Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Comment décrire le plus justement mes sentiments ? Fascination, intérêt, curiosité, obsession, désir,
plaisir…Prenez le tout, mélangez-le, et vous saurez ce que mon cœur ressentait. Enfin, en partie…
Sans m’en rendre compte, je me détachais de mes proches, de ma famille, ou ce qui semblait l’être, et de mes amis. Mes amis… le peu que j’en avais pour être honnête. Les amitiés adolescentes sont bien infidèles. Inséparables un jour, on s’en lasse dès le lendemain, lorsqu’un autre sourire nous attire et nous accueille auprès de lui. Mal entretenues, elles s’en vont en nuages de fumée. Aussitôt oubliées, presque aussi vite remplacées, elles ne laissent de souvenir que cette odeur de brûlé, celle d’un feu de cheminée éteint ; une odeur nostalgique, chaleureuse, sereine, qui s’évapore au premier courant d’air. Pourtant, sans s’en rendre compte, on en reste imprégné. Et on la sent à nouveau, lorsqu’on s’y attend le moins.
Oui, les amitiés adolescentes sont ainsi. Fugaces, dispersées, et pourtant marquantes, ineffaçables, quoique nous fassions pour nous en éloigner.
Camille le jour, appliquée, attentive, soucieuse d’être à la hauteur, de ne pas décevoir ses attentes, je redevenais Garance le soir. De moins en moins cependant. L’absolue nécessité de lui plaire prenait le pas sur ma vie entière.
Je me mis, sans m’en rendre compte, à contrôler chacun de mes gestes, chacune de mes attitudes, jusqu’à ma manière de m’exprimer. Il m’était indispensable, en toute inconscience, de ne jamais risquer de le décevoir, même lorsque je n’étais pas avec lui.
Madame du Rouard ne vit rien. Esmeralda m’adressa juste, un soir où je la croisais, un sourire.
- Vous changez beaucoup, mademoiselle Garance.
- Je grandis, Esmeralda, c’est tout.
En prononçant ces mots, je notais - et souriais intérieurement – que j’avais repris les intonations exigées par Camille. Sa froideur et son mépris transparaissaient dans ma voix. Je n’en éprouvais ni gêne ni honte.
Oui, je grandissais. Je ne cherchais plus à être celle que beaucoup attendaient de moi. Un seul regard, un seul jugement avait maintenant de l’importance à mes yeux ; et pour ne pas le perdre, j’aurai sacrifié ce qui m’était le plus cher, j’aurai changé bien plus encore.
Il ne s’habillait que de noir. Je me mis à faire de même. Madame du Rouard me trouvait bien sombre. J’en souriais. Certes, j’étais sombre dans ma tenue vestimentaire. Mais je me sentais lumineuse. Chaque jour passé à être Camille était fait de moments de bonheur, de ces étincelles d’éternité qui font aimer la vie. Et même, le soir venu, lorsque je rentrais chez moi, je n’éprouvais aucune peine, sachant que dès le lendemain, sa présence me nourrirait à nouveau. Les regards dédaigneux de monsieur du Rouard ne me gênaient plus. La prétention avec laquelle il énonçait son emploi du temps m’était devenue indifférente. Je ne pensais qu’à Camille, qu’à Perdican, qu’à lui. Ma passion me transformait, je me sentais pleinement vivante.
Je déteste mes parents, les quatre. Pour leur vie sans passion.
Photo FV
