Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
(Previously, in my 24 hours, Germaine débarquait au milieu de mes réflexions, qui me poussaient à ne rien envisager avec Valentin, pour m’annoncer au milieu d’un torrent de larmes que Valentin l’avait quittée)
J’ai passé la journée à consoler Germaine. De tristesse en désespoir, telle un champ de ruines, elle errait dans mon salon, se traînant entre le canapé et le sol. Bon, là, j’exagère un tantinet. Elle était moralement à terre, mais a figé sa douleur sur le canapé, drapée dans une dignité tout à fait relative. Les chagrins dus aux ruptures nuisent énormément à l’élégance discrète qui fait partie de notre charme ; les reniflements aggravent prodigieusement la mise à mal de ladite élégance. Se moucher en imitant les trompettes d’Aïda, barbouillée de rimmel, et le cheveu en bataille, laisse un souvenir fort peu complaisant.
Germaine a fini par rentrer chez elle. Perte sèche de la journée (si je peux le dire ainsi, étant donné le flot de larmes) : un coussin BLANC de mon canapé, maintenant rayé de noir (son mascara est vraiment pourri) et plusieurs paquets de Kleenex.
Je peux enfin me concentrer sur l’essentiel. Valentin. De manière irrévocable, je ne voulais plus entendre parler de lui, en tout cas d’une histoire entre nous, ce matin. Et alors que je ne lui ai rien demandé, voilà ma Germaine qui déboule tout en pleurs pour me dire que Valentin a rompu. Ça remet en cause beaucoup de choses. Pourquoi aurait-il rompu, si ce n’est pour moi ? A moins que lui aussi, englué dans des remords comme un hippopotame dans des étangs marécageux, ne veuille plus entendre parler ni de Germaine, ni de moi. Nous serons à jamais dans son souvenir une tâche, celle qu’il a séduite, celle qui a été séduite, deux histoires qui se mélangent et rendent insupportables le quotidien. Cependant, je ne vois pas Valentin s’embarrasser de ce type de pensées.
Donc, si Valentin n’a pas de regrets, et qu’il a quitté Germaine, c’est qu’il a une bonne raison.
Donc, comme Valentin ne m’a pas donné de nouvelles, c’est qu’il attendait que Germaine m’informe de l’évolution sismique de ses sentiments.
Donc, Valentin doit maintenant être sur le pied de guerre. Ne sachant pas où j’en suis dans la découverte des informations, il reste en retrait. Par discrétion ou prudence, car il doit se douter que Germaine a passé du temps avec moi.
Donc, il ne me reste qu’à l’appeler. Lui dire que je sais tout. Que Germaine , avec le temps, comprendra. Et que je suis prête à vivre une folle histoire d’amour très romantique avec lui.
Donc, il faut que je lui téléphone.
Je vais me laver les dents. On est toujours plus clair l’haleine fraîche.
Valentin…Valentin, je vais t’appeler, et ensuite on va se voir, et tu vas me dire que j’ai bien fait de passer ce coup de fil, et ce sera tellement beau, et merveilleux, et on va être heureux et…et… et pourquoi je t’appellerai, moi ?
La bouche pleine de dentifrice, mes idées s’entrechoquent subitement. (Je ne sais pas si vous avez remarqué comme il est difficile de conserver longtemps du dentifrice dans la bouche).
Genre. Genre c’est moi qui devrait l’appeler. Germaine débarque, vide son sac, pleure à se noyer dedans, c’est ma meilleure amie je le rappelle au passage, et elle à peine partie, j’appelle son ex chéri que j’ai embrassé cette nuit pour lui dire : « Alors bébé, on danse ? ». Je délire. Que je me sois mal tenue cette nuit, que mes principes d’amitié aient été bafoués, bon, certes, c’est une chose, je ne reviendrai pas dessus. Mais je ne vais pas en plus me jeter sur celui qui a brisé Germaine comme ça, genre poussez vous la voie est libre he’s mine.
S’il veut me voir, puisqu’il a pris en quelques sortes les devants en larguant cette pauvre Germaine, et bien, il va, lui, faire le premier pas. Un peu trop simple sinon, va falloir qu’il se donne du mal, le p’tit monsieur. Moi, je ne bougerai pas. Pas d’un poil de grenouille. Rien, rien. De toute façon, il est évident qu’il va téléphoner. Je n’ai qu’à attendre.
Je vais me faire les ongles. Saine occupation.
Non, c’est idiot, si le téléphone sonne, je ne pourrais pas répondre, ou sinon, je vais bousiller le vernis, et comme il voudra me voir tout de suite, je serai bien moche avec ma peinture de guerre sur les doigts, et tout s’arrêtera là, avant d’avoir vraiment commencé.
Je vais me faire un café. Non, un thé. Trop de café depuis ce matin, je vais finir toute énervée. Je me suis déjà assez donnée en spectacle comme ça. Un bon thé, avec des gâteaux. NON !!!!!!!!pas de gâteaux. Pas question de gonfler comme une éponge avant de le voir. J’ai un peu faim, mais je vais plutôt prendre une pomme. C’est très bon les pommes.
Là, il est 18h, il ne va pas tarder à appeler, il va me proposer une soirée, ça va être merveilleusement romantique…qu’est ce que je vais me mettre ? Je n’ai rien à me mettre. C’est affreux. Non, mon placard ne déborde pas complètement. C’est juste un peu en désordre. Oui, je viens de m’acheter cette a-do-ra-ble petite robe, mais et d’un elle n’était pas chère et de deux je n’en avais pas dans cette couleur, enfin, dans ce ton de noir, et de trois, ça ne vous regarde pas.
Y’a sûrement un bon feuilleton à la télé. Je zappe. Je zappe. Je zappe. Rien. Pourri la télé. 18h30. Ca file quand même. Peut-être que mon téléphone est éteint ? Non. Il est même chargé à bloc. Et pas en mode silencieux. Tout est normal.
Il est mignon, il doit être en train d’hésiter. J’appelle, j’appelle pas…appelle appelle appelle…
Ca sonne. Inspiration, expiration….pppppffffffffffffffffffffffffffff.
C’est ma mère. C’est le moment, vraiment. Bon, elle attendra. Transmission de pensées, télépathie de fille à sa mère: je vais bien, t’inquiète, mais là j’attends le coup de fil qui va changer ma vie et qui va arriver et s’il arrive pendant que je te parle je ne pourrais pas répondre et je finirais seule comme la vieille tante Madeleine et ce sera affreux.
19h. Peut-être que c’est Valentin qui a un problème avec son téléphone.
Je pourrai l’appeler, je me mets en numéro masqué, juste pour voir s’il décroche, et puis je raccroche, et là il a le portable dans la main, et il me téléphone, et ça va être génial, mais je lui dirai quand même « Oh quelle surprise ! ».
La robe avec mes escarpins que j’étais obligée de les acheter pour aller avec la robe, ça sera parfait ce soir.
Comment ça je tourne en rond à en donner le vertige à mon ficus ? Pas du tout. C’est faux. Je marche beaucoup dans la journée, c’est très bon de faire de l’exercice, même chez soi.
Tiens, un vieux Gala qui a six mois. Vais le bouquiner un peu.
19h14. Peut-être qu’il est malade.
C’est ça. Il est malade, très très mal, seul au fond de son lit, et personne ne le sait, et il attend les secours.
Je vais l’appeler pour en avoir le cœur net. Je ne peux pas le laisser souffrir comme ça.
Non ! J’ai toute la vie devant moi pour le soigner et le bichonner. Un peu de retenue tout de même. Et puis les hommes n’aiment pas qu’on les traite comme des bébés, même s’ils sont à l’agonie au moindre petit bobo. Enfin, Valentin est sûrement différent, bien plus fort et courageux et viril.
19h32. En fait il va débouler. C’est ça. Il va me faire une surprise. Et moi, là, j’ai une tronche de serpillière. Il va arriver pour m’enlever et m’embarquer vers les mers du Sud, et je vais l’accueillir avec la tête de Cendrillon qui aurait trop bu. Y’a Urgence. On devrait inventer les téléphones portables waterproof, comment je fais là pour foncer sous la douche sans risquer de rater son appel ?
19h58. J’ai pris le risque énorme de prendre une douche. Je n’ai raté aucun appel. Ni SMS. Rien. Pour proposer un dîner, ça commence à faire tard. Pourquoi il n’appelle pas ? Il doit être timide en fait. J’aurai du appeler, moi. Tout est fichu parce que j’ai voulu me la faire réservée. Merveilleux. Extraordinaire.
20H16. En fait il s’en fiche.
20H34. Sale con.
20H47. Pourriture, ordure, enflure (j’aime la poésie, le dimanche soir, quand je suis seule et abandonnée et que personne ne m’aime)
21h12. Si je retourne l’horloge, ça donne toujours la même heure.
21H13. J’ai cassé l’horloge en la décrochant pour la retourner.
21H39. Je suis seule.
21H56. Ooooooouuuuuuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnn (mais je n’appelerai pas Germaine).
22H24. Je cherche sur internet l’adresse d’un couvent. Sans hommes.
22H46. Je vais me coucher. Autant mourir. Valentin, tu auras ma fin sur la conscience.
To be continued

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