Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Eh oh??? Allo??? Vous m’entendez???
Vous me recevez là? Y’a quelqu’un??
C’est pénible franchement de parler comme ça dans le vide.
Non, vraiment.
J’en ai marre.
J’ai bien compris que je ne vous intéresse pas plus que ça, surtout en ce moment, mais vous pourriez faire un effort tout de même. J’ai pas choisi d’être là, moi. Vous étiez bien contents pourtant de m’avoir. Mais bon, c’était il y a quelques années.
C’est sûr, ces instants-là, il n’en reste que des photos.
Et vous savez quoi? J’aime pas les regarder, les photos. Elles font mal. Ces photos de quand on était heureux. De quand vous vous aimiez. Alors que vous vous crachez dessus maintenant.
Regardez-vous.
Des adultes, ça? Je vous rappelle au cas où vous auriez zappé que vous êtes mes parents. Vous êtes censés donner l’exemple. Bravo, quel exemple. Si c’est ça la vie à deux, merci, très peu pour
moi.
Vous vous êtes promis quoi déjà? Pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort vous sépare? C’est sympa pour moi. Je ne sais pas à quel moment vous vous êtes offert le meilleur. En tout cas moi, j’ai droit au pire.
Puisque vous êtes manifestement sourds et aveugles, je vais aller faire autre chose. De toute façon, vous vous en moquez de savoir comment ma journée s’est passée. Vous savez, l’école, les copains, les profs, les notes, mon avenir, tout ça…Pas la peine d’essayer, vous êtes là à vous regarder en chiens de faïence depuis une heure.
Cela dit, ça me repose. Vos cris, j’en ai franchement plein la tête. Et je te reproche ceci, et je te critique pour cela, et je t’insulte, et je vais faire pareil, question de ne pas être laissée pour compte côté mauvaise foi et méchanceté gratuite.
Vous vous demandez de temps en temps ce que ça me fait, à moi, de vous entendre vous parler comme ça? Je veux bien être cool, et prendre de la distance, et tout ce que les psys peuvent raconter, mais vous êtes mes parents. Tous les deux. Je vous aime. Tous les deux. Je ne me demande pas pourquoi, je ne me pose pas la question, je n’en ai pas besoin.
Je vous aime, c’est tout.
Alors quand vous me prenez à partie, vous croyez que c’est facile? Regarde ton père, regarde ta mère…Regardez-vous, c’est ça qui vous ferait du bien. Regardez-vous, et regardez-moi. Je suis un peu de vous deux; un peu de chacun de vous. Si vous m’obligez à ne plus vous aimez, à vous jugez, à vous critiquez, l’un ou l’autre, c’est un peu de moi que je dois détester.
Vous savez, je vous entends, quand vous parlez avec vos amis. Les enfants…on les protège bien sûr…Ils sont suivis…
C’est pas d’un psy don’t j’ai besoin. C’est de vous.
Je ne vous critique pas. Je ne vous oblige pas à vous aimer. Enfin, à vous aimer encore; j’ose croire que lorsque vous m’avez mis en route, vous aviez des sentiments l’un pour l’autre. Des sentiments qui donnent envie d’avoir un enfant.
Je voudrais que vous m’aimiez, moi. Que vous me respectiez. Vos histoires, c’est pas les miennes. Vos choix ne sont pas les miens.
C’est pas facile, vous savez, ça fait mal de vous voir vous battre comme ça. Comme si mon bras droit tapait sur mon bras gauche, tout le temps, et mon bras gauche serait là, à lui rendre les coups, aussi fort. En oubliant qu’au milieu y’a mon coeur. Et que mon coeur, il est en morceaux, il n’a plus confiance, il sait plus à qui parler. Il pleure, tout seul, il se vide, y’a plus de joie dedans. Il essaie de sauver l’amour. Mais il a peur de le voir s’envoler.
Je sais pas ce que ça donnera quand je serai grand. Peut-être que je me remettrais à espérer. À y croire. À pouvoir aimer. À m’aimer, moi. À me respecter. Pour l’instant, je vois pas comment y arriver, puisque vous n’y arrivez déjà pas vous-même.
La pause est finie? Bang…Vous êtes comme sur un ring, le match va reprendre, début du 5eme round, pour ce soir. Je veux pas y assister, pardon, poussez-vous. Faites comme d’habitude, faites pas attention à moi.
Je sors.
Quand vous vous rappelerez que je suis là, vous me trouverez dans ma chambre, sans doute. Peut-être que je serais en train de pleurer. Peut-être que je serais caché, dans mon lit, sous ma couette. Sûrement, je ne vous entendrais pas, je me serai vissé la musique dans les oreilles.
Disputez-vous, battez-vous, pour le meilleur et pour le pire, et jusqu’à ce que la mort vous sépare.
Sans moi.
Photo Fred Vignale

non
une constatation réalité d'aujourd'hui
y'a personne
...
j'aurais les mêmes sentiments qui sont traduits ici par des mots
maux du siècle
silence
absence
ignorance
allo ! vous êtes là ?
non ! votre répondeur inhumain prend les messages
mais seront-ils lus ?