Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...

Y’a eu comme qui dirait une accalmie.
Vers midi, notre gentille cheftaine scout Germaine a fait sonner la cloche de la tour, regroupement dans la grande salle déjeuner hop hop pas une minute à perdre, donc pas le temps de se prendre la tête.
En plus, miracle peut-être dû au soleil, tout le monde avait l’air détendu. A distance raisonnable les uns des autres, mais détendu.
Un observateur non informé aurait peut-être eu des difficultés à reformer les bons couples, mais comme personne ne demandait rien, c’est pas bien grave.
Germaine pouffait, et Cathy, une main sur son épaule (enfin, sur l’épaule de Germaine), nous demanda quelques minutes de silence, juste pour nous informer du programme.
Nous allions donc déjeuner, rapido presto, vue l’après-midi on n’a pas de temps à perdre (hihihi de Germaine, un peu agaçants), il y a donc un grand jeu de pistes de prévu, ça va être très drôle (suis dubitative d’un coup), tout est organisé pas de panique, et d’ailleurs nous avons un couple d’amis qui a tout prévu.
Surgissant de nulle part, une dénommée Karine, l’air plutôt cool faut bien le dire, et son accolyte, Pascal je crois, mais de toutes les manières je m’en fous de son nom, il ressemble à rien, et j’ai déjà assez de soucis comme ça pour pas aller détailler tous les nouveaux venus, bref, Karine et Pascal nous expliquent comment ça va se passer.
On va être en équipes de trois, couples séparés. Ça je le savais déjà, Gaston avait précédemment fait une crise à ce sujet, on va pas insister lourdement, hein les gars. Tout se passera dans le parc du château. L’objectif si j’ai bien compris est de trouver les indices en répondant à des énigmes, ensuite avec tous ces indices on court vite vite, pour découvrir un trésor. En gros ça doit être ça, aggrémenté de quelques surprises, et comme c’est des surprises, on ne nous dit rien, et moi, là, les surprises, j’en ai franchement ma claque.
Je fais un tour rapide d’horizon, sans presque bouger la tête. Pauline glousse, ce qui n’étonnera personne, Fabrizio a l’air ailleurs, Valentine a l’air ailleurs, Valentin a l’air ailleurs, Germaine a l’air ailleurs, Gaston a l’air ailleurs…Bonjour et bienvenue dans la 4eme dimension, en direct d’un château du fond de la Bretagne…Vous êtes là pour un week-end entre amis, mais seuls vos carapaces corporelles sont présentes…Depuis votre arrivée, vos esprits sont absorbés par des forces extra-terrrestres vous conduisant à ne plus bien savoir qui est qui…
Tu parles d’un jeu de pistes, on arrive déjà pas à se retrouver dans ce château, on sait plus qui est qui et qui est avec qui, si en plus tout se complique, ça va pas être simple.
Pour couronner le tout, Karine et Pascal ont déjà prévu les équipes, et sont certains qu’on va être très contents. Moi, un doute m’habite, mais je ne le dis pas trop fort, c’est un tantinet vulgaire.
Alors, équipe 1 : Germaine, un inconnu dénommé…j’ai pas entendu, et moi. Jusque là, tout va bien.
Équipe 2 : Valentin, Pauline et Cathy. Y’a un truc qui me chagrine dans cette équipe, mais je ne vais pas m’apesantir, on en est déjà à la 3 : Valentine, l’italien bellâtre, et une autre personne, mais là, ppfff, je sais pas qui. Si Valentine touche au mec de ma soeur je lui fais bouffer sa perruque à cette pouf. D’un autre côté, si elle lâche Valentin, c’est bien. Ah mais voilà, merdouille, faudrait pas que Pauline en déconfiture se jette sur Valentin…
Ppppffff, ça va m’en faire des trucs à surveiller, moi.
Et Gaston? Ben Gaston, il est pas ravi du tout. Il est avec deux personnes j’ai pas entendu qui, suis trop occupée avec mes soucis, mais ça n’a pas l’air et l’heur de lui plaire, pour son grand malheur (je vais finir le week-end poète).
Valentin, Pauline et Cathy…Valentin, Pauline et Cathy.
J’aurais bien aimé être avec Valentin, mais je ne vais rien dire.
Tiens, j’imagine, dans le genre abrutie congénitale, moi levant le doigt “Siouplé on peut changer j’aimerais bien être avec Valentin, on a plein d’indices à chercher ensemble dans des fourrés et on va pas vous dire lesquels, après on veut bien mourir, ou fuir tous les deux en changeant d’identité parce qu’on risque quand même d’avoir des emmerdes…”.
En même temps, le parc est grand, on peut toujours se perdre, et là par hasard, je croise Valentin, et il me croise, et même si y’a pas la lune dans le ciel, on peut en voir d’autres et…mais qu’est ce que je raconte là? Ok, Valentin, juste je craque grave de chez grave au cas où personne n’aurait compris, mais très officiellement je suis avec Gaston, et vaudrait mieux pas que je tire trop sur la corde, ça pourrait encore l’énerver. Enfin, les énerver. Mais pas le même énervement sii vous voyez ce que je veux dire. Et là, y’a un énervement qui me tente plus qu’un autre, et …ah non Emma, ça va pas recommencer…
Enfin, voilà, que ça nous plaise ou pas, nous savions quoi faire de notre après-midi, et comment, et avec qui. Départ dans une heure, le temps de partager un grand taboulé, ça va être très sympa.
L’avantage c’est qu’il fait beau. On va se mettre tout de suite d’accord là dessus, pour éviter que les mauvaises langues (et ici, je pense qu’il y en a, eheh) ne se réveillent, je croyais qu’en Bretagne, point de survie sans parapluie, et bien, c’est faux. Mea culpa, ça c’est fait.
Ben dites donc, si je vais prendre un mojito, là tout de suite, faut pas m’en vouloir. J’ai des excuses, et pas des moindres.
Suis même toute retournée.
Comment ça je bois trop de mojitos? Si vous dites ça, c’est que et d’une vous n’en avez jamais bu, et vous ne savez pas ce qui est bon, et de deux comme vous m’avez coupé la parole, vous ne m’avez pas laissé finir, et donc vous ne savez pas comment mon après-midi trop sympa s’est passée, et là, ben là, si vous le saviez, vous iriez boire aussi.
Oui, absolument. Comme je vous le dis.
Je vous le dis ou je ne vous le dis pas?
Je sais pas, je vais peut-être d’abord aller prendre une douche, pour me remettre.
Ou me faire les ongles….
OK, suis pas cool, vous crevez d’impatience malsaine, vous piaffez, et moi je vous fais attendre. Ouh qu’elle est vilaine Emma. Pas bien.
Alors, on s’assied, on se pose, les fumeurs peuvent fumer, les autres n’ont pas besoin de commencer, je vous raconte.
Nous voilà tous partis, en petits groupes bien répartis (enfin, bien, reste à voir), pour cette folle équipée, pleine d’aventures et de rebondissements, comme ça a été promis.
Comment vous dire? L’inconnu qui nous accompagne Germaine et moi est fade, moche, sans intérêt, et il pue un peu. Cela dit, vu l’état des salles de bain, il a peut-être hésité à se laver, mais il pue un peu. Donc, Germaine et moi, fortes de notre première énigme, et tacitement d’accord, nous éloignons sans bruit afin de le perdre. Quoi, c’est pas charitable? C’est pas votre nez qui était en jeu, tout de même.
Comme on est assez douées, Germaine et moi (Je vais dire nous, ça ira plus vite), avons mis approximativement une minute et demi à le semer. (Si un jour vous voulez semer quelqu’un, demandez moi, suis hyper forte pour ça).
Et nous voilà, toutes les deux, les deux meilleures amies du monde, tranquilles et tout, en train de chercher la réponse à l’énigme tout en devisant gentiment. Toutes les deux. Rien que toutes les deux.
Germaine me parle, de son couple, du mien, elle est un peu inquiète, elle trouve qu’avec Gaston ça n’a pas l’air d’être le bonheur (aufff, moui, ça va…), et puis elle espère que revoir Valentin ne me gêne pas (non pas trop, on s’y fait je te remercie), elle est contente je suis superbe (oui, merci, suis comme d’hab mais bon), et elle, et bien elle, elle a découvert le bonheur.
Ah oui, ben c’est super chouette ça le bonheur. Et alors Cathy et elle? Oui ben Cathy et elle, c’est sympa, mais surtout ce qui est merveilleux c’est cet amour, enfin cette forme d’amour,enfin ce partage, cette compréhension, parce que y’a pas de doute, y’a qu’une femme pour comprendre les attentes et les désirs et les besoins d’une autre femme, et savoir comment se faire du bien et …et là ça a commencé à plus trop me plaire quand même.
Que Germaine soit heureuse et épanouie en lesbienne, j’en suis ravie pour elle. Mais les petits trucs du quotidien entre filles, hormis la couleur des pompes ou le nouveau pull trop beau de la boutique qui vient d’ouvrir, moi, ça me branche pas des masses.
Ce qui ne me branchait pas des masses non plus, c’est que pour raconter ça, Germaine se rapprochait de moi. Beaucoup. Du style, je te colle.
Ce qui m’a branché encore moins, c’est quand elle m’a dit : “Et toi?”
Et moi? Et moi quoi et moi? Moi ça va très bien, merci pour elle. Oui je suis sûre. Non, les nouvelles expériences, tout ça, c’est pas trop mon truc, suis pas du genre aventurière, mais t’as quoi là Germaine, tu prosélytes pour les goudous?
Prétextant avoir vu quelque chose au loin très loin derrière un arbre, j’ai tenté de m’éloigner (ce qui est souvent le cas quand on va loin très loin). Mais Germaine était sur mes traces. On ne peut pas dire qu’elle se donnait un mal de chien pour répondre aux énigmes. Qui, moi, m’occupaient vraiment l’esprit, enfin, je faisais tout comme, pour détourner la conversation.
Peine perdue, Germaine avait de la suite dans les idées.
Ma chérie (ah non, ça suffit de m’appeler “ma chérie” tout le temps, et puis là ça ne me plaît pas du tout), tu sais, faut que je te dise…Euh, y’a pas d’urgence, on peut en parler par sms, dans quelques jours? Non, bon, ok, vas-y…
Ma chérie, tu sais, Cathy est géniale, elle m’apporte beaucoup, je suis bien; mais tu vois c’est pas non plus l’extase au quotidien, y’a des nuages, bon, je sais comme dans tous les couples, mais en fait, bon, si je me suis découverte avec elle c’est géniale, et les hommes c’est bien fini.
Complètement fini même.
Surtout, j’ai réalisé quelque chose. Je suis donc merveilleusement bien. En lesbienne. Mais je sais aussi qui j’aime, qui j’aime vraiment, profondément, à qui j’ai envie de donner tout cet amour et de montrer comme le corps exulte et s’exprime, sous des caresses que les hommes n’ont pas l’idée de faire, vraiment, tu saurais, enfin, j’aimerai que tu saches, voilà, je sais aujourd’hui que ce corps que je veux faire bondir de plaisir et ce coeur que je veux chérir, c’est à toi qu’ils appartiennent.
C’est là que je suis tombée. (ça faisait longtemps, et pour une fois c’est pas ma faute).
Je suis tombée, et puis je me suis relevée, mais alors très très vite, Bip bip à côté c’est un escargot endormi, et puis, j’ai dit Ahhhhhhhhhhhhhhhh non, ça va pas être possible Germaine, je t’aime beaucoup, j’ai rien contre les homos, j’adore le rainbow et tout et tout, mais là, désolée, je m’excuse d’ailleurs j’y vais non non, ça va me touche pas merci c’est pas grave la terre dans les cheveux me touche pas je te dis arggggg t’es sourde beurk excuse moi, mais là garde tes mains dans tes poches, bon, moi j’y vais, c’qu’on fait c’est qu’on fait comme si t’avais rien dit allez à plus, je vais chercher les indices, ou pas, je sais pas bien, bon, salut, merci pour tout, enfin non, pour rien, suis flattée, mais voilà, je peux pas , le prends mal….Et moi j’ai pris mes jambes à mon cou.
Oh p***** de p*****. Lesbienne, ok. Je vous promets que l’homosexualité ne me dérange absolument pas. Mais là, non non, je ne suis pas du tout d’accord, Germaine, elle doit pas du tout être amoureuse de moi, oh beurk beurk.
Alors j’ai couru, longtemps longtemps, j’ai planté Germaine, je ne savais pas trop où j’étais, sauf que j’étais sans doute toute décoiffée, avec de la terre partout et même des herbes dans les cheveux et sur mon pull, et ouhla genre crise de panique, et soudain oh miracle j’ai vu la tour, et j’ai couru encore, bon, en même temps vous me direz, c’était pas non plus monstrueux, j’avais pas de quoi flipper comme ça, mais merde, quand votre meilleure amie vous dit qu’elle est lesbienne et amoureuse de vous, ça fiche les choquotte quand même un peu.
À force de courir, je suis arrivée au château, j’ai foncé dans l’entrée, et j’ai percuté Gaston.
Ahhhhh Gaston….j’allais m’écrouler dans ses bras, quand j’ai senti qu’il y avait (encore) un souci.
C’est épuisant à la longue tous ces soucis.
Je commence à rêver de calme….
- T’étais où?
Ohla, quel accueil, fichtre, il est ravi de me voir lui.
- Hein? T’étais où? Suis là, comme un con depuis deux heures, avec les deux abrutis qui ont tout trouvé tout de suite, et toi…???? Je peux savoir? Et c’est quoi cette tenue, tu t’es roulée où?
- Figure-toi, tu ne vas pas me croire, mais….
- Non, laisse tomber, je vais pas te croire, t’as chopé Valentin, c’est ça?
- Mais non, mais arrête un peu avec Valentin, merde, c’est Germaine…
- Germaine a chopé Valentin? Tu te fous de moi en plus?
- Mais laisse moi finir…bordel. (ça pose, bordel, là). Germaine, elle est amoureuse de moi. J’ai pas vu Valentin, j’ai fui Germaine, me suis cassée la figure, c’est tout.
- Germaine, amoureuse de toi? Manquait que ça, les mecs te suffisent plus?
- Mais j’ai pas dit que moi j’aime Germaine, c’est pas vrai, t’es devenu con ou quoi?
- Bon. Admettons, t’étais avec Germaine, elle te fait sa big déclaration, et alors Valentin est où?
- Mais j’en sais rien, moi…
- Avec Pauline. Ça me revient. Avec Pauline, ils étaient ensemble. Oh l’enfoiré. Il va chercher à se la taper, c’est sur. L’ordure. Pauvre Pauline (pauvre pauvre….je dirais pas ça moi). Ce fumier avec ta soeur (oui, euh, elle est grande, elle se débrouille, elle peut gérer je pense). J’te jure Emma, s’il a touché à Pauline, je lui explose sa gueule à ce connard.
J’ai jamais vu Gaston comme ça. Je sais pas ce qu’il a depuis quelques jours, mais il est vraiment pas clair.
Et pourquoi il défend autant Pauline. C’est quoi le truc avec Pauline?
Je sentais bien quelque chose, mais c’est ma soeur quand même.
Et puis Valentin, j’ai pas trop envie que Gaston y touche.
Pas du tout même.
Pauvre Valentin…
- Oui, vais lui démonter sa tête, à Valentin.
- Gaston…calme-toi, mon chéri, s’il te plaît.
To be continued

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