Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Et voilà, on est parti pour ce super week-end à Lesbos en Bretagne.
Les valises sont dans le coffre, Pauline est à l’arrière, (ça, ça me gonfle…), Gaston est détendu, tout est parfait dans ce monde parfait.
Il fait beau, et même très beau.
Ça va être un excellent week-end.
Pauline s’est endormie dès que Gaston a mis le contact. Et tant mieux, au moins elle va fermer son clapet.
Parce que ça s’est sérieusement dégradé depuis qu’on lui a dit qu’elle venait avec nous. Enfin, si elle voulait. Elle était pas obligée en même temps. J’ai bien insisté sur le côté pas obligée mais ça devait sans doute lui faire plaisir de venir, elle n’a pas dit non. Gaston a souri. J’ai rien dit. Et Pauline lui susurre des “Merci Gaston” à tout bout de champ, et Gaston lui envoie des “Ce n’est rien Pauline, c’est un plaisir” toutes les deux secondes.
J’ai parfois l’impression qu’un truc m’échappe, je sais pas bien quoi, faut que je creuse.
Sauf que là, c’est pas le moment.
Comme je m’emmerde un peu, j’entame une vraie discussion de couple. C’est pas trop l’endroit, mais bon, pourquoi pas, allons-y.
- ça se passe bien nous deux, hein?
- Ben oui, super.
- T’es heureux avec moi?
- Bien sûr.
- C’est cool. Moi aussi.
- Tant mieux.
- Y’a rien qui te manque?
- Mais qu’est ce que t’as? Tout va bien, suis heureux, c’est super, mais là tu vois, suis juste un peu naze, ça roule pas, on n’est pas arrivé, et ça m’énerve. Donc on va pas parler, on parlera plus tard, ok?
- Ok
Là, on a vraiment eu une bonne discussion. C’est bien, c’est important dans un couple de parler et d’être sur la même longueur d’ondes.
On a fini par arriver. Comme quoi tout arrive. (Oui, c’est nul, mais j’essaie de détendre l’athmosphère).
Vous avez vu Psychose? Vous savez, ce film super drôle avec un fils super bien dans sa tête qui adore prendre des douches avec des jeunes filles qui n’ont rien demandé à personne, avant d’aller préparer de bons repas pour sa maman? Vous voyez la maison? Moi, là, je la vois très bien. Elle est juste sous mes yeux. Ou plutôt, je suis juste sous elle, parce que cette baraque dans laquelle on va passer trois jours que j’ai vendus comme allant être gé-niaux à Gaston, cette baraque donc, elle est tout pareil. En pire. Énorme, gigantesque, et sombre. Très sombre. Y’a même une tour qui n’en finit plus, doit y avoir des tas de corbeaux dedans, ça fait un bruit terrible les corbeaux. Comme le rire stupide de Pauline. Je sais, vous n’avez jamais entendu Pauline rire. Imaginez des corbeaux, en pire.
Germaine, souriante et toute excitée, nous accueille. C’est aussitôt bisous bisous, vous arrivez enfin, pas trop fatigués? Pas trop long la route? Suis tellement, tellement heureuse de vous voir, vous ne pouvez pas imaginer, ce week-end est très important pour moi, sans vous il aurait été différent…
Gaston trépigne, grimace, s’agace et rechigne. (Je ne sais pas bien à quoi il rechigne, mais c’est pour la rime avec trépigne).
Pauline glousse. Depuis qu’elle sait pour Germaine, elle glousse.
Je reste stoïque, bisous bisous Germaine ma chérie t’es superbe, on est très content d’être là, ça va être trois jours top, les autres sont déjà arrivés? Oui? Ils font le tour du château? Ah d’accord ok…Faut dire, c’est beau. C’est grand, et puis c’est sombre quand même un peu, surtout de nuit, mais c’est beau.
Oui oui on veut bien faire le tour.
Allez allons-y Alonso (je ne m’en lasse pas de celle-là)…
Et comme de gentils petits moutons, nous suivons Germaine.
Je ne vais pas vous refaire toute la visite, ça serait trop long. Ce qui est sûr, c’est que le château est encore plus grand à l’intérieur que vu de dehors. Avec des couloirs interminables, des portes partout, c’est ni numéroté ni fléché, on s’est déjà paumé trois fois, je ne sais pas si un jour on arrivera à destination, Germaine commente tout genre conférencière pour groupes férus d’histoire et de vieilles pierres, on va dire que c’est l’émotion. Moi, là, les vieilles pierres, franchement je m’en tamponne le coquillard, je voudrai juste m’asseoir et manger. Si “les autres” visitent aussi, ça va finir par faire KohLanta comme soirée, nous on est les rouges, eux les jaunes, les premiers à table ont gagné une immunité.
En plus, le château est hyper mal éclairé, je me cogne tous les trois mètres dans un meuble qui n’avait rien à faire là, et Germaine nous entraîne dans un dédale d’escaliers et de couloirs, tous plus mal éclairés les uns que les autres. J’étais pourtant convaincue que l’électricité était arrivée jusqu’en Bretagne. On peut se tromper.
Gaston râle assez peu discrètement, il profère des sons comme “faim”, “dormir”, “froid”, “merde”…
Et Pauline glousse encore.
Si elle doit glousser comme ça tout le week-end, ça va finir par être crispant.
Je commence à avoir des doutes sur les jours qui arrivent, et le côté sympathiqe de la chose. Gaston fait très ouvertement la gueule. Germaine fait genre j’ai rien vu, mais je vois bien qu’elle est blessée. Pauline a muté en poule, j’attends la ponte d’un oeuf pour dans pas longtemps, et moi, j’ai froid. Et quand j’ai froid, rien ne va.
- Voilà vos appartements…
Germaine ouvre une lourde porte en bois, ça grince, ça crisse et ça craque, on se croirait dans “Fantôme à vendre”, Pauline, fait “bouhhhhhhh bouhhhhhhhh”, Gaston dit “enfin”, Germaine dit “merde me suis trompée, c’est un escalier dérobé”, je me dis “ça s’arrange pas”.
Deux autres portes et un couloir plus loin, nous arrivons enfin. Perso, j’aimerai bien que l’on me fournisse un plan du château, ça serait vachement sympa quand même.
La chambre, ça va à peu près. Je ne sais pas si j’arriverais à la retrouver, mais ça va à peu près. Et puis là, je vais pas faire la difficile.
Germaine nous demande si ça nous plaît, ça nous plaît, de toute façon au point où l’on en est, tout nous plaît, à condition de pouvoir manger bientôt. Je connais Gaston, il commence à avoir sa tête des mauvais jours. C’est ce qui arrive quand il a faim. Il a une tête genre m’approchez pas je vais mordre, c’est pas très sympathique, faut en général activer le mouvement sinon, ça peut virer au drame.
Alors oui, Germaine, ça nous plaît beaucoup, le lit à sommier défoncé option bruitages intégrés, les escaliers dans tous les sens, le plancher qui s’effondre, les robinets qui fonctionnent pas et les tuyaux de la salle de bain avec l’eau rouillée, et le froid c’est super ça conserve la fermeté des chairs, c’est chouette, mais là fait faim ma chérie.
Soit je l’ai dit tout fort, soit elle lit dans mes pensées.
- Vous devez avoir faim, après toute cette route. On va aller dîner. Je vous emmène à la cave, (Hein? On dîne à la cave? ça craint, Germaine. T’avais dit qu’il y aurait des surprises, mais là ça craint), on va aller chercher de bonnes bouteilles (Ah ok la cave bien sûr…Suis fatiguée moi…).
Et nous voilà repartis, Germaine en tête. Je prends mentalement des notes : “Descendre un escalier, tourner à gauche, à 400 mètres ouvrir une porte, la refermer parce que c’est pas la bonne, aller plus loin, continuer sur votre file, ouvrir une porte, attention à la marche, on n’y voit rien, tourner à droite, longer le mur pour être sûr de ne pas tomber, descendre un escalier…”
Tout ça dans le noir. Germaine s’excuse, les plombs ont sauté dans l’escalier de la cave, tant pis, on fait attention et on avance et BOUM.
On a vraiment fait BOUM.
Boum dans un escalier en pleine descente, ça freine considérablement notre avancée.
La source du boum dit “Désolés”. On dit “Désolés”. Je sais pas à qui, on n’y voit toujours rien, mais bon, on est urbain quand même, alors on s’excuse, les autres, ceux qui nous ont percutés, s’excusent, tout le monde essaie de se pousser, ça se bouscule à droite, à gauche, pardon, pas là, aïe, oh navrée c’est vos pieds, c’est pas grave, attendez je me décale, après vous, mais non je vous en prie, hihihi.
Moi, je bouge pas trop. J’évite juste de tomber, même si je suis spécialiste es chutes en tout genre et autres catastrophes.
Soudain je suis saisie sans sommation (admirez l’allitération, quand même j’ai un certain talent pour la narration, je trouve). Une main me tient fermement. Par le sein gauche (que je n’ai pas si gros que ça, pas la peine non plus d’imaginer des trucs là). C’est gênant, Gaston est juste derrière moi, même s’il ne voit rien, ça pourrait l’énerver, il sait se montrer jaloux, et c’est un week-end un peu gay, alors faudrait pas que…Enfin, j’ai rien contre, mais c’est pas trop mon truc à moi, les filles.
Je tente de repousser cette main, elle s’obstine, bon, en plus, c’est pas trop désagréable, je me dis, “c’est pas grave on est dans le noir, personne n’a rien vu, y’a rien de dramatique”, et la lumière s’allume.
Je sais pas si c’est une blague d’EDF, mais j’aurai pas choisi ce moment pour remettre le courant.
À bien y réfléchir, c’était carrément pas idéal.
Car sous l’ampoule qui brille maintenant très franchement, je vois la main toujours posée sur mon sein, et tout ce qui va avec.
- Emma…oh…euh…bonsoir…excuse-moi…j’ai cru que…
- C’est rien Valentin. C’est rien. Tu pourrais enlever ta main, maintenant?
To be continued
Et Valentin, alors?

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