Samedi 31 octobre 2009
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Il m'est revenu ce matin, alors que le jour se levait à peine, un bruit. Un bruit bien fâcheux, et qui depuis me contrarie.
J'ai tenté de chasser la journée durant ces humeurs. Me divertissant de mille façons, je pensais que ce qui me fit mal alors que l'aube n'était encore que bien jeune allait peu à peu s'amoindrir
et disparaître.
Ce n'est point le cas. Et pour ne pas aggraver encore ma peine et ma
douleur, je me dois maintenant de vous dire ce qui ainsi me chagrina (et si j'utilise "chagriner", comprenez bien que j'aurai pu en venir à verser quelques larmes, si je n'avais su contrôler ma
passion).
Aussi on me rapporta tôt ce matin que certains de mes amis furent
blessés et attristés par des propos mal venus, désagréables, et pouvant aller jusqu'à frôler la médisance si des oreilles mal intentionnées ou mal informées venaient à les
entendre.
Or, vous savez sans doute, Madame, que si j'aime plaisanter, et jouer
parfois, si je peux me montrer curieuse ou, encore, un peu pinçante, il n'y a jamais dans mes propos de mauvaises intentions. L'idée de nuire, de blesser, de mettre mal à l'aise ou d'effrayer par
mon langage et l'usage que j'ai du verbe, m'est odieuse. J'aime, et le dis souvent, la polémique, lorsqu'elle permet de parler, d'échanger sur des points de vue. Ceux-ci, aussi divers qu'ils
puissent être, sont toujours bien perçus quand ils ne sont pas agressifs ou sans fondement.
Dans le cas précis, Madame, je ne peux que me fier totalement aux
témoins qui m'ont compté la scène. Personnes de toute confiance, âmes bien nées, loyaux et fidèles en amitié, leur témoignage affecté me fit mal.
Et il est, Madame, question de vous, ici, dans ces lignes. Je ne me
porte pas en accusatrice, mais souhaite que cette lettre réveille en vous un sentiment humain, et respectable, le regret. Regret de vos dires, regret de la colère et de la tristesse qu'ils ont
engendrés.
Osez, Madame, vous qui maniez volontiers la plume, ne vous en servir
que pour caresser ou encore alléger les échanges auxquels vous vous mêlez spontanément. Ne la transformez pas en arme blanche, en langue vipérine, prête à piquer, mordre, couper ou envenimer.
Quel besoin avez-vous de vous montrer blessante? Quel satisfaction tirez-vous de la peine que vous causez? Si vous n'en avez conscience, c'est encore bien plus regrettable; car toujours nous
devrions réfléchir à ce que nous disons avant de parler trop vite. Cela éviterait bien des dommages et bien des abus. Mais Madame, je vous crois bien trop intelligente pour avoir parlé trop vite
et sans réfléchir. Et j'ose même imaginer que vos propos étaient intentionnels.
Aussi, en voulant vous montrer je suppose malicieuse et maligne, vous
fîtes mal.
Vous avez je le crois par ailleurs aussitôt perdu un
ami.
Tout cela est bien plus que regrettable,
Madame.
Mon ami a chassé sa colère, mais ne reviendra pas sur ses sentiments.
Blesser gratuitement n'apporte que des maux en retour.
Ne souffrez pas trop de ces blessures, soignez les, mais apprenez
dans le même temps à maîtriser votre langue. Molière, Racine et La Fontaine, entre autres, ne supporteraient l'idée que vous en usiez mal, eux qui surent jouer avec, vanter qualités et défauts du
genre humain, sans jamais que la méchanceté ne prit le pas sur l'intelligence.
Madame B*
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