Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Je suis pas d’un naturel à m’affoler. Je suis même l’incarnation de la zénitude (je le sais, sur Facebook suis au max de points zen, alors si ça c’est pas un signe…).
Mais quand même, parfois, sans être exigeante, j’aimerais bien avoir droit à des moments un peu tranquilles. Juste comme ça, pour voir.
Germaine a disparu.
Là, c’est la merde.
Cathy s’effondre sur le lit, les bras en croix, telle le gisant. J’entends “aïe”. C’est Valentin, sans doute, qui a du réussir à glisser sous le sommier. Il a peut-être été attaqué par un vieux ressort, ou un truc du genre, ces vieux sommiers c’est pas fiable…Valentin…Oh mon Val…oui, c’est pas le moment, je suis d’accord.
Cathy n’a rien entendu.
Juste, elle pleure.
Je la prendrais bien dans mes bras pour la consoler, mais suis à moitié à poil, ça pourrait lui faire croire que…Oh non, non, suis toujours pas homo, et pas prête de le devenir, moi.
Allez Cathy, on se ressaisit. Germaine ne doit pas être loin. On va la chercher, et on va la retrouver, Germaine. Le temps de me mettre quelque chose sur le dos, et haut les coeurs, partons en expédition, il faut sauver le soldat Germaine.
Je saisis Cathy par le bras, l’entraîne au dehors, lui dit que si elle a l’intention d’allumer sa lampe de poche, ça serait pas mal pratique pour y voir quelque chose, enfin, elle fait comme elle veut, mais dans le noir, pas certain qu’on arrive à quoique ce soit, et prie très silencieusement pour que Valentin ne se fasse choper, en sortant de la chambre, ni par Valentine, ni par Fabrizio, ni par Gaston, ni par Pauline…Gaston et Pauline…Gaston…Où il est passé d’ailleurs celui-là? Parce que dans mes souvenirs, d’accord, Germaine a disparu, mais avant ça, Valentin m’avait dit un truc. Enfin, avant que je ne me fasse assomer.
Il me semble qu’une ou deux bricoles ne tournent pas rond depuis qu’on est arrivé en Bretagne.
J’avais entendu vaguement parler de ces légendes concernant des fantômes, ou des trolls, ou de la sorcellerie, ou je sais plus bien quoi, enfin, des choses bizarres qui n’arrivent qu’ici, en Bretagne.
Je n’avais pas demandé de preuves.
Et franchement, là, c’est le bordel.
Reprenons calmement. Et puis, faut bien que j’occupe mes pensées, pendant que je galope derrière Cathy qui pousse des “Germaine, Germaine”, dans tous les sens, comme une maman cherche ses petits dans un supermarché.
Alors je suis arrivée avec Gaston et Pauline, ou plutôt avec Gaston mon copain qui drague Pauline ma soeur, pour fêter l’amour fou des goudous entre Cathy, l’ex de Gaston, et Germaine, ma meilleure amie, qui a des doutes sur la fidélité de Cathy, qui tournerait autour du rital, qui lui-même s’est tapé ma soeur, à moins que ça ne soit elle qui lui ait forcé la main, pendant que Valentine, ayant le dos tourné, laisse Valentin grimper dans des tours où je me trouve, ou venir me rejoindre dans ma chambre, où ne se trouve pas Gaston, et finit par m’embrasser, parce que de toute évidence, on ne peut pas s’en empêcher.
Pas de quoi chercher du poil aux oeufs, c’est très simple.
En fait, le problème est quand même que Gaston, je sais pas du tout où il était pendant que Valentin était avec moi, que quand même, ça ne se fait pas d’abandonner comme ça la femme qu’on dit aimer, et que Valentin, entre vous et moi, si éventuellement on avait l’occasion de faire un peu plus que s’embrasser, éventuellement, suis pas contre du tout.
Ne serait-ce que d’un point de vue expérimental, voir si ça colle.
En attandant, on continue de chercher.
Par mesure de précaution, je décide de surtout ne pas aller dans le parc, endroit sombre et austère aux pièges nombreux et incontournables, genre racines d’arbres, fossés, mottes de terre…Enfin, tous ces trucs qui pourraient avoir tendance à me propulser vers le sol. Côté chutes, j’ai mon lot pour la journée, pas la peine de chercher les embrouilles.
Et puis ohlala c’est qu’il y a des douves, si vous voyez ce que je veux dire. Avec de l’eau dedans, ou plutôt de la gadoue, un marécahe affreux en somme. Et l’option bain de boue n’est pa sprévue dans mon programme.
Et puis vous dire “c’est là que je suis tombée” ça commence un tantiner à me lasser. Vous, ça vous fait peut-être marrer, mais moi, pas du tout.
Tout le monde se croise, jamais la bonne paire ensemble, au jeu des sept familles on serait franchement nul.
Ah si. À un moment j’ai failli avoir une bonne paire. Mais en entendant les voix, j’ai préféré faire demi-tour, entraînant Cathy dans un sombre couloir, même j’ai eu un peu la trouille qu’elle se dise que je profitais de la disparition de Germaine pour m’en prendre à son corps, mais non, elle ne s’est rien dit, elle reniflait c’est tout.
Les voix, bien sûr, c’était Valentin et Valentine. Valentine demandant à Valentin où il était. Si elle veut, je peux répondre : Il était avec moi, on s’est embrassé comme des bêtes, et on s’est arraché nos pyjamas, en tout cas une partie, on aurait bien fait plus, moi finalement ses mains sur mes seins, suis plutôt vachement pour, mais Cathy a déboulé, alors comme d’habitude et une fois de plus, on a du s’interrompre, et tu sais Valentine, ça serait pas ton mec, je te dirais volontiers que Valentin, là tout de suite maintenant, c’est comme il veut quand il veut.”.
Mais j’ai rien dit.
Discrète Emma.
Tout dans la mesure.
Petit à petit on s’est tous regroupés, mais sans le vouloir, comme si une force centrifuge nous avait ramenés dans le hall du château.
Franchement j’en avait marre, dormir un peu commençait à me plaire pas mal comme futur proche, voire même immédiat.
Cathy était au bord de la crise de nerfs.
Et Valentin a eu une idée.
Il est génial Valentin. Je le savais, mais là…non, franchement, il est brillant, magistral, lumineux, clair, rassurant…Quoi? Si, je suis lucide. Parfaitement. Après une cuite et avoir été assomée, suis au mieux de ma forme.
Valentin a suggéré de vérifier si, par hasard, Germaine n’aurait pas pris des affaires, genre départ volontaire sans prévenir personne.
Cathy fonce vérifier, je me pose, les autres se posent, elle revient, on se relève, il n’y a plus ni le manteau, ni le téléphone, ni le sac à main de Germaine.
Elle n’a pas disparu. Elle est partie. Comme ça. Sans au revoir, sans adieu, sans mot, sans explication. P*****, c’est durail pour Cathy ça.
C’est durail mais rassurant. Aucun loup n’est en train de dévorer sa dépouille au fond du parc, aucun monstre sanguinaire, satyre et sauvage, n’abuse de son corps démuni et désarmé dans les bois obscurs. Moi, je me dis, allons dormir.
En plus j’ai quand même super mal au crâne, et là tout le monde s’en fiche, enfin, personne n’est au courant, j’ai pas eu le temps de le dire, mais je rappelle quand même que je me suis faite assommée par derrière et par un chandelier (on soulignera l’élégante figure de style, appelée “zeugma” pour ceux qui ne savent pas), que je ne sais pas qui est l’abruti qui a voulu jouer au Cluedo sur ma modeste personne, mais que moi, la moutarde du colonel, elle va finir par me monter au nez si tout le monde se désintéresse de mon sort. Non mais quand même.
En plus, et là aussi personne n’y prête attention, mais j’en ai deux à l’oeil, c’est Gaston et Pauline. Gaston et Pauline qui, subitement, comme par magie, on réapparus. Pas ensemble, bien sûr. Pas fous, non plus. Infidèles, sans aucun respect de la famille et des convenances, mais pas fous. Et bien, de moi, je dirais : “Pas folle la guêpe”. Parce que en y réfléchissant bien, je commence à penser que le Fabrizio – sara perche ti amo - c’était juste une manoeuvre de la part de Pauline, genre je fais diversion, le Fabrizio donc, il n’a jamais été plus loin qu’un baiser, avec Pauline, en tout cas.
Et que Gaston, et bien Gaston, il fait vraiment tout pour s’envoyer ma soeur qui ne fait rien pour le décourager.
C’est écoeurant quand même.
En famille.
Beurk.
Et puis faut que je vous dise, je suis quand même inquiète.
Je joue les dures, là, les tendues à cause de sujets super graves, comme : qui a osé s’en prendre à mon crâne? Ma soeur se tape t’elle mon mec? Vais-je me taper Valentin?…Bon, des sujets qui font réfléchir, faut l’avouer.
Reste quand même que Germaine est introuvable.
Et que, admettons qu’elle soit volontairement partie, et pas kidnappée par un kidnappeur trop malin qui aurait pris ses affaires pour faire croire qu’elle est volontairement partie (oui, je sais, ici le style est un peu lourd, mais moi suis épuisée, alors les efforts et les tournures et les jolies phrases, ça attendra demain, ne vous déplaise), pourquoi serait-elle partie?
Elle allait prononcer ses voeux d’amour gloire et beauté, des mots qui font rêver, avec Cathy, et hop, elle se volatilise. C’est strange, comme dirait la fille de ma collègue. Le fait que j’ai accidentellement détruit la pièce montée ne justifie pas de lever le camp sans tambour ni trompette.
Sauf si…sauf si…Fabrizio n’étant qu’un prétexte pour Pauline…et Cathy le zyeutant grave de chez grave…en fait, voilà, c’est clair…
Germaine a coincé la mangeuse d’abricots (j’ai le vocabulaire qui s’est nettement élargi côté homo, moi) en train de se faire un capuccino avec le rital et je le reste et dans le coeur et dans le geste, si vous voyez ce que je veux dire, elle a pleuré, normal, elle a réagi, moins normal la connaissant, et elle s’est tirée.
Et Cathy ne peut rien avouer.
Et elle est super emmerdée.
Donc elle nous fait croire que MON AMIE (parce que là je commence à être en colère) a disparu.
Et nous gave avec sa chasse à la femme.
Et bien moi, je vais dormir.
Voilà.
Demain, j’appelerai Germaine. Elle a pris son téléphone, elle est donc joignable, désespérée mais joignable, et moi, j’en peux plus.
Alors salut la compagnie, bonne nuit, et à demain.
On est déjà demain.
C’est fou comme le temps passe vite quand on est occupé.
Je ne vous raconte pas nos têtes au petit dej, un remix de Thriller, c’est super glam.
Pour couronner le tout, Cathy, parfaite, digne et majestueuse (j’en rajoute un peu, mais bon, c’est pour mettre un peu de mélo dramatique dans cette histoire), en Morticcia bretonne, git dans une chaise longue, toute de noire vêtue.
De mon côté, je vais vous sembler un peu égoïste, mais le départ de Germaine m’arrange. Parce que pendant que tout le monde tergiverse, l’activité très amusante qui était prévue si tout s’était normalement déroulé, sans mélange de couples, chutes, coups de chandeliers (je vous signale que depuis hier soir tout le monde se fout toujours de mon sort), départ précipité…, bref, l’activité prévue était une visite guidée de la cité médiévale.
Et moi, là, l’idée d’aller me coltiner des vieilles pierres, ça ne me botte pas du tout.
En principe je suis plutôt du genre OK pour les activités de groupes, mais on va dire que toute activité de groupe, ou même simplement en binome, ce week-end, ne me tente absolument plus du tout.
Sauf si mon binome est Valentin.
Mais j’ai pas le droit de le dire.
Quoiqu’il en soit, on est tous là, tous dans le paté, Morticcia gémit et pleure le départ de sa bien-aimée, quelle faux-cul celle-là, et soudain, alors que j’avale mon café, crie “On y retourner!”.
On retourne où? Hein? À votre avis?
Chercher Germaine, bien sûr.
Ben voyons suis-je bête.
C’est vrai que chercher qui aurait pu m’en vouloir au point de me fracasser un chandelier sur le crâne, ça serait vraiment idiot comme idée.
En revanche, se préoccuper de Germaine, qui a préféré partir plutôt que l’ignominie et le déshonneur dus à la tromperie de Cathy, ça c’est vital.
Ppppffffffff.
D’un autre côté, c’est plutôt pas mal.
On ne se fade pas les ruines bretonnes.
On se disperse.
Tous.
Chacun séparément.
Ce qui veut dire…que je vais avoir un peu de temps libre.
Pour moi.
Pour retrouver Valentin. Inopinément sans l’avoir cherché bien sûr. Fortuitement (ça fait quelques temps que je veux placer fortuitement, et je n’y arrivais pas, là ça me semble plutôt bien).
Voilà. Je m’éloigne, discrètement, mais pas à reculons, me connaissant c’est dangereux, je perds tout le monde de vue, et tout le monde fait de même avec moi.
Valentin, où es-tu, je crois que tu es là, je viens vers toi, pour te dire que là, franchement, j’en peux plus, vas-y prends moi…(Je sais, ça ne se dit pas, mais euh, à ma place et plutôt que de sécher une fois de plus sur place, vous feriez quoi, vous? Allez, j’voudrais bien vous y voir…et voilà, y’a plus personne pour frimer, c’est bien ce que je pensais.)
Valentin, me voici, je suis toute à toi…
C’est quoi encore ce bruit?
Oh si, je sais très bien ce que c’est.
C’est le bruit d’un long et langoureux baiser.
Oui.
Comme je vous le dis.
Très long et très langoureux et très humide.
Le bruit vient juste de là où j’ai cru voir Valentin.
Oup’s.
Ça, ça serait pas cool que je le trouve en train d’embrasser Valentine.
Pas cool du tout. Je dirais pardon m’sieur-dame, je ferais demi-tour, je m’en irais la gorge nouée…
Dites-moi que je me trompe.
Allez, dites-le, soyez cool.
Je me trompe.
Celle que je vois, là, juste devant moi, embrassant quelqu’un caché derrière un arbre (ah le lâche!), c’est Cathy.
To be continued
Et que se dit Valentin?

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