Samedi 31 octobre 2009
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Prenez une toile blanche. Sur votre palette, très peu de couleurs. Des bruns, des taupes. Votre trait est sûr,
net, sans nuance. Vous peignez une clairière. Une rivière. Sur la rivière, une barque. Et dans la barque une femme, sereine. Elle est seule, elle écoute la musique de l’eau, elle observe ce qui
l’entoure. Elle vous observe, profondément. Son regard est plein d’ amour, mais sans concession. Et elle écrit.
Vous venez de peindre Edith.
Edith vit avec les mots, au cœur d’eux-mêmes. Elle les transforme en musique, utilisant ses partitions différemment selon le rythme
et l’accent qu’elle veut leurs donner. Écrivain aux multiples facettes, aussi douce et posée dans sa manière de s’exprimer, que tranchée dans son écriture. Avec une volonté de s’imposer,
défiant les étiquettes et les préjugés.
Profondément confiante en l’humanité, elle cherche à faire tomber les barrières et les freins qui s’imposeraient à elle, et lutte
contre une médiocrité qu’elle a en horreur. Sa capacité à prendre ses distances n’est pas pure misanthropie, mais besoin d’intérioriser ce qu’elle observe, pour pouvoir mieux avancer ensuite
vers ses objectifs, en tirant les leçons du passé. Son credo, « Il faut toujours croire en soi », lui donne la rage de persévérer quelques soient les obstacles à surmonter.
Défiant les interdits et les conventions, Edith prend la plume et la parole d’un homme. Son écriture pamphlétaire, directe,
cynique, entraîne une reconnaissance admirative sous le pseudonyme de Ghilmer (1), et lui autorise en tant qu’homme une écriture encore peu admise pour une femme. Si bien que ses lecteurs s’y
laissent prendre.
Son succès d’écrivain l’attend, dû à un combat quotidien, qu’elle mène pour pouvoir vivre. Elle écrit un dictionnaire d’un genre
particulier. Décortiquant les mots, revenant à leur étymologie, jouant avec eux, interpellant l’esprit et la réactivité du lecteur, Edith rédige pendant trois ans
« Le dico des gros mots cachés dans les mots » (2).
Elle s’oblige alors à une écriture normative. Va au bout de son projet. Se bat pour être lue. Apprend les ficelles de l’édition et
s’auto édite. Jusqu’à la reconnaissance, venant entre autres des médias. Son « dico » est plébiscité par la télévision, et par le public.
Edith ne s’arrête pas là. Profondément convaincue que d’autres, comme elle, peuvent trouver leur place parmi les auteurs les plus
médiatisés, elle lance son premier salon littéraire. Se voit très vite rejointe, et attire à nouveau la curiosité médiatique. Et les projets s’enchaînent. Une idée après l’autre, Edith avance,
portée par le fil des mots, vers la vie qu’elle rêve depuis son enfance. Une vie paisible, un monde sans heurts, dans lequel elle pourrait exprimée toute sa féminité et toute sa passion. Une vie
d’artiste, dans laquelle elle se plongerait pour mieux en revenir, avec de nouveaux bijoux à nous faire partager.
Une vie de femme libérée de toute contrainte.
Edith, fondatrice et organisatrice du 1er salon facebouquins des grands auteurs de la petite édition.
(1 )Paru sous le Pseudonyme de Ghilmer
: Le journal d’un égoïste, aux
éditions Le bruit des autres
(2) Sous le nom d’Edith : « Les aubépines, les
zob et pines le dico des gros mots cachés dans les mots »
©Anne-Laure Buffet, Octobre 2009
Par Anne-Laure Buffet
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Publié dans : Portraits
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