Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 18:18

24H

(Previously, in my 24 hours, après une soirée très agréable, il faut bien dire ce qui est, avec Valentin, je décidais de mettre un terme à cette histoire, à la tuer dans l’œuf, à laisser Germaine vivre son amour valentinesque. Alors que je venais de prendre cette décision, Germaine arrivait, pour m’annoncer que Valentin l’avait quittée.)

 

 

Alors là, vraiment, c’est trop fort. Je m’attache à me dire qu’il n’y a rien, que Valentin n’est qu’un goujat, un séducteur sans envergure, un simili cador des dance floor ; je fais en sorte de renoncer à penser à un début de sentiment, ou même simplement d’intérêt pour le beau gosse. Je me cache sous la couette et meurs de honte. Et tout ça pour que Germaine déboule, alors que je suis à peine réveillée, pour me dire que tout est fini.

Bon, cela dit, elle a franchement l’air en vrac. Je ne dois pas avoir l’air plus frais, ayant plongé dans mon lit sans passer par la case démaquillage. Mais au moins, je ne suis pas telle une madeleine en train de tremper ma moquette. Germaine, c’est le Niagara. Elle est figée, là, dans mon entrée, les bras ballants, la goutte au nez, le mascara en traînées verticales jusqu’au menton (je lui ai dit mille fois que sans waterproof, point de salut). Elle renifle, triture son pull, se mord les lèvres, et émet des « Hummmmpppfffff huummmpffffff », que l’on pourrait comparer, dans d’autres circonstances, aux crachats d’une deux chevaux. Là, ça me semble déplacé, même si un brin d’humour ne fait jamais de mal. Je garde mes traits d’esprit mécaniques pour moi, la prends dans mes bras, enfin, par le bras, et la traîne vers le canapé.

-       Allez, raconte-moi tout…

-       Eh ben, humpf humpfff (reniflements profonds…), il m’a appelée ce matin, et il m’a dit c’est fini.

 

Concis, comme façon de rompre. Brutal, mais concis. Je note au profit de Valentin un grand esprit de synthèse.

-       Et il n’a rien dit d’autre ? (C’est pas que, bon, ma vie privée ne regarde que moi, mais là quand même, vu les circonstances…)

-       Si, il m’a dit que hier il était allé avec une amie au restaurant, et que ça avait été plus loin qu’il ne pensait…….(elle s’empare d’un kleenex et émet un son en se mouchant dont je vous dispense de l’imitation)

 

Là, j’ai l’impression que ça va se gâter. Si Valentin a dit quoique ce soit, c’est un homme mort. Epitaphe : « Mauvaise langue ».

-       Ah, merde. (Ca me semble assez adapté.)

-       Je sentais bien quelque chose, que ça ne fonctionnait plus…(Germaine, je te rappelle que, sans vouloir être sarcastique, tu ne connaissais Valentin que depuis deux jours, faut rester lucide tout de même), mais ça fait tellement mal.

Et puis, elle doit être jolie, sexy, drôle, intelligente…

-       Laisse tomber, cherche pas à te faire du mal en voulant savoir qui c’est ou comment elle est…Il ne t’a rien dit d’autre ?

-       Non.

 

Ouf. Soupir de soulagement silencieux, mais ouf quand même.

-       Elle doit pas savoir que j’étais dans la vie de Valentin (depuis deux jours Germaine, juste deux jours…). A moins qu’il aime les garces.

Paf, dans les dents.

-       Oh, tu sais, même si elle le savait, parfois, on se laisse aller, on se laisse déborder, on ne contrôle pas tout, même Valentin si ça se trouve…

-       Arrête Emma ; t’es trop gentille, tu veux me consoler, je sais, mais là y’a rien qui peut me rendre le sourire. Je suis brisée.

 

Je suis gentille et elle est brisée. Je sens comme un peu d’exagération. Tant en ce qui me concerne que dans son cas. Et pendant que j’évalue le degré d’exagération , Germaine se mouche dans mon canapé.

Je suis gentille. Gentille….Germaine, la fille, hier, avec Valentin, c’était moi. C’est gentil, ça ? Et même si ce matin, je me suis réveillée pleine de remords et de sages décisions, c’est gentil d’être allée au restaurant avec Valentin ? Sans rien dire ? Et de l’avoir embrassé ? C’est gentil de jouer les innocentes, limites choquées, désolées…alors que hier soir, j’étais dans ses bras ? Ma définition de la gentillesse ne colle pas dans le cadre, là.

Non, suis pas gentille. Oui, Germaine, t’as mal. A cause de moi. Je n’aurai jamais du accepter l’invitation de Valentin. C’était archi nul de sa part, mais de la mienne, c’était archi super nul de ne pas la refuser.

Non, suis pas gentille. T’es mon amie, et je t’ai trahie.

Bouge pas Germaine, je vais vomir, et je reviens.

 

Oh merde. Je suis soudain stoppée en pleine compassion. Pourquoi il a largué Germaine, monsieur V le retour ? Elle est cool Germaine. On largue pas mes amies comme ça. Pas bien futée, mais cool. Alors pourquoi pourquoi pourquoi…. ? Vaudrait mieux pas que ce soit à cause de moi. Et mes bonnes résolutions de ce matin ? Il y pense à mes bonnes résolutions ? C’est vrai qu’il n’est pas au courant, mais il pourrait quand même faire un effort. Se douter que, malgré ses baisers trop trop bons…..non monsieur, il ne se passera rien entre nous de plus. Faut que ça soit clair mon p‘tit bonhomme. Tout est fini. Même si vous êtes le plus beau du quartier.

A moins que… à moins que ce baiser ne soit que le reflet de sentiments qui viennent de jaillir, d’éclore comme une pensée au printemps (ça pousse au printemps, les pensées ?). A moins que Valentin ne soit droit comme un I dans ses bottes, et que là, il soit dévoré d’amour pour moi. Et qu’il ne puisse penser à une autre. Et qu’il veuille me le dire, très vite. Et moi, je commencerais par lui dire : « Valentin, et Germaine ? ». Et puis, j’oublierais tout dans ses bras. Et c’est avec moi qu’il aura plein de très beaux enfants et on sera très heureux.

 

Ah ben c’est super. Voilà. En fait c’est ça il m’aime et moi aussi, si si, c’est clair. La vie est belle.

 

Ohhhhh mais s’il a été aussi pressé de lui dire que tout est fini, c’est peut-être qu’il veut agir vite aussi pour nous, que notre amour brille de ses feux au grand jour, rapidement. Pouvoir le dire sans honte et sans gêne, que nous soyons un couple, amoureux, officiel, et affiché, et que notre bonheur fasse les belles heures des jaloux et des envieux et c’est merveilleux et…et…et s’il débarquait là, comme ça, sans tambour ni trompettes mais avec des fleurs, « Chérie mon amour c’est moi tout est clair avec Germaine, tout est simple, et nous pouvons nous aimer… ». Et en plus, comment j’explique à Germaine qu’il arrive comme ça, à l’aube, avec son bouquet de dragueur de supermarchés ? Mais il va les bouffer ses fleurs. D’ailleurs j’ai horreur des fleurs, je n’en veux pas de tes fleurs, d’où tu décides que tu peux m’imposer ton amour comme ça, et bousiller ma vieille et fidèle amitié avec Germaine ? Non, mais je rêve, c’est bien les hommes ça, à croire qu’ils peuvent tout décider pour nous et qu’en plus on va être contentes. Et pourquoi pas dire merci, tant qu’on y est.

 

Ah non. Viens là, Germaine. Viens dans mes bras. Valentin peut arriver, il ne nous séparera pas. Pas comme ça. Pas tout de suite. Je suis affirmative. Convaincue et décidée. Je serai ferme, très ferme. Le plus possible. Après, selon ses arguments, je suis prête à discuter. Y’a que les imbéciles qui changent pas d’avis. Faut voir. Mais là, à cet instant précis, je suis très claire. Laissons le temps faire son travail.

 

(To be continued).

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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