Drôle d'endroit (...)
(Previously, in my 24 hours, j’étais invitée au restaurant par Gaston, un collègue de bureau. En tout bien tout honneur.
M’ayant laissé non le choix des armes, mais du lieu, nous devions aller dans un bouchon lyonnais. )
Comment a t’il eu le temps de faire ça?
Suis sciée. Scotchée. Soufflée. Epoustoufflée. Epatée….(j’ai un bon dictionnaire des synonymes, aussi). Je le laisse, au déjeuner, habillé en costard-cravatte-pardon-je vais-à-une-réunion-très-importante. Et je le retrouve six heures plus tard en col roulé noir, pantalon noir, chaussures noires (bon, en même temps, elles auraient été vertes, j’aurai fui), l’air dégagé, vaguement détaché, l’oeil brillant et le sourire aux lèvres. Il s’est changé dans les toilettes? Ou dans une cabine téléphonique? C’est Clark Kent, ce soir je vais au resto avec Superman.
Emmaaaaaaaa!!!!!!!! Ça suffit. Arrêtte tout de suite! Gaston est un collègue de travail. Je répète en articulant : un col-lègue-de-tra-vail. Tu vois ce que je veux dire, ma fille? C’est un copain. Simplement un copain. Qui t’invite à diner. Ça t’arrive très souvent ça, d’être invitée à diner par des copains. (Euh, en fait, les dernières fois, ils ne sont pas restés copains très longtemps….). Alors calme. Repos. Oublie tes hormones, ou fais toi oublier d’elles, démerde-toi comme tu veux, mais c’est juste un diner entre collègues. Et même si toutes les filles se retournent, parce que là, comme ça, il est quand même craquant, le Gaston, tu t’en fiches, et t’es super fière de l’avoir comme ami.
Juste, ami. Juste
N’empêche, juste en amis, il me prend par le bras, avant que j’ai eu le temps de dire ouf, et m’entraîne avec lui. Et moi, je cours presque sur le trottoir pour le suivre. Non, en fait je ne cours pas, je flotte, je vole, je…redescends. C’est un AMI, Emma, faut te le dire sur quel ton?
Voilà. On a pris un apéro. Comme j’ai dit auparavant, j’ai bu juste un Perrier, les catastrophes comportementales étant un peu une spécialité en ce moment, j’ai essayé de ne pas renouveler. Rien à déplorer, rien à signaler, Gaston a bu son whisky tout proprement, il m’a parlé de plein de choses, et rien à voir avec le boulot, il aime le cinéma, la lecture, les ballades en forêt, les chats, les ficus (ça je sais pas mais je suis certaine que oui), la musique, et Bowie, surtout. Comme moi.
C’est-à-dire que moi, je connais mal Bowie, en fait. J’ai dansé sur “Absolute Beginners”, et puis “Life on Mars”, je le mettais, ado, les soirs de déprime pendant lesquels il fallait que je pleure. (Eh, les filles, me la faites pas. On a toutes eu notre playlist de chansons super tristes qu’on écoute quand ça va super pas bien, on pleure super beaucoup, on va mourir certainement, et de toute façon le monde est super con, et après ça va mieux.)
Mais même si je connais mal Bowie, je suis prête à apprendre, et demain, je me colle sur U Tube au bureau, et j’écoute tout, même les titres dont je ne me souviens déjà plus.
Après, on est monté dans un taxi, il me tenait encore la main, mais ça ne me gênait pas, et comme j’étais assez près de lui (ce qui est inévitable quand on se tient la main), j’ai remarqué que ses yeux, à défaut d’être bleus, sont noisettes, et même très clairs quand on les regarde de près, et on dirait aussi, comme de minuscules pépites d’or à l’intérieur, et je me suis penchée un peu plus pour mieux les voir, et le temps aurait pu s’arrêter là.
Sauf qu’on était arrivé au restaurant.
Qui a choisi le bouchon lyonnais? C’est complètement, totalement, stupide, comme idée. C’est typiquement le genre de restaurant où la graisse se bat avec les féculents, les uns n’allant pas sans l’autre, où il est inévitable de manger copieusement, où la salade verte n’est là que pour décorer, style : tiens j’ai une feuille de salade, je vais me faire un nem avec deux cornichons, où, même en faisant preuve d’une imagination débordante, on ne s’en sort pas à moins de 1500 Kcal par repas.
Et Gaston qui me prend mon manteau, l’accroche délicatement à la patère, tire ma chaise pour que je m’asseye, me complimente sur … je ne sais pas bien quoi, de toute façon c’est un compliment, donc waouh, enfin, je veux dire, c’est sympa,merci Gaston.
Emma, Gaston est un COLLEGUE DE TRAVAIL. CA VA ALLER, LA!
Il me tend la carte. Sourire en coin. Je sens que je suis piégée. Je pourrais prendre poireau-vinaigrette, c’est sexy pour commencer, et puis le dos de cabillaud, avec des épinards, merci pas de purée, et la sauce à part.
Pas de dessert, j’aime pas le sucré. Arrrrggghhhhh.
Crever d’inanition aussi, pour finir, ça pourrait être une bonne idée. Je vois déjà les titres dans les journaux demain : “Un employé de la société XXX tue une de ses collègues de travail en la faisant mourir de faim.”.
Et là, il me regarde, et de sa voix finalement assez atomique, me dit : “N’hésite pas, tout est bon. Je suis très content que tu aies choisi de venir ici. Les filles qui passent leur vie au régime me gonflent. Et, en général, ne savent pas profiter de la vie.”
Ok. Emma; ressaisis-toi. Gaston s’en fiche que tu dévores, au contraire, ça a l’air de lui plaire. Et, je le répète encore, ce n’est qu’un collègue de travail…ma fille, lâche toi.
“Alors je prendrai l’assiette de terrines et ses cornichons, les quenelles sauce Nantua (et pas “à part la sauce”), et les profiterolles.”
Gaston sourit. C’est idiot de sourire comme ça, un peu plus et ça pourrait me plaire.
To be continued.

en plus les bouchons lyonnais , il y en a des supers !
à bientôt
bon jour