Drôle d'endroit (...)
Parfois il faut trancher dans le vif. Savoir prendre une decision, et s’y tenir. Être ferme. Carrée.
Gaston est revenu vers moi, alors qu’il demandait le temps et le silence. Germaine veut me parler, certes, parfait. Mais elle aussi demandait du silence et du temps…Priorité au premier. Gaston, ce soir, nous serons tous les deux. Germaine, ma chérie, tu vas devoir attendre, désolée.
“Germaine.
Je suis ravie pour toi, et suis très impatiente que tu me racontes tout. Je dis bien TOUT. J’aurai vraiment voulu te voir ce soir si j’avais été disponible. Mais je viens d’accepter une invitation, un collègue de travail, qui ne va pas super bien et qui a besoin de réconfort. Je crois qu’il veut parler un peu. Je ne sais pas jusqu’à quelle heure j’en ai avec lui, pour ce soir, ça va être compliqué.
Je suis désolée, et en plus je suis hyper curieuse que tu me racontes tout et le reste…Tu ne m’en veux pas? On se voit demain, promis? (Enfin si toi tu peux…)
En attendant, suis heureuse pour toi.
Gros bisous
Emma”
Et bien…Presque franche dans le mail, pas trop de détails, pas la peine de s’avancer, mais franche quand même, enfin en gros…oui j’ai accepté une invitation, et oui, Gaston va mal. Bon, ok, j’ai pas précisé à Germaine qui est ce “collègue”, ni pourquoi il va mal, ni pourquoi il est si important pour moi de le voir…Je ne lui ai pas reparlé de Valentin, même si je pense qu’elle s’en fiche puisqu’elle vit manifestement un truc pas croyable…Mais je serai toujours à temps de lui en dire plus demain. Si elle peut demain.
“Emma.
Je comprends parfaitement…un engagement est un engagement. Passe une bonne soirée, j’espère qu’il ne va pas trop mal et qu’il ne va pas te plomber le moral.
On se voit demain soir et je te raconte tout. Tu vas être étonnée, je te préviens…
Bisous, à demain.
Germaine”
Elle est cool, Germaine. Mystèrieuse, ce qui ne lui ressemble pas, mais cool.
Je penserai à Germaine plus tard. Ce soir, c’est Gaston.
Quelle soirée mes enfants…attendez, je finis de bailler, et je suis à vous.
C’est plus de mon âge des trucs pareils…suis raplapla. Et ce soir je remets ça avec Germaine…Quoi? Oui? Ah, c’est vrai, faut que je vous raconte ma soirée avec Gaston, bande de curieux.
J’sais pas, j’vais voir…
Bon, ok, vous fâchez pas…si on peut plus rigoler, vraiment…
Et bien voilà.
Vers 19h, j’ai eu un sms : “Toujours OK pour ce soir? Gaston”
Ayant de la suite dans les idées, j’ai dit OK.
“Dans dix minutes, dans le hall?”
Assez glamour comme lieu de rendez-vous, et parfaitement discret. Il aurait aussi bien pu envoyer un mail à tout le monde : “Ce soir je vois Emma”…enfin, pas grave. Ok pour dans dix minutes, dans le hall.
Dix minutes plus tard, je poireautais. En fait, dès que j’avais eu son sms, j’étais descendue. Je n’avais plus rien à faire de toute façon, alors autant descendre, et attendre.
Je regardais les portes de l’ascenseur s’ouvrir et se fermer.
Et soudain…le choc.
Gaston était là, devant moi. Mais pas le Gaston de la dernière fois; pas cet athlète vigoureux et élégant (j’exagère à peine, et puis vous commencez à me connaître) qui m’avez séduite. Non. Là, devant moi, se tenait un homme abattu par le chagrin et la fatigue. Les yeux cernés, que dis-je, pochés, la mine grise, le cheveu en bataille, le costume froissé, la chemise (non, rien à dire sur la chemise)…
Il m’a posé un baiser sur la joue, m’a prise par l’épaule, m’a guidée vers la sortie, m’a dit qu’il était heureux de me voir…Raconté comme ça, ça fait très romantique. Mais en fait ça ne l’était pas du tout. C’était plutôt, comment dire : j’ai hésité à me pendre, mais avant je voulais encore boire un verre une dernière fois, et comme t’es là, si ça te va, on va picoler ensemble.
Et ça m’a mise très en colère. Une colère sourde, muette, que je tentais aussi sec de dissimuler. Mais qui, comme un feu mal éteint, brûlait en moi (j’ai lu du Emily Brontë hier soir, ne vous étonnez pas…), et me dévorait peu à peu.
J’ai laissé Gaston parler. Sa femme, un beau matin, sans autre forme de procès, l’a appelé, au bureau. Très classe. Et lui a dit que c’était fini, ciao good bye, et à jamais sans doute (sauf pour se retrouver devant les avocats). Elle ne le supportait plus, même si elle n’avait rien de grave à lui reprocher. Et elle avait rencontré quelqu’un, elle ne voulait pas en parler pour l’instant (c’est dingue tous ces gens heureux qui le disent, mais en faisant des secrets…). Elle ne voulait pas qu’il soit malheureux, mais elle pouvait enfin avoir droit au Bonheur…etc etc…
De là, coups de téléphone, engueulades, et comme Gaston me racontait tout, j’ai appris au passage qu’il était cocu. Enfin, là, c’était évident, mais c’était pas la première fois.
Ma colère et moi écoutions encore sagement, même si ce feu dont je parlais tout à l’heure me dévorait de plus en plus. C’est très difficile de tenir dans ce cas là, et je décidais de l’éteindre à coups de gin tonic, largement relayée par Gaston.
J’en étais à me demander si le gin tonic était meilleur avec une rondelle de citron ou deux, et à essayer de dissimuler mon ire croissante, lorsque Gaston prononça ce prénom semblant devant à nouveau surgir comme un cauchemar : Valentin.
Valentin, celui par qui le mal, la faute, le péché, le drame, arrivent…Valentin qui, ne l’oublions pas, avait séduit Germaine, l’avait plantée, m’avait séduite, et plantée de même (Valentin, ou le fantasme de Nicolas le jardinier, eheh…ok, c’est nul, c’est l’effet Gin To), et s’était révélé finalement être un grand malade détraqué à côté de la plaque.
Valentin qui, quelques années plut tôt, avait séduit la femme de Gaston. Et avait vécu avec elle une histoire que la morale réprouve. Et qui sûrement avait remis le couvert. Beurk. J’en ai avalé ma rondelle de citron et la peau avec.
Et Gaston avait une larme qui coulait.
Alors là, je suis sortie de mes gonds. Et j’ai dit : “ça suffit Gaston. Tu ne vas quand même pas te mettre dans cet état là. D’abord je te rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, tu m’invitais à diner, sans me dire que tu étais marié, donc manifestement ça ne te préoccupait pas plus que ça.
D’autre part Valentin est un sombre abruti totalement à la masse et que franchement je trouve assez répugnant, genre limace sur le retour, alors si ta femme préfère les limaces, t’as pas perdu grand chose. Et je pèse mes mots concernant cet être visqueux et sans intérêt, cette espèce de rat lépreux handicapé du bonheur et des sentiments. Laisse le dans sa fange.
En plus j’vais t’dire, je pense que c’est surtout une blessure d’orgueil. Non, mais, regarde toi, tu ressembles à rien, là. Enfin, si t’as toujours des yeux waouh (qu’est ce que je suis en train de lui dire?), et puis même si tu ressembles à une vieille serpillière, t’es craquant tout frippé (Emma, attention, tu vas trop loin), et Valentin, c’est une ordure (c’est gratuit mais ça soulage), et si ta femme préfère être avec un minable plutôt qu’avec toi, t’as rien perdu, parce que toi, franchement toi (Emma, Emma…)…”
J’ai pas eu le temps de finir.
Vous voulez un dessin?
Désolée, je ne vous dirai rien de plus, les détails, enfin, le racontable, je le dirai à Germaine ce soir. Quand elle m’aura parlé de sa belle histoire qu’elle voulait tenir secrète.
Ce qui est certain, c’est que le Gaston, il embrasse drôlement bien.
To be continued.

Derniers Commentaires