Mardi 3 novembre 2009
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Il pleut dehors. Je regarde de ma fenêtre fermée ces gouttes qui s'accrochent à ma vitre et laissent comme
des rivières brillantes. Au travers des nuages le soleil se bat pour exister et fait étinceler ces perles de pluies comme mille diamants.
Moi qui n'ai jamais aimé la pluie. Qui n'y voyais que les larmes du ciel, me protégeant de leur
froideur, pour ne pas être transpercée, près d'un feu entretenu. Aujourd'hui elle m'est bien égale; je peux sortir, courir s'il le faut, si au bout de ma route, vous êtes là.
Et ce feu dans l'âtre, je n'en ai plus besoin. Depuis votre dernier courrier, j'ai chaud sans cesse. Une chaleur douce,
constante, dans laquelle je m'enveloppe autant qu'elle m'inonde. Je la sens m'étreindre, comme vos bras lorsque vous me tintes enlacée, ce soir où j'eus la joie de vous voir. Comme une enfant, je
me blottissais alors contre vous. Comme une femme, je restais ainsi, guettant vos caresses, les demandant, de mes yeux, de mes mains, ne pouvant retenir mon soupir lorsque votre paume
m'effleurait, lorsque votre souffle me cajolait. Lorsque le long de mon dos vous devînmes entreprenant.
A l'aube il a fallu que je vous laisse. Vos bras se sont écartés, en douceur, et lentement je m'en suis séparée. Ce détachement
fut difficile, je me sentais chez moi, enfin chez moi. Mais sachant que j'allais y revenir, la tristesse de la séparation était amoindrie. Mes doigts glissèrent sur vos épaules, il m'était
impossible de les détacher de vous. Je vous laissais les guider, dans votre nuque, sur votre cou, se croiser dans les vôtres, pour les maintenir un bref instant encore, comme les deux
maillons soudés d'une chaîne; jusqu'à ce qu'ils acceptent de s'éloigner, un peu, si peu. Mes doigts gardent votre empreinte, tout comme il me semble que ma peau conserve votre odeur. Comme de la
terre glaise travaillée par un artiste, je me vois redessinée sous votre pouce si ferme près de mon sein, votre index si tendre sur mes lèvres. J'ai emporté avec moi vos yeux dont la prunelle me
dévorait et faisait monter un désir nouveau, impétueux.
En y pensant j'en frissonne encore. L'humidité si présente au petit matin était indéniable. Nous devions nous séparer ou nous y plonger un peu plus. C'est sans se le dire que nous fîmes à
l'aurore le même choix, le deuxième, le plus difficile en l'instant, le plus frustrant, le plus empli de douces promesses également. Et ce pour mieux je le sais nous revoir, chez vous ou chez
moi, comme il vous plaira.
Monsieur, mon ami, je ne cherche plus à rentrer dans ma carapace. Je devine que mon visage ne vous déplaît pas en pensant aux baisers dont vous le couvrîtes. Mes pattes ne se tordent plus pour se
protéger; vous prenez mes doigts dans vos mains et les portez à votre bouche.
La tortue que j'étais hier encore n'a plus peur du jour, n'a plus peur d'être ce qu'elle est. Vos paroles sont ma couverture, vos gestes me consument et me font renaître plus vivante à chaque
instant , vos baisers deviennent mon armure.
Mon doux, mon bel ami, acceptez de lire ce qu'à haute voix je n'ose encore vous dire. Aussi sincère et innocent que l'enfant l'est en découvrant la vie, me sachant aimée de vous sans que vous
n'eussiez à prononcer ces mots qui enchantent, je vous les envoie sous ma plume aimante. Je vous aime mon ami. Et aujourd'hui, demain, et tant que j'aurai un souffle pour le murmurer, je me plais
à m'offrir à vous, car c'est à vous que je suis.
Votre tendre amie, votre douce mie.
©Anne-Laure Buffet, Novembre 2009
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