Samedi 31 octobre 2009
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Papa est peintre. Il peint toute la journée, du blanc, de la couleur. Papa est
perfectionniste et n’aime que le travail bien fait. Aussi, s’il doit rester plus longtemps que prévu sur sa peinture afin de la terminer correctement, il ne rechigne pas et ne compte pas son
temps. Papa aime ce qu’il fait et y consacre beaucoup d’énergie. Papa n’est pas un artiste. Il est peintre en bâtiment. Il se nomme Luis Jose João Pessoa, originaire de Cascais, Portugal. Il a
quitté son pays avant la révolution des œillets. Depuis, il n’y est jamais retourné.
Maman est espagnole. Elle se nomme Esperanza, née
Sanchez. Pour tous les habitants de l’immeuble duquel elle tient la loge, elle est Esperanza. Esperanza et son courrier, Esperanza et son aspirateur, Esperanza et son sapin de Noël. Esperanza qui
sait tout et ne dit rien.
Maman est gardienne de l’immeuble depuis presque trente ans. En arrivant en France, elle eut la possibilité de prendre tout de suite cette loge,
recommandée par un de ses oncles qui travaillait pour le syndic. Elle parlait peu, et mal, le français. Consciente que c’était une opportunité pour elle, elle prit la loge, et des cours de
français, et travailla autant qu’elle le pouvait pour garder sa place. A l’époque, la loge était, en taille, bien suffisante pour elle. Une pièce de presque 20m2, équipée d’une plaque et d’un
évier dans un coin, et d’une douche dans un autre. Maman ne pensait pas cependant rester longtemps à ce poste. A cette époque, maman avait de l’ambition. Elle voulait devenir couturière pour une
maison de prêt-à-porter.
Papa a été envoyé un jour pour repeindre la cage d’escalier. Maman faisait briller les barres de cuivre de l’escalier. Faire briller les barres de
cuivre lui prit plusieurs jours.
Six mois après, maman distribuait avec le courrier des faire parts de mariage. Papa repeignait la loge, et construisait une cloison, avec
l’autorisation du conseil syndical, pour créer une chambre minuscule.
Maman a renoncé à ses ambitions de maison de couture. Papa a continué à peindre. Maman n’a pas eu l’ambition de le pousser à avoir sa propre
entreprise. Papa n’a pas eu le courage de le faire. Maman disait apprécier d’avoir en charge l’immeuble. Papa ne l’a pas encouragée à postuler comme couturière. Papa et maman étaient logés et
avaient peur de ne pas pouvoir s’offrir ne serait-ce qu’un studio.
Papa et maman, d’un commun accord, quoiqu’il soit tacite, ont décidé que leur vie se passerait dans cette loge. Sans même sans rendre compte, ils ont
renoncé à leurs rêves.
Puis, je suis née.
Avec ma naissance, leurs ambitions sont revenues. Pas pour eux, pour moi.
©Anne-Laure Buffet, Octobre 2009
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