Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 17:29
24H(Previously, in my 24 hours, Germaine m’annonçait au telephone qu’elle vivait une histoire géniale, qu’elle tenait secrète, et qu’elle se plongeait dans le silence.)

 

 

Je n’ai jamais assisté à un combat de coqs. En tout cas, jamais en vrai.

Il n’est pas trop tard pour se refuser ce genre de spectacle.

Combat grandeur réelle. A ma gauche : Gaston. A ma droite : Valentin. Organisatrice du combat : Moi (respectueuses révérences à moi-même devant la glace des toilettes du bureau).

Début des combats : Aujourd’hui.

 

Valentin. Mon cher, très cher Valentin…t’as voulu te servir de Gaston. (Qui, au passage, a du se dire…tiens, celle-là, Valentin l’aura pas, elle est pour moi.) Je vais te renvoyer l’ascenseur. Et Gaston ne sera pas épargné.

 

Gaston

Excuse-moi d’être partie si vite de la cafet tout à l’heure…je ne t’ai même pas remercié pour le café.

Cela dit, tu comprendras que te découvrant en contact avec Valentin, j’ai été profondément troublée et j’ai soudain eu des doutes sur tes intentions. Tu dois savoir que lui et moi avons été proches, même si je me réjouis que cette histoire soit terminée maintenant (Oh la menteuse…). Il m’a fallu tourner la page, et ça n’a pas été évident.

J’espère que tu sauras garder pour toi ce que je peux dire sur Valentin. Son manque d’élégance m’a déçue, à moins que ce ne soit chez lui que de la timidité. Mais toi seul peux me le dire, car tu le connais bien mieux que moi.

Bien sûr, je ne te demande pas de lui dire bonjour pour moi.

Bref, le temps de soigner une blessure qui s’est ouverte à nouveau ce matin quand tu as prononcé son nom, je ne te ferai sans doute pas signe avant quelque temps; ne m’en veux pas.

Bonne journée.

Emma

 

J’aurai pu aussi écrire “Va c**** pauvre marionnette aux ficelles agitées par un lézard bien peu propret”, mais ça m’a semblé trop direct.

 

C’est pas bien, Emma, d’envoyer un mail comme ça. Gaston va être tout embrouillé. Ce n’est qu’un homme, faut pas le malmener de la sorte…Oh Gaston, tu n’y es pour rien, mais j’ai tellement souffert avant toi, sniff snif…J’ai besoin de temps et de recul, si Valentin, par hasard, revenait…mais je t’en prie ne lui dis rien, et comme tu es un homme, ça tu ne vas rien dire, et te frotter les mains. Et te dire que tant pis pour Valentin, à toi la p’tite Emma…Tu vas juste devoir me montrer ce que tu as dans le bide, Gaston.

 

Au tour du deuxième combattant.

 

Valentin

J’ai beaucoup hésité à t’écrire ce mail. Tu devines que sans nouvelles de toi depuis ce dîner, qui m’a laissée ravie, tout autant que nostalgique, je ne savais quelle attitude adopter.

J’ai voulu demander tes coordonnées à Gaston G****, qui travaille avec moi. Tu le connais, il m’a d’ailleurs parlé de toi aujourd’hui. Entre nous, je préfère te le dire, il a tenu à ton encontre des propos très violents, et si je ne te connaissais pas, j’en aurai volontiers conclue que tu es une ordure, prêt à tout pour séduire les femmes avant de les laisser tomber. Mais je sais que tu n’es pas comme ça, et Gaston m’a semblé très jaloux, ou envieux, de ce que tu es.  (Quelqu’un peut me prêter un tube de pomade, je crois que je n’en ai pas assez passé…)

Je n’ai rien dit, pour toi, comme pour moi, j’ai préféré la discrétion. Le monde est tout petit, je trouve ça plutôt drôle, et en même temps très étrange, comme si le destin cherchait à nous réunir. Mais, quoiqu’il arrive entre nous, notre passé, et notre futur, ne regardent pas Gaston.

Je me suis souvenue que tu travaillais dans cette maison d’édition musicale, les “Illustres Inconnus”, et j’ai ainsi trouvé ton adresse mail. J’espère que tu ne m’en voudras pas de l’avoir cherchée, et de te déranger en t’écrivant. (Ce que c’est nunuche, j’adore)

Voilà; pardonne ce long mail. J’aimerai simplement avoir de tes nouvelles, si

tu peux, si tu as envie, ou le temps, de m’en donner.

Je m’arrêtte là.

Je dois retrouver Gaston en réunion pour un dossier urgent, il fait partie de la direction, et je dépends de son service…

J’espère à bientôt.

Je t’embrasse.

Emma.

 

 

Et voilà.

Pour Gaston, qui n’a rien fait si ce n’est être galant au cours d’un diner, la confusion, entre le besoin de temps, de tendresse et de respect, et l’ombre planante de Valentin.

Pour Valentin, la flatterie, parsemée de fausses confidences sur les soit-disant propos calomnieux de Gaston.

 

C’est pas ma faute si après ils sont fâchés, j’avais juste envie de les énerver un peu.

Et jouer de leur bassesse respective, qu’ils m’ont offerte sur un plateau.

 

On se distrait comme on peut…

 

To be continued

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 10:20

24H(Previously, in my 24 hours, Gaston rappelait à mon bon souvenir l’existence de Valentin. Du même coup, je me décidais à prendre des nouvelles de Germaine).

 

Quatre jours. Ça fait quatre jours que je n’ai pas de nouvelles de Germaine.

 

C’est un peu logique, puisque je n’en donne pas. Et vu ce que je lui ai dit la dernière fois que je l’ai eu au tel…Lui sortir franco de port que c’était stupide de s’amouracher de Valentin…D’un autre côté, c’était pas bien malin de ma part, mais ce n’était pas une raison non plus pour me raccrocher au nez. Faut pas pousser.

C’est vrai aussi que si ma meilleure amie (donc Germaine) m’avait dit la même chose, je n’aurais pas été ravie. Je ne lui aurais pas coupé la parole en mettant un terme à la conversation, mais je me serais sans aucun doute égosillée pendant quelques minutes.

Chacun sa façon de réagir.

 

Quatre jours c’est long tout de même. Elle doit faire la gueule. C’est peut-être même sérieux. En principe, elle m’appelle tous les jours. Voir même plusieurs fois par jour. Toujours pour des raisons hyper importantes (Je pondère tout de suite : hyper importantes uniquement pour elle). Par exemple (en fait je vais mettre “exemple” au pluriel) : si elle ne sait pas comment s’habiller, si elle a décidé comment s’habiller, mais n’est pas sûre d’elle, si elle a un coup de blues, si elle va bien, si elle s’enrhume, si sa chef la saoule, si sa chef ne la saoule plus, si elle apprend qu’une telle ou une telle autre a éventuellement peut-être parlé d’elle au déjeuner, si elle a faim, mais ne sait pas quoi manger…si si si, bref, tout le temps.

 

 

Faut que je l’appelle, là. Mais je vais lui dire quoi? Salut Germaine, ça va? Tu t’es remise de la belle bâche que je t’ai envoyée? Je voulais pas suis désolée…C’est nul.

Ou encore : Germaine, excuse-moi, j’ai pas eu le temps de t’appeler avant, j’étais débordée…Par quoi?…Valentin, Gaston…Assome un peu plus ta copine, elle qui doit se morfondre dans son coin. Je peux pas faire ça.

Je pourrais lui dire que j’ai été victime d’une extinction de voix colossale. Et justifier aussi mon absence de SMS ou de mails par une amputation des deux mains. Ou simplement, essayer d’être franche…Germaine, suis nulle, j’ai pas osé t’appeler avant, après la connerie que je t’ai sortie. Je comprendrais que tu m’en veuilles, et j’espère que tu vas me pardoner. Tu me manques (bon, là, j’en fais un peu trop, mais c’est pas bien grave, Germaine et moi sommes passées maîtres dans l’art de l’usage des superlatifs).

 

Bing. Un mail. Pas possible d’être au calme deux minutes…

 

Ma chérie, excuse-moi si je ne t’ai pas donné de nouvelles plus tôt (Tiens, on dirait du moi), mais j’ai été débordée. Je ne reviendrai pas sur le sujet, mais j’ai eu de la peine quand tu m’as parlé de Valentin. Qu’il ne te plaise pas est une chose, mais tu n’avais pas le droit de critiquer directement ou indirectement les sentiments que j’avais. (OK, c’est pas faux). J’ai donc préféré le silence pendant quelques jours, je sais que tu comprends, et je ne reviendrais pas dessus. (Ouf, j’aurai pas à m’expliquer…).

J’ai aussi besoin de me retrouver un peu seule, j’ai l’impression d’avoir laissé trop de monde empiéter sur ma vie, et j’ai besoin de me retrouver, de ne plus laisser les autres s’immiscer dans mon quotidien (Ah ben ça, c’est gonflé quand même! Qui passe son temps à appeler les autres, à venir aux nouvelles, cinquante fois par jour? Je rêve…)

Enfin, par souci de franchise, je te dirai que j’ai rencontré quelqu’un, et ça se passe bien. C’est étrange, comme histoire, et même si c’est excessivement récent, je me sens infiniment bien. Je n’en dis pas plus pour l’instant, j’ai besoin de prendre du recul, non vis-à-vis de cette personne, qui me rend déjà heureuse, mais vis-à-vis du reste du monde.

Excuse-moi si je suis réservée et secrète pendant quelques temps. Je sais que tu comprends.

Je t’embrasse.

Germaine.

 

Ah ben d’accord. C’est facile ça. Non, je ne comprends rien du tout. Depuis quand rencontres-tu des gens, ma chère Germaine, sans m’en parler dans la minute? Et depuis quand vis-tu “une histoire” sans m’appeller dans la seconde? Allo, allo, Germaine, c’est moi, Emma, ta vieille copine, tu te souviens? Qu’est-ce que tu mijotes?

Pppppfffffff…Tu veux le silence? Très bien, tu vas l’avoir, le silence. Tu sais où me trouver quand tu as besoin de moi, alors, je respecte (…), je ne demande rien (mais j’en crève d’envie), et je vais attendre.

Et c’est quoi, cette “histoire”? C’est qui?? Germaine, ma grande, si tu te fourres dans de sales draps, viens pas pleurer après.

J’ai pas que ça à faire, de me prendre le chou en pensant à toi. Moi aussi, je suis hyper occupée et je vis des trucs formidables. Merveilleux. Extraordinaires. Chouette chouette super chouette.

Et je ne t’en parlerai pas. Et toc.

M’en fiche.

T'as raison, c’est ta vie.

Ça ne me regarde pas du tout.

Bon. Bien. Bon.

Où en étais-je?

Elle est sacrément culottée quand même.

Mais je m’en fiche; complètement.

Ppppffffffffffffffffffff. C’est pas mes oignons.

 

Tiens, mes oignons, justement, faudrait pas que je les oublie. Puisque je n’ai plus besoin d’appeler Germaine, reste Valentin.

Valentin…

Ah ah. Tu as voulu voir comment j’étais. T’as voulu jouer avec moi. Tu m’as testée, tu m’as jetée, oubliée, no news… et tu cherches à savoir comment je vais, en te rappelant au bon souvenir d’un vieux copain? Très bien. Parfait.

C’est pas un problème.

Tu veux jouer, on va jouer, Valentin. Mais avec mes règles, à ma manière. Bouge pas, je distribue les cartes…

 

To be continued…

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 10:09
24H(Previously, in my 24 hours, Gaston me figeait sur place façon statut de sel, en m’annonçant qu’il avait entendu parler de moi par…Valentin)

 

Valentin. Manquait que ça. J’ai reçu son prénom comme un coup de poing en plein plexus solaire (Je ne sais pas bien où se situe le plexus solaire, mais ça me paraît tout à fait adapté).

Y’a ceux qui ont de la chance. Et puis, y’a les autres. Jusqu’à la semaine dernière je pensais faire partie de la première catégorie. J’ai rencontré Valentin, Mr Dieu-sur-Terre-et-je-me-fous-de-ta-gueule. Qui doit voir en moi à l’heure qu’il est une fille alcoolique, aux mœurs légères, et sans scrupule. Qui a brisé le cœur de ma meilleure amie (tiens, j’ai toujours pas appelé Germaine, ça commence à craindre), et a disparu sans autre forme de procès du jour au lendemain.

Et voilà t’y pas que, alors que je tente de me reconstruire (comment ça j’exagère encore ma destruction ? C’est pas vous qui l’avez vécue, tout de même !), il revient, tel un spectre machiavélique, transformant Gaston en une marionnette ridicule.

 

Arrrrgggghhhhhh. Ggggrrrrrrrr. Eeeuuuurrrrfffff.

 

Messieurs, qui que vous soyez, je ne vais pas me laisser faire. Emma is back and is angry. Hasta la vista,baby. Un peu plus, et je me collais mes lunettes de soleil sur le nez, mais en pleine cafet, ça serait bizarre. Je suis spécialiste en comportements bizarres, pas la peine d’en rajouter.

 

Ainsi Valentin a parlé à Gaston ; de moi de surcroît. Donc, ils se connaissent. Comment, depuis combien de temps…on s’en fiche.

Il n’est qu’une question qui compte : qu’est ce que Valentin a pu dire ? Réfléchis vite et, pour une fois, bien, Emma. Quoi que V, l’homme-lézard le plus répugnant de la planète, ait dit, Gaston ne doit pas se douter que ça t’inquiète. Et Valentin n’est pas si répugnant que ça. Incapable de donner des nouvelles, mufle, mais pas répugnant. Pas du tout, même. Hummmpppffffff…plutôt…plutôt top, Valentin. Mais là, je dois jouer serré ; ne rien laisser deviner à Gaston.

 

Zen, détendue, relax (take it ea-ea-sy…), tutti va bene.

 

Valentin…Vernoux, c’est bien ça ? Tu le connais ? Oh c’est curieux ça. C’est l’ex de ma meilleure amie, enfin l’ex… il a été assez minable en fait, avec elle. Une espèce de grand lâche qui n’a pas assumé ce qu’il vivait. Il m’a proposé de dîner avec lui le lendemain. Et comme il me sait très proche de Germaine (la fille dont je parlais, ma meilleure amie, tu suis… ???), je pensais qu’il voulait s’expliquer…Oh, tu sais comment on est, nous, les filles, on est convaincue que vous êtes capables de courage et de franchise…Enfin c’est pas cool, ne le prends pas pour toi, mais tu comprends, quand je pense à ce que Valentin peut faire, et à sa manière de se comporter…ppppfffff…Tu parles d’un dîner franc et honnête… Il s’est lancé dans un plan drague à deux balles…grotesque. J’avais honte pour lui.

Ohhh pardon, mais qu’est ce qu’il me prend ? Je te dis ça alors que vous êtes amis…non vraiment suis désolée, Gaston. Suis juste réellement en colère contre lui. Germaine tenait à ce…Valentin…et il a été minable.

 

 

Non, non non, attend Emma, suis navré, c’est moi qui n’est pas été clair. Oui, je connais Valentin, mais pour être exact, je ne l’ai pas vu depuis, je sais pas, dix, ou quinze ans peut-être. J’ai même été carrément surpris en recevant son appel. Super bizarre d’ailleurs. Il a tout de suite parlé de sa vie sentimentale, comme si après autant d’années c’était la seule chose qui m’intéresse. Il m’a d’ailleurs vaguement raconté un truc, et il se pourrait bien qu’il ait parlé de Germaine, enfin, je sais pas trop. Ca a été très rapide comme coup de fil, à peine quelques phrases, il a juste terminé en me demandant si je te connaissais…Pour être franc (eh oui, nous aussi, les hommes, on peut l’être parfois), il a fait quelques compliments sur ton physique, et si j’avais déjà peu de doutes quand il a commencé à parler de toi, je n’en avais plus après ces détails.

Ce qui ne veut pas dire que je t’ai invitée à dîner pour ça.

Au déjeuner, j’ai voulu vérifier qu’il parlait bien de toi. Et tu as souri. Et j’ai voulu te connaître mieux.

 

Ohhhh…et j’ai souri et il a voulu…EMMA !! ça SUFFIT !! L’ordre du jour est modifié, on parle de Va-len-tin, là. OK ?

 

OK. On se concentre. Inspiration, expiration. Valentin a appelé Gaston. Pour se renseigner sur moi, pas la peine d’essayer de me faire croire autre chose. Soit il a passé sous silence l’épisode restaurant-Coulommiers-alccol, soit Gaston me teste.

En attendant, je suis bien avancée avec ça.

J’ai l’impression que mon cerveau va crasher. Ma fille, fais hyper gaffe à ce que tu vas dire.

Pourquoi je suis comme ça, là, subitement ? Je m’en moque de Valentin. Il ne m’intéresse pas du tout. Hop, oublié, affaires classées. Cold case. OK, à la télé, ils ré ouvrent les dossiers. Emma, tu n’es pas à la télé, non, non, non. Et tu n’es pas du tout convaincante, si tu veux mon avis. (Et en plus je me parle toute seule, ça s’arrange pas…)

Il était quand même vachement bien, Valentin. Et reconnais que t’as été particulièrement ridicule. Peut-être qu’en fait, il hésite à te revoir, donc à t’appeler. Il doit te prendre pour une grande schizo, un jour bourrée, le lendemain nunuche…Pas sortie de l’auberge, ma grande, va falloir la jouer super fine.

 

Ecoute Gaston, franchement, parler de Valentin ne m’intéresse pas plus que ça. S’il nous a permis de nous rencontrer, enfin…tu vois ce que je veux dire, de mieux nous connaître, je dis : merci Valentin. Pour le reste, si j’avais deux minutes à perdre, je l’appellerai pour lui dire ce que je pense de lui. Sauf que je n’ai ni deux minutes, ni deux secondes à lui accorder. Pas la peine d’en parler davantage.

 

Tu sais Emma, un vieux pote, dont je suis sans nouvelle depuis des lustres, qui m’appelle, pour en fait avoir des infos sur toi (je ne suis pas non plus totalement con)…Mais bon, si t’en as rien à faire…ça me va (Sourire de Gaston). Tu serais libre à nouveau cette semaine à dîner ?

 

Oui, je pense (Un non définitif ne me semble pas non plus approprié, on ne sait jamais ce que réserve l’avenir…). Tu me fais un mail, on fixe une date ? M’en veux pas, j’ai du pain sur la planche, faut que je file…

 

Voilà comment j’ai planté Gaston au milieu de la cafet. Il fallait que je sois seule pour réfléchir, et faire un point.

 

1/ Valentin a appelé Gaston ; pour parler de moi.

2/ Gaston m’a invitée à dîner ; seulement parce que Valentin lui a parlé de moi. Donc Gaston…on verra plus tard. Il n’y aurait pas eu Valentin, il ne m’aurait pas invitée. Et puis, à bien y réfléchir, il a l’œil sacrément lubrique, le Gaston, et qui plonge sur certaines parties de mon anatomie, sans vergogne. Je me fais tripoter par ses prunelles, en fait. Euurrkk.

3/ Valentin a du dire sur moi des trucs plutôt cool, sinon Gaston ne m’aurait pas proposé ce dîner.

4/ (très accessoire) : Gaston veut ENCORE m’inviter à dîner. M’étonnerait fort qu’il donne des nouvelles à Valentin, ou sinon, ça ne sera pas aimable à mon sujet. (D’un autre côté, être au centre d’un combat de coqs, c’est pas mal pour l’ego). Cela dit, Valentin…Valentin, c’est Valentin.

5/ N’empêche qu’un lézard incapable de se servir de son téléphone, … Donc, soit je reste à croupir comme une imbécile en espérant que le cerveau du monsieur lui indique comment on compose un numéro, soit je prends les choses en mains.

6/ De toute façon, faut que j’en ai le cœur net. Au pire, je ne vais pas laisser Valentin me faire une réputation de je ne sais pas quoi auprès de Gaston. Au mieux…Inch Allah…

7/ Ppppffffffff…..Faut pas que j’oublie Germaine. Je lui passerai un p’tit coup de fil, tout à l’heure, pour savoir si elle va mieux.

 

Et ensuite…Valentin, à nous deux…

 

To be continued

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 11:15
24H(Previously, in my 24 hours, Gaston me proposait de nous retrouver à la machine à café, ce que je trouvais absolument hype, car il avait quelque chose à me dire. )

 

Oh mon Dieu, oh mon  Dieu, oh mon Dieu. Gaston a quelque chose à me dire. Oh mon Dieu, oh mon Dieu. C’est sûr, c’est évident, c’est ça, il va me faire une déclaration, une belle, grande, amoureuse déclaration, là, devant la machine à café, et je vais fondre. Ensuite, on se tiendra la main, mais pas longtemps, pour que personne ne nous voit, et on s’enverra des petits mails très discrets pleins de mots tendres, et puis très rapidement tout le monde sera au courant, parce qu’on sera tellement heureux que ça va se voir, et toutes les filles de la boîte vont en crever de jalousie.

Je sens que je rougis. C’est très énervant, ça, de rougir pour un oui ou non. Bon, là, il ne s’agit pas vraiment d’un oui ou d’un non, en fait juste un oui me suffirait, oui Emma, tu me fais craquer, oui Emma, tu me plais, oui Emma j’ai des sentiments, oui Emma au bureau on sera discret, oui Emma oui Emma…En attendant tous ces oui qui vont arriver, je rougis. C’est toujours pareil. Dès que je sens qu’il va se passer quelque chose dans ma vie, je rougis.

 

-       Tu veux un café ?

 

Mesure de diversion. Gaston gagne du temps. C’est adorable. On dirait moi. Incapable d’aller droit au but, je tergiverse, digresse et prends mon temps. (J’ai acquis un certain vocabulaire dans le domaine, à force de couper les cheveux en quatre plutôt que d’être directe).

 

-       Volontiers.

 

Sacrée conversation. Pour notre défense, l’émotion manifeste qui nous gagne l’un et l’autre. J’ai les joues en feu, j’espère qu’il ne le voit pas trop, et les mains moites. Gaston a l’air parfaitement calme, mais je sais que sous ce flegme quasi britannique se cache un cœur sensible et fragile, une volonté de fer partagée avec  une émotivité tellement touchante.

 

-       Avec ou sans sucre ?

 

Comme il est prévenant, attentionnée, gentil …Il cherche à connaître mes habitudes, mes petites manies. Quand il m’apportera mon café au lit, pour un petit-déjeuner à deux, sous la couette, il saura que j’aime le café sans sucre.

 

-       Sans. Merci.

 

Bon, là, je brûle d’envie de lui dire : « Merci, merci pour hier, merci pour le café, merci de m’avoir demandé de venir, merci d’être là, merci d’être aussi beau…. ». Mais je ne dis rien. Pas question non plus de me dévoiler trop vite. J’ai des sentiments, certes, mais je vais être forte et ne rien montrer. Rien du tout. Pas le moindre battement de cils, pas le plus petit regard en coin. De la retenue. En toute chose savoir mesure garder, qu’ils disaient.

 

-       Tu n’es pas très bavarde.

 

Merde. Il préférerait que je parle. Réfléchis donc ma fille, réfléchis un peu. Une fille qui se tait comme toi, c’est qu’elle n’a rien à dire. C’est qu’elle est sans intérêt, stupide,  sans conversation…Déjà hier soir, tu n’as presque rien dit, tu recommences, il va finir par penser que tu as le cerveau aussi développé que celui d’un hippocampe. D’un autre côté, c’est tout de même lui qui a dit qu’il avait, justement, quelque chose à me dire. Plus aucun doute, c’est réellement important, réellement fondamental, ça va bouleverser nos vies, sinon il ne tournerait pas comme ça autour du pot.

 

-       Tu sais, le matin, je suis rarement bavarde, j’ai un peu de mal à démarrer.

 

Sourire de Gaston. Je suis con ou quoi ?… Il est déjà presque 9h30 ; alors le matin, chez moi, dure jusqu’à quelle heure ? Il faut que je reprenne la main, vite vite, vite.

 

-       Tu m’as dit que tu avais quelque chose à me dire ?

 

Très engageant. Bravo Emma. Entre stupide et désagréable, mon cœur balance. A jouer la forte pour ne pas montrer ton impatience, tu en deviens sèche. Sans cœur. Indigne de l’homme qui se tient devant toi. Grosse débile.

 

-       Oui, c’est vrai, mais ce n’est pas facile à dire.

 

Je vais imploser, tellement mon pauvre cœur fait boum boum. Pire, je vais exploser. Destruction neuronale totale devant la machine à café. Accouche nom d’un chien, ça va te prendre combien de temps pour me dire ce que tu penses ? Je vais me mettre à trépigner, et ça va se voir, et comme j’ai une patience proche du néant absolu (j’essaie de me corriger, mais je n’y arrive pas), je vais finir, en plus, par t’aboyer au nez, et là adieu veaux, vaches, cochons et Gaston.

 

-       J’ai passé une excellente soirée. Et je suis ravi de mieux te connaître.

 

On a bien progressé, d’un coup. Pas encore très déclaratif, mais on y vient. Tout vient à point à qui sait attendre…Allez, lance toi mon gars, je t’assure que je vais te tomber dans les bras.

 

-       J’ai beaucoup entendu parler de toi, tu sais ?

 

Non, je ne sais pas, mais je sais que je me liquéfie. Il a entendu parler de moi. Et il a voulu me connaître. Il était séduit avant même de me voir. Life is beautiful (sans l’accent, mais on s’en fiche).

 

-       Non, je ne sais pas. (C’est futé ça comme réponse. Emma, tu fais de plus en plus fort…)

-       Oui, beaucoup. On a une connaissance commune.

 

Euhhh….il compte faire quoi maintenant ? Jouer aux devinettes ? Aux portraits ? Un homme, une femme, je la connais (idiot : si c’est une connaissance commune, je la connais, pauvre pomme).

 

-       Ah oui ?

 

J’ai l’impression d’avoir plus émis un son genre vieux gargouillis, glouglou de dindon mal réglé, que quelque chose d’intelligible. Tant pis, il n’a qu’à se dépêcher un peu.

 

-       Oui. Et j’ai eu envie de te rencontrer. Savoir si ce que j’avais entendu était exact.

 

Ouhhhh….je dois me réjouir là sans doute, mais j’en peux plus, Gaston, tu peux pas faire simple, un peu ?

 

-       Je ne vais pas te faire attendre plus longtemps (merci, c’est sympa). C’est Valentin.

 

Je veux mourir. Là, tout de suite. Mourir, et disparaître, à jamais.

 

To be continued. 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 13:44
24H 

(Previously, in my 24 hours, je dînais avec Gaston, un dîner très agréable, surprenant certes, mais très agréable. Avec une fin très…collègues de travail.)

 

Si je me tiens très droite, en rentrant le ventre au maximum, et en serrant autant les fesses, sans bouger, sans parler, et sans respirer, ça va à peu près.

 

Ce matin, c’était pas gagné. En retard, comme d’hab, j’attrape le premier jean qui me tombe sous la main. Et de là, contorsions, acrobaties, petits sauts de biches assez inélégants lorsque le jean est coincé à mi cuisse. Le tenant fermement par la ceinture, dans un mouvement imitant mi la danse du crotale avant morsure, mi la danse du ventre après loukoum, j’ai réussi à le passer. Me restait la dernière épreuve, cruciale, celle du bouton.

Vous avez sans doute vu cette pub, il y a…quelques années…pour une marque de jean. La nana qui s’allonge sur son lit, et tente de remonter la fermeture éclair, en se mettant instantanément en apnée. Et bien, c’est exactement ce que j’ai vécu. A la différence près que depuis, je suis toujours en apnée. Je respire tel le poisson hors de l’eau, par tous petits à-coups.

 

Tout ça pour dire que le dîner d’hier m’est resté sur l’estomac. J’ai trop mangé. Bien fait pour moi.

Mais ça, c’est pas le plus grave. Ce qui m’est le plus resté sur l’estomac, c’est Gaston. Déjà, le début de la semaine avait été illustré par la goujaterie de Valentin (d’ailleurs, je suis sans nouvelle de Germaine, faudrait quand même que je lui envoie un SMS, peut-être qu’elle m’en veut toujours). Et maintenant, Gaston. Je t’invite à dîner, et je suis gentil, et prévenant, et délicat, et je te souris, et gnagnagna je te fous dans un taxi et adieu Berthe. Ce n’est pas parce que c’est un collègue de travail qu’il peut se comporter de la sorte. On peut être discret, même au bureau. Surtout au bureau. Je ne suis pas du style à lui sauter dessus tous les quarts d’heure. Je lui aurai envoyé des petits mails, comme ça, tout mignons tout romantiques…

 

De toutes les manières, les hommes sont des gros nuls en romantisme, ils ne comprennent rien à rien, c’est navrant, lamentable, eurkk.

 

De plus je suis convaincue que Gaston, à l’heure qu’il est, se dit : « Hop , la p’tite Emma, je peux en faire ce que je veux, elle est sous le charme… ». L’espoir fait vivre, mon vieux. Avec tous tes beaux sourires, et tes grands discours, et ta galanterie, ça ne marche pas. Collègue de travail tu es, collègue de travail tu resteras, j’ai bien dîné, merci, c’était très bon, je t’enverrai un mail très comme il faut tout à l’heure : « Merci beaucoup pour le dîner. Bonne journée. E ». Point final. Même pas mal. Et si je te croise, je serai aimable, souriante, naturelle, c’était juste un dîner entre collègues, très contente qu’on se connaisse mieux, excuse-moi j’ai un dossier sur le feu, à bientôt. Et ne t’imagine pas que j’attendais plus.

 

Bing. Sonnerie indiquant l’arrivée d’un mail.

 

« Bonjour. J’espère que tu es bien rentrée. Un café, dans dix minutes, ça te dit ? Gaston»

 

Oui, suis bien rentrée. Merci de prendre des nouvelles. J’aurai pu tomber sur un chauffeur de taxi sadique, violeur multirécidiviste, un Jack l’Etrangleur en puissance, et aujourd’hui je serais morte, et personne ne le saurai et ce serait affreux.

Cela dit, c’est sympa de demander.

Et puis, il est tout juste 9h du matin. Donc, il vient d’arriver. Et il m’écrit déjà. Entre collègues. Mais il ne m’a jamais proposé de café avant. Même pas entre collègues. Cela dit, si là on prend un café ensemble, entre collègues, ça ne prête pas à confusion. On est entre collègues, justement, on peut se croiser à la machine à café. Je ne suis pas obligée de répondre. Mais je n’ai pas de raison de ne pas le faire, tout comme je n’en ai pas de refuser.

 

Bing. Quoi encore ? On ne peut pas réfléchir tranquille dans cette boîte ?

 

« Ca me ferait VRAIMENT plaisir. Gaston. »

 

Merde. Il a écrit vraiment en majuscule. Ça, ça veut dire quelque chose. Ça veut dire qu’il veut me voir. Bon, moi aussi, c’est vrai. Mais je vais encore le faire poireauter deux minutes. Il peut bien attendre deux minutes, non ? En plus si je dis oui tout de suite, ça va lui donner l’impression que je suis hyper dispo. Alors que je suis débordée. Débordée, débordée. Tiens, je vais redresser cette pile de papiers qui attend depuis une semaine ou deux, bien droite la pile. Voilà voilà.

 

Bing.

 

« VRAIMENT VRAIMENT. Gaston »

 

Arrrrggggghhhhhhhh. Hhhhhuuuummmppppp. Emma, ne craque pas. C’est juste pour un café.

 

« OK, je descends, à tout de suite. Emma »

 

Bing

 

« A tout de suite. Gaston »

 

J’ai à peine envoyé mon mail qu’il me répond déjà. Donc, il guettait ma réponse. Donc, il est devant son ordi, et il ne fait que ça, m’envoyer des mails, et attendre que je réponde. Donc, il veut VRAIMENT me voir. Donc, sans doute, hier, il voulait juste prendre son temps. Donc, là, tout peut basculer. Ohlala ohlala est-ce que j’ai une tête normale ? Pas le temps de passer devant une glace, là j’ai dit que je descendais, faut que je descende, je ne vais pas lui faire faire le pied de grue devant la machine à café. Ce n’est pas parce que Valentin est du style à faire lambiner qu’il faut que je me venge sur Gaston. Pourquoi je pense à Valentin, là ? C’est stupide. Valentin, c’est de l’histoire ancienne, y’a même pas eu histoire en fait.

Et bien Gaston, il va me voir telle que je suis, naturelle et en apnée, et c’est génial, hop je file, je saute dans l’ascenseur, calme toi Emma, tu vas boire un café, l’immeuble n’est pas en feu.

 

Il est là. Sublime, dans son costard coupe italienne. (En fait, j’en sais rien, de la coupe de son costard, mais c’est pas grave, Gaston est là).

-       Bonjour Emma. (P’tit bisou sur la joue, j’adore c’est trop chou). Suis content de te voir. J’ai quelque chose à te dire.

 

To be continued. 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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