Dimanche 8 novembre 2009
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Je ne saurais vous dire le temps qu'il fait. Le temps ne compte plus.
En écrivant ces quelques mots, l'idée du temps même devient étonnante. Je pensais à la pluie qui n'a cessé de tomber ces derniers
jours; à cette pluie que je hais tant, mais qui m'est avec vous devenue égale. Oui, le temps qui nous inonde quand le ciel est maussade m'importe bien peu aujourd'hui.
Si vous étiez à mes côtés, vous verriez d'ailleurs comme moi poindre le soleil entre les arbres. Je ne sais s'il est réel. Mais
lorsque mes pensées vont vers vous, et c'est le seul chemin qu'aujourd'hui elles connaissent, le soleil est radieux. En cette journée d'automne, il se reflète sur l'étang. Celui-ci n'est plus que
le miroir de la nature et de sa beauté. Oui, si vous étiez près de moi, si j'étais dans vos bras, nous partagerions à l'instant la magie de ce paysage.
En vous parlant de temps, je pense aussi à celui qui s'écoule chaque jour. Qui s'est écoulé jusqu'à ce que je vous vois. Jusqu'à ce que vers vous je puisse
aller. Jusqu'à ce qu'à vous je sois. Il n'était que lourdeur, lenteur, pesanteur. Inlassablement il me ramenait son lot d'ennuis.
Tout cela me semble loin, si loin...
Cet étang qui est là, devant moi, si beau, si attirant, mais en même temps si froid, si sombre par endroits, je le traverserais s'il le fallait, je le
traverserais maintenant, cette nuit, chaque jour si vous étiez sur l'autre rive, si je ne pouvais faire autrement pour être avec vous, contre vous.
Vos bras sauraient me réchauffer, vos mains sauraient m'accueillir, vos yeux sauraient me conter que cette folie avait raison, votre bouche m'empêcherait de
vous dire que sans vous je suis moins que je n'étais avant vous.
Oh oui, le temps est chose curieuse, qui semble si long ou si court; si bref quand il n'offre que bonheur, réconfort et plaisir. Si infini quand la morosité, la
peur ou le chagrin en sont le lot quotidien. Avec vous mon aimé, le temps ne se compte plus, ne pèse plus, ne fait que porter. Vous êtes absent, et les minutes, les heures, se fondent les unes
dans les autres. Jamais pesantes, tellement pleines de vous, de ce que vos gestes me racontaient encore il y a peu. Ma peau est la mémoire de notre amour, elle conserve votre parfum. Votre
souvenir me nourrit et comble mes journées.
Vous attendre n'est que délice, lorsque je sais les joies du coeur et du corps que je vais encore vivre avec vous. Et quand il est passé, le temps de vous attendre, c'est que celui d'être comblée
est venu.
Aimons le temps qui nous sépare; car c'est lui qui nous permet de nous aimer.
Illustration Eric Petit (merci
Eric)
©Anne-Laure Buffet, Novembre 2009