Previously, in my 24 hours

Emma et ses perturbations quotidiennes, à suivre en parallèle de la lecture des écrits de Valentin, un homme comme un autre, ou presque. 

Et voilà, comme toutes les meilleures choses ont une fin, Phéromones s'est achevé. 
Je sais, c'est dur. 
Aussi, si vous êtes sage, une saison 4 peut être imaginée. 
Allez savoir...

 
Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 11:15
24H

 

(Previously, in my 24 hours, je me retrouvais dans le fameux bouchon lyonnais, que j’avais choisi, avec Gaston, qui en fait est très séduisant. )

 

 

J’avais pas prévu ça. L’assiette de terrines était…une assiette de terrines. Pas vaguement trois tranches épaisses comme du papier à cigarettes anorexique. Sous mes yeux ébahis je vis débarquer quatre pots. Vous savez, ces pots en verre qui ferment hermétiquement avec un caoutchouc orange, tellement hermétiquement que si on veut les ouvrir, il faut soit un pied de biche, soit une force herculéenne. Soit, tout simplement, renoncer à manger.

Ils étaient déjà ouverts. Avec en prime le pot de cornichons. Plus le beurre. Plus le pain.

J’ai été raisonnable. Je n’ai pas fini la corbeille de pain. Et je suis allée jusqu’à proposer à Gaston de goûter les terrines. Il a refusé, poliment, avec un sourire. ça n’irait pas avec son saumon mariné.

 

Là, un doute subit a surgit (Dites donc, j’en ai repéré deux trois qui tout de suite ont pensé “un doute m’habite”…pas bien). Je n’avais pas fait attention à ce qu’il avait commandé, mais de toute évidence, il avait choisi plus light que moi.

 

Quand les quenelles sont arrivées, j’ai eu comme un vertige. Dans mon souvenir, les quenelles, c’était des tous petits trucs de rien du tout, flottant dans la sauce, que l’on peut délicatement repousser sur le côté, genre ni vu ni connu j’t’embrouille. Or, ce que la serveuse m’apportait n’avait rien à voir. Le plat était tellement copieux que j’ai cru un instant qu’il était pour deux. Erreur.

Gaston, lui, avait pris le dos de cabillaud. Avec les épinards. Raté, ce soir, je ne piquerai de frites à personne.

 

 

J’ai cru malin de lui dire : “Tu aimes beaucoup le poisson, n’est-ce pas”. Ce à quoi, très galament, il m’a répondu : “Effectivement. Et je fais attention, aussi, c’est vrai. Je suis toujours étonné de voir comme certains peuvent se goinfrer. A croire qu’ils ne mangent jamais chez eux.“

 

C’était ballot comme question. Emma, ma fille, ça s’appelle un paquet, gratuit, et direct pour toi. Dans les dents.

 

Gaston, manifestement, mangeait beaucoup moins que moi. Je commençais sérieusement à me demander ce qu’il allait penser, à me voir dévorer de la sorte.

Comme il avait fini son dos de cabillaud avant que je n’attaque la troisième quenelle, je vis qu’il me fixait avec un sourire en coin. Signe évident qu’il se fichait de moi.

 

C’est quand même dingue ça. Vouloir coincer une fille, en l’invitant délibérement dans un restaurant où l’on ne peut faire autrement que manger comme quatre, et ensuite se payer sa tête, parce que, justement elle mange comme quatre…Vraiment, les hommes sont capables des pires bassesses pour se moquer de nous. C’est nul et lamentable Gaston. Un peu plus et j’aurais été épatée par ta petite minable ridicule personne, qui cherche en fait juste à l’instant précis à me faire passer pour une dangereuse boulimique. Ça m’est parfaitement égal, mes quenelles, je vais les manger jusqu’au bout. Et si je veux, je saucerais, oui Monsieur.

 

- Tu permets que je goute ta sauce?

 

Hein? Pardon? Il veut goûter MA sauce? Elle est bonne celle-là. Comme si moi j’étais du style à aller piquer dans l’assiette de l’autre. J’emprunte parfois, juste pour m’assurer que c’est bon, par altruisme. Je ne me sers pas spontanément, c’est facile, monsieur chipote, monsieur fait des manières, monsieur se la joue chichis et compagnie, et maintenant il veut manger MA sauce?

 

-      Je pensais que, même ici, tu ferais partie de ces filles qui ne prennent rien à manger, de peur de ne plus rentrer dans leur slim déjà trop serré le lendemain. J’ai même choisi du poisson, pour voir si tu changerais d’avis, alors que tu avais déjà choisi ton menu. Je suis allé jusqu’à te dire que les goinfres me fascinent, mais tu as continué à dîner, comme si de rien n’était. T’aime vivre, c’est tout. Et j’aime ça. Sauf que là, à jouer au con avec mes pièges à deux balles, j’ai faim.

-      Tu peux prendre toute la sauce que tu veux…

 

Comment ça je souris béatement? Pas du tout. Je suis bien élevée, c’est un sourire tout ce qu’il y a de plus normal. No comment.

 

-        - C’est vraiment débile, je sais. Désolé, suis un gros naze. Et, comme compliment c’est nul, mais j’adore te voir manger.

 

Je crois que je vais défaillir. Non seulement il est pas mal du tout, non seulement il est courtois et bien élevé et intelligent et n’attend pas que je parle pour avoir des choses à dire, non seulement il n’impose rien, mais laisse faire, mais en plus il est franc. Oooohhhhhh Emma, calme toi, calme toi….C’est juste un collègue de travail…Pppppffffffff, je hais mon travail. D’ailleurs, j’envisage de changer. Je n’en ai pas encore parlé, mais je l’envisage sérieusement.

 

On a partagé les profiterolles. Il n’avait pas commandé de dessert. Et pendant qu’on finissait le chocolat, on n’a plus rien dit, on se regardait juste, les yeux dans les yeux, et c’était merveilleux.

 

Et puis, il a appelé un taxi. Du restaurant, pour être sûr qu’on n’attende pas dans le froid. Il est allé chercher mon manteau, il m’a aidée à le mettre, il m’a tenu la porte en sortant.

 

Je me serai bien appuyée langoureusement sur lui, enfin, sur son épaule, mais le taxi était déjà là. Il m’a ouvert la portière. Je me suis assise.

Là, il s’est penché vers moi, j’ai vu son visage près du mien, ses lèvres si près des miennes, j’ai cessé de respirer, j’ai fermé les yeux…

 

Et j’ai eu droit à une chouette bise, de pote à pote, sur la joue. ça a fait un bruit genre “Mchouink”.

 

-       Rentre bien. J’ai passé une très bonne soirée. On se voit demain au bureau.

 

Et il a refermé la portière.

 

C’est sûr, demain on va se voir, au bureau. Entre collègues. T’as qu’à croire. Connard.

 

To be continued

 

 

 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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