Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...

Huuuummmppppppffffuuiiiiittttttttt. Waouh. Ppppfffffffff.
Il embrasse trop bien.
Et c’est trop bon.
Et la nuit est trop belle.
Et on est trop en retard pour le dîner.
Valentin et moi avons eu du mal à nous arracher de nos bras et langues respectifs, on était assez emmêlé au sommet de cette tour, mais ça devenait franchement imprudent, considérant le détail non négligeable qu’on était très vraissemblablement attendus, chacun par nos moitiés respectives.
On a échangé encore quelques “J’y crois pas, c’est merveilleux, on essaie de se retrouver très vite, bisou, bisou, oui, encore un, un dernier…”, j’ai filé dans l’escalier pour rejoindre la salle d’armes où le dîner était servi.
Valentin avait décidé de rester fumer une cigarette, ce qui me laissait le temps de réapparaître, seule, détendue (mouais…), et souriante (l’air benêt sans doute).
La première personne que je vis fut Gaston. Il n’avait pas l’air content du tout. En fait, il avait même l’air sacrément furibard. Comme je suis très douée pour sentir arriver les situations de crise, je me suis doutée qu’il fallait en urgence que je trouve une pirouette cacahouete à lui fournir. Mais d’une main ferme et froide, il m’arrêta dans mon élan. (Pour les réalisateurs hollywoodiens qui s’intéressent autant à la saison 3 qu’aux précédentes, je précise que nous sommes donc à l’entrée de cette grande salle. Le regard noir et perçant de Gaston est posé sur moi, sa main tendue bien droite devant lui, comme celle d’un homme prêt à jurer votre honneur que je vais tuer cette femme si elle me ment, et le ton glacial qui l’accompagne, à faire geler le soleil en deux secondes trente. Ça fait très peur, il faudrait même trouver une petite musique genre celle de l’Exorciste ou un truc du même style, enfin bref on se met à la place de l’héroïne qui pétoche mais est trop intelligente pour tomber dans ce piège à la fois masculin et ridicule. Cela dit masculin et ridicule, ça peut parfois être des pléonasmes.)
- T’étais où?
- Dans le parc.
- Et tu faisais quoi dans le parc?
- Je cherchais Pauline.
- Tu crois que je vais te croire?
- Tu fais comme tu veux. Je cherchais Pauline, c’est tout.
- Et tu l’as trouvée?
- Oui, dans les bras de Fabrizio (Tiens prends ça grand schnock, toi qui n’arrête pas de tourner autour de ma soeur). Un italien que Cathy a invité. Tiens d’ailleurs regarde, les voilà.
Et hop, pendant que Gaston tourne la tête, je m’éclipse et fonce vers Germaine. Ça sent la grande scène du 2, Hiroshima à côté aura été un compte de fées, j’ai la très nette impression que ce coup-ci la crise est inévitable.
Mais je ne l’affronterai pas le ventre vide. Là, l’urgence, c’est un mojito, et dîner. Simuler aussi que je suis totalement pompette ohhhh trop drôle le château où l’on y voit que pouic, et ronfler. Non, pas ronfler, il serait capable de me secouer pour que j’arrête. Dormir, déjà, c’est sans doute la solution.
Je me suis réveillée avec un superbe rayon de soleil. Aussitôt gâché par un énorme nuage, sous la forme d’une attaque, que dis-je d’une attaque, d’une aggression verbale et massive de Gaston.
C’est dingue ce que les mecs peuvent être lâches. Quand ils ont un truc à dire, ils ne vont pas attendre qu’on soit fraîches et disposes et en état de parler. Ah que non. Ils guettent le moment où nous sommes bien faibles et légèrement pas réveillées du tout, donc très fragiles psychologiquement, et ils se mettent à mordre. Un peu comme les roquets qui s’accrochent aux jambes de pantalon et ne lâchent plus, en faisant des ggggrrrrrr ggggggrrrrr qui n’en finissent pas. C’est assez insupportable, mais d’un point de vue ethnologique c’est pas inintéressant.
Et au réveil, en Margaret Mead de l’homme viril et énervé, je me trouve assez douée.
Pendant ce temps-là, je subis sans vraiment entendre les critiques de Gaston. Qui sont la quintessence de la mauvaise foi masculine. Si on est là c’est de ma faute, je n’ai jamais cessé de penser à Valentin, je lui cache plein de choses, il est très malheureux mais il ne dit rien (Victime et martyr, admirable, bravo…), je me tiens n’importe comment (Là, je vois pas, j’ai rien fait hier. J’étais pompette, mais j’ai rien détruit pour une fois), j’attends qu’une chose c’est que Valentin m’embrasse (Pour être précise au vu des derniers évènements : qu’il m’embrasse encore. Mais ça je le garde pour moi)…Ouhlala, ça va pas le faire Gaston. Mais alors pas du tout.
Devant un tel vomi verbal, je ne peux que réagir. Je ne vais tout de même pas le laisser se pavaner, au milieu de la chambre, en caleçon (ce qui le rend assez grotesque tout de même), en train de remuer les bras dans tous les sens, comme un contrôleur aérien sur le tarmac, imposant sa colère démesurée et son autorité déplacée. Va falloir redescendre d’un ton mon p’tit. 1, j’ai mal au crâne, et 2 t’as tort (Bon, je reconnais, pas sur tout, mais je ne vais pas apporter de l’eau à son moulin tout de même).
Je me redresse dans le lit, au rythme des grincements du sommier. Je suis sereine, posée, mon ton est clair et respectueux, je ne parle pas fort car je sais que c’est ainsi que je peux le calmer.
- Gaston, calme toi.
- Non, je ne me calmerai pas.
Raté.
Changement de tactique.
- Très bien, et bien ne te calme pas. T’es grotesque mon pauvre ami. T’es en train de hurler, de Quimper à Ouessant ils sont au courant que tu divagues. Mais tu crois quoi? Que j’ai pas vu ton manège avec Pauline? T’es là, à lui tourner autour, à lui sourire, et nianiania Emma elle est trop méchante ta soeur, t’inquiète je suis là. Oui, ben tu l’as dans l’os mon vieux, Pauline a flashé sur Fabrizio, et réciproquement, et tu te venges en me gueulant dessus? Mais t’es complètement barré c’est pas possible. Si je te dis que je ne SAVAIS PAS que Valentin serait là, c’est que je ne le savais pas. Oh, et puis c’est vrai, t’as bien les boules, avec ton ex qu’a viré gouinasse. Mais grandis un peu nom d’un chien, je suis là, je suis avec toi, tu crois franchement que je suis venue pour Valentin?
- Bon, ok. T’as pas tort. Enfin, si, pour Pauline. Mais c’est vrai que ça me fiche les glandes de voir Cathy avec une nana, même si c’est Germaine.
(Alors là, Emma, chapeau. Trop forte. Avoir sorti comme ça le coup de l’ex et que ça marche…trop forte vraiment. Ouf ouf ouf)
- Bon allez, excuse-moi, on va pas se gâcher le week-end pour ça. Tu ne colles pas trop Valentin, tu t’éloignes s’il te colle, et ça sera nickel, ok?
Un mec qui dit désolé, ça vaut une fille qui dit : je t’aime, tu es le plus beau le plus fort le plus intelligent j’ai énormément de chance tu es merveilleux je suis nulle je te demande mille fois pardon. Et puis c’est pas le moment d’envenimer la situation. Va pour le excuse-moi, et on embraye.
- Allez, c’est rien. On a tous le droit d’être énervé, non? Bon, si on allait prendre un petit-dej?
Voilà comment j’ai réussi à stopper la crise. N’empêche, j’avais eu chaud.
Et je me demandais comment ça se passait du côté de Valentin. Parce que sa Valentineuhhhh, m’est avis qu’elle doit pas être bien commode non plus. Vaudrait mieux éviter qu’ils se parlent avec Gaston, ça pourrait nous attirer des ennuis.
Au petit déjeuner, on retrouve Germaine, pimpante, souriante, nous demandant si la nuit a été bonne. Oui, très bonne merci, bien sûr, on ne te dit pas que dormir à l’auberge du cul tourné dans des draps qui sentent le moisi, c’est pas glop, on va pas s’arrêter à ce genre de détails.
Germaine nous donne deux ou trois infos sur la journée, ce matin chacun fait ce qu’il veut, on devrait en profiter pour aller se promener, rien que le parc c’est une merveille, y’a même un étang (intérieurement je me dis que même un étang, c’est bien, avec un bon parpaing, au pire, je peux y dissimuler Gaston, ou Valentine, ou même les deux, faut que je trouve cet étang), et après le déjeuner, ça va être très chouette et très sympa, on va tous faire un grand jeu de piste.
Super idée le grand jeu de pistes, les week-end scouts, ça me manquait drôlement. Non, mais c’est quoi cette idée Germaine? Un jeu de piste? Ben voyons…j’ai pas envie de te gâcher ton plaisir, mais moi c’est pas trop mon truc le jeu de pistes. Quant à Gaston, il passe de placide faussement jovial, à crispé. C’est dingue comme il se crispe depuis hier, il va finir tout de travers si ça continue. Et je te fais des grimaces, et je tords ma bouche dans tous les sens…
Et Germaine qui continue…Oui oui un grand jeu de pistes, bon, en équipes bien sûr, c’est plus rigolo, alors on va faire des équipes de trois, et bien sûr hihihi on sépare les couples, voilà, tout est prévu mais là ça va être la surprise…
Gaston n’a pas du tout l’air de trouver ça drôle. Moi, là, si on pouvait m’éviter deux ou trois surprises, ça m’irait bien. Je veux bien embrasser encore très longtemps sous plein de belles lunes Valentin, je veux même bien plus si affinités, et je peux vous dire que y’a affinités, j’ai bien senti, mais c’est pas trop la peine non plus que je me tape des crises et des scènes de Gaston toutes les trois heures. Ça fatigue à force.
- Et voilà, on y revient. T’es contente Emma, tu vas pouvoir…
- Je vais pouvoir quoi? Vas-y, dis-moi, je t’écoute, ça me passionne.
- Tu sais très bien de quoi je parle.
- Oui, je sais. Je sais aussi que t’es complètement à l’ouest, tendance parano obtu.
- Je suis parano? JE suis PARANO? Nymphomane, va…
- Pardon?
- Oh, c’est bon. J’vais pendre l’air, tu me fatigues, regarde ta tête, t’es toute excitée depuis que Germaine a parlé de son jeu de pistes.
- C’est ça, va te rafraîchir les idées. Salut.
Et Gaston est sorti. Merde alors, ça s’arrange pas en fait.
Germaine a l’air très ennuyé. Et me demande si ça va entre Gaston et moi. De temps en temps je me dis qu’elle est un peu con quand même. Ça va très bien, c’est évident, non?
Ça commence bien cette journée. Puisque c’est comme ça, j’vais prendre l’air aussi, tiens. Pas envie de tout expliquer à Germaine.
Si je me souviens bien, la sortie du château, c’est la troisième à droite, après le rond-point (eheh). Je passe devant un petit salon, un moyen salon, un grand salon, je fais encore cinq mètres, et je freine. Non, je stoppe. Vous savez, comme dans les dessins animés, quand le héros qui va très bien et court vers un avenir très drôle se bloque en plein mouvement et recule. Voilà, c’est exactement ça. Je stoppe, et je recule. Lentement, mais sûrement, et sans faire de bruit. Ou presque, parce que le vieux parquet vermoulu (faut dire, avec l’humidité, ça aide pas), craque à chaque pas.
Et là, qui je vois dans le grand salon, hein? Je vous le donne en mille.
Attention, ça va vous faire un choc. Moi, j’en ai eu un tout de même. Un sacré même.
Là, dans le grand salon, y’a Fabrizio. Fabrizio et ses dents blanches, et son torse abdominé, et sa chemise blanche qui sent bon jusqu’ici, et ses yeux qui disent “Tou es la plou bellissima que yé jamais vou”, et qui tient une main.
Et à qui elle est, cette main? Hein?
Quel salaud ce Fabrizio, dire qu’hier il embrassait ma soeur, quel salaud.
Ordure d’italien vérolé.
Lâche cette main tout de suite.
Ah, j’ai oublié de vous dire de qui il tient la main.
C’est de Valentine.
Comme je vous le dis.
Salaud. Et Pauline??
Bon, en même temps, c’est la main de Valentine, c’est vrai.
Ppppppfffff.
On n’est pas sorti de l’auberge.
To be continued.
Et pendant ce temps-là, que fabrique Valentin?

Derniers Commentaires