Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /2010 10:57

24H 

 

 

-       Tiens, ma chérie, y’a du courrier pour toi.

-       Merci, mais je t’ai déjà dit que je pouvais très bien le prendre toute seule, c’est MA boîte aux lettres…et ne m’appelle pas « ma chérie », merci.

-       Emma, Pauline voulait juste t’aider.

-       Je sais. Merci Pauline c’est très gentil. Ça va comme ça Gaston ?

-       Pppppffffffffff……..

 

Cherchez pas, comme ça je sais c’est pas clair. Je vous résume, mais vite. Je suis légèrement énervée, là, tout de suite, et j’ai pas envie de passer trois heures à tout vous expliquer.

Gaston et moi coulons des jours heureux…Non, ça commence mal. Gaston et moi COULIONS des jours heureux. Calmes, tranquilles, sereins. Sans encombres, sans chutes inaproppriées dans de quelconques plateaux de fruits de mer, ou visites nocturnes au poste de police le plus proche. Il s’était consolé de sa séparation d’avec Cathy, même s’il lui avait été un peu difficile de digérer le fait que sa femme vire lesbienne. J’étais très amoureuse, d’ailleurs je ne pensais jamais (presque jamais, de moins en moins, d’accord …) à Valentin.

Tout cela pour dire que tout allait bien.

 

Gaston sortait même les poubelles, c’est dire. Et mettait ses chaussettes sales dans le panier destiné à les recevoir, ne cherchait jamais le beurre dans le frigo, n’hésitait pas quand il n’était pas sûr de son chemin à le demander, poliment, sans crainte et sans honte, au passant…Gaston…l’antithèse de Mars, le contre exemple des exemples donnés par mes copines au bureau.

Je pouvais même changer de chaîne sans qu’il ne se mette à hurler.

 

Je sais, je suis excessivement chanceuse.

Non, j’étais excessivement chanceuse.

Avant.

 

Avant que Pauline ne débarque. Qui est Pauline ? Ma sœur.

Mon cauchemar.

Une erreur. Une hérésie. Une atteinte à l’équilibre de notre planète.

Et je mesure mes propos.

 

Là où elle passe, le calme trépasse. Je sais, c’est facile. Mais je suis épuisée. Vidée. Achevée, liquidée, et tout ce que vous voulez.

 

Je vous raconte. Nous étions en train de regarder un film, Gaston et moi. Un joli petit film, sans alien, sans cocon rempli de monstre, sans monstre tout court prêt à découper sauvagement la moitié de la planète avec une lime à ongles transformée en scie sauteuse. Et avec Brad Pitt, ce qui fait tout de suite dudit film un eeeexxccccellent film.

Et là, juste avant la pub, alors que l’action battait son plein, coup de sonnette.

Je sursaute, Gaston sursaute, on se cogne, on s’excuse, on s’embrasse, je vais ouvrir…et me retrouve nez à nez avec Pauline.

 

Essoufflée, décoiffée, et chargée comme une mule, elle me pousse, m’intime l’ordre de refermer la porte, m’explique qu’elle s’est fâchée avec son copain, qu’il l’a fichue à la porte, qu’elle ne sait pas où aller, que sûrement il la suit, qu’elle m’aime et que je suis géniale comme grande sœur, que si je peux la loger pendant une nuit ou deux c’est super, merci ma chérie (Ne m’appelle pas ma chérie j’ai horreur de ça), et que sa vie est un enfer, et que heureusement on peut compter sur la famille.

 

Globalement, je n’avais pas le choix. Soit je réouvrais la porte, poussais ma soeur gentiment mais fermement dehors, et m’en lavais les mains, soit je cédais. J’ai cédé.

 

Et Pauline s’est installée.

Ça fait un mois maintenant jour pour jour.

 

Depuis, Gaston et mois n’avons pas eu une soirée seuls. Le ficus est mort de désespoir. Ma note de téléphone a triplé, mes voisins se plaignent du bruit, ça sent le rat crevé dans la chambre d’amis…et j’en ai assez. Parce que je ne vous dis pas tout. Mais c’est ma sœur, je vais donc garder certaines choses pour moi.

Je n’en peux plus, et Gaston ne dit rien.

Il semble accepter. Trouver ça normal. Il met le comportement de Pauline sur le compte de l’âge, de la jeunesse, elle va mûrir (il serait temps), elle ne le fait pas méchamment (manquerait plus que ça), c’est ta sœur (oui, et j’ai rien demandé…).

 

Aussi, ce matin, au petit-déjeuner, j’étais sur le point de craquer.

Gaston m’a regardée, alors que Pauline me tendait une enveloppe. Il m’a souri. Je lui ai souri. Pauline a dit « Oh les zamoureux », j’ai soupiré. J’ai ouvert l’enveloppe. Et j’ai lâché ma tartine dans ma tasse de café.

 

«  Pour fêter l’arrivée du Printemps…

Pour vous faire partager notre Amour…

Nous vous convions à nous rejoindre les 3,4 et 5 avril,

pour un week-end où la fête, les jeux, les déguisements et les surprises seront au rendez-vous, au château de… »

 

Je ne suis pas allée plus loin dans ma lecture.

J’ai lâché l’invitation.

Gaston l’a attrappée.

Et a dit « Ben merde alors ». Ce qui n’est pas du tout son style. Pauline a dit « Quoi ». J’ai dit « Rien ». Gaston a dit « T’appelle ça rien ?!!! ». J’ai dit « Je disais rien pour Pauline ». Pauline a dit « Sympa, merci ». J’ai dit « De rien ». Et tout le monde s’est tu.

 

Gaston avait subitement changé de tête et était manifestement contrarié. Très contrarié même. Du genre hyper crispé. Vous voyez, le mec qui se retient de péter un cable, parce qu’il est en public, qu’il a mis un costume tout propre et une chemise bien repassée avant d’aller bosser, qu’il n’a pas le temps, mais qui n’en pense pas moins.

Et ben voilà, c’était mon Gaston, là, planté devant moi.

 

-       Pas question d’y aller.

 

J’aime bien quand il est macho. Ça me rassure. Mais à l’instant je le trouve un peu catégorique.

 

-       Comment ça pas question?

-       D’aller où?

-       Tais toi Pauline. (à l’écrit ça ne s’entend pas, mais Gaston et moi l’avons dit en même temps)

-       Non, pas question, Emma. Pas question que j’assiste à ce spectacle. Je te rappelle quand même qu’il s’agit de mon ex. Je m’en fiche qu’elle soit mon ex, suis bien plus heureux maintenant (oh Gaston…..), mais imaginer, en la voyant, ce qui sera inévitable, que cette femme avec laquelle j’ai couché (ah oui, c’est vrai si c’est ton ex…. Et c’était bien, tu veux qu’on en parle?), se fait maintenant tripoter par ta copine… (euh…je pense que Germaine fait plus que la tripoter. Et n’accuse pas ma copine comme ça, elle n’a pas détourné ta femme, faut se calmer). En plus, pour faire un truc pareil, va y avoir du monde, étalage oblige, troupeau de goudous en vue (il est vraiment à cran, il ne parle jamais comme ça), tout ça se caressant sur la pelouse (Le gazon on dit…oh ça va je voulais juste alléger l’ambiance…). De plus c’est évident que Valentin va se pointer (Ah bon? Tu crois qu’il va être invité? Ah….Ah bon…), à chaque fois ça finit en cata…

-       Emma, c’est qui la copine de l’ex de Gaston?

-       Pauline TAIS-TOI!!!! (comme déjà dit, cri du coeur commun)

-       Donc, ma bichette (il ne m’a jamais appelée ma bichette, il doit être encore plus furax qu’il ne le montre) nous n’y irons pas.

-       Mais, c’est quand même Germaine….

-       Ah, la copine de ton ex, c’est Germaine? Germaine est gouine? P****trop drôle…

-       PAULINE! MERDE A LA FIN!!!!! (Je ne précise plus qu’on s’exprime à deux, là).

-       C’est quand même Germaine, c’est quand même MON EX, et nous n’irons pas. Point final, sujet clos.

 

Et Gaston est sorti.

 

-       Germaine est…ok je me tais…

 

Pour une fois Pauline semble avoir compris un truc. Gaston est hors de lui. Super directif, et hors de lui. Je vais rater la fête de Germaine. Ou sinon je me fâche avec Gaston. J’aime Gaston. Ce n’est qu’une fête. Mais c’est celle de Germaine.

Arrrggghhhh.

Entre les deux, mon coeur balance. Pas exactement mon coeur, mon coeur est à Gaston (Je sais, c’est bô).

Et puis, il a raison, il y aura Valentin. Valentin….Je m’en fiche. Ppppfffff aucun intérêt. Il doit être toujours avec Valentine, Valentin. C’est crétin quand même. Valentine et Valentin, nianiania…aucune envie de le revoir. Aucune. Même s’il est toujours aussi beau. Je suis avec Gaston, j’aime Gaston, je ne ferai pas de peine à Gaston.

Il a raison.

Nous n’y irons pas.

C’est décidé. C’est très clair.

Va falloir trouver une raison.

Pauline….Pauline, pour une fois, une fois dans sa vie, va m’être utile. Merci merci Pauline, un peu plus et je le dirais tout fort. Je vais écrire à Germaine, lui expliquer que Pauline est là, qu’elle va mal, que je ne peux pas la laisser sans surveillance, même un week-end, avec Gaston nous sommes très inquiets pour son état mental; que je suis très très heureuse pour Cathy et elle mais je ne peux vraiment pas…désolée.

Elle comprendra.

Je l’inviterai à déjeuner pour faire passer la pilule.

Tiens, vais tout de suite lui envoyer un SMS.

“Bien reçu l’invitation…Aurions aimé y aller, mais ce sera difficile. On déjeune bientôt, je t’expliquerai…Ne m’en veux pas. Gros très gros bisous. Emma”.

Et voilà; SMS envoyé.

Ding…SMS bien reçu par…Valentin ?!?!?!?!

 

Oh merde Emma.

Merde.

Tu t’es encore plantée.

 

To be continued




Et quant à Valentin.... 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Commentaires

J'adore ! Encore !
Commentaire n°1 posté par sarah doco le 21/02/2010 à 12h11
et alors? la suite pour quand? c'est drole,
que va faire emma?pauline va-elle s'incruster?
la suite au prochain numero
Commentaire n°2 posté par toscalluna le 21/02/2010 à 16h12
ah les actes manqués. Les lapsus du coeur. (non non pas de messages romantico salace à deux balles là de dedans.)
en fait moi je souhaiterais rencontrer Pauline parce que les huitres...
Commentaire n°3 posté par xavier le 22/02/2010 à 13h33

Publications...à ce jour...

NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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