Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
(Previously, in my 24
hours, j’avais un peu trop arrosé un apéro avec Germaine et Valentin, refusant de séduire le Monsieur, par amitié pour Germaine, très embêtée tout de même de cette fidélité amicale. Après avoir un
peu trop levé le coude, je me levais pour partir et m’écroulais, me prenant, dans tous les sens du terme, les pieds dans le tapis, avant de les mettre dans le plat).
Quoi ? Oui, quoi ? J’aimerai bien que Germaine arrête de me regarder comme ça. Elle se prend pour ma mère ou quoi ? Ca m’énerve. Ohh et vaut mieux pas que je m’énerve, j’ai déjà mal à la tête. Et puis pas qu’un peu. Et j’ai mal au cœur, aussi.
Suis là, plantée sur cette chaise d’hôpital. En fait je ne sais plus où me mettre. Y’aurait pas Germaine, ma « fidèle Germaine », je m’écroulerais complètement, genre la tête sur les genoux et les bras tombant. Mais bon, elle se donne du mal pour moi. En plus faut dire ce qui est, je lui ai tout de même fait peur, mais surtout je lui ai pourri sa soirée. Grave pourri même.
Je me souviens vaguement des détails. Je sais qu’à un moment me suis levée, je sais plus bien quand, et je sais plus bien après combien de verres. J’ai bafouillé un truc du style « salut les zamoureux ». Pas certaine de pouvoir dire que j’ai articulé. Oh, rien que d’y penser j’ai envie de vomir. Et puis là, une fois debout, tout est allé très vite, j’ai fait un pas, et le sol s’est dérobé sous mes pieds, j’ai du faire des nœuds avec mes jambes ou une quelconque figure d’acrobatie alcoolisée, enfin un truc pas clair. J’ai fini ma démonstration de Chevaliers du ciel la tête dans la moquette, après avoir roulé sur le chariot de services, et percuté un serveur que je ne reconnaîtrais pas (alors que lui, je suis sûre que si). Une scène pareille ça s’oublie pas.
Maman, qu’est ce que j’ai mal au crâne. Et le gin qui commence à remonter. Je vous épargne les détails, je vais être sympa. C’est pas possible que ça me soit arrivé, à moi. Ohhhhhh et Valentin…..J’l’avais presque oublié celui-là. Si j’espèrais avoir encore une chance y’a quelques heures…Mais pourquoi j’ai bu autant ? Ah oui, ça me revient. Germaine. Germaine et Valentin. Pas possible. C’est ça, j’ai bu pour oublier, c’est pas ma faute en fait, c’est le désespoir. C’est ce que je disais, je vais finir seule, et alcoolique, et grosse parce que boire ça fait grossir et ça va être terrible et Germaine aura plein d’enfants avec Valentin, et je serai même pas invitée au mariage, ils auront trop peur que je sois comme hier et que j’aille me planter dans la pièce montée.
Y’a un truc qui sent franchement pas bon dans le coin. Vu l’état dans lequel je suis, c’est normal. J’ai du gaspacho sur la chemise, de la soupe à l’oignon (oh y’a même un p’tit bout d’oignon coincé dans un bouton) qui s’est incrustée dans mon décolleté, de la sauce à je sais pas quoi sur la jupe. Une poubelle bourrée (ah le jeu de mots…vous en noterez la finesse). Qu’est ce qu’elle a Germaine ? Elle se penche vers moi. Oh ça fait peur. Je sais pas si c’est l’alcool, mais elle a des yeux énormes et elle est tout prêt de moi, et …mais qu’est ce qu’elle fait ?
- Et Germaine t’es pas une maman guenon, pourquoi tu me tripotes les cheveux là ?
- T’as du Coulommiers dedans ma chérie. J’essaie d’en enlever.
- Pardon ?
- C’est quand t’es tombée sur le plateau de fromage, t’as fini la tête dedans…
Manquait plus que ça. Si au moins ça avait été une charlotte (faut pas essayer de faire rire quand on est encore sous effet d’alcool, je sais). Et bien, peu m’en chaut. De toute façon ma vie est fichue.
C’est quoi ce bruit ? Qui a mis les cloches de Notre Dame dans mon salon ? Aïïïïe faut que ça cesse. Ca me rappelle quelque chose, mais quoi ? Mon téléphone. Où il est mon téléphone ? Et qui ose m’appeler, là ? C’est pas une heure pour appeler les braves gens bourrés de la veille. Mais si je réponds pas ça va pas s’arrêter.
Sauf que là, c’est mon cœur qui s’arrête. Pour deux raisons. J’ai ouvert la bouche pour tenter de prononcer un « Allo », le plus audible possible, avec la voix clairement dans les
chaussettes, et une haleine à vous décoller le papier peint de tout un immeuble, caves comprises. Auto asphyxiée je suis. Et surtout, au téléphone, c’est Valentin. Il veut savoir comment je vais.
Bien, très bien, merci, un peu mal à la tête c’est vrai, mais très bien oui oui c’est gentil ça d’appeler. Et oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu, il veut me voir. M’inviter à dîner. Là ce
soir. Oui oui super très bien ça me fait très plaisir. J’ai juste envie de me cacher sous la couette, mais il est tellement gentil de vouloir de mes nouvelles…Alors, un dîner, parfait,
l’heure ? Super, L’endroit ? Super aussi, tout me va, c’est chouette, ok à ce soir.
J’ai trois heures devant moi pour faire sortir le mutant qui y a pris ses quartiers dans mon estomac, éviter de ressembler à une loque, sentir la rose qui s’éveille au printemps, …bref, être un minimum glamour.
Valentin. Le Valentin de Germaine. Il m’invite pour s’assurer que je vais bien. Tu parles. D’un coup je comprends. Il s’est bien marré hier, Germaine, il va la planter ce soir, juste en espérant pouvoir voir encore l’autre alcolo s’étaler en plein restaurant, il refera comme s’il ne me connaissait pas, et je pourrais même pas le dire à Germaine ce serait trop salaud de ma part (et quand je suis bourrée je suis grossière, ouais), et lui il se foutra bien de moi, et moi je vais mourir. C’est ça. Autant mourir.
Et bien non. Ca ne va pas se passer comme ça. Je ne te donnerai pas une autre fois l’occasion de me ridiculiser et de t’en payer une bonne tranche pour pas cher. Compte pas sur moi. Ce soir est un autre soir. Eheh.
J’ai bossé comme une dingue tout l’après-midi, sous haute dose de Doliprane et bicarbonate de soude, pour avoir l’air parfaitement au point, l’air de rien, hier n’est jamais arrivé. Ce soir, je ne bois pas. Je ne parle pas beaucoup (en fait vaut mieux pas, je ne peux pas extraire de ma bouche plus de deux phrases sans inverser les syllabes), je me concentre totalement sur Valentin, parce que, soyons franche, le décor tangue encore un peu (sacrée cuite hier, ça m’épate quand même), et puis, soyons franche (encore), il est vraiment trop bien ce Valentin. Même si je ne comprends pas tout ce qu’il dit, pourtant ça a l’air clair, ça doit être mon cerveau qui dysfonctionne. Manifestement, les « tout à fait » et « absolument » dont je ponctue mes rares propos lui conviennent. Il semble même ravi. Il a des dents, quand il sourit…enfin non, c’est idiot ça ; il a des dents tout le temps. Mais quand il sourit, waouh.
Je ne vais pas me faire avoir comme ça. Ohhhhh que non. En plus j’ai l’impression que tout l’alcool d’hier remonte d’un coup, vaudrait mieux pas que l’effet Titanic recommence, là ça serait trop. Mais je sais ce qu’il veut, j’ai bien compris son manège, dès cette après-midi.
Le dîner se termine. Heureusement, parce que Beau Gosse, il va pas ma la jouer longtemps, sa scène du 2, pour ensuite en rire tout seul (ou à plusieurs ; dans ces cas là, ils ont toujours un bon copain à qui parler). Nous voilà dans la rue. Même les trottoirs ne sont pas stables ce soir. Valentin a l’idée de me tenir par la main. J’apprécie moyen mais ça m’arrange, ça équilibre un peu. Si on pouvait se retrouver dans une rue moins éclairée…Attention, j’ai pas dit que je voulais ne serait-ce qu’une once d’intimité. C’est simplement que toutes ces lumières, ça me pique les yeux. Oh…j’aurai du mettre des talons moins hauts. Je titube, en tout cas j’ai l’impression de tituber. Et là, je ne comprends pas ce qu’il se passe, alors que j’esquive une bouche de métro d’un mouvement que je tente de rendre élégant, Valentin m’attrape par les bras, me serre, un peu (bon, ça fait pas mal,, faut pas exagérer), je me retrouve dans les siens, et sans pouvoir rien faire, il me fait une option bouche à bouche. Beurk.
Beurk beurk.
Oh, le baiser…bien. Non, c’est vrai. Bien. Franchement bien. Très bien même. Comme il ne me lâche pas, je cède un peu. C’est pas désagréable, un baiser bien donné. Même s’il veut, il peut recommencer. On va dire que c’est un baiser de contrôle, pour m’assurer que c’est bien. Et là suis rassurée. Vraiment bien.
Mais beurk quand même. Quelque chose me gêne. Faut que je réfléchisse. Et pendant qu’il m’embrasse encore (et c’est toujours bien bien bien), ça me revient. Germaine.
J’ai honte. Suffisamment pour me dire qu’il faudra que j’y pense. Je promets de le faire, demain. Quand il aura fini de m’embrasser, bien bien.
To be continued.
(Laissons Valentin reprendre ses esprits, tout de même...)

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