait-il trompé par ses sens, sa vue, ses envies, et sa copine? Ça ferait beaucoup. Et je ne me voyais pas du tout aller demander à Valentine sa version des faits. J’ai cessé de penser à Valentine.
J’ai pensé à Gaston. (Je préviens tout de suite le lecteur sensible que nous allons attaquer un paragraphe terriblement triste. Terriblement. )
Gaston vers qui je m’étais tournée quand Valentin, trop lâche pour me le dire, avait fuit un avenir fait de menus plaisirs, de tendresse et d’amour, avec moi, pour rester avec Valentine.
Gaston qui semblait si fragile, si tendre, si romanesque. Gaston qui avait été quitté. On devrait toujours se méfier d’un homme qui vient d’être quitter.
Gaston qui très vite s’était installé dans ma vie, et quasi dans mon appartement. Il était même prêt à m’aider dans l’entretien de mon ficus.
Gaston dont les yeux se retournaient dès que Pauline était dans le coin.
Et moi qui ne voyais rien, qui le regardais avec sans aucun doute un air de vache en train de vêler, sûre de moi, sûre de nous.
Gaston qui, ces derniers jours, avait profité de ma faiblesse pour se tourner vers ma soeur. Puis vers son ex. Puis vers un homme. Un italien, d’accord, mais un homme quand même.
Gaston qui ne m’avait été d’aucun secours lorsque j’étais au fond du trou, enfin, de la pièce montée, quand j’avais été assomée, quand je cherchais à lui parler.
Gaston qui ne m’avait jamais aimée. Jamais.
Quelle affreuse déception. J’avais été le jouet de cet homme (Je vous avais dit que ce paragraphe serait très triste mais j’avais oublié de préciser la connotation psychologique que le lecteur attentif y trouvera).
Sans doute insconciemment, il s’était servi de moi, de ma faiblesse, de ma bonté (j’en rajoute un peu mais sinon ça ne serait pas très triste), pour satisfaire des besoins primales. À la première occasion, il m’avait trahie, trompée, et laissée en miettes et en ruines.
C’était affreux.
Affeux, affreux.
(Vous êtes censés pleurer là, je vous le dis si ça vient pas, au pire, je peux fournir les oignons).
Gaston…Gaston le traître, le fourbe, le sans foi ni loi.
Gaston, avant de te haïr, je te quitte. Je te laisse, avec ma soeur, avec ton ex, avec l’italien obsédé, avec qui tu veux…Je te laisse à ton destin. Sois heureux. Et prends le train.
Je serai seule face à moi-même ce soir.
Mais fière d’avoir su prendre la décision de te quitter.
(Là, pendant quelques secondes, pleurs, soupirs…un truc déchirant que les filles font quand ça va plus du tout et qu’elles vont mourir parce que c’est trop triste et trop dur quand même, personne ne peut comprendre, personne n’a vécu un truc comme ça avant elles, ouin ouin ouin).
Et enfin j’ai pensé à Valentin.
Un peu mélancolique, un peu nostaligique. Tous ces baisers, toutes ces caresses, tous ces trucs qu’on fait quand vraiment on n’en peut plus, sauf que nous on les a pas fait, on n’a jamais eu le temps, y’a toujours un abruti qu’est venu nous déranger…
Le sort, le destin, ou la fatalité sans doute.
Nous étions faits l’un pour l’autre, mais de manière platonique (Et le premier qui dit que dans platonique y’a autre chose que plato se fera recevoir. C’est pas le moment de faire de l’humour à deux balles, je suis très malheureuse, là.)
Nos chemins devaient se croiser. Mais juste un croisement, et hop, chacun reprend sa route.
C’est super triste.
Super super même.
Si, si je vous le dis, c’est que c’est vrai, c’est super triste.
Vous pourriez faire preuve d’un peu de compassion quand même. C’est un monde ça. On vous raconte notre vie, on vous fait confiance, on vous dit tout, on vous cache rien, enfin, si, ce sein que je ne saurais voir, et vu les trois derniers jours, c’était pas facile de ne pas en voir, vraiment. Et vous, vous vous dites juste : “oui, ben en attendant, ils n’ont toujours pas baisé”. En plus vous êtes vulgaires. C’est nul. Je suis déçue, franchement, très déçue.
Vous pensez qu’à ça.
Moi aussi je pense qu’à ça, mais ça, c’est pas votre affaire.
Je ne pense qu’à ses moments qui, c’est évident, auraient été…magiques. Exceptionnels. Rares.
Comme jamais l’histoire (sexuelle) de l’Humanité n’en aurait connus avant.
Ces moments que je ne connaîtrais sans doute jamais. Re ouin.
Quand Germaine est arrivée avec sa corde, prête à jouer à la balançoire façon pendue désespérée, Valentin s’est levé.
Il m’a regardée.
Il a murmuré un truc, mais si bas que je n’ai rien compris du tout.
Et il est parti.
Je ne sais pas ce qu’il a dit.
Je ne l’ai pas revu.
J’affronterais mon avenir, avec ou sans lui. Avec ça serait mieux, cela dit.
Germaine arrive, la tête basse, les épaules basses, la voix basse aussi, pour me dire qu’elle est prête.
(On attaque une autre scène très triste.)
Nous sortons toutes les deux. Les deux amies de toujours. Les fidèles, l’une à l’autre, plus fortes que les tourments que le destin nous inflige (Vous voyez que c’est à la fois très beau et très triste ce que je raconte).
Sans nous retourner, nous allons vers la voiture.
J’entends une voix derrière moi, une voix qui semble m’appeler.
Clairement, elle m’appelle.
Enfin, que je sache, je me prénomme toujours Emma.
Pourtant, je ne me retourne pas.
Je ne me retourne plus.
La vie me tend les bras, j’avance.
Demain, j’y penserai, demain est un autre jour (J’ai beaucoup trop regardé Autant en emporte le vent, moi).
Je démarre.
Je vois une silhouette dans le rétroviseur, qui semble courir vers la voiture, vers moi, vers nous.
Serait-ce…?
Est-ce que…?
Valentin…Valentin, mon amour, c’est toi qui cours ainsi vers moi?
Toi, moi, nous, enfin…
Oui, c’est bien lui.
C’est fou.
Merveilleux.
Incroyable.
Comment ça vous vous en doutiez? Comment ça c’est téléphoné mon truc?
Dites donc, vous n’allez pas en plus vous en mêler, je rêve…
Oui, c’est Valentin, il vient vers moi, il se précipite, il est beau, il est à moi, il est…chargé…
- Emma…tu as oublié ton sac…
- Ah…merci Valentin.
- Rentre bien…
- Je vais essayer.
Au loin, je vois Valentine. Elle semble me faire un signe de la main. Connasse.
- Au revoir, Emma.
- Au revoir, Valentin.
Un dernier baiser. Sur la joue.
Et nous sommes parties. Germaine et moi.
Scarlett a raison, demain est un autre jour.
To be continued…ou pas
Et Valentin, dans son coin....

Germaine et moi avons pleuré longtemps, aussi longtemps que des filles peuvent pleurer. D’ailleurs à la fin, on ne savait plus pourquoi on pleurait, mais on pleurait encore.
Au bout d’un moment, forcément, on n’avait plus rien à pleurer.
On n’était plus fâchées.
Et presque plus tristes, puisqu’on avait tellement pleuré qu’on ne savait plus pourquoi (je ne vais pas reprendre ma démonstration, vous avez compris.)
Germaine m’a dit : toujours amies? J’ai dit : toujours amies!
On s’est embrassé (sur la joue, on a dit amies, c’est tout), et je suis montée faire ma valise.
Le week-end, qui me semblait avoir duré trois semaines, se terminait. Après le déjeuner, qui n’allait pas tarder, nous allions tous rentrer à Paris.
Rentrer à Paris…rentrer…avec Gaston, et Pauline.
Ah ben je les avais presque oubliés ceux-là.
Et très franchement, je ne me voyais pas reprendre ma petite vie parisienne bien calme et bien reposante, avec mon ficus, et eux deux.
Pauline…et bien Pauline ira chez les parents. On fera le trajet ensemble, pour rentrer; et ce soir, je la déposerai chez papa-maman.
Ou ailleurs. Comme elle veut. Je m’en fiche.
Je lui dirais, sur la route.
Pas question qu’elle revienne chez moi.
Quant à Gaston…Gaston que j’ai trouvé avec Cathy…Gaston qui galope comme un dingue derrière Pauline…Gaston que je n’aime plus du tout.
Faut être honnête.
Franche.
Lucide.
Clairvoyante.
(etc etc etc)
Mon coeur est à Valentin (ouh c’est beau ça).
Valentin que j’ai laissé en train de faire trempette dans la boue des douves.
Valentin qui venait de m’embrasser, avant de faire trempette.
Valentin qui…enfin, Valentin quoi.
Il faut que je lui dise.
Maintenant.
Ça suffit de jouer à cache-cache si tu me suis je te fuis…Je l’aime, voilà, c’est dit, c’est clair, pas question de le garder pour moi, et même s’il y a Valentine, même si je passe pour une gourde, même si finalement il prend peur et disparaît à tout jamais, je dois lui faire savoir mes sentiments.
Je sais pas si c’est le coup sur la tête, ou autre chose, mais j’ai jamais été aussi motivée moi.
Allez Emma, en piste.
C’est très bien tout ça, mais j’ai beau le chercher partout, impossible de mettre la main dessus.
Ça c’est un truc que vous avez déjà du remarquer. Quand on ne veut pas voir quelqu’un, on est sûr de lui tomber dessus. En revanche quand il est urgent de voir tout de suite la personne de sa vie pour lui dire qu’il faut absolument qu’on fasse sa vie avec elle, puisqu’elle est la personne de notre vie, impossible de la trouver.
C’est pénible.
En revanche y’a un raffut dans le salon…un truc de malade.
J’vais quand même jeter une oreille, ça pourrait être palpitant. Il s’est presque rien passé depuis deux jours…
Ouhla.
Ouhlala.
(Comme vous avez pu le noter dans les épisodes précédents, le “ouhlala” est généralement annonciateur dans ma bouche d’une catastrophe).
Germaine est en larmes.
Cathy est introuvable.
Ça me rappelle vaguement quelque chose.
Et là, à l’intant auquel je vous parle, avec toute la peine que j’ai pour Germaine…et bien je n’ai pas le courage d’aller la soutenir.
Seul cet amour immense qui m’envahit comme un tsunami et fait exploser mon coeur me pouse vers Valentin.
Alors Germaine, mon amie…Cathy n’est sans doute pas loin, tes émotions débordent, c’est affreux, mais j’ai mon Amour à retrouver, je te verrai plus tard.
J’ai fait le tour du château (que je connais maintenant comme ma poche), pas de Valentin.
J’ai scruté la terrasse.
Pas de Valentin.
J’ai observé le fond des douves.
Pas de Valentin.
Alors je suis allée vers l’étang.
Il y avait un canard. Seul. Il tournait en rond sur lui-même.
Ce canard était comme moi. Innocent (j’en ai vu qui sourient là, c’est pas gentil), solitaire, perdu.
Je me suis approchée de l’étang.
L’eau semblait très froide.
Je n’avais strictement aucune envie de me suicider, mais je me suis dit qu’un petit passage melodramatique serait bienvenu, pour vous faire venir les larmes, surtout à vous les filles, les filles ça aime bien aussi quand c’est triste et que le héros et l’héroïne ils se loupent tout le temps. Les filles ça se redressent dans le canapé en faisant oui oui quand elles pensent qu’il va y avoir un baiser, et ohhhhhhhppppfffffffffff quand finalement y’a pas de baiser, et après elles pleurent, et après elles disent : ohhhhhh c’était beau.
Bref, je regardais ce canard et surtout j’étais crevée.
Un banc providentiel me tendait les accoudoirs (oui, je sais, un banc à accoudoirs, c’est rare. C’était un banc très rare).
Je me suis assise.
J’ai attendu.
Je ne sais pas quoi, sans doute que les réalisateurs hollywoodiens m’envoient un contrat en me disant “Emma, votre vie nous passionne, faisons un film”.
Et là, Valentin est arrivé. (Oui, je sais…ah ben quand même vous dites-vous, ça commence à bien faire, faudrait peut-être songer à accélerer le mouvement…).
Il m’a attirée vers lui, j’ai mis ma tête sur son épaule, et puis je sais pas bien pourquoi, c’était pas trop le moment, mais j’ai craqué. Les nerfs sans doute.
- Valentin, j’en peux plus. Je sais plus où j’en suis ou plutôt je ne le sais que trop bien. Ce week-end a éclairci tant de choses… Enfin, il faut bien le dire, je pense à toi et rien qu’à toi, Gaston est un leurre, je me trompe moi-même, je crois, je suis sûre de n’avoir jamais pensé qu’à toi. Gaston et moi, c’est fini, et bien fini, quoiqu’il fasse…Regarde, il est avec Pauline, avec Cathy…et d’autres, sans doute… (J’ai cru entendre Valentin dire un truc de malade, genre oui, il est aussi avec Fabrizio, mais là c’est mes oreilles et la fatigue, faut pas pousser quand même) Et toi, nous, depuis si longtemps, on se croise, c’est pas un hasard…
Et là, il m’a embrassée.
(Je sais les filles, vous vous dites ah…encorre, enfin, chouette, génial, ça y est, vas-y Emma, vas y Emma…Et vous les garçons vous dites que ah non ça va elle va pas remettre ça, le romantisme midinette c’est lourd quand même)
C’était vraiment super bon.
Ensuite, on est allé un peu plus loin, mais on n’est plus des enfants, et puis ça faisait un bail quand même qu’on attendait ça. Je trouvais le banc inconfortable soudain, alors je me suis levée, je l’ai pris par la main, on s’est caché dans un fourré, il m’a (eh non, je raconterai pas), sauf que ça m’a (pareil), et ensuite sa main est descendue sur ma poitrine (bande de cochons vous pensiez qu’elle était déjà plus bas) et puis plus bas (voilà on y est), et moi, ben tout pareil avec mes mains, et ça n’était pas pour lui déplaire, c’était hyper tendu entre nous, je dirai sur 19 centimètres, mais hyper tendu quand même. On était de plus en plus proches, très très proches, et c’était…magique.
Ça a fait un grand crac.
Pour ne rien vous cacher, ayant perdu ma virginité il y a quelques temps, c’était pas ça.
C’était pas non plus la braguette de Valentin, faut pas déconner.
Je n’avais mal nulle part et n’était pas tombée, c’était pas ça non plus.
C’était Germaine.
Pppppfffffff.
On avait dit “amies”, et elle se pointe maintenant.
Sympa la copine.
Elle se pointe, et avec une corde.
Et là, dans un flot verbal incessant, elle nous dit que tout est fini (euh…nous Germaine, ça commence en fait), tout est fini, Cathy est partie, Cathy l’a quittée, Cathy est avec …(Gaston, je sais ma pauvre Germaine, je suis au courant, hier c’était coït option on r’met ça mon chéri dans mon lit) … Pauline.
Alors elle, Germaine, elle préférait encore se pendre.
Et c’est là que je suis tombée.
To be continued.

(Previously, in my 24 hours, après avoir trouvé Gaston et Cathy dans une position ne laissant place à aucun doute, je fuyais dans le parc cacher mon désespoir. Valentin y était aussi. Et sous un ciel étoilé nous allions nous embrasser. Et même beaucoup plus. Quand il tomba dans les douves.)
Valentin…Valentin mon amour, je vais venir, je vais t’aider, je vais te sauver, bouge pas….ça va mon chéri?...
Du fond des douves, j’entends un râle animal.
Au moins, il est vivant.
Suivi d’un “putain j’ai mal”…Valentin est bien là, peut-être blessé…Je me penche, mais je ne vois rien. Et, honnêtement, même pour Valentin, je n’ai pas envie de me pencher plus que ça…
Je veux bien tomber pour Valentin, mais au fond des douves, ça ne me dit rien qui vaille.
Aussi, je lui lance un téméraire : “Bouge pas…je vais chercher une échelle, ou une corde ou un truc pour t’aider…”
Je me retourne pour trouver du secours, et me retrouve nez-à-nez avec Valentine. C’est le moment, j’vous jure. Je ne l’ai même pas entendue arriver, mais elle marche très dicrètement. Faut dire, j’ai remarqué ça pendant le week-end, elle est dotée de petits pieds, ce qui fait que l’appui au sol est sans doute plus léger.
Tiens, ça me rappelle un truc “Elle avait de tout petits petons, Valentineeee, Valentineeeee….” Emma, c’est pas le moment de chanter!
- qu’est ce que tu fais là? Me lance t’elle du haut de sa superbe (ça aussi ça fait un bail que je voulais le caser, mais je n’avais pas encore trouvé comment)
- Euhhhh…j’essaie d’aider ton mec… (elle n’a pas l’air trop fâché, là. Bizarre, en principe elle me déteste). J’étais venue prendre l’air, et je l’ai vu glisser au fond des douves…(On se croirait dans un film…je regardais les étoiles, ey bêtement, quelqu’un a ouvert un volet…enfin, je digresse, excusez-moi)
- Ah oui (sourire discret de Valentine). C’est con ça. (Elle se penche vers les douves). T’es en bas Valentin?
- Ben oui je suis en bas, et j’ai mal, j’ai très mal, je dois avoir un truc hyper grave.
(Là, je me dis que ça va, Valentin est bien un homme, puisqu’il a FORCEMENT un truc hyper grave…Oh, Emma, on avait dit, pas de médisance…).
Cela dit, vaudrait mieux que je reste pas trop dans les parages.
Après tout, il est au fond du trou, c’est le cas de le dire, Valentine est là, elle n’a apparement rien vu de ce qui a précédé la chute….Filons à l’anglaise me dis-je intérieurement…
- Valentine, euh…c’qu’on fait c’est que je retourne au château, je t’envoie du secours, pour Valentin, et puis je vais me coucher, suis claquée, ok? Tu m’en veux pas si je t’aide pas?
- T’inquiète, Valentin et moi, on va s’en sortir...
- OK OK. Bon, ben bon courage. Valentin, j’espère que c’est pas trop grave, hein? Voilà voilà, j’y vais, à plus …(Valentin, mon amour, nous nous retrouverons vite, mais il ne vaut mieux pas que ta copine me voit en train de me pâmer d’inquiétude, c’est affreux, je te laisse là, j’ai peur pour toi, mais j’ai pas envie de me faire casser la figure, ne m’en veux pas, à très vite mon amour…Je n’ai pas dit tout ça, mais lui ai envoyé en message télépathique, j’espère qu’il comprendra…)
Et c’est ainsi que très courageusement, je suis partie.
Dans le hall, y’avait Philippe, l’espèce de semi demeuré qui m’avait confondue avec une autre, y’a deux soirs. Je lui dis que là, aller aider Valentin et Valentine, ça serait sympa, avec une échelle, ça serait mieux.
Que moi j’étais juste HS.
Et que j’allais dormir.
Pour dormir, j’ai dormi.
Même pas vrai.
En fait j’ai dormi…pas beaucoup, pas bien…Vous pourriez dormir, vous, dans de telles conditions? Je veux dire, alors que votre copain vous trompe avec sa femme, que votre autre copain est au fond des douves, sans doute avec sa copine, que…oh, je sais même plus. J’en peux plus, c’est tout.
Et comme il n’était pas question que j’aille me reposer là où la fornication battait son plein deux heures avant, au milieu du stupre et de la luxure gastonnienne, et bien, c’est sur un canapé du salon que je me suis réfugiée.
Seule.
Abandonnée de tous.
Comme un chien.
Galeux.
(Rajouter galeux accroît l’aspect pathétique de la situation. Telle Sarah Bernardt, je me redresse, et me cambre, une main sur le front, le soupir incessant….)
Et puis, j’ai été tirée (non, pas par Valentin, ni Gaston, ni Fabrizio…ah franchement, vous avez les idées mal placées vous), donc, je disais, j’ai été tirée DE MON CANAPÉ (c’est clair là??) par l’odeur du café.
Autour de la table, dans la grande salle à manger, papotages et bavardages.
Germaine est revenue.
Elle est au centre de la conversation.
Je crierais bien “Germaine…”, mais je suis trop à l’ouest.
Tout juste si je réalise.
Germaine…Germaine si tu savais…
Karine, celle qui est gentille et qui veut que tout se passe bien, même si on lui a fait un peu foirer son jeu de piste, vient me voir, et me dit tout bas “chut…” (d’un autre côté je disais rien), “Germaine est revenue, elle ne veut rien dire…” (ça va pas être simple pour se comprendre si tout le monde se tait)…”mais avec Cathy, c’est plus ça…” (ah ouais…marrant, j’ai comme un doute sur la raison, moi…).
Très conciliante, je jure de ne rien dire. Rien, rien, rien.
Pfff, pas mon style.
Moi, les rumeurs et les ragots, …. Ça n’a jamais été mon truc.
Non, mais c’est vrai, flûte, si je vous le dis. C’est pas parce que je suis une fille que j’adore les commérages.
Bon, un petit potin (comme disait Félix, à son époque) de temps en temps, comme ça, entre la poire et le fromage, je dis pas…Mais sinon, non, vraiment, c’est pas mon genre.
Bref.
J’essaie de rassembler un ou deux neurones, sans penser à rien, tranquille quoi. Comme si c’était juste un matin comme un autre. Sans souci.
Et là, une main s’abat sur mon épaule.
Et mon café s’abat sur mes pieds.
Je suis vouée à ne jamais être en paix.
Crotte.
Et cette main, elle est à qui??
A Germaine…
- Je peux te parler?
- Ben oui, puisque t’es réapparue (bizarre, paraît qu’il faut rien dire, et maintenant faut parler…c’est jamais simple, la vie)
- J’ai honte, Emma, si tu savais comme j’ai honte, je ne sais plus où me mettre, je voudrais disparaître…
- Ça, tu viens de le faire, et merci, tu nous a flanqué une sacrée pétoche, on t’a cherchée partout, t’es pas bien quand même toi de te volatiliser comme ça…Et moi, t’aurais pu, au moins à MOI, dire quelque chose…T’imagine le souci que je me suis fait? Depuis hier je galope comme une folle dans tous les sens…
- Suis désolée désolée désolée
- Ben ça va aller là, c’est bon…Tu peux m’expliquer au moins?
- Oui je peux.
- C’est cool.
- Je t’en prie.
- Merci.
- De rien.
- C’est bon, là, on avance et on discute, que je comprenne quand même…
Et Germaine s’est lancée dans un long monologue.
Très long.
Tout est ma faute Emma (ça part bien, je le sens.) Tout est ma faute. Quand je t’ai avoué mon amour pour toi, j’étais comme envoutée. Je n’ai pas réalisé que tes sentiments pouvaient ne pas être les mêmes, je l’ai super mal vécu, je sais c’est trop con, suis nulle, je m’en veux, mais le pire, parce que tu ne sais pas tout, c’est que je t’en ai voulu, mais à mort.
Vraiment à mort.
Alors l’autre soir, je voulais encore parler un peu avec toi.
J’étais dans le couloir quand Gaston est sorti de la chambre, je l’ai laissé filer, et puis, je suis rentrée, tout doucement, je voulais juste discuter, je te jure, j’étais dans l’ombre, je voulais pas te faire peur… (Elle raconte quoi là? Elle va pas bien cette pauvre Germaine quand même, faudrait qu’elle consulte, on rentre pas comme ça dans une chambre en pleine nuit, même celle d’une amie…Elle veut en venir où?...En plus avec tout ce qu’il m’est arrivé, à moi, si elle croit que ses tourments sentimentaux sont au coeur de mes pensées…)
Enfin, j’étais là, je t’ai vue, tu avais l’air vraiment pas bien, avec tous ces choux qui te collaient encore aux cheveux, et je ne savais pas comment aborder à nouveau le sujet.
Et puis ton téléphone a sonné.
Je t’ai entendue répondre. À Valentin.
Toujours Valentin…
Oh Emma, tout est de ma faute…si je t’avais dit qu’il venait…si je t’avais parlé plus tôt (si tu pouvais parler plus vite et abréger aussi, ça serait sympa Germaine).
Tout a été clair soudain. Tu as toujours aimé Valentin. Pas moi. Moi, je suis juste une amie, et c’est déjà énorme, mais je suis juste une amie, et je me faisais des idées, jamais tu ne serais amoureuse de moi, et avec Cathy ça n’allait plus non plus, et tu roucoulais avec Valentin au téléphone, et j’étais mal, et je te jure, je m’en veux, oh Emma, pardon…
Soudain, j’ai compris.
Germaine. La jalousie. Les choux (rien à voir, mais j’ai honte quand je repense à la pièce montée). Cathy. Valentin. La bosse. Le chandelier. Boum. Germaine….
- Germaine, ne me dis pas…
- Si…
- Non! Pas toi!
- Si…
- C’est toi qui…espèce de garce, mais merde tu m’as fait un mal de chien, t’es complètement tarée t’aurais pu me tuer…
- Je sais. Emma, je m’en veux tellement, j’ai eu honte, j’étais perdue, je ne savais plus quoi faire, j’ai préféré fuir…
- La vache (je sais pas quoi dire d’autre, alors pourquoi pas un “la vache”…)
- Et ce matin, je m’en voulais encore, Cathy doit être désespérée, et j’ai compris, loin d’elle, j’ai compris qu’en fait, j’ai eu peur, tout est si nouveau, mais je l’aime, et elle ne veut pas me parler…Oh Emma…qu’est-ce que je vais devenir??
- Une cocue, Germaine. Voilà ce que tu vas devenir. Une cocue. Que tu es déjà. Hier soir, Gaston s’est tapé Cathy. Je le sais, je les ai pris en pleine dégustation de fruits de mer, si tu vois ce que je veux dire. T’es comme moi ma poule…C-O-C-U-E.
- Hein? (là, la tête de Germaine est à filmer. Non, j’vous jure, ça fait peur. Vous savez dans l’Exorciste, quand elle tourne sa tête à 360° en faisant des ahheerurggeuuhhhh…pareil. En pire côté couleur, style vert jaune caca d’oie…Je crois que je viens de provoquer un truc bizarre. Je recule un peu d’ailleurs, on sait jamais…) Hein hein hein..?????
- Deux. OK, c’est pas drôle. Mais c’est comme ça Germaine. Gaston et Cathy tralala boum boum, dans mon plumard.
Germaine n’a pas vomi.
Elle a fondu en larmes.
En émettant des “Cathy…ohhhhhhhhhhhh Cathy….”. J’ai failli lui dire que dans la chanson, c’était Gaby, pas Cathy, mais ça m’a semblé déplacé, alors je me suis abstenue.
Elle pleurait vraiment beaucoup.
C’est là que j’ai réalisé.
Gaston était retourné avec Cathy.
Valentin embrassait bien. Certes. Mais Valentine était toujours là.
Moi, je restais seule, avec une lesbienne toute neuve et désespérée. Et une bosse.
Alors, j’ai fondu en larmes.
Et Germaine et moi, toutes les deux, assises par terre, la tête sur l’épaule de l’autre, on a pleuré.
To be continued.
Et Valentin, pendant ce temps là...

(Previously, in my 24 hours, je trouvais Gaston dans une position ne laissant aucune place au doute, avec Cathy, dans mon lit. That’s all. Et bien sûr dans ce foutu château, y’a pas de prozac.)
- Gaston, enlève ta tête de là tout de suite!
J’apporte ici quelques détails scéniques.
Cathy est allongée sur MON lit. Nue. Comme un ver. (Pour les réalisateurs hollywoodiens devenus totalement fans depuis le début de la saison, totally naked). Quant à Gaston, n’ayant aucun diplôme de gynécologue, il n’est pas du tout en train d’effectuer un examen approfondi. En revanche, ce qu’il fait est approfondi, manifestement, et Cathy, vu sa tête, n’a pas l’air de s’en plaindre.
Et lui aussi est nu. Enfin, pas complètement. Il lui reste sa chemise. Modeste protection pour une vertu bien abîmée.
Vous savez, à l’école, à la fac, et en règle générale, dans la vie, j’ai la réputation d’être une personne calme. J’affronte les difficultés et les affres de l’existence avec pas mal de recul, ce qui m’évite par ailleurs les ulcères.
L’ulcère donnant mauvaise mine, je dois dire que je me réjouis de cette attitude flegmatique innée avec laquelle je gère les vississitudes du quotidien.
Aussi, allez comprendre pourquoi je me suis départie de ce comportement détaché face aux affres de ma modeste vie.
Tout en intimant l’ordre à Gaston de retirer immédiatement sa tête de là où il l’avait mise, ainsi que sa langue, ses mains, et toute partie de son anatomie en contact avec Cathy, je me rapprochais du lit, au pas, je l’admets, d’un hussard en colère. Les murs en auraient tremblé s’ils n’avaient été en granit.
Cathy était livide.
Détail dont à l’instant précis je n’avais strictement rien à battre.
Gaston ne disait rien, totalement ridicule, ayant juste relevé la tête.
Il faut dire que vu de l’extérieur, sa posture est franchement grotesque.
J’essaierai de ne pas y penser la prochaine fois que… et ce qui est certain, c’est que la prochaine fois, ce ne sera pas avec Gaston.
Et alors que je suis à moins d’un mètre du lit, Cathy se redresse, et avec toute la fierté qu’il est encore possible d’avoir quand on est totally naked, et pris en flagrant délit de je me fais sucer l’abricot par mon ex mari sous les yeux de sa copine, me lance fièrement un “Emma, c’est pas çe que tu crois…”. Ah oui? Et tu crois que je crois quoi? Que vous évaluiez ta future pension alimentaire, pauvre goudou mal baisée?
Elle aurait pas du dire ça.
Ça m’a énervée. Encore plus que je ne l’étais déjà. Je suis sorti de mes gonds, j’ai attrapé un vase qui par le plus grand des hasards était justement là, sur la table de chevet, et l’ai écrasé sur la tête de l’autre naze de nympho perverse.
Au moins, elle, elle aura été assomée en sachant par qui.
Pas comme moi (je vous rappelle que mon problème de bosse et de chandelier n’est toujours pas résolu).
Et là…alors là…j’ai explosé.
“- Gaston, t’es qu’une pourriture, une chuire de mouche, une merde informe, un minable raté frustré et complexé, t’es obsédé par ta bite, tu pense qu’à baiser tout ce qui bouge, tu donnes de grandes leçons, mais t’es un pervers dégénéré atteint de priapisme dégueulasse, tu vas jusqu’à te taper ta femme, alors que tu pleurais comme une fiotte y’a trois jours parce qu’elle nique avec des filles, tu te choperais le berlingot de la première venue si tu pouvais, tout ça pour te vider les couilles…
- Emma, mais ça va pas non?
- Si ça va monsieur le queutard de mes deux
- Merde, mais qu’est ce que tu es vulgaire…
- Ça te choque? Cherche pas à changer de sujet ni à jouer les grandes gueules choquées pauvre naze d’abruti merdique. T’as vu les poufs derrière lesquelles tu cours comme un gland prêt à tomber?
- Mais Emma…
- Mais Emma quoi? Tu vas me dire que je me trompe? Fous toi de moi en plus, genre j’ai de la merde dans les yeux…
- Ah j’ai pas dit ça; mais c’est Cathy…
- Oui, ça j’ai vu, merci, j’ai même très bien vu, là.
- Mais c’est pas ça, mais elle est paumée, elle disjoncte depuis que Germaine a disparu, elle avait besoin d’affection, elle m’a sauté dessus
- Oh? Et pauvre chéri, elle t’a violé en plus? Excuse-moi, mais avec ce que j’ai vu, j’ai comme un doute, là…
- Mais Emma, je te jure…
- Oh surtout tu ne jures rien, t’enfonces pas, tu t’es déjà enfoncé assez je suppose pour la journée, non? C’était bon au moins?”
Pendant ce temps-là, Cathy semble revenir à elle.
Je lui remettrais bien un coup de vase sur sa gueule de traînée.
Le problème, c’est que le vase est en mille morceaux, ce qui complique énormément mon projet d’assommer à nouveau violemment la lesbienne fétide qui se trouve en face de moi.
Quant à Gaston, il a sa tête de Caliméro. Genre : “Mais j’vous jure, Madame, j’ai jamais couché avec une fille…”. Un gamin pris le doigt dans le pot de confiture. Sauf que c’était pas son doigt. Et c’était pas de la confiture (enfin, j’espère pour Cathy…).
- Oh et puis fait chier bordel. Tu m’accuses de tout et de rien depuis deux jours, tu veux pas venir, … Ah oui, Cathy, ça te fout les boules? Il ne voulait pas venir, il ne voulait pas te voir, et il avait tellement les foies de le dire, qu’il a prétexté la présence de Valentin pour rester à Paris. Et finalement, venir, ok; mais avec Pauline. Ben quoi Cathy, ça t’emmerde? Désolée, mais Gaston voulait se faire ma soeur, et à mon avis, c’est pas simplement un fantasme, c’est fait. Oui, c’est dur, je sais. Alors dès qu’il a deux secondes, je m’en prends plein la gueule. Et pour finir par quoi? Par te trouver, les jambes écartées en train de te faire lécher comme une pucelle. Et il faudrait que je reste zen? Désolée, j’ai raté mes derniers cours de sophrologie.
Et puis ras la casquette, de toi, de tes soit disant états d’âme dans les bras de Fabrizio et sous la langue de Gaston, je me casse, ciao, bye bye, je vais prendre l’air…Au fait, Gaston, me cherche pas, ça me fera des vacances.
Et je suis sortie. Royale, souveraine, et en miettes, mais que de l’intérieur.
Je suis sortie, je suis partie dans le jardin, je sais pas quel temps il faisait, anyway (depuis le totally nacked, je me dis que quelques mots d’anglais peuvent aider nos réalisateurs et producteurs américains à comprendre, et puis j’envisage de voyager, un jour), donc, anyway, c’est la Bretagne, c’est changeant, ça dépend des marées ma bonne dame, et moi les marées, je m’en fiche, j’ai eu droit à un super spectacle avec Moule en première partie, alors…
Alors j’en peux plus.
Ras le bol.
Vraiment.
Gaston me trompe avec tout le monde.
Valentin me fuit.
Ma meilleure amie a disparu.
Mon téléphone est HS.
Mon ficus est mort y’a un mois.
Et j’ai pas de psy, suis même pas une vraie parisienne.
Autant pleurer.
D’ailleurs je pleure.
- Pourquoi tu pleures?
- Parce que je suis triste, grand con…Oh, pardon, Valentin, je voulais pas te dire grand con, mais suis tellement, tellement épuisée…
Oui oui, vous avez bien lu. C’est Valentin, là devant moi.
Nous sommes dans le jardin, près de l’ancien pont-levis, le soleil se couche (enfin pas tout de suite, mais il devrait le faire à un moment), nous sommes près des douves dans lesquelles autrefois sûrement y’avait des cygnes, il est beau, il n’est pas parti en courant, je suis très malheureuse, il me redit pleure pas, je dis je pleure pas, il me prend dans ses bras, il me serre très fort, et je me serre très fort contre lui, je sens ses mains qui glissent sous mon chemisier, je sens sa bouche sur mon cou, et son souffle sur ma joue, il se recule un peu, il me dit Oh mon amour, je dis pareil, il me tient par les mains, me dit laisse moi te regarder, je dis encore Oh Valentin, mais pas pour la même raison, il me dit tu m’as manqué mon amour, je dis OHHHHHH Valentin, il n’entend pas, il recule encore, il me sourit, je veux me jeter sur lui, le retenir, le serrer contre moi, mais il me regarde et ça me coupe la voix, et il recule…OHHHHHHH VALENTIN!!!!!!!!!!
Et il est tombé. Dans les douves.
Je disais oh Valentin pour ça. Pour les douves….
Ohhhhhhh Valentin……..mon amour…….tu n’as rien?
To be continued
Et pendant ce temps là, Valentin...

Tiens, une chaise. Ça tombe bien; J’ai sacrément besoin de m’asseoir. Je suis au bout du rouleau. Rincée.
Faut dire aussi, y’a de quoi, les évènements sont contre moi.
Je ne suis pas d’un naturel à me plaindre, mais reconnaissez que ça devient sacrément sport toute cette affaire.
Alors que je ne sache plus où j’en suis, c’est un peu logique, non?
Comble de bonheur, je n’ai plus de batterie sur mon téléphone. Avec cette installation électrique pourrie, impossible de le recharger. Mince crotte, j’ai même pas prévenu mes 745 contacts de Facebook que je ne connais pas que je m’absentais. C’est pas malin. Ça va m’en faire des cartes et des bisous et des ballons qui vont se balader sur mon profil…et puis surtout, je ne peux pas appeler Germaine.
Elle est gonflée celle-là. Elle aurait pu me dire qu’elle partait. D’un autre côté, elle n’a déjà pas été fichue de me prévenir que Valentin venait. Si je l’avais su, on n’en serait pas là.
Je ne serais pas venue.
Ou je serais venue, mais en sachant où je mettais les pieds. La préparation psychologique est nécessaire avant le combat. Et ce week-end commence à ressembler aux jeux du cirque. Ave Germaine, morituri te salutant. Et t’es même plus là pour le voir.
Mais où es tu passée? C’est quand même pas banal. Et puis c’est pas ton genre. C’est toi qui invites et tu te barres? J’y crois pas un quart de seconde. Y’a un truc, comme qui dirait. Je sais pas quel truc, mais y’a un truc.
Oh pétard, je devrais aller prendre du Doliprane, ou quelque chose qui me ferait passer mon mal de crâne.
Je dois avoir une bosse comme un oeuf de pigeon, c’est drôlement douloureux quand même. Et au cas où ça vous aurez échappé, personne ne s’en préoccupe. Ça doit être un sport national en Bretagne, genre bizutage. Tiens une nouvelle, hop, un bon coup de chandelier derrrière les oreilles en pleine nuit, bienvenue et bon séjour.
Qui peut m’en vouloir au point de m’assomer?
Gaston n’est pas clair, son petit jeu avec Pauline, que, au passage, je ne supporte plus, est tout à fait évident. Ma soeur, il en ferait bien son petit dej et son quatre heures. Mais de là à m’assomer…En plus, il n’est pas neu neu à ce point, il sait très bien que je garde rarement ma douleur pour moi. Or, je ne pense pas que m’entendre râler l’éclate. Alors être la cause… (Oui je suis douillette. Et alors? Ça vous dérange pas, c’est pas vous qui vivez avec moi…)
Non, Gaston, c’est pas possible.
Valentine? Le côté obscur de la force se serait réveillé chez la rouquine, et, ayant compris que Valentin et moi…alors…chandelier, attaque, laser, boum, KO.
C’est débile comme idée.
C’est pas par jalousie que je dis ça, mais elle fait un peu molle du genou, la Valentine. M’étonnerait qu’en dehors de crier comme une harpie elle soit capable de grand chose. En mégère pas apprivoisée, elle est rodée, mais autrement…
Et puis le cri est l’arme du faible et du lâche. Comme dirait mon ami William, un vieux barbon barbu, t’inquiète Emma, c’est “Beaucoup de bruit pour rien”. (Oheh, comment je place mes lettres là…C’est la bosse, ça me rend prétentieuse, mes excuses…)
Ah, et Valentin…Valentin…c’est quand même un monde. Il me court derrière ouvertement. Il s’introduit dans ma chambre (et si j’étais vulgaire, je dirais que je déplore qu’il se soit introduit uniquement dans ma chambre, mais je ne suis pas vulgaire), il m’oblige à me retrouver dans des situations quasi inextricables, je ne reviendrai pas une fois de plus sur cette sombre afffaires d’huitres et de nuit au poste, il me serre et m’enserre dans ses bras musclés …pppfffff…..contre lui…repppfffffff…
Et puis là, il se pointe, alors que je règle des comptes hyper graves avec Cathy, et il disparaît sans crier gare, après m’avoir sorti un truc complètement bizarre. “Comment as-tu pu me faire ça?”. Comment ais-je pu lui faire quoi? Allo, allo, qui peut m’aider?
Vous cassez pas la tête, j’ai plus de batterie.
Ou sinon, c’est qu’il flippe grave sa race. (ça c’est encore un truc que les enfants de ma collègue disent, et quand ils disent ça, c’est que c’est super grave).
Il a vu Valentine la rouquine. Et comme c’est un homme et que donc il assume à fond, il préfère rester avec Madame la mégère. Et moi, il va me fuir maintenant. On se croirait dans une chanson. Si je te suis, tu me fuis…gnagnagna.
C’est ça, il a des remords.
Tout bourrelé de remords il est.
Il ne veut plus de moi.
Il ne veut même plus me parler.
Ni me voir.
Rien.
Arrrggghhhh.
Alors, qui s’intéresse encore à moi? Hein? Je vous le donne en mille? Mes amies lesbiennes. Et oui. Trop bien, tout ce que j’aime.
Vous allez finir par penser que l’homosexualité me pose un problème.
Pas du tout. Vraiment pas.
Tant que ça ne me concerne pas. Faites ça entre vous les filles.
Alors, quand en plus les filles c’est ma meilleure amie qui a viré sa cutie depuis qu’elle est avec l’ex de mon mec, et que la nana de ma meilleure amie, donc, l’ex de mon mec, enchaîne, au risque de tromper sa copine avec moi, ce qui veut dire que je trahirais l’amitié de ma meilleure amie…Excusez-moi, mais comme sac de noeuds, y’a difficilement pire. (Sauf que là, c’est un sac de noeuds, sans noeud). (Oui, je suis vulgaire, oui, j’assume, oui, je pète un plomb, présentement…)
Et avec tout ça, je ne sais toujours pas où est Germaine. C’est pas normal cette histoire, pas normal du tout même.
Je vais refaire un tour du château, une grande bringue pas dégourdie, ça disparaît pas comme ça.
Non, le château, je verrai plus tard, je vais commencer par le parc. Y’a un buffet de dressé pour le déjeuner, au passage, je vais me faire un sandwich, ou un truc, enfin bref, reprendre des forces. Et je cherche Germaine.
Germaine, où que tu sois, je suis là, ne t’affole pas.
P***** il est grand ce parc.
Je commence à fatiguer moi.
Et j’ai rien trouvé.
Le plus drôle, c’est que j’ai croisé personne.
Cela dit, ça repose, j’en ai un peu ma claque de croiser toujours les mauvaises personnes au mauvais moment au mauvais endroit.
Et de Germaine, pas de trace.
Y’a de quoi renoncer.
Bon, en plus, j’ai toujours mal à la tête, vais rentrer me reposer un peu.
J’aurais mieux fait de me taire. C’est qui là, qui discute?
(Telle une panthère je m’approche discrétement, lentement, mais sûrement.)
“Tou es tellement souperbe, ta peau est si…dolce…”.
Fabrizio.
Non mais c’est quoi ce scandale? Ohehoh le transalpin, t’arrête un peu? T’as un problème d’hormones, ou un truc, c’est pas possible, tu dragues comme ça tout ce qui bouge (sauf moi…)? Mais t’es qu’un obsédé. Dégoûtant. Bah.
Je sais pas à qui tu fais du charme, là, et d’ailleurs je m’en fiche et m’en contre fiche, c’est répugnant, beurkk pouahhh, je m’en vais, je veux pas savoir, merci ça m’apprendra à jouer la panthère.
Odieux personnage.
J’irai jamais en Italie. Jamais jamais.
Arrggghhhh.
Y’a deux jours avec ma soeur, tout à l’heure avec Cathy, maintenant avec je sais pas qui… et ça compte fleurette et ça minaude presque, et çe te sort le coup des poils et de la chaîne en or, et ça respecte quoi?
Rien.
T’es en manque mon pauv’vieux, retourne faire le latin lover d’où tu viens, et arrête de semer la pagaille dans notre beau pays.
Pauv’mec.
Et Cathy…ohla…qu’est ce qu’elle doit penser.
Emma, t’es qu’une pauvre fille.
T’arrive juste à te brouiller avec tout le monde.
La preuve : Valentin te fuit, Valentine te hait, Pauline…on s’en fout, Gaston ne te parle plus, tu ne sais même pas où il est, Cathy te parle à coeur ouvert et tu la rejettes, Germaine a disparu sans laisser d’adresse et de message, les autres…les autres t’as pas eu le temps de t’en préoccuper, et quelque part tant mieux pour eux.
C’est un calvaire.
Un calvaire breton (les critiques noteront ici la finesse du jeu de mots.)
Bon, n’empêche que j’ai déconné à fond avec Cathy. Elle a disparu comme une bombe, elle doit être effondrée dans sa chambre, il faut que je la retrouve, que je lui parle, que je m’excuse, Fabrizio est une ordure, elle a du avoir un moment d’égarement, il manie la parole et le geste comme pas deux, tout le monde tombe dans ses bras (sauf moi…)…
Cathy, je suis ton amie (JUSTE ton amie), et je vais venir m’excuser.
C’est bien Emma, tu grandis.
Là, suis assez fière de moi.
Je relève la tête, je bombe le torse, ma bosse est oubliée, j’ai un truc important à faire, je me plaindrai plus tard, quand j’aurai deux minutes.
Comme j’ai fait le tour du parc et qu’elle n’y est pas, qu’elle n’est pas non plus sur la terrasse, ni dans la grande salle, ni dans aucun des salons, ni dans les couloirs, ni dans les escaliers (la prochaine fois que je veux m’ecuser, je fais ça dans un studio, c’est moins usant), reste une solution bon sang mais c’est bien sûr : sa chambre.
Cathy doit être en larmes, allongée sur son lit, la tête dans l’édredon. Sans Germaine. Désespérée. Rejetée de tous, jugée, repoussée au ban de la société.
J’exagère un peu, mais c’est pour le côté dramatique de la situation.
Pour que vous imaginiez bien la scène, que vous visualisiez.
Moi, bien sûr, je grimpe à toute vitesse, je veux dire à mon amie (je sais plus depuis quand c’est mon amie, mais là c’est mon amie) que je suis désolée, navrée, je suis nulle, je suis sans coeur et je ne comprends rien…
Mea culpa.
Je veux bien même apprendre le breton tout de suite et m’excuser dans ce patois.
C’est pas un patois, c’est une vraie langue?
Ah bon.
Désolée.
Oh la bourde, maintenant faut que je m’excuse auprès de toute la Bretagne.
Je ferai un mail du bureau.
Bon, en attendant, Cathy, je sais que tu es dans ta chambre, tu es rentrée dans la mienne sans crier gare, je vais faire pareil, mais pour te dire comme je suis désolée…
Ouf.
Suis ratatinée à force de courir dans tous ces couloirs.
Voilà la chambre, la poignée de porte, j’ouvre, j’entre.
- Cathy…Gaston! Gaston, enlève ta tête de là tout de suite.
Et là, s’il vous faut un dessin, c’est entre les jambes de Cathy.
To be continued

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