Drôle d'endroit (...)
Les textes de Garance vont revenir, repris, corrigés, et mis à jour.
Bonne lecture...
Prune…je préférais n’être rien avec toi, qu’un
peu, sans toi.
Victor
(…)
Seul, à nouveau. Une fois de plus.
J'espère que ce soir sera un autre soir, et qu'une fois, rien qu'une fois, tu me souriras, simplement, comme à nos débuts. Avec la pureté et la douceur que je veux encore t’accorder. Je l'espère car je deviens fou. Fou d'amour et fou de colère, fou de haine, de rancœur, et d'incompétence. Fou de désir, de non-dits, et d’attentes.
Je me pose mille questions, cherchant sans y parvenir les réponses au fond de moi. Au fond de toi, de ce que je connais de toi. Je cherche à trouver une issue, un moyen de m'échapper. Sortir de ce piège dans lequel je me blesse. En aimant presque ces blessures. J’ai mal. Un mal qui ronge, une gangrène. Je pourrai en crever. Je crèverai encore plus d’être sans toi.
Penser vivre loin de toi me tue. Rester avec toi m'assassine. Que décider? Si
entre deux maux il faut choisir le moindre, dans mon cas, je ne vois pas comment m'échapper. Ma vérité et ma torture se construisent autour de toi, avec toi.
Je dépends de toi. De ta voix, de ton corps, de ta peau, de ton odeur, de tes perles de sueur quand nous faisons encore, rarement, l'amour, de tes éclats de rire, destinés aux autres, de tes remontrances, ou de tes silences, quand nous sommes tous les deux. Je dépends de tes absences, guettant tes retours, craignant tes retards, pleurant sur tes départs, redoutant tes arrivées pleines de reproches, comme si ma simple présence t'horrifiait autant que celle de mille cafards.
Toi aussi, tu as besoin de moi. Je suis plus qu’un jouet, moins qu’un animal de compagnie. Tu ne t’amuses plus avec moi. Tu me nourris, parfois tu me sors. Mais je n’ai pas droit à tes caresses. Tu me méprises, mais tu m’exiges à tes côtés.
Une idée m’obsède, justifiant l’inévitable de notre relation. Toi, si belle, si intelligente, si brillante en société, toi à qui manifestement tout réussit, toi qui domine ceux qui t'approchent, tu redoutes une chose, une seule : la solitude. Elle te terrorise.
Tu te veux sous les feux de la rampe, constamment. Tu es le centre et le
nombril du monde. Si tu ne l’es pas, ne pouvant le supporter, tu fais disparaître tout ce qui peut t’être supérieur. Tu prends, tu te sers, tu détruis, tu t’en débarrasses.
Tu ne peux pas aimer. Tu n’a pas le coeur fait pour ça.
Je suis dans la salle de bain. Je regarde mon crane qui se dégarnit, ma barbe mal rasée. Je me passe la main sur les joues. Plusieurs jours que je me laisse aller. Tu ne sembles pas le voir, ou tu l’ignores. Tu ne dis rien, tu passes devant moi, sans me voir.
J’ai les traits tirés, les yeux cernés. Mes insomnies ont recommencé de plus belle. Mes interrogations se multiplient, durent, s’installent. Je me regarde, je vois le visage d’un inconnu. Je ne suis pas l’homme célèbre d’il y a dix ans. Je ne suis pas le raté des ces derniers mois. Je suis un fantôme, un zombie en survivance. Maigre, peureux. Qui suis-je vraiment ? Un homme amoureux et malheureux ? Un homme à plaindre ?
Mensonge. Je dois être critiqué et fuit pour mes erreurs, pour le poids de ce passé que je trimballe comme des valises trop lourdes, dont je ne peux me défaire.
Je m’assieds sur le rebord de la baignoire. Ma tête est lourde. Je regarde mes pieds, mes mollets, amaigris, mes cuisses dont la peau se détend. Mon ventre qui devient flasque.
Je ne m’aime pas. Et je ne t'aime pas, Prune. Je dépends de toi, j'ai besoin de toi. Ca n’est pas de l’amour. C’est de la connerie cachée sous des sentiments qui se veulent authentiques.
Le carrelage de la salle de bain est froid. J’ai les pieds gelés.
Comme toi, Prune. Toi, tu es gelée, du cerveau, de l’âme, et du coeur. Je t’ai connue chaude. Avide de sexe, avide de posséder. Tu m’as choisi, pour ne pas être seule. Pour ne pas avoir de chat à nourrir, de chien à sortir, d'aquarium à nettoyer. Pour ne pas avouer n’avoir personne dans ta vie. Avec moi, tu gardes la vedette, tu es cette femme jalousée des autres femmes, désirée des hommes, intouchable par ta force et ta beauté.
Et moi, juste moi, quand nous sommes tous les deux, tu peux m'écraser, me rappeler d'où je viens, et m'obliger à être ce que tu attends de moi.
Un rien obéissant. Contrôlé. En addiction.

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