Previously, in my 24 hours
Et voilà, comme toutes les meilleures choses ont une fin, Phéromones s'est achevé.
Je sais, c'est dur.
Aussi, si vous êtes sage, une saison 4 peut être imaginée.
Allez savoir...
Drôle d'endroit (...)
Quand, pendant des années, on se conforme sans s’en rendre compte à un style de vie, on n’en change pas du jour au
lendemain. Allez demander à une prostituée de devenir bonne sœur. Ou à un escroc de devenir honnête. L’affaire est ambitieuse. Pas impossible, mais ambitieuse.
C’est avec cette ambition que j’intégrais Sciences Po.
J’avais, en réussissant l’examen d’entrée, obtenu un sésame vers l’indépendance. En tout cas, c’est ce dont j’étais intimement convaincue. Monsieur du Rouard ne me demandait plus ce que je comptais faire comme études supérieures. Il « savait » déjà qu’après Sciences Po, il y aurait l’ENA. Et puis, les ministères, ou les consulats. Une évidence. Il ne pouvait en être autrement. Madame du Rouard était très heureuse. Fière, je ne sais pas. Mais très heureuse. Elle arrivait, parée de mon diplôme qu’elle portait presque en manteau, à ses cafés, thés et autres bridges. Nul dans le tout Paris qu’elle fréquente ne pouvait à ce moment là ignorer que j’étais rue Saint Guillaume tous les jours.
Les voyant si occupés à se féliciter l’un l’autre, j’imaginais que je pourrais désormais « vivre ma vie ». Et cette volonté constituait justement toute mon ambition. Mes parents ne pouvaient plus avoir un contrôle de mon emploi du temps aussi parfait qu’avant mon bac. Madame du Rouard ne viendrait pas, armée d’un chapelet et des nouveaux évangiles, user les talons de ses escarpins dans les couloirs de mon école. Monsieur du Rouard ne connaissait pas le corps professoral, ou si peu que je me sentais libre. Ce nouvel oxygène me remplissait les poumons d’un air nouveau.
Liberté, j’écrirai ton nom…J’écrivais le mien sur les listes des cours, m’enregistrant, signant ici mon intégration, ma participation à cette connaissance que j’allais recevoir. Je signais mademoiselle du Rouard. Garance du Rouard. Plus je signais, plus je détestais ce nom.
Je ne saurai même aujourd’hui expliquer pourquoi.
Garance…Je m’y suis habituée. Les blagues entendues lorsque j’étais petite (« Garance t’es rance », « Gar-encéphalogramme plat »….) ont fait place aux regards curieux et interrogateurs. L’originalité du prénom plaît, d’autant qu’il se vit sans ridicule. Garance…Seulement voilà, le prénom se suffit à lui-même. Pas besoin de nom de famille. Garance en avait-elle un, dans les Enfants du Paradis ?
Garance du Rouard. L’ensemble est déjà un programme. Promesse de vieille aristocratie, assurance de bonne éducation, de principes, de conformisme ancestral ; d’incapacité à comprendre, à réagir, à se moderniser. Un nom traçant une route, murée de chaque côté. Impossible de changer de chemin. Le GPS de l’aristocratie, c’est le Bottin Mondain. Pas de nouveau calcul de la route, à la prochaine particule, vous êtes arrivés à destination.
Ma liberté, je la trouvais là. Le « du Rouard » perdit en noblesse tout autant qu’en réalité. Sans presque m’en rendre compte, je finis par signer simplement Garance. Aux remarques faites par certains de mes professeurs, plus étonnés que choqués par l’abandon du nom de famille, je précisais qu’étant la seule ainsi baptisée dans la promo, aucune confusion n’était possible.
Ce fut je crois mon premier signe de révolte. Je voulais exister, moi. Et non être
la fille « de ». Etre aimée, jugée, appréciée, ou critiquée, pour ce que je suis, et non pour ce que d’autres ont fait de moi.
Je déteste mes parents. Pour ne m’avoir pas aidée à être moi.
©Anne-Laure Buffet, Novembre 2009

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