Drôle d'endroit (...)
(Previously, in my 24 hours, je mettais en place un combat de coqs entre Valentin et Gaston. Comment ça, je suis un
peu garce? Pas du tout. Juste joueuse.)
Et maintenant, que le meilleur gagne.
Oh vous, là, je vous arrête tout de suite. Quand je dis “que le meilleur gagne”, je ne considère pas que je sois le lot attribué au champion. Il est vrai que dans mes rêves de petite fille, j’étais parfois une belle princesse, agitant son mouchoir de dentelles sous le nez de preux chevaliers prêts à se lancer dans de terribles tournois, parfois mortels, uniquement pour ses beaux yeux. Je jetais ensuite ce mouchoir au vainqueur, il m’enlevait et m’emmenait au loin, dans des contrées dont lui seul avait la clé et…
Bing.
Un mail. Impossible de rêver calmement. Moi qui voyait déjà voler la poussière autour des flancs fumants, bouillonnants d’impatience, de deux destriers valeureusement montés, portant les couleurs et les armes de leurs maîtres, sang et or pour l’un, azur et argent pour l’autre…
Bing.
OK, ça va, je regarde.
Pas la peine de s’énerver.
Ni de sonner comme si, forcément, j’étais derrière mon ordinateur, guettant un “nouveau message” . Je pourrais très bien être ailleurs. Être en réunion, justement, avec Gaston. Comme je l’ai dit à Valentin. Ça serait possible, pourquoi pas. Je serai assise, sérieuse en tailleur noir et chignon serré, armée de mes dossiers, très compétente, très convaincante, et tout le staff boirait mes paroles, et Gaston serait subjugué, il serait suspendu à mes lèvres, me regardant comme on regarde l’augure, et…
Bing.
Ohhhh c’est bon là. Je suis occupée, moi.
Je vais jeter un oeil, juste pour voir qui m’adresse ce mail, et je retourne à ce que je faisais précédemment.
gaston.g¨¨¨¨@lamaillepicarde.com
Je ne vois que le début de son mail : “Emma, il faut absolument que je te…”
Rapide le chevalier d’azur et d’argent vêtu. (Sourire de votre obligée).
“Il faut absolument que je te… “ Que je te quoi? Je pourrais cliquer sur le contenu du message, juste comme ça, pour lire, mais je vais attendre un peu. Je développe depuis quelques temps un comportement très zen, j’ai vu ça sur Facebook, j’envoie et je reçois plein de points zen toute la journée, et le soir j’ouvre mes chakras et je me sens bien. Il faut d’ailleurs que j’aille voir où j’en suis dans ma progression, suis-je ou non passée de bouddhiste apprenti à confirmé, où en est mon karma? Et ensuite que je fasse le tour de mes amis facebookiens, que je lise leurs derniers statuts, je vais peut-être mettre des commentaires, je vais voir aussi deux ou trois applications, par exemple l’horoscope du jour, fondamental, la phrase du jour, aussi fondamentale, et puis envoyer quelques bisous et des coeurs, comme ça mes amis sauront que je les aime.
Voilà.
Avant d’ouvrir le mail de Gaston, je vais d’abord aller sur Facebook.
De toute façon, je ne suis pas impatiente de le lire. Pas du tout.
11 nouvelles notifications. Il s’en passe des choses sur Facebook pendant que je travaille. A peine vingt minutes que je n’y suis pas allée…Tiens, truc machin a posté quelque chose sur mon mur, et sinon, quelques commentaires sur mon statut, très intéressant d’ailleurs “Emma Lalatête (c’est un pseudo, je préfère l’anonymat pour Facebook) va boire un café, qui en veut un?”.
“Il faut absolument que je te… “. Ça me titille quand même.
Je vais lire le message de Gaston.
Sans impatience. Calmement. Je me serais précipitée dessus si ça me passionnait. Alors que pas du tout. J’ai réglé quelques affaires urgentes (c’est ça Facebook, faut être hyper réactif sinon on perd le fil).
Je peux maintenant me consacrer pleinement à la lecture du mail de Gaston.
Bing.
Merde. C’est un mail de ma boss. “Emma, j’ai besoin de toi tout de suite. Tu prends le dossier XYZ et tu rappliques dare-dare dans mon bureau”. (Contrairement aux apparences, on s’entend très bien, mais elle adore jouer les chefs.) Dare-dare, dare-dare… Mais j’ai moi aussi un dossier sur le feu, là.
Arrrggghhhhh, va falloir que je repousse aux calandes grecques la lecture du message gastonien. Ggggrrrrr.
Bing.
Merde. Merde merde, quoi encore?
valentinvernoux@lesillustresinconnus.com
Manquait que lui. Début du message : “Emma, il faut absolument que je te…”.
Ils se sont appelés? Ils se sont donnés le mot ou quoi? C’est un code? Je suis peut-être la proie d’un sortilège. C’est ça, en fait j’ai été vaudouisée.
Et là, j’ai pas une seconde, ni pour l’un, ni pour l’autre.
Bing.
Mail de la boss : “bon alors Emmmmaaaaaaaa!!!!!!!! Tu viens là ou pas?”
Ou pas. Je pourrais lui répondre ça. Ou pas. J’ai moi aussi des affaires à régler, ma chère. Ça se voit que ce n’est pas toi qui reçoit des messages de Gaston et de Valentin.
En plus je la connais, il va y en avoir pour une plombe, et ensuite elle va sûrement me demander de lui taper un rapport, ou de passer des coups de fil pour elle, et elle se moque bien de savoir si je n’ai pas, moi, des trucs à faire. Aucun respect pour le personnel.
Je pourrais vite fait en lire un, juste comme ça pour avoir une idée. Gaston a répondu en premier, je vais commencer par lui.
Bing.
“Emma, je sais que tu es dans ton bureau, et que tu es face à l’ordi, je te vois, alors tu viens MAINTENANT”
Grillée. Elle a l’air furax en plus.
Il faut que je me résigne, je lirai ces mails plus tard. Arrrgggghhhhh. Il faut que je tienne.
To be continued

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