Previously, in my 24 hours

Emma et ses perturbations quotidiennes, à suivre en parallèle de la lecture des écrits de Valentin, un homme comme un autre, ou presque. 
 
Vous l'aurez, votre saison 4, des aventures d'Emma et Valentin. 
Vous l'aurez car vous êtes nombreux à la demander. 
Mais il va falloir être patient...Laissez-les se remettre de leur week-end pascal en Bretagne. 
Et pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, découvrez le avec les 15 épisodes de Phéromones...

 

Lettres

Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /2010 16:21
images-3.jpegVoilà encore des allégations mensongères et machistes.

Phallocrates, même.

 

La vérité (comme on dit fréquemment dans une petite ville normande que je connais bien) est que ça dure depuis des siècles. Rajoutez là-dessus un 8 mars comme un autre (pour ceux qui ont un calendrier sans 8 mars, je précise qu’il s’agit de la journée de la Femme) et ça devient festival.

 

Et la femme ceci, et la femme cela, et la femme le reste…et entre autres, la femme est de mauvaise foi.

Ben voyons.

 

Si c’était le cas, ça se saurait.

 

Précision indispensable en préambule : toute justification ne peut qu'être arbitraire : une conscience ne pourra jamais justifier sa situation dans le monde qu'en étant de mauvaise foi. Aux yeux des autres bien sûr.

 

 

Aussi, du haut de mes talons, je m’insurge, me révolte, et crie haut et fort « NON, la femme n’est pas de mauvaise foi, c’est une bien piètre critique qui nous est faite pour éviter de regarder un nombril mysogyne de trop près !! »

 

Ça, c’est fait.

Et entre vous et moi, il est bon parfois de s’insurger.

 

Hier, alors que je tentais d’expliquer à un homme …Tiens, c’est drôle ; en écrivant ces mots je remarque déjà que l’hypothèse de départ est d’un complexe achevé.

Expliquer…à un homme…

Ça sonne pas bien.  L’antagonisme des deux propositions est évident.

 

Enfin, à l’impossible nul n’étant tenu, et étant d’un optimisme démesurément achevé, je tentais donc d’expliquer à un homme que nous n’étions pas, nous, les femmes, de mauvaise foi.

 

Comme tous ses congénères, il s’obstinait à prétendre le contraire. Ce qui à la longue est un tantinet lassant. Et lassée que j’étais de mes démonstrations tombant aussitôt faites dans un oubli abyssal, je me suis dit qu’un petit écrit devenait nécessaire, voire indispensable.

Ainsi, tranquillement, il pourrait le lire, et le relire, prendre tant la mesure de ses propos que de la distance et en sortir plus au fait de notre bonne foi féminine.

 

J’aurais pu pour la cause sortir une belle robe (d’avocat, j’entends), et faire des effets de manche éloquents et grandiloquents. Mais nous sommes entre gens de bonne compagnie, et je ne doute pas un seul instant que c’est avec objectivité, distance, recul et sans sarcasme, que certains liront ce texte jusqu’au bout.

(J’ai dit que j’étais d’un optimisme surprenant, je le confirme).

 

Aussi, Messieurs, je vous le dis, vous l’affirme, sans peur et sans contrainte, la femme n’est pas de mauvaise foi.

Pour commencer mon exposé, je dirai ceci : rappelez-vous qu’il est dit, par un homme, que « la femme est l’avenir de l’homme ». Or, l’homme laisserait-il son avenir, son lendemain, être de mauvaise foi ? Bien sûr que non.

 

En outre, la femme s’adapte, aime le détail, et la précision.

 

Elle est d’ailleurs programmée pour.

Preuve à l’appui : Petite, on lui lit et on la bassine avec les histoires de princesses, de fougueux et preux chevaliers venant sauver leurs mies des griffes de belles-mères pire que des dragons. Lesquelles belles-mères veulent bien sûr faire passer leurs brus de vie à trépas en deux temps trois mouvements.

Et elle y croit, la femme encore petite fille. Parce qu’elle fait confiance. Elle est même convaincue que elle aussi, un jour, elle verra surgir de nulle part ce fougueux chevalier, qui, rien que pour elle, affrontera mille dangers et moults obstacles avant de l’emmener vers des contrées verdoyantes. Et tout sera toujours beau.

 

T’as qu’à croire.

 

Un beau matin, elle pense que lui, là, celui qui est planté devant elle avec un air de crapaud enamouré, est justement ce preux chevalier.

Le lendemain, elle ramasse ses chaussettes, elle se pique à sa barbe et s’asphyxie en l’embrassant.

 

Forcément, elle est déçue.

 

Dans le conte de fées, ça s’arrête toujours à « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… » et pas à « Mademoiselle, si sur ton chemin tu croises un preux chevalier super beau et que tu décides que ta vie sans lui ne vaut plus le coup, assure-toi également de sa capacité à ramasser le linge sale et à remplir le lave-vaisselle ».

(De plus je tiens quand même à faire remarquer que ces fameux contes sont écrits par des hommes, qui s’offrent de la sorte une belle image de marque et après, je m’en lave les mains, pas ma faute si vous les filles vous y croyez.)

 

Aussi, la petite fille devenue femme, et confrontée à une triste réalité, s’adapte . Et de princesse, redevient Cendrillon. (Je sais c’est très triste, j’offre les Kleenex à la fin de la séance).

 

De là, puisque cette femme, condamnée, sans ciller, à l’adaptation, s’y soumet, pour le bonheur et l’équilibre du foyer qu’elle tente de créer, de consolider, et de réjouir d’une présence ensoleillée chaque jour, les menus tracas du quotidien lui permettent de développer ladite capacité d’adaptation.

 

Vous qui pensez que « souvent femme varie », cessez d’y voir malice : la femme entretient chez vous une vivacité intellectuelle douloureusement mise à mal par les tracas du quotidien. Inquiète de vous voir potentiellement atteint d‘un éventuel ramollissement cérébral précoce (vous noterez les précautions stylistiques employées), elle met au point ce petit stratagème. Sans fourberie ni mesquinerie aucune. Non pas pour vérifier que vous l’écoutez (car personne n’en doute, les hommes écoutent ET retiennent tout ce qu’on leur dit), mais, quite à devoir affronter foudres et reproches, pour vous permettre de réagir. De participer. D’avoir une présence active tout autant que sollicitée au sein de votre couple. Pour que vous ne vous sentiez pas mis à l’écart.

 

La femme est prête à s’adapter, et à modifier ses présupposés de la veille, pour vous. Pour vous conserver une place de choix au sein de votre couple.

 

Votre avis compte, messieurs. Et la femme, dévouée, et doutant sans cesse de vous déplaire, s‘évertue chaque jour à satisfaire vos attentes et contenter vos avis. Dut-elle renoncer, parfois douloureusement, à ce qu’elle avait choisi la veille.

 

Si elle vous apostrophe en vous demandant de « pour une fois » sortir les poubelles, le chien, vider les machines ou mettre le couvert, ce n’est pas qu’elle vous reproche de ne rien faire dans la maison pendant qu’elle s’échine et perd sa jeunesse dans de basses tâches matérielles. C’est juste qu’avec tout le respect qu’elle a pour vous, elle ne veut pas vous exclure de votre rôle de chef de famille. Cro-magnon chassait le bison, vous pouvez aller jusque chez Franprix. Cela lui est affreusement pénible que vous puissiez vous en sentir privé.

N’y voyez donc qu’une preuve d’amour.

 

 

De même vous pouvez reprocher aux femmes de s’esclaffer en disant « Mais je n’ai jamais dit ça ». Ce que vous prenez au pied de la lettre. Vous avez tort, je suis navrée de le dire, ne voulant pas vous blesser. Disons plus élégament que vous manquez dans ce cas d’acuité cérébrale, et parfois, peut-être aussi un peu, de mémoire.

 

Le principe est simple, messieurs. Et pour être sûre d’être « entendue », je vais prendre un exemple facile à intégrer :

 

Votre épouse (conjointe, copine, amie, mère, fille, sœur…) vous dit : « J’adore le foot ». Que faites-vous ? Vous mettez un match de foot. Vous vous faites critiquer, car vous avez regardé le foot. Et vous accusez volontiers votre épouse (conjointe etc etc) de mauvaise foi car elle a dit adorer le foot. Mais a t’elle dit : « J’adore le foot, et j’adore que tu te fasses super plaisir en le regardant pendant que moi je me fais braire à m’occuper des mômes » ?

Non.

 

Elle faisait un constat d’ordre général. Vous en tirez des conclusions hâtives et personnelles et vous plaigniez d’être perpétuellement la source et l’objet de nos lamentations. Sans tenter d’en tirer le positif, l’agréable, le clairement valorisant de la situation. Vous avez des facultés d’analyse, vous savez être autre que synthétique, nous n’en doutons pas, nous vous invitons juste à le montrer. Nous flattons votre ego, vous le prenez comme une attaque.

 

Comme dit plus haut, il est clair que vous écoutez lorsqu’on vous parle. Mais là où la nature, Dieu, ou les fées, ont dotées les femmes de nuances, vous allez droit à l’essentiel. Dans un certain contexte, ce n’est pas pour déplaire. Au quotidien, je vous conseille plus de souplesse et de finesse dans l’écoute des propos de votre chère et tendre.

 

Dites-vous que ce que nous faisons, entreprenons, racontons, prétextons…n’est fait que pour réveiller et entretenir chez vous cette flamme primesautière, cette allure de chevalier qui nous avait tant séduite, cette rage de vaincre de l’Homme que vous êtes, cette fougue, cette aisance et cette assurance dont nous avons tant besoin, nous, pauvres et faibles femmes sans défense.

 

Que serions-nous sans vous ?

 

 

Et ne me dites pas que je suis faux-cul.

 

Vous seriez terriblement de mauvaise foi.

 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Lettres - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 16:08
Si la porte de la salle s’ouvre avant que la grande aiguille ne soit sur le 10, c’est que c’est fichu.

J’ai les yeux fixés sur l’aiguille, tellement fixés dessus qu’il me semble qu’ils la poussent. Mais c’est une illusion. Les secondes s’égrènent lentement, incroyablement lentement. Le haut de la porte est vitré, je vois une ombre qui se lève. Elle se rapproche, je jette un coup d’œil sur l’horloge, l’aiguille est à 11, accélère s’il te plaît aiguille, gentille aiguille. La poignée de la porte est déjà baissée, je compte les paupières fermées.59, 58, 57,56…Le grincement m’oblige à accepter la lourde vérité. La porte est ouverte. Personne encore n’est sorti. Mais la porte est ouverte. Et l’aiguille n’est pas sur le 10. Je ne tricherai pas. Seule, face à mon destin, je vais assumer. Je sais déjà que je vais rater mon oral. C’est la fatalité.

 

Fatum, fata. Oral de latin. J’ai oublié toutes mes déclinaisons. Quant au vocabulaire…pfuit, envolé, disparu. Plus rien. Fatum, fata. Fatum, fata…ça me ferait presque rire. On dirait le ronronnement d’un train qui démarre…fatum, fata, fatum, fata, fatum, fata…et badaboum.

Parce que le problème, là, il est bien réel. Je ne vais pas arriver dans la salle et parler de machines à vapeur à l’examinateur. Je vais devoir produire un thème, une version, et un exposé historico-intelligent sur l’Empire Romain.

Je l’ai voulu. Je n’avais qu’à pas choisir Lettres Anciennes et langues mortes à l’oral. C’était stupide. J’en fais les frais, et l’addition va être salée.

 

Je regarde les autres étudiants assis autour de moi. A trois chaises à ma droite, je soupçonne le binoclard à lunettes d’avoir révisé. D’ailleurs, il n’a eu le temps ni de repasser sa chemise, ni de se mettre du déodorant, ça se sent d’ici. On ne devrait pas passer les oraux en pleine canicule, c’est un risque mortel pour une population encore jeune. Axe pourrait venir distribuer des échantillons, ce qui ferait d’une pierre deux coups : publicité gratuite auprès d’une cible importante en effectif, et baisse du taux d’asphyxie de manière considérable. A ma gauche, une petite rousse est terrorisée. Elle tremble tant qu’on peut entendre ses dents claquer. Etonnante musique, dans un orchestre elle pourrait tenir le triangle.

 

La porte s’est ouverte sur un jeune homme au sourire crispé. Il traverse le couloir la tête basse, épuisé par sa réussite ou écrasé par son échec. Je n’en saurai rien. Et franchement, ça m’est égal. Monsieur je-n’ai-pas-de-fer-à-repasser a pris la suite.

Nous nous retrouvons seule la rousse et moi. Je tente un sourire engageant. Ses yeux se remplissent de larmes. J’abandonne aussitôt mes signes d’encouragement.

Deux heures que je suis plantée sur cette chaise comme un géranium. Géranium, geranii…gerania…je ne sais plus. Et gardénia, ça ferait alors gardenium ? Et Babaorum, Petibonum, Laudanum, et Aquarium…je prendrais bien un peu de potion magique, là, tout de suite. Juste comme ça, pour voir.

 

En regardant les horaires de passage pour l’oral, j’ai vu le nom de l’examinateur. César Palier. Ça ne s’invente pas. Il était prédestiné, pauvre enfant, à enseigner le latin. « César Palier, l’inventeur du robinet ». Joli slogan. Je me fais rire toute seule. C’est rien, c’est nerveux. Ça aurait pu être pire, pour lui. Monsieur et Madame Tichau ont un fils… César…César Tichau.

Oh, ça va, je plaisante, j’ai dit que j’étais nerveuse. J’essaye de penser à autre chose. C’est tout.

Papa m’a conseillé, pour me détendre, d’imaginer l’examinateur nu sous la douche. Ça se voit qu’il n’a pas vu ledit examinateur. Je préfère encore ne rien imaginer, étant donné la tête du personnage. Ça ou la momie de Toutankhamon, même combat. La momie, sans les bandelettes, j’entends.

 

Monsieur-je-n’ai-pas-de-fer-à-repasser ressort. Le pas léger et l’air détendu. Crâneur.

La rousse fond en larmes. C’est à son tour. Je serai la dernière à entrer dans l’arène.

J’aurai du réviser, c’est vrai. Ça ne s’invente pas, le latin. Il ne s’agit pas de chimie, je prends un peu de ceci, un peu de cela, je mélange, ça explose en un joli tourbillon de couleurs, je décris le précipité…Non, ça n’est pas ça. Mais là je ne sais plus bien ce que c’est.

De toute façon suis nulle. J’ai toujours été nulle. Je vais échouer et je serai la honte de ma famille. Maman va en faire des insomnies. Tout est ma faute. J’ai le pied énervé, il tape tout seul ce pauvre carrelage qui ne lui a rien fait. Tiens, je viens de me casser un ongle. Tant pis, pour la peine je vais le ronger. Je sais, ça ne se fait pas et c’est laid. Je m’en fiche, de toute façon comme je vais tout rater qui fera attention à mes mains de minable ? J’ai mal au ventre d’un coup, et puis j’ai du trop boire de thé, mais là si la porte s’ouvre ça va être à moi, je ne peux pas m’absenter. Même pas pour aller au bout du couloir. C’est pratique d’ailleurs d’installer les toilettes au bout des couloirs, comme ça tout le monde sait toujours où c’est. Sauf que c’est loin, il est très long ce couloir. Tant pis, je vais me retenir. Quitte à me dandiner. J’aurai déjà l’air inculte, alors idiote en prime, c’est pas grave.

 

Peut-être qu’il va y avoir un miracle. Un incendie par exemple, évacuation des locaux en urgence. Ça serait pas mal. Ça mettrait un peu d’animation et repousserait l’examen. Mais aucune petite fumée en vue. Et de plus en plus mal au ventre.

La poignée de la porte se baisse à nouveau. La petite rousse ressort, écarlate et le regard d’un lapin albinos atteint de conjonctivite.

 

C’est à mon tour. Je me redresse, me lève, dignement, et avance, d’une démarche que je tente de rendre assurée vers la salle. Fatum, tu m’attends derrière cette porte, mais j’aurai raison de toi.

Ave Cesar, morituri te salutant. 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Lettres - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 11:13

Je ne pensais pas que ça faisait mal à ce point là.

Pourtant, j’étais prévenue. Par toutes ces belles âmes qui se croient capables de faire part de leur expérience en la matière. Quand on ne leur à rien demandé, de surcroît. Aussi, et en principe, je ne devrais même pas me plaindre. D’ailleurs je suis arrivée forte de cette résolution. Quoiqu’il arrive, je ne dirai rien. Un mauvais moment à passer, pour des milliers d’instants de bonheur, ensuite. Poings serrés, lèvres closes et yeux fermés pour résister. Sans rage, sans larme et sans cri.  

 

Y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Je vais hurler. Et si ça dérange quelqu’un c’est pareil. C’est insupportable. Cette espèce d’alien qui me déchire le ventre, me broie les côtes, me lamine le dos comme un rouleau compresseur. Pour avoir mal, j’ai mal. Je ne pensais pas qu’il était possible de souffrir à ce point là. Oui, c’est une déchirure, une éventration. Je ne vois pas qui pourrait crever d’envie d’avoir comme des lances chauffées à blanc à l’intérieur du corps. Ma mère m’a dit qu’on appelait ça « le mal joli ». Parce qu’après, on est tellement heureuse qu’on oublie. Ben voyons ; là il faudrait que je la crois ? Il n’y a rien de joli là-dedans maman, c’est une boucherie, et une boucherie affreusement douloureuse. Regardez-moi, je suis prête à vous faire un remake de l’Exorciste, et j’ai le rôle principal. « Sors de ce corps, sors de ce corps »…oui, là, il serait grand temps, je ne vais pas tenir la journée comme ça.

 

Le premier qui s’approche va en prendre une, c’est clair.

L’espèce de débile, avec son brushing nickel, alors que je dois ressembler à Cruella avec la voix de Dark Vador. « C’est très bien Madame, vous vous débrouillez très bien. » Nianiania. Ridicule. De toute façon je ne peux pas faire autrement, je ne vais pas partir. Je me débrouille très bien…suis ravie de le savoir. On a droit à quoi, après ? Une médaille ? Meilleure primipare de la journée…gé-nial. Et je le pense en l’articulant. Rien que le nom, j’ai l’impression d’être Cheeta.

Et l’autre grand dadais qui reste planté à me tenir la main. Tu vas voir comment je vais te broyer les os. Tiens, j’aimerai t’y voir, t’aurais l’air malin à ma place, toi qui ne supportes pas d’avoir un rhume. Ne t’avise pas de me donner un conseil, sinon t’es mort. Et si tu t’approches trop près, il se pourrait que malencontreusement je te casse le nez.

 

« Soufflez, respirez, soufflez, respirez, c’est très bien »…elle ne peut pas changer de rengaine ? Faut que je me retienne sinon je vais l’insulter.

Flûte, comment fait-on le petit chien déjà ? J’aurai peut-être du aller tout de même à ces cours qui soi-disant nous préparent.

Et vlan, un nouveau coup dans le ventre, ça me cisaille, donnez-moi à boire j’en peux plus de chaud. L’abruti qui me tient la main, il ne pourrait pas se remuer un peu, non ? Me chercher à boire, ou m’essuyer le front, enfin se rendre utile en somme ? Ah ben non, j’avais oublié, pauvre petit bonhomme trop fragile. Si ça se trouve, il va même se faire remarquer et tomber dans les pommes. C’est sûr, ne pas être le centre d’intérêt, c’est pénible, hein, mon vieux…si tu veux je te laisse ma place, parce que là je n’en – aïïïïïïïe - peux plus. J’aurai du accepter qu’on me pique le dos. Mais non, il a fallu que je fasse la fière. Pauvre fadade que je suis. Aaaaïïïïïïïïïëeeeee !!!!!

 

« Allez Madame, poussez, un dernier effort, je vois ses cheveux, voilà c’est très bien, poussez encore… » Poussez, poussez…facile à dire. J’ai l’impression d’être encouragée à charrier des containers sur un dock mal famé. Aaaaïïïïïïïïïïeeeee !!!!!!!!!

 

Le hurlement que je retiens depuis si longtemps sort malgré moi. Jamais je n’ai transpiré autant, je nage dedans, suis courbée en deux, mon ventre explose…et je retombe sur le lit trempé.

 

« Félicitations, Madame, vous venez de mettre au monde un magnifique petit garçon… »

 

Je n’ai plus mal. Je n’ai jamais eu mal. Je sens les larmes qui coulent, je ne sais pas pourquoi. Ou je le sais trop bien. Je suis Maman. La dame en blanc a une voix si douce. Elle me dépose un ange dans les bras, je le tiens contre moi, on dirait qu’il dort déjà, je sens son tout petit souffle sur ma poitrine. Je regarde mon bébé, il est beau comme un miracle. Je regarde son père, qui pleure comme un gamin, m’embrasse, n’ose pas caresser la tête de son enfant, encore si fragile et déjà si fort. Vous êtes les deux hommes de ma vie. Et je vous aime.

 

Ma mère avait raison. C’est le mal joli. 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Lettres - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 15:49
Je n’ai pas les mots.

Je n’ai pas les mots pour vous décrire le monde que je viens de découvrir avec vous.

Vous êtes là, endormi à mes côtés. N’osant parler, n’osant chanter la vie qui m’anime, je vous écris. La plume glisse sur le papier, l’encre s’y installe silencieusement. Comme vous hier soir, ici, auprès de moi.

 

Je ne vous attendais pas. Nous nous étions quittés peu de temps avant ; comme à chaque fois, mes mains s’étaient détachées de vous avec douleur et bonheur partagés. Ne sachant quand je vous reverrai, j’en souffrais déjà. Embrasée par vos baisers, j’en cherchais d’autres, priant pour que le dernier ne le soit pas, guettant le prochain, inspirant votre souffle contre ma bouche. Votre souffle qui me redonne vie à chaque fois. Mais nous devions pour quelques temps encore nous séparer. Portée par vos promesses, j’étais sûre de vous revoir. La seule incertitude portait sur cette durée cruelle, ce moment du temps qui me maintient loin de vous. Combien d’heures, combien de jours ? Jamais inquiète de vous perdre, toujours inquiète que cela n’arrive. Dangereux paradoxe, me plongeant entre sérénité et anxiété. Il serait si prétentieux de ma part d’imaginer être à vous pour toujours. D’imaginer qu’aucune autre ne puisse venir et m’enlever ma félicité. Il serait si prétentieux, si dangereux de ne pas craindre la fin.

 

Je ne vous ai pas entendu entrer. Vous étiez un instant dans mes rêves. L’instant d’après, vous étiez près de moi. Contre moi.

Illustration Eric Petit
 

 

Et nous sommes partis en voyage. Vous me teniez par la main, par le cœur, par les yeux, me chuchotant mille mots qui portent et font aller plus loin. J’ai découvert des vallées, pures et jamais visitées. Vous les touchiez du doigt, les visitiez, vous vous sentiez chez vous. Elles vous accueillaient, n’attendant que vous pour s’ouvrir à l’inconnu.

J’ai vu des torrents s’animer, couler, nous emporter vous et moi au gré des flots, parfois si rapides, parfois plus calmes, reposants, nous berçant l’un et l’autre, l’un contre l’autre.

J’ai senti des volcans s’animer. Des volcans éteints ou jamais allumés, qui soudain prenaient feu, faisant trembler la terre sous nos pieds, me projetant contre vous. Vos yeux plongeaient dans les miens, et je n’avais plus aucune peur, plus aucune crainte, plus aucun doute.

Quelque soit le chemin que vous empruntiez, je vous suivais, parfois peu sûre de moi, hésitante, mais vous suivant quand même. Il m’est arrivé d’en trouver d’autres. Et comme je le fis avec vous, vous m’avez accompagnée. Nous étions deux voyageurs, nous nous guidions, sans jamais nous éloigner, serrés l’un contre l’autre dans la traverse de ce pays inconnu.

 

Alors que vous dormez, je revois tout ce voyage. Mon cœur explose de joie. Mon corps exulte de ces découvertes. Ma peau se gorge de mille parfums jusqu’alors ignorés. Ce pays, je veux y retourner. Que vous soyez à nouveau mon guide ; que je trouve à nouveau des lieux inexplorés. Que dans cette découverte commune, nous partagions encore, toujours, la même eau, le même feu, et un air pur, unique, créé pour nous simplement.

 

Je vous aime, mon aimé. Je vais vous rejoindre. Me blottir à vos côtés. Et m’enivrer de vous, encore.

 

      ©Anne-Laure Buffet, 14 novembre 2009

Illustration Eric Petit 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Lettres - Communauté : des mots pour le plaisir
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 11:52
Parfois, la plume fait défaut. 

Pas celle qui permet de s’envoler. Celle-là, sauf quand je crois être Icare, elle va bien. Parce que je m’envole. Je m’envole souvent, avec les mots. Je m’envole souvent, loin, dans des endroits que même moi, surtout moi, je ne connais pas. Je prends des routes, des sentiers parfois battus, je fais l’école buissonnière, et retourne sur des chemins de traverse. Dans des endroits où j’aime vous retrouver.
Vous, mes amis. 

Et c’est à ce moment là que la plume fait défaut. Quand je veux vous écrire. Vous parler. Vous dire en quelques lignes ce qui m’anime.
Oui, la passion des lettres. Bien sûr. Les faire jouer, les assembler, les voir trébucher parfois, tressauter souvent, sur les lignes, se mettre en place et en forme, comme un puzzle, prendre sens, donner un sens à mes idées. Les transformer. En faire des images. Des textes. 
L’écriture. L’écrit, tout simplement. 

Alors, le plus simplement du monde, juste comme ça vient, sans chercher à faire des phrases, merci. 
Merci à vous.
Merci d’être là. 
Hier j’ai écrit un texte. Un exercice, pour moi. Un sujet difficile. La mort. Non, pas la mort. Le suicide. Quelqu’un qui s’en va, comme ça. Presque sans raison. Un instant il est là. Et l’instant d’après, il n’est plus. Au revoir.
Le texte, je l’ai mis en ligne. En me demandant si je devais le faire.
Mais écrire, c’est ma passion. Alors, ce texte là, j’ai voulu le partager aussi.
Et il s’est passé quelque chose d’étrange. De fascinant. De bouleversant, pour moi.
Vous avez toujours donné votre avis, échangé, commenté les textes. 
Vous avez toujours été là. Jamais comme ça.
De mails en appels, vous étiez à côté de moi, soudain. Brutalement effrayés, fâchés, énervés. En colère. Pertubés. Furieux. Tristes. Parfois même presque désespérés. 
Je vous ai fait peur. Je ne l’ai jamais voulu.
Au nom de l’amitié, vous m’avez crié que vous étiez là. Vous avez vu le texte comme le dernier. Vous avez vu ce jour comme mon dernier.
Vous, vous tous mes amis.

Ce soir, ma plume fait défaut. Merci ne suffit pas. Merci à vous tous, merci à chacun. Juste cinq lettres pour vous dire que mon cœur a fait boum, et vous remercie.

J’aime Eluard. Je ne veux pas le plagier. Mais si lui, sur les murs, voulait écrire liberté, je n’ai ce soir qu’une chose à dire. 

Sur les murs, j’écrirai ton nom : AMITIE

©Anne-Laure Buffet, 12 novembre 2009


Illustration Eric Petit©

 
Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Lettres - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Publications...à ce jour...

NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

 mail.pngChocoplumes.jpg

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