Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Il y a un jeu, je ne sais plus comment il s’appelle, avec un tapis de sol et des ronds de couleur. Chaque joueur doit poser ses pieds, et ses mains, sur les ronds, selon un ordre bien précis, déterminé par des cartes, ou des dés…là non plus je sais plus. Mais je sais qu’à la fin, ça fait des noeuds et tout le monde se casse la gueule.
C’est à quelque chose près ce qu’il s’est passé.
Cathy s’est jetée sur moi, ce qui n’était pas compliqué, puisque j’étais déjà à terre. Voyant ça (à moins qu’il n’ait glissé sur une huitre), Valentin s’est précipité sur Cathy, qui d’un mouvement rageur s’est retournée avec une violence non contenue, propulsant Valentin à … approximativement … trente centimetres. Car, alors qu’elle voulait le frapper, je m’étais emparée de son bras droit avec ma jambe gauche, le bloquant fermement genre pince monseigneur (et on arrête tout de suite de rêver les mecs, je suis en pantalon, je vous le rappelle).
Pendant ce temps, et tout en poussant des cris de paon, Germaine s’accrochait au dos de Cathy, tentant de la tirer en arrière, alors que Cathy cherchait à se dégager. Pour l’aider, par pur altruisme, je la repoussais de mon bras libre, elle recula et se retrouva à percuter Valentin, qui s’écroula à son tour. Et puis ensuite tout s’est emmêlé.
Germaine ne savait plus ou donner de la tête et des bras, je continuais de m’empêtrer dans les huitres, Valentin était quelque part dissimulé sous Cathy qui remuait de tout son corps comme une araignée sur le dos, le public en délire était debout sur les tables, manifestement certains prenaient déjà des paris…
Et là, plus fort que les hurlements de Cathy, plus strident que les cris de Germaine, plus perçant que mes appels à l’aide (ben oui, j’ai commencé à me dire que ça serait bienvenue, de l’aide), plus terrible que les grognements de Valentin, au delà du bruit de nos spectateurs abasourdis, un son quasi inhumain, tendance extra terrestre mal luné, nous a plongés dans l’effroi et le silence en une seule seconde.
Soudain transformée en statue de sel, Germaine était bouche ouverte façon carpe. Cathy, telle une hyène en porte jarretelles, eut un rire hystérique. Et moi, à quatre pattes (la position n’est pas élégante, mais quand on vient de passer plusieurs longues minutes le séant dans la glace et la marée, on finit par se moquer de tout), j’avançais lentement vers Valentin, qui était dans un piteux état.
(Je fais ici une petite appartée…ayant chu une fois en avant, une fois en arrière, mais toujours sur des débris d’huitres, Valentin avait déchiré son beau costume, s’était tâché à plusieurs endroits, et saignait, apparement beaucoup, sans que j’arrive à déterminer la gravité des blessures)
(Je fais tout de suite une deuxième appartée : jamais de ma vie je n’ai vécu de situation plus grotesque. Ça serait dans un film, ou un mauvais roman, ou même pire, dans une série TV diffusée sur M6, on ne le croirait pas. Et pourtant, c’est du vécu. Et je ne suis pas fière, croyez-moi.)
Bref.
Alors que deux minutes avant l’agitation était à son comble dans le restaurant, et que l’excitation générale portait le volume sonore au maximum, il régnait maintenant un silence de plomb. Si une mouche s’était aventurée à voler à cet instant, elle se serait figée sur place de trouille.
Et seul ce son terrifiant retentissait.
VAAAAAALLLLLLLLLLLLEEEEEEEEENNNNNNNTTTTTTTTTINNNNNNNNN!!!!!!!!!!!
Vraiment c’était affreux. Moche moche. Bbbbrrrr quand j’y pense j’en ai encore froid dans le dos.
Mais au moment où le cri bestial me parvint, j’étais encore pleine de courage. Et de curiosité, aussi, je l’admets.
Je levais la tête, cherchant la source sonore. Je constatais que Germaine avait tourné la sienne (de tête, pas de source), dans la même direction que moi. Et Cathy aussi. Tout comme d’ailleurs l’ensemble des clients du restaurant. C’est étrange qu’il n’y ait pas eu la presse, mais on n’est pas aux “States”, en même temps.
Je jetais un coup d’oeil sur Valentin.
Il était là, blessé, saignant comme un animal pris au piège, le regard de la bête traquée défigurant son beau visage (ah ben voilà que ça me reprend, comme si c’était le moment). Nos yeux se croisèrent. Et là, je le vis prononcer, remuant doucement la tête, un “Et merdeeeeeeee…..”
VAAAAAALLLLLLLLLLLLEEEEEEEEENNNNNNNTTTTTTTTTINNNNNNNNN!!!!!!!!!!!
Oh. Ça m’a fait sursauter. Une fois ça va passe encore, mais deux, c’est beaucoup pour un coeur fragile. Je relevais la tête (je précise à tout réalisateur impatient de tourner cette scène qu’il serait bien vu de le faire ici au ralenti, un peu genre effets spéciaux, comme dans Matrix quand ils sautent tous dans tous les sens mais en fait mettent deux heures à faire 5 centimètres).
Face à moi se tenait une femme.
Que je n’avais jamais vue.
Et qui était de toute évidence fort en colère. Il m’est donc assez difficile de vous la décrire objectivement. De plus, j’avais toujours du vinaigre et de l’eau glacée qui me coulaient sur la figure, ce qui trouble quand même pas mal la vision. (Allez vous mettre de l’échalote dans la pupille, on en reparle après).
L’autre évidence, c’est qu’elle connaissait Valentin, ou sinon, cétait un sacré coup de bol d’avoir trouvé du premier coup son prénom.
J’en étais là de ma réflexion que je l’entendis s’adresser à mon sauveur (tu parles d’un sauveur…en lambeaux et tout écorché de partout, ça craint).
“Euh…grognasse et pouf, c’est beaucoup quand même. En plus pardon mademoiselle, mais on ne se connaît pas, moi c’est Emma, pas grognasse. T’avais qu’à pas le suivre, vas pas te plaindre maintenant”…enfin, tout ça, je le gardais pour moi, elle m’avait l’air assez énervée comme ça.
Cathy, d’un bond, s’était retrouvée debout : “Tu sais ce qu’elle te dit la pouf?”
Valentin voulut s’interposer : “Non, Cathy, c’est pas trop le moment là”
Germaine…avait toujours la bouche ouverte, toujours façon carpe.
Et alors que Madame-je-suis-très-très-très-en-colère s’apprêtait à faire demi-tour, Valentin lui demanda de l’attendre. De l’écouter. De lui laisser une chance de s’expliquer.
Je ne bougeais plus. Cathy non plus. Germaine non plus, mais comme en somme elle n’avait pas fait un millimètre depuis quelques minutes, ça ne changeait pas grand chose. Germaine est stupéfiante d’immobilité quand elle s’y met. Elle doit avoir un truc, je lui demanderais. Petite, elle a du gagner tous les concours au jeu de la statue.
Mais je digresse, je digresse.
Valentin avait la main tendue vers la femme aux insultes. C’était presque touchant à voir. J’ai même cru entendre un reniflement dans mon dos. Et une voix dire “Ecoutez-le, laissez lui une chance”. Suis émue en y pensant, franchement.
“Non, Valentin. Je ne peux pas rester avec un minable…”
La tension était à son comble.
Et je sentais de plus en plus l’huitre pas fraîche. Mais c’est un détail sans intérêt. Indisposant, mais sans intérêt.
Alors que la femme aux insultes allait à nouveau s’en aller, un fait imprévu nous précipita dans le chaos. Comme si la soirée n’avait pas été assez compliquée.
Le fait imprévu était habillé en bleu. Et brandissait une carte de police.
Nous reçûmes l’ordre de ne pas bouger. Ça tombait bien, puisqu’on ne bougeait pas. Ça changeait pas grand chose en tout cas.
Et puis on se fit dire que nous semions le trouble, que les forces de police avaient été contactées, que les fauteurs de trouble allaient donc être interpellés, que toutes les autres personnes pouvaient reprendre une activité normale (j’ai attendu qu’ils disent “et éteindre votre télévision”, mais c’était pas les Guignols de l’info), et que nous étions priés de les suivre.
Tous.
Enfin, tous les coupables.
C’est ainsi que la tête basse et la queue entre les jambes (je dis ça essentiellement pour Valentin. C’est un peu grivois, mais faut bien se distraire) nous sortîmes du restaurant. Tous les cinq (je reprends pour les distraits : Valentin, la femme aux insultes, Germaine, Cathy, et ma pomme), nous nous sommes retrouvés dans le panier à salades, puis, au poste.
Valentin saignait abondament. J’étais très inquiète, mais dissimulait mon stress sous les morceaux de coquilles d’huitres qui continuaient de tomber de mes cheveux, un peu comme des grosses pellicules (autant aller au bout du glamour…).
Et Valentine nous fixait, toutes les trois, très très méchament. Vraiment très. Heureusement, derrière les barreaux, nous étions en sécurité.
Et puis il a fallu s’expliquer, tour à tour. D’abord, avec l’officier de police de service, qui manifestement ne comprenait rien. Comme si c’était compliqué de comprendre. Vraiment, il ne faisait aucun effort.
Là, ça allait encore.
Et Valentin saignait toujours. Ce qui ne dérangeait personne. Sauf peut-être lui, mais nous étions trois à nous justifier, nous n’avions pas réellement le temps d’éponger ses blessures diverses, donc il se taisait, perplexe et espérant sans doute que nous arriverions à convaincre Valentine de notre quasi innocence.
On n’a pas menti en plus.
Germaine a avoué son défaut d’épilation le soir où elle aurait pu coucher avec Valentin, et donc le fait qu’elle était rentrée, seule. J’ai avoué mon faible pour ce sublissime mec, et mon goût du romantisme, et que donc, j’avais voulu attendre (c’est malin Emma, c’était sans doute ta seule chance avec Valentin…)
Cathy a reconnu une partie de jambes en l’air façon je grimpe aux rideaux, mais super vieille, un truc pour lequel il y a prescription. Germaine a flanché…Cathy connaîtrait-elle plus le Nirvana avec Valentin qu’avec elle? Mais Cathy l’a rassurée. Germaine était son tout et son infini, son idéal, son…oui ben ça va les filles, ça ne nous regarde pas.
Et Valentin saignait encore.
Ça fait répétitif dit comme ça, n’empêche que ça sentait la transfusion.
Pauvre Valentin.
Allez prendre dans vos bras l’homme qui n’est pas celui de votre vie mais qui aurait pu l’être si vous étiez moins con quand sa copine est juste à côté. C’est pas simple, et pas très discret. Donc, je me suis abstenue.
Le brigadier super malin qui n’avait rien compris mais ne voulait pas en savoir plus a finalement décidé qu’on n’était pas si méchants que ça. Ou peut-être que je sentais tellement mauvais qu’il a préféré que je lève le camp.
Bref; Cathy et Germaine se sont embrassées. Vachement goulument. Ça m’a fait bizarre de voir Cathy rouler des pelles de la mort qui tue à une fille. Mais au point où en était la soirée…
Valentine a fini par nous croire.
Et a fait à Valentin ce que Germaine faisait à Cathy.
Moi, j’avais un petit bobo à la main. Alors je me suis embrassée.
Et on est parti.
Germaine et Cathy vers la gauche, Valentin et Valentine vers la droite.
Et moi, droit devant. Seule, fière, avançant tel un ban de sardines vers ma destinée.
To be continued (ou pas…Inch Allah)

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