Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Voilà encore des allégations mensongères et machistes.
Phallocrates, même.
La vérité (comme on dit fréquemment dans une petite ville normande que je connais bien) est que ça dure depuis des siècles. Rajoutez là-dessus un 8 mars comme un autre (pour ceux qui ont un calendrier sans 8 mars, je précise qu’il s’agit de la journée de la Femme) et ça devient festival.
Et la femme ceci, et la femme cela, et la femme le reste…et entre autres, la femme est de mauvaise foi.
Ben voyons.
Si c’était le cas, ça se saurait.
Précision indispensable en préambule : toute justification ne peut qu'être arbitraire : une conscience ne pourra jamais justifier sa situation dans le monde qu'en étant de mauvaise foi. Aux yeux des autres bien sûr.
Aussi, du haut de mes talons, je m’insurge, me révolte, et crie haut et fort « NON, la femme n’est pas de mauvaise foi, c’est une bien piètre critique qui nous est faite pour éviter de regarder un nombril mysogyne de trop près !! »
Ça, c’est fait.
Et entre vous et moi, il est bon parfois de s’insurger.
Hier, alors que je tentais d’expliquer à un homme …Tiens, c’est drôle ; en écrivant ces mots je remarque déjà que l’hypothèse de départ est d’un complexe achevé.
Expliquer…à un homme…
Ça sonne pas bien. L’antagonisme des deux propositions est évident.
Enfin, à l’impossible nul n’étant tenu, et étant d’un optimisme démesurément achevé, je tentais donc d’expliquer à un homme que nous n’étions pas, nous, les femmes, de mauvaise foi.
Comme tous ses congénères, il s’obstinait à prétendre le contraire. Ce qui à la longue est un tantinet lassant. Et lassée que j’étais de mes démonstrations tombant aussitôt faites dans un oubli abyssal, je me suis dit qu’un petit écrit devenait nécessaire, voire indispensable.
Ainsi, tranquillement, il pourrait le lire, et le relire, prendre tant la mesure de ses propos que de la distance et en sortir plus au fait de notre bonne foi féminine.
J’aurais pu pour la cause sortir une belle robe (d’avocat, j’entends), et faire des effets de manche éloquents et grandiloquents. Mais nous sommes entre gens de bonne compagnie, et je ne doute pas un seul instant que c’est avec objectivité, distance, recul et sans sarcasme, que certains liront ce texte jusqu’au bout.
(J’ai dit que j’étais d’un optimisme surprenant, je le confirme).
Aussi, Messieurs, je vous le dis, vous l’affirme, sans peur et sans contrainte, la femme n’est pas de mauvaise foi.
Pour commencer mon exposé, je dirai ceci : rappelez-vous qu’il est dit, par un homme, que « la femme est l’avenir de l’homme ». Or, l’homme laisserait-il son avenir, son lendemain, être de mauvaise foi ? Bien sûr que non.
En outre, la femme s’adapte, aime le détail, et la précision.
Elle est d’ailleurs programmée pour.
Preuve à l’appui : Petite, on lui lit et on la bassine avec les histoires de princesses, de fougueux et preux chevaliers venant sauver leurs mies des griffes de belles-mères pire que des dragons. Lesquelles belles-mères veulent bien sûr faire passer leurs brus de vie à trépas en deux temps trois mouvements.
Et elle y croit, la femme encore petite fille. Parce qu’elle fait confiance. Elle est même convaincue que elle aussi, un jour, elle verra surgir de nulle part ce fougueux chevalier, qui, rien que pour elle, affrontera mille dangers et moults obstacles avant de l’emmener vers des contrées verdoyantes. Et tout sera toujours beau.
T’as qu’à croire.
Un beau matin, elle pense que lui, là, celui qui est planté devant elle avec un air de crapaud enamouré, est justement ce preux chevalier.
Le lendemain, elle ramasse ses chaussettes, elle se pique à sa barbe et s’asphyxie en l’embrassant.
Forcément, elle est déçue.
Dans le conte de fées, ça s’arrête toujours à « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… » et pas à « Mademoiselle, si sur ton chemin tu croises un preux chevalier super beau et que tu décides que ta vie sans lui ne vaut plus le coup, assure-toi également de sa capacité à ramasser le linge sale et à remplir le lave-vaisselle ».
(De plus je tiens quand même à faire remarquer que ces fameux contes sont écrits par des hommes, qui s’offrent de la sorte une belle image de marque et après, je m’en lave les mains, pas ma faute si vous les filles vous y croyez.)
Aussi, la petite fille devenue femme, et confrontée à une triste réalité, s’adapte . Et de princesse, redevient Cendrillon. (Je sais c’est très triste, j’offre les Kleenex à la fin de la séance).
De là, puisque cette femme, condamnée, sans ciller, à l’adaptation, s’y soumet, pour le bonheur et l’équilibre du foyer qu’elle tente de créer, de consolider, et de réjouir d’une présence ensoleillée chaque jour, les menus tracas du quotidien lui permettent de développer ladite capacité d’adaptation.
Vous qui pensez que « souvent femme varie », cessez d’y voir malice : la femme entretient chez vous une vivacité intellectuelle douloureusement mise à mal par les tracas du quotidien. Inquiète de vous voir potentiellement atteint d‘un éventuel ramollissement cérébral précoce (vous noterez les précautions stylistiques employées), elle met au point ce petit stratagème. Sans fourberie ni mesquinerie aucune. Non pas pour vérifier que vous l’écoutez (car personne n’en doute, les hommes écoutent ET retiennent tout ce qu’on leur dit), mais, quite à devoir affronter foudres et reproches, pour vous permettre de réagir. De participer. D’avoir une présence active tout autant que sollicitée au sein de votre couple. Pour que vous ne vous sentiez pas mis à l’écart.
La femme est prête à s’adapter, et à modifier ses présupposés de la veille, pour vous. Pour vous conserver une place de choix au sein de votre couple.
Votre avis compte, messieurs. Et la femme, dévouée, et doutant sans cesse de vous déplaire, s‘évertue chaque jour à satisfaire vos attentes et contenter vos avis. Dut-elle renoncer, parfois douloureusement, à ce qu’elle avait choisi la veille.
Si elle vous apostrophe en vous demandant de « pour une fois » sortir les poubelles, le chien, vider les machines ou mettre le couvert, ce n’est pas qu’elle vous reproche de ne rien faire dans la maison pendant qu’elle s’échine et perd sa jeunesse dans de basses tâches matérielles. C’est juste qu’avec tout le respect qu’elle a pour vous, elle ne veut pas vous exclure de votre rôle de chef de famille. Cro-magnon chassait le bison, vous pouvez aller jusque chez Franprix. Cela lui est affreusement pénible que vous puissiez vous en sentir privé.
N’y voyez donc qu’une preuve d’amour.
De même vous pouvez reprocher aux femmes de s’esclaffer en disant « Mais je n’ai jamais dit ça ». Ce que vous prenez au pied de la lettre. Vous avez tort, je suis navrée de le dire, ne voulant pas vous blesser. Disons plus élégament que vous manquez dans ce cas d’acuité cérébrale, et parfois, peut-être aussi un peu, de mémoire.
Le principe est simple, messieurs. Et pour être sûre d’être « entendue », je vais prendre un exemple facile à intégrer :
Votre épouse (conjointe, copine, amie, mère, fille, sœur…) vous dit : « J’adore le foot ». Que faites-vous ? Vous mettez un match de foot. Vous vous faites critiquer, car vous avez regardé le foot. Et vous accusez volontiers votre épouse (conjointe etc etc) de mauvaise foi car elle a dit adorer le foot. Mais a t’elle dit : « J’adore le foot, et j’adore que tu te fasses super plaisir en le regardant pendant que moi je me fais braire à m’occuper des mômes » ?
Non.
Elle faisait un constat d’ordre général. Vous en tirez des conclusions hâtives et personnelles et vous plaigniez d’être perpétuellement la source et l’objet de nos lamentations. Sans tenter d’en tirer le positif, l’agréable, le clairement valorisant de la situation. Vous avez des facultés d’analyse, vous savez être autre que synthétique, nous n’en doutons pas, nous vous invitons juste à le montrer. Nous flattons votre ego, vous le prenez comme une attaque.
Comme dit plus haut, il est clair que vous écoutez lorsqu’on vous parle. Mais là où la nature, Dieu, ou les fées, ont dotées les femmes de nuances, vous allez droit à l’essentiel. Dans un certain contexte, ce n’est pas pour déplaire. Au quotidien, je vous conseille plus de souplesse et de finesse dans l’écoute des propos de votre chère et tendre.
Dites-vous que ce que nous faisons, entreprenons, racontons, prétextons…n’est fait que pour réveiller et entretenir chez vous cette flamme primesautière, cette allure de chevalier qui nous avait tant séduite, cette rage de vaincre de l’Homme que vous êtes, cette fougue, cette aisance et cette assurance dont nous avons tant besoin, nous, pauvres et faibles femmes sans défense.
Que serions-nous sans vous ?
Et ne me dites pas que je suis faux-cul.
Vous seriez terriblement de mauvaise foi.

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