Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 11:15
24H(Previously, in my 24 hours, Gaston me proposait de nous retrouver à la machine à café, ce que je trouvais absolument hype, car il avait quelque chose à me dire. )

 

Oh mon Dieu, oh mon  Dieu, oh mon Dieu. Gaston a quelque chose à me dire. Oh mon Dieu, oh mon Dieu. C’est sûr, c’est évident, c’est ça, il va me faire une déclaration, une belle, grande, amoureuse déclaration, là, devant la machine à café, et je vais fondre. Ensuite, on se tiendra la main, mais pas longtemps, pour que personne ne nous voit, et on s’enverra des petits mails très discrets pleins de mots tendres, et puis très rapidement tout le monde sera au courant, parce qu’on sera tellement heureux que ça va se voir, et toutes les filles de la boîte vont en crever de jalousie.

Je sens que je rougis. C’est très énervant, ça, de rougir pour un oui ou non. Bon, là, il ne s’agit pas vraiment d’un oui ou d’un non, en fait juste un oui me suffirait, oui Emma, tu me fais craquer, oui Emma, tu me plais, oui Emma j’ai des sentiments, oui Emma au bureau on sera discret, oui Emma oui Emma…En attendant tous ces oui qui vont arriver, je rougis. C’est toujours pareil. Dès que je sens qu’il va se passer quelque chose dans ma vie, je rougis.

 

-       Tu veux un café ?

 

Mesure de diversion. Gaston gagne du temps. C’est adorable. On dirait moi. Incapable d’aller droit au but, je tergiverse, digresse et prends mon temps. (J’ai acquis un certain vocabulaire dans le domaine, à force de couper les cheveux en quatre plutôt que d’être directe).

 

-       Volontiers.

 

Sacrée conversation. Pour notre défense, l’émotion manifeste qui nous gagne l’un et l’autre. J’ai les joues en feu, j’espère qu’il ne le voit pas trop, et les mains moites. Gaston a l’air parfaitement calme, mais je sais que sous ce flegme quasi britannique se cache un cœur sensible et fragile, une volonté de fer partagée avec  une émotivité tellement touchante.

 

-       Avec ou sans sucre ?

 

Comme il est prévenant, attentionnée, gentil …Il cherche à connaître mes habitudes, mes petites manies. Quand il m’apportera mon café au lit, pour un petit-déjeuner à deux, sous la couette, il saura que j’aime le café sans sucre.

 

-       Sans. Merci.

 

Bon, là, je brûle d’envie de lui dire : « Merci, merci pour hier, merci pour le café, merci de m’avoir demandé de venir, merci d’être là, merci d’être aussi beau…. ». Mais je ne dis rien. Pas question non plus de me dévoiler trop vite. J’ai des sentiments, certes, mais je vais être forte et ne rien montrer. Rien du tout. Pas le moindre battement de cils, pas le plus petit regard en coin. De la retenue. En toute chose savoir mesure garder, qu’ils disaient.

 

-       Tu n’es pas très bavarde.

 

Merde. Il préférerait que je parle. Réfléchis donc ma fille, réfléchis un peu. Une fille qui se tait comme toi, c’est qu’elle n’a rien à dire. C’est qu’elle est sans intérêt, stupide,  sans conversation…Déjà hier soir, tu n’as presque rien dit, tu recommences, il va finir par penser que tu as le cerveau aussi développé que celui d’un hippocampe. D’un autre côté, c’est tout de même lui qui a dit qu’il avait, justement, quelque chose à me dire. Plus aucun doute, c’est réellement important, réellement fondamental, ça va bouleverser nos vies, sinon il ne tournerait pas comme ça autour du pot.

 

-       Tu sais, le matin, je suis rarement bavarde, j’ai un peu de mal à démarrer.

 

Sourire de Gaston. Je suis con ou quoi ?… Il est déjà presque 9h30 ; alors le matin, chez moi, dure jusqu’à quelle heure ? Il faut que je reprenne la main, vite vite, vite.

 

-       Tu m’as dit que tu avais quelque chose à me dire ?

 

Très engageant. Bravo Emma. Entre stupide et désagréable, mon cœur balance. A jouer la forte pour ne pas montrer ton impatience, tu en deviens sèche. Sans cœur. Indigne de l’homme qui se tient devant toi. Grosse débile.

 

-       Oui, c’est vrai, mais ce n’est pas facile à dire.

 

Je vais imploser, tellement mon pauvre cœur fait boum boum. Pire, je vais exploser. Destruction neuronale totale devant la machine à café. Accouche nom d’un chien, ça va te prendre combien de temps pour me dire ce que tu penses ? Je vais me mettre à trépigner, et ça va se voir, et comme j’ai une patience proche du néant absolu (j’essaie de me corriger, mais je n’y arrive pas), je vais finir, en plus, par t’aboyer au nez, et là adieu veaux, vaches, cochons et Gaston.

 

-       J’ai passé une excellente soirée. Et je suis ravi de mieux te connaître.

 

On a bien progressé, d’un coup. Pas encore très déclaratif, mais on y vient. Tout vient à point à qui sait attendre…Allez, lance toi mon gars, je t’assure que je vais te tomber dans les bras.

 

-       J’ai beaucoup entendu parler de toi, tu sais ?

 

Non, je ne sais pas, mais je sais que je me liquéfie. Il a entendu parler de moi. Et il a voulu me connaître. Il était séduit avant même de me voir. Life is beautiful (sans l’accent, mais on s’en fiche).

 

-       Non, je ne sais pas. (C’est futé ça comme réponse. Emma, tu fais de plus en plus fort…)

-       Oui, beaucoup. On a une connaissance commune.

 

Euhhh….il compte faire quoi maintenant ? Jouer aux devinettes ? Aux portraits ? Un homme, une femme, je la connais (idiot : si c’est une connaissance commune, je la connais, pauvre pomme).

 

-       Ah oui ?

 

J’ai l’impression d’avoir plus émis un son genre vieux gargouillis, glouglou de dindon mal réglé, que quelque chose d’intelligible. Tant pis, il n’a qu’à se dépêcher un peu.

 

-       Oui. Et j’ai eu envie de te rencontrer. Savoir si ce que j’avais entendu était exact.

 

Ouhhhh….je dois me réjouir là sans doute, mais j’en peux plus, Gaston, tu peux pas faire simple, un peu ?

 

-       Je ne vais pas te faire attendre plus longtemps (merci, c’est sympa). C’est Valentin.

 

Je veux mourir. Là, tout de suite. Mourir, et disparaître, à jamais.

 

To be continued. 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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