Lundi 15 mars 2010
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Je vois mal ce que je lui ai fait pour qu'il se comporte comme ça.
C'est pousser le bouchon un peu loin quand même.
Et j'ai beau ne pas être sexiste, avoir même tendance à défendre nos amis les hommes (oui, je sais, vous n'êtes pas des bêtes), là, suis sacrément en
rogne.
Jamais là quand on a besoin de lui.
Pourtant, je ne lui demande pas grand chose : juste une présence, amicale, durant cinq, six heures.
Ok, quotidiennement.
Mais c'est pas la mort tout de même.
Et bien même ça, il n'est pas capable de le faire.
Et le pire c'est qu'il s'en va, comme ça, sans prévenir, sans laisser d'adresse, ni de numéro de téléphone. Injoignable. A l'époque du web, c'est un
monde.
Pourtant, je fais attention à me préparer tout comme il faut pour lui plaire. Je suis bien sage au fond de mon lit, la lumière éteinte, sans bouger, me libérant
l'esprit de tout ce qui pourrait faire barrage entre celui que j'attends et moi. Hyper dispo, en somme.
Et pourtant, manifestement, c'est insuffisant.
Il est vrai aussi que je ne suis pas connue pour ma patience.
Avec l'âge je prends sur moi.
J'attends.
J'attends.
Je poireaute.
Je fais le pied de grue.
Je regarde l'heure un peu, c'est vrai, me demandant où il a bien pu encore passer, et dans les bras de qui il traîne ou s'agite.
J'attends à nouveau.
Je compte les moutons. Une fois que j'ai réuni un troupeau tout entier, plus celui du voisin, je regarde l'heure à nouveau.
Qui tourne, inexorablement, impitoyablement, me laissant sans nouvelle.
Et l'autre qui continue à ne pas se manifester. Et sans complexe. Pas gêné pour deux sous.
Pourtant, une fois de plus, j'ai bon espoir. Pas ce soir, pas cette nuit, il ne me laissera pas tomber, pas une fois de plus. Je ne mérite pas un tel dédain. J'ai
des défauts, comme tout le monde, mais je ne suis pas une mauvaise fille.
Deux heures du matin. Toujours personne. Ca commence à bien faire, et comme qui dirait, si ça continue, il va falloir que ça cesse. Puisqu'il le prend comme ça, à ne pas prendre la peine de
s'arrêter une minute, ne serait-ce que pour un bisou, je vais mettre un peu la télé. Il va être sacrément ennuyé, le père Morphée, quand il va se pointer et voir que de son absence, je m'en moque
comme d'une guigne.
De plus les programmes sont tellement bien, à deux heures du matin. J'apprends des trucs très utiles, sur l'intérêt de la chasse au canard en pleine nuit avec lunettes à infra rouge, ou sur le
son parfait imitant le cri de la carpe en rut (j'ai du mélanger deux ou trois émissions, c'est un peu confus).
Soudain, crise d'angoisse : Morphée est peut-être jaloux. Au lieu d'attendre patiemment son arrivée, je me gausse devant des volatiles multicolores, désirant presque (la fatigue me rend cruelle)
leur fin proche et définitive.
Vite, j'éteins.
Et me remets en position, horizontale, yeux fermés, tout comme il faut.
Quatre heures du matin.
Tout comme il faut, et toujours seule.
Rien, rien, de rien, ni à gauche, ni à droite, aucun signe, aucune présence, aucun geste de sa part.
Salaud.
Lâche.
Traitre.
Si encore il avait sorti le chien et jeté les poubelles. Au moins il se serait rendu utile. Mais non.
Cinq heures.
Les oiseaux commencent à chanter.
C'est joli un chant d'oiseau qui commence à chanter.
Ce soir je vais faire du pigeon pour le dîner. Au moins j'ai résolu un problème, celui du menu pour la journée.
Ca, c'est fait.
C'est bizarre, je me sens de moins en moins logique dans ce que je dis.
Oh, et bien, il commence à faire jour, je vois de la lumière derrière le volet. De la lumière, certes, mais c'est tout.
Six heures du matin.
Autant se lever.
Si je l'attrape, il va passer un sale quart d'heure. Mais qu'il ne vienne pas avant ce soir, je suis débordée aujourd'hui.
Débordée, et épuisée.
Morphée, je te hais.
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