Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 16:22
24H

(Previously, in my 24 hours, après avoir trouvé Gaston et Cathy dans une position ne laissant place à aucun doute, je fuyais dans le parc cacher mon désespoir. Valentin y était aussi. Et sous un ciel étoilé nous allions nous embrasser. Et même beaucoup plus. Quand il tomba dans les douves.)

 

 

Valentin…Valentin mon amour, je vais venir, je vais t’aider, je vais te sauver, bouge pas….ça va mon chéri?...

 

Du fond des douves, j’entends un râle animal.

Au moins, il est vivant.

 

Suivi d’un “putain j’ai mal”…Valentin est bien là, peut-être blessé…Je me penche, mais je ne vois rien. Et, honnêtement, même pour Valentin, je n’ai pas envie de me pencher plus que ça…

Je veux bien tomber pour Valentin, mais au fond des douves, ça ne me dit rien qui vaille.

 

Aussi, je lui lance un téméraire : “Bouge pas…je vais chercher une échelle, ou une corde ou un truc pour t’aider…”

 

Je me retourne pour trouver du secours, et me retrouve nez-à-nez avec Valentine. C’est le moment, j’vous jure. Je ne l’ai même pas entendue arriver, mais elle marche très dicrètement. Faut dire, j’ai remarqué ça pendant le week-end, elle est dotée de petits pieds, ce qui fait que l’appui au sol est sans doute plus léger.

Tiens, ça me rappelle un truc “Elle avait de tout petits petons, Valentineeee, Valentineeeee….”  Emma, c’est pas le moment de chanter!

 

-       qu’est ce que tu fais là? Me lance t’elle du haut de sa superbe (ça aussi ça fait un bail que je voulais le caser, mais je n’avais pas encore trouvé comment)

-       Euhhhh…j’essaie d’aider ton mec… (elle n’a pas l’air trop fâché, là. Bizarre, en principe elle me déteste). J’étais venue prendre l’air, et je l’ai vu glisser au fond des douves…(On se croirait dans un film…je regardais les étoiles, ey bêtement, quelqu’un a ouvert un volet…enfin, je digresse, excusez-moi)

-       Ah oui (sourire discret de Valentine). C’est con ça. (Elle se penche vers les douves). T’es en bas Valentin?

-       Ben oui je suis en bas, et j’ai mal, j’ai très mal, je dois avoir un truc hyper grave.

 

(Là, je me dis que ça va, Valentin est bien un homme, puisqu’il a FORCEMENT un truc hyper grave…Oh, Emma, on avait dit, pas de médisance…).

 

Cela dit, vaudrait mieux que je reste pas trop dans les parages.

Après tout, il est au fond du trou, c’est le cas de le dire, Valentine est là, elle n’a apparement rien vu de ce qui a précédé la chute….Filons à l’anglaise me dis-je intérieurement…

 

-       Valentine, euh…c’qu’on fait c’est que je retourne au château, je t’envoie du secours, pour Valentin, et puis je vais me coucher, suis claquée, ok? Tu m’en veux pas si je t’aide pas?

-       T’inquiète, Valentin et moi, on va s’en sortir...

-       OK OK. Bon, ben bon courage. Valentin, j’espère que c’est pas trop grave, hein? Voilà voilà, j’y vais, à plus …(Valentin, mon amour, nous nous retrouverons vite, mais il ne vaut mieux pas que ta copine me voit en train de me pâmer d’inquiétude, c’est affreux, je te laisse là, j’ai peur pour toi, mais j’ai pas envie de me faire casser la figure, ne m’en veux pas, à très vite mon amour…Je n’ai pas dit tout ça, mais lui ai envoyé en message télépathique, j’espère qu’il comprendra…)

 

Et c’est ainsi que très courageusement, je suis partie.

 

Dans le hall, y’avait Philippe, l’espèce de semi demeuré qui m’avait confondue avec une autre, y’a deux soirs. Je lui dis que là, aller aider Valentin et Valentine, ça serait sympa, avec une échelle, ça serait mieux.

 

Que moi j’étais juste HS.

 

Et que j’allais dormir.

 

 

 

Pour dormir, j’ai dormi.

 

Même pas vrai.

 

En fait j’ai dormi…pas beaucoup, pas bien…Vous pourriez dormir, vous, dans de telles conditions? Je veux dire, alors que votre copain vous trompe avec sa femme, que votre autre copain est au fond des douves, sans doute avec sa copine, que…oh, je sais même plus. J’en peux plus, c’est tout.

 

Et comme il n’était pas question que j’aille me reposer là où la fornication battait son plein deux heures avant, au milieu du stupre et de la luxure gastonnienne, et bien, c’est sur un canapé du salon que je me suis réfugiée.

Seule.

Abandonnée de tous.

Comme un chien.

Galeux.

(Rajouter galeux accroît l’aspect pathétique de la situation. Telle Sarah Bernardt, je me redresse, et me cambre, une main sur le front, le soupir incessant….)

 

 

Et puis, j’ai été tirée (non, pas par Valentin, ni Gaston, ni Fabrizio…ah franchement, vous avez les idées mal placées vous), donc, je disais, j’ai été tirée DE MON CANAPÉ (c’est clair là??) par l’odeur du café.

 

Autour de la table, dans la grande salle à manger, papotages et bavardages.

Germaine est revenue.

Elle est au centre de la conversation.

Je crierais bien “Germaine…”, mais je suis trop à l’ouest.

Tout juste si je réalise.

Germaine…Germaine si tu savais…

 

Karine, celle qui est gentille et qui veut que tout se passe bien, même si on lui a fait un peu foirer son jeu de piste, vient me voir, et me dit tout bas “chut…” (d’un autre côté je disais rien), “Germaine est revenue, elle ne veut rien dire…” (ça va pas être simple pour se comprendre si tout le monde se tait)…”mais avec Cathy, c’est plus ça…” (ah ouais…marrant, j’ai comme un doute sur la raison, moi…).

Très conciliante, je jure de ne rien dire. Rien, rien, rien.

 

Pfff, pas mon style.

 

Moi, les rumeurs et les ragots, …. Ça n’a jamais été mon truc.

 

Non, mais c’est vrai, flûte, si je vous le dis. C’est pas parce que je suis une fille que j’adore les commérages.

Bon, un petit potin (comme disait Félix, à son époque) de temps en temps, comme ça, entre la poire et le fromage, je dis pas…Mais sinon, non, vraiment, c’est pas mon genre.

 

Bref.

J’essaie de rassembler un ou deux neurones, sans penser à rien, tranquille quoi. Comme si c’était juste un matin comme un autre. Sans souci.

 

Et là, une main s’abat sur mon épaule.

Et mon café s’abat sur mes pieds.

Je suis vouée à ne jamais être en paix.

Crotte.

 

Et cette main, elle est à qui??

 

A Germaine…

 

-       Je peux te parler?

-       Ben oui, puisque t’es réapparue (bizarre, paraît qu’il faut rien dire, et maintenant faut parler…c’est jamais simple, la vie)

-       J’ai honte, Emma, si tu savais comme j’ai honte, je ne sais plus où me mettre, je voudrais disparaître…

-       Ça, tu viens de le faire, et merci, tu nous a flanqué une sacrée pétoche, on t’a cherchée partout, t’es pas bien quand même toi de te volatiliser comme ça…Et moi, t’aurais pu, au moins à MOI, dire quelque chose…T’imagine le souci que je me suis fait? Depuis hier je galope comme une folle dans tous les sens…

-       Suis désolée désolée désolée

-       Ben ça va aller là, c’est bon…Tu peux m’expliquer au moins?

-       Oui je peux.

-       C’est cool.

-       Je t’en prie.

-       Merci.

-       De rien.

-       C’est bon, là, on avance et on discute, que je comprenne quand même…

 

Et Germaine s’est lancée dans un long monologue.

Très long.

 

Tout est ma faute Emma (ça part bien, je le sens.) Tout est ma faute. Quand je t’ai avoué mon amour pour toi, j’étais comme envoutée. Je n’ai pas réalisé que tes sentiments pouvaient ne pas être les mêmes, je l’ai super mal vécu, je sais c’est trop con, suis nulle, je m’en veux, mais le pire, parce que tu ne sais pas tout, c’est que je t’en ai voulu, mais à mort.

Vraiment à mort.

Alors l’autre soir, je voulais encore parler un peu avec toi.

J’étais dans le couloir quand Gaston est sorti de la chambre, je l’ai laissé filer, et puis, je suis rentrée, tout doucement, je voulais juste discuter, je te jure, j’étais dans l’ombre, je voulais pas te faire peur… (Elle raconte quoi là? Elle va pas bien cette pauvre Germaine quand même, faudrait qu’elle consulte, on rentre pas comme ça dans une chambre en pleine nuit, même celle d’une amie…Elle veut en venir où?...En plus avec  tout ce qu’il m’est arrivé, à moi, si elle croit que ses tourments sentimentaux sont au coeur de mes pensées…)

Enfin, j’étais là, je t’ai vue, tu avais l’air vraiment pas bien, avec tous ces choux qui te collaient encore aux cheveux, et je ne savais pas comment aborder à nouveau le sujet.

Et puis ton téléphone a sonné.

Je t’ai entendue répondre. À Valentin.

 

Toujours Valentin…

Oh Emma, tout est de ma faute…si je t’avais dit qu’il venait…si je t’avais parlé plus tôt (si tu pouvais parler plus vite et abréger aussi, ça serait sympa Germaine).

 

Tout a été clair soudain. Tu as toujours aimé Valentin. Pas moi. Moi, je suis juste une amie, et c’est déjà énorme, mais je suis juste une amie, et je me faisais des idées, jamais tu ne serais amoureuse de moi, et avec Cathy ça n’allait plus non plus, et tu roucoulais avec Valentin au téléphone, et j’étais mal, et je te jure, je m’en veux, oh Emma, pardon…

 

Soudain, j’ai compris.

 

Germaine. La jalousie. Les choux (rien à voir, mais j’ai honte quand je repense à la pièce montée). Cathy. Valentin. La bosse. Le chandelier. Boum. Germaine….

 

-       Germaine, ne me dis pas…

-       Si…

-       Non! Pas toi!

-       Si…

-       C’est toi qui…espèce de garce, mais merde tu m’as fait un mal de chien, t’es complètement tarée t’aurais pu me tuer…

-       Je sais. Emma, je m’en veux tellement, j’ai eu honte, j’étais perdue, je ne savais plus quoi faire, j’ai préféré fuir…

-       La vache (je sais pas quoi dire d’autre, alors pourquoi pas un “la vache”…)

-       Et ce matin, je m’en voulais encore, Cathy doit être désespérée, et j’ai compris, loin d’elle, j’ai compris qu’en fait, j’ai eu peur, tout est si nouveau, mais je l’aime, et elle ne veut pas me parler…Oh Emma…qu’est-ce que je vais devenir??

-       Une cocue, Germaine. Voilà ce que tu vas devenir. Une cocue. Que tu es déjà. Hier soir, Gaston s’est tapé Cathy. Je le sais, je les ai pris en pleine dégustation de fruits de mer, si tu vois ce que je veux dire. T’es comme moi ma poule…C-O-C-U-E.

-       Hein? (là, la tête de Germaine est à filmer. Non, j’vous jure, ça fait peur. Vous savez dans l’Exorciste, quand elle tourne sa tête à 360° en faisant des ahheerurggeuuhhhh…pareil. En pire côté couleur, style vert jaune caca d’oie…Je crois que je viens de provoquer un truc bizarre. Je recule un peu d’ailleurs, on sait jamais…) Hein hein hein..?????

-       Deux. OK, c’est pas drôle. Mais c’est comme ça Germaine. Gaston et Cathy tralala boum boum, dans mon plumard.

 

Germaine n’a pas vomi.

Elle a fondu en larmes.

En émettant des “Cathy…ohhhhhhhhhhhh Cathy….”. J’ai failli lui dire que dans la chanson, c’était Gaby, pas Cathy, mais ça m’a semblé déplacé, alors je me suis abstenue.

Elle pleurait vraiment beaucoup.

 

C’est là que j’ai réalisé.

 

Gaston était retourné avec Cathy.

Valentin embrassait bien. Certes. Mais Valentine était toujours là.

Moi, je restais seule, avec une lesbienne toute neuve et désespérée. Et une bosse.

Alors, j’ai fondu en larmes.

 

Et Germaine et moi, toutes les deux, assises par terre, la tête sur l’épaule de l’autre, on a pleuré.

 

To be continued.

 

 Et Valentin, pendant ce temps là...

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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