Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...

Germaine et moi avons pleuré longtemps, aussi longtemps que des filles peuvent pleurer. D’ailleurs à la fin, on ne savait plus pourquoi on pleurait, mais on pleurait encore.
Au bout d’un moment, forcément, on n’avait plus rien à pleurer.
On n’était plus fâchées.
Et presque plus tristes, puisqu’on avait tellement pleuré qu’on ne savait plus pourquoi (je ne vais pas reprendre ma démonstration, vous avez compris.)
Germaine m’a dit : toujours amies? J’ai dit : toujours amies!
On s’est embrassé (sur la joue, on a dit amies, c’est tout), et je suis montée faire ma valise.
Le week-end, qui me semblait avoir duré trois semaines, se terminait. Après le déjeuner, qui n’allait pas tarder, nous allions tous rentrer à Paris.
Rentrer à Paris…rentrer…avec Gaston, et Pauline.
Ah ben je les avais presque oubliés ceux-là.
Et très franchement, je ne me voyais pas reprendre ma petite vie parisienne bien calme et bien reposante, avec mon ficus, et eux deux.
Pauline…et bien Pauline ira chez les parents. On fera le trajet ensemble, pour rentrer; et ce soir, je la déposerai chez papa-maman.
Ou ailleurs. Comme elle veut. Je m’en fiche.
Je lui dirais, sur la route.
Pas question qu’elle revienne chez moi.
Quant à Gaston…Gaston que j’ai trouvé avec Cathy…Gaston qui galope comme un dingue derrière Pauline…Gaston que je n’aime plus du tout.
Faut être honnête.
Franche.
Lucide.
Clairvoyante.
(etc etc etc)
Mon coeur est à Valentin (ouh c’est beau ça).
Valentin que j’ai laissé en train de faire trempette dans la boue des douves.
Valentin qui venait de m’embrasser, avant de faire trempette.
Valentin qui…enfin, Valentin quoi.
Il faut que je lui dise.
Maintenant.
Ça suffit de jouer à cache-cache si tu me suis je te fuis…Je l’aime, voilà, c’est dit, c’est clair, pas question de le garder pour moi, et même s’il y a Valentine, même si je passe pour une gourde, même si finalement il prend peur et disparaît à tout jamais, je dois lui faire savoir mes sentiments.
Je sais pas si c’est le coup sur la tête, ou autre chose, mais j’ai jamais été aussi motivée moi.
Allez Emma, en piste.
C’est très bien tout ça, mais j’ai beau le chercher partout, impossible de mettre la main dessus.
Ça c’est un truc que vous avez déjà du remarquer. Quand on ne veut pas voir quelqu’un, on est sûr de lui tomber dessus. En revanche quand il est urgent de voir tout de suite la personne de sa vie pour lui dire qu’il faut absolument qu’on fasse sa vie avec elle, puisqu’elle est la personne de notre vie, impossible de la trouver.
C’est pénible.
En revanche y’a un raffut dans le salon…un truc de malade.
J’vais quand même jeter une oreille, ça pourrait être palpitant. Il s’est presque rien passé depuis deux jours…
Ouhla.
Ouhlala.
(Comme vous avez pu le noter dans les épisodes précédents, le “ouhlala” est généralement annonciateur dans ma bouche d’une catastrophe).
Germaine est en larmes.
Cathy est introuvable.
Ça me rappelle vaguement quelque chose.
Et là, à l’intant auquel je vous parle, avec toute la peine que j’ai pour Germaine…et bien je n’ai pas le courage d’aller la soutenir.
Seul cet amour immense qui m’envahit comme un tsunami et fait exploser mon coeur me pouse vers Valentin.
Alors Germaine, mon amie…Cathy n’est sans doute pas loin, tes émotions débordent, c’est affreux, mais j’ai mon Amour à retrouver, je te verrai plus tard.
J’ai fait le tour du château (que je connais maintenant comme ma poche), pas de Valentin.
J’ai scruté la terrasse.
Pas de Valentin.
J’ai observé le fond des douves.
Pas de Valentin.
Alors je suis allée vers l’étang.
Il y avait un canard. Seul. Il tournait en rond sur lui-même.
Ce canard était comme moi. Innocent (j’en ai vu qui sourient là, c’est pas gentil), solitaire, perdu.
Je me suis approchée de l’étang.
L’eau semblait très froide.
Je n’avais strictement aucune envie de me suicider, mais je me suis dit qu’un petit passage melodramatique serait bienvenu, pour vous faire venir les larmes, surtout à vous les filles, les filles ça aime bien aussi quand c’est triste et que le héros et l’héroïne ils se loupent tout le temps. Les filles ça se redressent dans le canapé en faisant oui oui quand elles pensent qu’il va y avoir un baiser, et ohhhhhhhppppfffffffffff quand finalement y’a pas de baiser, et après elles pleurent, et après elles disent : ohhhhhh c’était beau.
Bref, je regardais ce canard et surtout j’étais crevée.
Un banc providentiel me tendait les accoudoirs (oui, je sais, un banc à accoudoirs, c’est rare. C’était un banc très rare).
Je me suis assise.
J’ai attendu.
Je ne sais pas quoi, sans doute que les réalisateurs hollywoodiens m’envoient un contrat en me disant “Emma, votre vie nous passionne, faisons un film”.
Et là, Valentin est arrivé. (Oui, je sais…ah ben quand même vous dites-vous, ça commence à bien faire, faudrait peut-être songer à accélerer le mouvement…).
Il m’a attirée vers lui, j’ai mis ma tête sur son épaule, et puis je sais pas bien pourquoi, c’était pas trop le moment, mais j’ai craqué. Les nerfs sans doute.
- Valentin, j’en peux plus. Je sais plus où j’en suis ou plutôt je ne le sais que trop bien. Ce week-end a éclairci tant de choses… Enfin, il faut bien le dire, je pense à toi et rien qu’à toi, Gaston est un leurre, je me trompe moi-même, je crois, je suis sûre de n’avoir jamais pensé qu’à toi. Gaston et moi, c’est fini, et bien fini, quoiqu’il fasse…Regarde, il est avec Pauline, avec Cathy…et d’autres, sans doute… (J’ai cru entendre Valentin dire un truc de malade, genre oui, il est aussi avec Fabrizio, mais là c’est mes oreilles et la fatigue, faut pas pousser quand même) Et toi, nous, depuis si longtemps, on se croise, c’est pas un hasard…
Et là, il m’a embrassée.
(Je sais les filles, vous vous dites ah…encorre, enfin, chouette, génial, ça y est, vas-y Emma, vas y Emma…Et vous les garçons vous dites que ah non ça va elle va pas remettre ça, le romantisme midinette c’est lourd quand même)
C’était vraiment super bon.
Ensuite, on est allé un peu plus loin, mais on n’est plus des enfants, et puis ça faisait un bail quand même qu’on attendait ça. Je trouvais le banc inconfortable soudain, alors je me suis levée, je l’ai pris par la main, on s’est caché dans un fourré, il m’a (eh non, je raconterai pas), sauf que ça m’a (pareil), et ensuite sa main est descendue sur ma poitrine (bande de cochons vous pensiez qu’elle était déjà plus bas) et puis plus bas (voilà on y est), et moi, ben tout pareil avec mes mains, et ça n’était pas pour lui déplaire, c’était hyper tendu entre nous, je dirai sur 19 centimètres, mais hyper tendu quand même. On était de plus en plus proches, très très proches, et c’était…magique.
Ça a fait un grand crac.
Pour ne rien vous cacher, ayant perdu ma virginité il y a quelques temps, c’était pas ça.
C’était pas non plus la braguette de Valentin, faut pas déconner.
Je n’avais mal nulle part et n’était pas tombée, c’était pas ça non plus.
C’était Germaine.
Pppppfffffff.
On avait dit “amies”, et elle se pointe maintenant.
Sympa la copine.
Elle se pointe, et avec une corde.
Et là, dans un flot verbal incessant, elle nous dit que tout est fini (euh…nous Germaine, ça commence en fait), tout est fini, Cathy est partie, Cathy l’a quittée, Cathy est avec …(Gaston, je sais ma pauvre Germaine, je suis au courant, hier c’était coït option on r’met ça mon chéri dans mon lit) … Pauline.
Alors elle, Germaine, elle préférait encore se pendre.
Et c’est là que je suis tombée.
To be continued.

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