Previously, in my 24 hours

Emma et ses perturbations quotidiennes, à suivre en parallèle de la lecture des écrits de Valentin, un homme comme un autre, ou presque. 
 
Vous l'aurez, votre saison 4, des aventures d'Emma et Valentin. 
Vous l'aurez car vous êtes nombreux à la demander. 
Mais il va falloir être patient...Laissez-les se remettre de leur week-end pascal en Bretagne. 
Et pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, découvrez le avec les 15 épisodes de Phéromones...

 
Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 12:36
24H

(Previously, in my 24 hours, Gaston me proposait finalement de prendre un verre, ce que j’acceptais. Dans la foulée, Germaine insistait pour me voir et me dire quelque chose de très, très important. )

 

Parfois il faut trancher dans le vif. Savoir prendre une decision, et s’y tenir. Être ferme. Carrée.

Gaston est revenu vers moi, alors qu’il demandait le temps et le silence. Germaine veut me parler, certes, parfait. Mais elle aussi demandait du silence et du temps…Priorité au premier. Gaston, ce soir, nous serons tous les deux. Germaine, ma chérie, tu vas devoir attendre, désolée.

 

“Germaine.

Je suis ravie pour toi, et suis très impatiente que tu me racontes tout. Je dis bien TOUT. J’aurai vraiment voulu te voir ce soir si j’avais été disponible. Mais je viens d’accepter une invitation, un collègue de travail, qui ne va pas super bien et qui a besoin de réconfort. Je crois qu’il veut parler un peu. Je ne sais pas jusqu’à quelle heure j’en ai avec lui, pour ce soir, ça va être compliqué.

Je suis désolée, et en plus je suis hyper curieuse que tu me racontes tout et le reste…Tu ne m’en veux pas? On se voit demain, promis? (Enfin si toi tu peux…)

En attendant, suis heureuse pour toi.

Gros bisous

Emma”

 

Et bien…Presque franche dans le mail, pas trop de détails, pas la peine de s’avancer, mais franche quand même, enfin en gros…oui j’ai accepté une invitation, et oui, Gaston va mal. Bon, ok, j’ai pas précisé à Germaine qui est ce “collègue”, ni pourquoi il va mal, ni pourquoi il est si important pour moi de le voir…Je ne lui ai pas reparlé de Valentin, même si je pense qu’elle s’en fiche puisqu’elle vit manifestement un truc pas croyable…Mais je serai toujours à temps de lui en dire plus demain. Si elle peut demain.

 

“Emma.

Je comprends parfaitement…un engagement est un engagement. Passe une bonne soirée, j’espère qu’il ne va pas trop mal et qu’il ne va pas te plomber le moral.

On se voit demain soir et je te raconte tout. Tu vas être étonnée, je te préviens…

Bisous, à demain.

Germaine”

 

Elle est cool, Germaine. Mystèrieuse, ce qui ne lui ressemble pas, mais cool.

Je penserai à Germaine plus tard. Ce soir, c’est Gaston.

 

 

 

 

Quelle soirée mes enfants…attendez, je finis de bailler, et je suis à vous.

C’est plus de mon âge des trucs pareils…suis raplapla. Et ce soir je remets ça avec Germaine…Quoi? Oui? Ah, c’est vrai, faut que je vous raconte ma soirée avec Gaston, bande de curieux.

J’sais pas, j’vais voir…

Bon, ok, vous fâchez pas…si on peut plus rigoler, vraiment…

 

Et bien voilà.

Vers 19h, j’ai eu un sms : “Toujours OK pour ce soir? Gaston”

Ayant de la suite dans les idées, j’ai dit OK.

“Dans dix minutes, dans le hall?”

Assez glamour comme lieu de rendez-vous, et parfaitement discret. Il aurait aussi bien pu envoyer un mail à tout le monde : “Ce soir je vois Emma”…enfin, pas grave. Ok pour dans dix minutes, dans le hall.

 

Dix minutes plus tard, je poireautais. En fait, dès que j’avais eu son sms, j’étais descendue. Je n’avais plus rien à faire de toute façon, alors autant descendre, et attendre.

Je regardais les portes de l’ascenseur s’ouvrir et se fermer.

 

Et soudain…le choc.

Gaston était là, devant moi. Mais pas le Gaston de la dernière fois; pas cet athlète vigoureux et élégant (j’exagère à peine, et puis vous commencez à me connaître) qui m’avez séduite. Non. Là, devant moi, se tenait un homme abattu par le chagrin et la fatigue. Les yeux cernés, que dis-je, pochés, la mine grise, le cheveu en bataille, le costume froissé, la chemise (non, rien à dire sur la chemise)…

Il m’a posé un baiser sur la joue, m’a prise par l’épaule, m’a guidée vers la sortie, m’a dit qu’il était heureux de me voir…Raconté comme ça, ça fait très romantique. Mais en fait ça ne l’était pas du tout. C’était plutôt, comment dire : j’ai hésité à me pendre, mais avant je voulais encore boire un verre une dernière fois, et comme t’es là, si ça te va, on va picoler ensemble.

 

Et ça m’a mise très en colère. Une colère sourde, muette, que je tentais aussi sec de dissimuler. Mais qui, comme un feu mal éteint, brûlait en moi (j’ai lu du Emily Brontë hier soir, ne vous étonnez pas…), et me dévorait peu à peu.

 

J’ai laissé Gaston parler. Sa femme, un beau matin, sans autre forme de procès, l’a appelé, au bureau. Très classe. Et lui a dit que c’était fini, ciao good bye, et à jamais sans doute (sauf pour se retrouver devant les avocats). Elle ne le supportait plus, même si elle n’avait rien de grave à lui reprocher. Et elle avait rencontré quelqu’un, elle ne voulait pas en parler pour l’instant (c’est dingue tous ces gens heureux qui le disent, mais en faisant des secrets…). Elle ne voulait pas qu’il soit malheureux, mais elle pouvait enfin avoir droit au Bonheur…etc etc…

 

De là, coups de téléphone, engueulades, et comme Gaston me racontait tout, j’ai appris au passage qu’il était cocu. Enfin, là, c’était évident, mais c’était pas la première fois.

 

Ma colère et moi écoutions encore sagement, même si ce feu dont je parlais tout à l’heure me dévorait de plus en plus. C’est très difficile de tenir dans ce cas là, et je décidais de l’éteindre à coups de gin tonic, largement relayée par Gaston.

J’en étais à me demander si le gin tonic était meilleur avec une rondelle de citron ou deux, et à essayer de dissimuler mon ire croissante, lorsque Gaston prononça ce prénom semblant devant à nouveau surgir comme un cauchemar : Valentin.

Valentin, celui par qui le mal, la faute, le péché, le drame, arrivent…Valentin qui, ne l’oublions pas, avait séduit Germaine, l’avait plantée, m’avait séduite, et plantée de même (Valentin, ou le fantasme de Nicolas le jardinier, eheh…ok, c’est nul, c’est l’effet Gin To), et s’était révélé finalement être un grand malade détraqué à côté de la plaque.

Valentin qui, quelques années plut tôt, avait séduit la femme de Gaston. Et avait vécu avec elle une histoire que la morale réprouve. Et qui sûrement avait remis le couvert. Beurk. J’en ai avalé ma rondelle de citron et la peau avec.

Et Gaston avait une larme qui coulait.

 

Alors là, je suis sortie de mes gonds. Et j’ai dit : ça suffit Gaston. Tu ne vas quand même pas te mettre dans cet état là. D’abord je te rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, tu m’invitais à diner, sans me dire que tu étais marié, donc manifestement ça ne te préoccupait pas plus que ça.

D’autre part Valentin est un sombre abruti totalement à la masse et que franchement je trouve assez répugnant, genre limace sur le retour, alors si ta femme préfère les limaces, t’as pas perdu grand chose. Et je pèse mes mots concernant cet être visqueux et sans intérêt, cette espèce de rat lépreux handicapé du bonheur et des sentiments. Laisse le dans sa fange.

 En plus j’vais t’dire, je pense que c’est surtout une blessure d’orgueil. Non, mais, regarde toi, tu ressembles à rien, là. Enfin, si t’as toujours des yeux waouh (qu’est ce que je suis en train de lui dire?), et puis même si tu ressembles à une vieille serpillière, t’es craquant tout frippé (Emma, attention, tu vas trop loin), et Valentin, c’est une ordure (c’est gratuit mais ça soulage), et si ta femme préfère être avec un minable plutôt qu’avec toi, t’as rien perdu, parce que toi, franchement toi (Emma, Emma…)…”

 

J’ai pas eu le temps de finir.

 

Vous voulez un dessin?

 

Désolée, je ne vous dirai rien de plus, les détails, enfin, le racontable, je le dirai à Germaine ce soir. Quand elle m’aura parlé de sa belle histoire qu’elle voulait tenir secrète.

 

Ce qui est certain, c’est que le Gaston, il embrasse drôlement bien.

 

To be continued.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 13:08
24H(Previously, in my 24 hours, je découvrais à la lecture d’un mail que Valentin est sérieusement atteint et l’éloignais aussi sec de mon entourage proche et immédiat ; j’apprenais également que Gaston avait une femme et que ladite femme venait de le quitter, le laissant au plus mal et ruinant mes espoirs de concrétiser une histoire. Gaston semblant désespéré, il me fallait voler à son secours…)

 

 

Emma, n’agis pas dans la précipitation. Il va falloir que tu sois fine (enfin, un minimum), discrète, mais en même temps proche, rassurante, amie, à l’écoute, tendre, mais pas trop, patiente, mais raisonnablement…On va partir du postulat que tu peux y arriver.

Et procéder par élimination.

 

Ça c’est déjà fait, d’ailleurs. Valentin est déclaré officiellement out of order, absent pour cause de folie avérée. Nous (je dis « nous » quand je fais dans la généralité) pourrions espérer que cette folie ne soit que temporaire. Mais dans le doute, nous nous abstiendrons de creuser la question.

Valentin a devant lui au minimum trente ans pour se faire remettre les neurones d’aplomb.

D’ici là, il faut sauver Gaston.

 

Je relis son mail. Il y a un message subliminal caché dedans, c’est évident. Votre mission, si vous l’acceptez…ce message s’auto détruira dans 10 secondes…Bien reçu. Gaston, n’aie pas peur, ne pleure pas, ne sois pas désespéré, Emma est là…

 

 

Et pour une fois, Emma va tenter de ne pas faire n’importe quoi. Il faut qu’il sache que je comprends et partage sa douleur. Juste un petit mot, tout discret qui n’implique rien en réponse…et puis laisser passer quelques jours (par exemple un jour, si on compte aujourd’hui en plus, ça fait que jusqu’à après demain, je ne me manifeste pas, et ça fait déjà quelques jours, deux jours…).

 

« Gaston,

Je suis sincèrement désolée pour toi. Sache que je suis là si tu as besoin. Courage. Je t’embrasse.

Emma »

 

J’ai failli écrire « je t’embrasse tendrement », mais me suis retenue . Trop forte.

 

Voilà. Simple, discret, efficace. Emma, pour une fois, tu es parfaite.

 

Et maintenant, y’a plus qu’à attendre, deux jours. Deux jours. 48 heures. 2880 minutes. 172 800 secondes. Pétard. Vu comme ça, ça fait long.

Je vais déduire mes heures de sommeil, en moyenne sept heures par nuit, que je multiplie par deux, donc quatorze heures de sommeil, donc 48 – 14 = 34. Trente quatre heures…122 400 secondes.

La vache. J’ai le temps de mourir dix fois.

Et Gaston n’en saura jamais rien. Il pensera juste que j’ai préféré ne plus donner de nouvelles. Que je l’ai abandonné dans son malheur. Que je suis déjà partie voir ailleurs, et que lui est seul, si seul, désespérément seul, et que je ne suis qu’une sombre égoïste. Incapable de sentiments. Au cœur sec comme une pierre. Je ne pourrai jamais m’expliquer. C’est affreux.

Je pourrais rédiger une lettre, au cas où dans ce laps de temps il m’arrive quelque chose… « Gaston, si tu lis ces lignes, c’est que le sort funeste a voulu que je quitte prématurément notre monde. Dis toi que jamais je ne t’ai oublié, je voulais juste respecter le temps que tu demandais et le silence qui va avec. De là où je suis maintenant, je veille sur toi et… »

 

Non, mais ça va pas bien ma pauvre fille ? Complètement marteau, dommage collatéral de la fréquentation de Valentin sans doute. On parle de deux jours, là. Tu peux attendre deux jours, non ? C’est si compliqué que ça ? T’es pas bien, franchement, faudrait peut-être songer à consulter et…

 

Oui bon, ça va aller. Le petit diable et le petit ange, vous allez déguerpir très vite de mes épaules, sinon, j’en prends un pour taper sur l’autre, c’est clair ? Je ne peux pas me concentrer si vous parlez tout le temps. « Emma fais ci, Emma fais ça »….ça suffit ! Dehors, fichez moi le camp, je vais me débrouiller très bien sans vous.

 

 

Deux jours sont passés. Ça n’a pas été facile. Je me suis retenue plus d’une fois d’envoyer un mail, ou un sms ou un signe, quelque chose qui fasse comprendre à Gaston que je pensais très discrètement, mais très sincèrement, à lui.

J’ai rien fait. Je sais, ça vous épate. Suis comme ça, moi.

 

Finalement, on prend l’habitude d’attendre. Ça n’est pas si difficile. Les premières heures sont très longues, et après, ça passe comme une lettre à la poste. J’ai presque plus envie de contacter Gaston (j’ai dit presque plus…).

Je vais lui envoyer un mail dans la journée, mais là j’ai encore deux ou trois trucs à faire, avant.

 

Bing.

 

Et voilà, ça recommence. A chaque fois que je me plonge dans mon travail, je suis dérangée. C’est pas une vie ça.

Oups. C’est Gaston. Ouhla. Ouhlala. C’est Gaston, Gaston qui m’écrit. Ouhlala ouhlala…

 

« Emma.

Je te remercie pour ton dernier message, et surtout pour ta gentillesse et ta patience (ohhhhh….). J’ai beaucoup réfléchi pendant ces deux derniers jours et (et et et quoi ???) si tu en as encore envie, si ta proposition tiens toujours, je fêterais volontiers la St Gaston avec toi, même si c’est avec un peu de retard.

Pour être honnête, je ne suis pas en forme, et j’ai franchement le moral dans les chaussettes. Ne m’en veux pas si je ne suis pas d’excellente compagnie, mais si tu es prête à supporter mes états d’âme…ça me ferait plaisir.

Et puis, il faut que je te parle de Valentin.

Je t’embrasse.

Gaston »

 

Il veut me voir…il veut me voir, il veut me voir, tralalalère et ça vient pas de moi, et elle est pas belle la vie ? et…il veut me parler de Valentin. Quoi encore avec Valentin ? Commence à me fatiguer celui-là à toujours refaire surface. Ça me rappelle ce film, Jo, avec le cadavre qui se manifeste à tout bout de champ, et si possible au mauvais moment.

Allez, on va considérer que Valentin est un détail. Gênant certes, mais juste un détail. C’est pas lui qui va gâcher ma joie, pas maintenant. Gaston veut me voir, et quelle que soit la raison, elle est forcément bonne, sinon, il ne m’embrasserait pas, en prime.

 

« Gaston

Quand tu veux…dis moi quand tu peux.

Je t’embrasse

Emma »

 

Hop. Votre message a été envoyé…oh merdouille. Quand tu veux dis moi quand tu peux…Entre le « vas y prends moi sauvagement », et le « ok, suis pas pressée, comme tu le sens », je ne sais pas comment Gaston va comprendre mon message.

 

Bing.

 

« Ce soir ? Gaston »

 

Hummmppppffffff

 

« Génial. Emma ».

 

N’importe quoi.

 

Je ne sais même plus écrire un mail normalement. Génial… Pauvre tâche. Franchement ma fille tu aurais pu trouver mieux.

 

Bing

 

« A tout à l’heure. Je t’embrasse ».

 

Tu t’attendais à quoi ? Avec tes réponses à deux balles, t’as encore été brillante, ma pauvre Emma…Enfin, pas grave, ce soir tu vois Gaston, et vous allez pouvoir parler…

 

Bing

 

…Il a réfléchi. En deux minutes. Et il annule, suis trop débile pour qu’il me supporte alors qu’il va mal…

 

« Emma

Il faut ABSOLUMENT que je te vois. Je ne peux pas le garder pour moi plus longtemps ; je nage en plein bonheur, c’est incroyable, et je veux vraiment, vraiment, vite, tout te raconter. Tu seras surprise peut-être, mais surtout, sois heureuse pour moi.

Un verre ce soir ?? S’il te plaît, s’il te plaît, dis oui…

Germaine »

 

Ah non, pitié, pas ça…pas Germaine…pas maintenant…

Je ne peux pas lui dire non, ça a l’air trop urgent, et puis là, je commence à être franchement curieuse, c’est quoi ce truc incroyable qui la rend si heureuse ?…

Mais Gaston, je ne peux pas le planter, et j’ai déjà dit oui, mais si je dis non à Germaine, est-ce qu’elle va bien le prendre, et si je dis non maintenant à Gaston, c’est nul nul naze pourri de ma part, et … je pourrais leurs proposer qu’on se voit tous les trois ?

 

Ohla, je ne sais plus…entre mon amie, et mon (futur) amour…je suis perdue…

 

 

To be continued


 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 12:10
24H(Previously, in my 24 hours, à la lecture de leurs mails, je découvrais en Gaston un être attachant et sensible, et en Valentin, un dragueur de bas étage à tendance névrosée).

 

Suis franchement scotchée depuis tout à l’heure. Ça va me passer, c’est pas grave. Et puis au moins, les choses sont claires. Enfin, pour moi. Parce que dans la tête de Valentin, ça m’a l’air beaucoup moins lumineux. J’irai même jusqu’à dire que c’est plutôt tordu. Soit il est marteau, soit il est neuneu. Peut-être même les deux, d’ailleurs.

Ce qui est certain, c’est que je n’ai pas l’intention d’avoir d’autres nouvelles de ce genre, merci, servie. Je pourrais ne pas répondre. Mais ça me démange, je vais lui envoyer un petit mail, un dernier (promis juré), juste pour que ça soit réglé, cette affaire.

 

Une folle furieuse en culotte rouge à mes trousses…c’est ç’la, oui…et sinon, t’as pensé à prendre tes médicaments ce matin, Valentin, avant de m’écrire ? Ohla, et moi qui ai failli bousiller mon amitié avec Germaine à cause de cet avorton du cervelet…Germaine qui de son côté vit une belle histoire, et je n’en sais pas plus. Et là, pour une fois, je vais la laisser vivre son aventure à fond. Elle a droit à un peu de bonheur, puisqu’elle peut y toucher.

 

Tu vois, le p’tit ange, que de temps en temps je t’écoute ?

 

Alors, je vais envoyer un mail au monsieur-qué-pas-bien-dans-sa-tête, et ensuite, je reprendrai une activité normale.

Que personne ne me dérange, j’ai du boulot, ça ne plaisante pas.

 

« Valentin.

J’ai bien reçu ton mail et te remercie pour ta sollicitude, ta gentillesse et ton intérêt. Grâce à toi je serai maintenant sur mes gardes, et toute blonde m’approchant à moins de cent mètres sera forcément regardée de travers. Je risque de m’attirer quelques remarques désobligeantes, mais dans le doute je ferai preuve de la plus grande prudence et ne m’adresserai plus qu’aux brunes, aux rousses, et aux chauves.

Aussi, je t’en prie, ne t’inquiète pas pour moi.

Le mail que tu m’as envoyé m’as tout de même plongée dans une certaine angoisse. Je vais devoir prendre du recul pendant plusieurs jours, peut-être même plusieurs semaines, et sans exagérer on peut envisager que ce recul dure plusieurs mois.

Tu comprendras que pour ma protection, j’ai du rapidement mettre en place un système de défense.

N’essaie donc pas de me contacter, je serai injoignable pendant, disons, les trente ans qui arrivent. Ne t’inquiète pas pour moi, je vais agir sous couverture, mesure spéciale des forces de police qui sont prévenues du danger qui me guette.

D’ailleurs mon contact a pris ton mail très au sérieux et le conserve précieusement, ainsi que tes coordonnées, au cas où il m’arriverait quelque chose. Ainsi tu serais prévenu, si par infortune…Mais n’envisageons pas le pire.

Je te transmets juste ce qu’il m’a été demandé de te dire : aucun, je dis bien, AUCUN contact entre nous n’est possible.

Peut-être un jour nous recroiserons nous, si mes jours ne sont plus en danger.

Bien à toi.

Emma »

 

Morte de rire. Affalée sur mon bureau. Allez Valentin, ce fut un réel plaisir, on a bien rigolé, mais là j’ai pas des masses de temps pour gérer les dingues. Et puis…et puis y’a Gaston.

Gaston…

Gaston si franc, si direct, et si …tendre, discrètement tendre, avançant un pion, mais avec prudence.

Ah…Gaston…Pourquoi le laisser attendre plus longtemps ? Son mail a presque trois heures, il faut, je dois lui répondre. Nécessaire, indispensable. Oui, je dois lui dire que oui, je veux le revoir et que oui quand il veut et que oui aussi, si par hasard, par chance peut-être, enfin, si, lui et moi, si,…, et bien on pourrait, enfin, je ne sais pas, faut pas aller trop vite non plus, mais oui, pourquoi pas, lui et moi…

Allez savoir pourquoi, je vous le demande, mes yeux se sont posés sur le calendrier pile alors que je réfléchissais. Et là, que vois-je, oh stupéfaction…le 6 février. Le 6 février, jour de la St Gaston, justement.

En principe je suis drôlement carrée, comme fille. Pas du tout du style à croire aux astres. Si je lis mon horoscope dans Elle chaque semaine, et si je l’écoute à la radio tous les matins, c’est uniquement pour me distraire. C’est un jeu. Sans importance. Je m’en moque. Quand aux coïncidences…pas mon truc. J’ai beaucoup trop les pieds sur terre.

Mais là, vous m’avouerez que c’est pas banal. Un signe du destin, c’est évident. Je pense à Gaston, il m’écrit, nos chemins se croisent, il se déclare, et demain c’est sa fête…

Re hummmmpppppfffffff (j’ai beaucoup hummmppppffffé depuis ce matin).

Allez Emma, n’ai pas peur. Ecris lui.

Oui petit ange sur mon épaule.

 

« Gaston.

Si je n’avais été retenue par un certain nombre de dossiers et d’affaires à régler, je t’aurai répondu bien plus vite.

Ton mail m’a fait plaisir. Je m’en voulais après t’avoir adressé le mien, et je suis touchée par ta franchise. Et rassurée, car, réellement, Valentin est un homme sans intérêt.

Je serai ravie de te revoir. Les sentiments qu’il y a entre nous sont ce qu’ils sont et j’ai pour toi une très grande affection, tout comme tu dis l’avoir pour moi. Ces quelques mots d’ailleurs m’ont émue…profondément.

Demain, c’est ta fête. J’aimerais, si tu le peux, te la souhaiter, de vive voix. Autour d’un verre. En amis…proches…Si tu es disponible, si tu en as envie,

Je t’embrasse, tendrement.

Emma »

 

Hop.

Envoyé.

C’est une belle journée. Gaston a parlé, je lui réponds, sans ambiguïté. Il devrait être touché lui aussi. Tiens, je vais me relire.

 

P*****. C’est moi qui ai envoyé ça ? Suis folle ou quoi ? Pourquoi pas écrire : « Gaston, c’est où tu veux quand tu veux… ». C’est l’autre marbré du chapeau qui m’a contaminée. Oh la honte, c’est nul de nul ce que je lui ai envoyé.

Mince, flûte, crotte, ça se rattrape pas un mail.

Je ne vais tout de même pas foncer dans son bureau, me jeter sur l’ordi, et essayer de scratcher ce truc. Qu’est ce que j’ai fait là ? Je vais pas bien du tout. Saleté de petit ange, viens là que je t’étrangle, plus jamais je t’écouterai.

 

Bing.

Ah non pitié. Faites que ce ne soit pas Gaston. Il doit être explosé de rire et bien se moquer de moi. Pitié pitité pitié…

Je ferme les yeux, comme les enfants, pour ne pas voir qui m’a écrit. Mais entre mes cils bien serrés, je vois bien l’adresse de Gaston. Oh merde de merde.

 

Bon. Emma, reprends toi tout de suite. Tu es majeure et vaccinée. Gaston ne va pas sortir de l’écran comme un diable de sa boîte. Allez, clique ma fille, regarde ce qu’il t’écrit. Du courage, nom d’un chien.

 

« Emma.

Merci pour ton mail. Je n’ai fait que le survoler. Je ne peux pas accepter ta proposition. Ne m’en veux pas.

Ma vie vient de se briser.

Ma femme m’a quitté, à l’instant. J’ai besoin de temps.

Gaston »

 

Pardon ?

Alors on pose tout par terre et on fait le tri. Gaston a une femme. UNE FEMME. D’où elle sort celle-là ? Et il n’aurait pas pu le dire avant ? Et y’a trois heures monsieur se vautre comme une loque, avec des promesses et des belles paroles, et là hop dégagée Emma, monsieur a une femme ? Qui le quitte ?

 

Oh merde si ça se trouve c’est à cause de moi.

C’est ça.

Il lui a parlé de moi. Et elle préfère s’en aller. Grosse nulle. Mais il est pas bien lui non plus à parler de moi comme ça ? Et qu’est ce qui lui fait croire, à Gaston, que je serai tombée dans ses bras ? Il se trouve si irrésistible que ça ?

Mais s’il lui a parlé de moi, c’est qu’il est vraiment sincère. On n’achève pas un homme à terre. Il est allé trop vite, c’est tout, mais ensemble nous construirons autre chose.

 

Sa femme…bravo pour les sentiments Madame. Planter Gaston comme ça, c’est nul, lamentable, vous me dégoûtez.

N’empêche j’avance pas là.

Gaston…il doit être effondré. Mais je ne peux pas lui parler, pas maintenant. Il faut que je respecte sa douleur. Son amour pour moi fera le travail, vite, j’en suis sûre. C’est évident, n’est ce pas ? Quoi, le petit diable, pourquoi tu te marres toi ? Oui, il faut laisser passer quelques heures. Pauvre Gaston, comme il doit être mal.

 

Non, en fait il faut que je lui dise que je comprends, que je ne lui donne pas l’impression de fuir devant la nouvelle. Je saurai trouver la force de l’aider.

Tu vas savoir Gaston, je vais être l’épaule amie, le soutien qu’il te faut. Pour commencer…

Enfin, là, j’en peux plus.

Et comme dirait Scarlett…demain est un autre jour.

 

To be continued

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 11:15
24H(Previously, in my 24 hours, je recevais consécutivement un mail de Gaston, puis un de Valentin, entrecoupés d’ordres comminatoires de ma chère boss, m’imposant de repousser à plus tard la lecture de ces mails).

 

J’ai cru qu’elle ne me lâcherait jamais.

Le dossier XYZ n’est pas si important que ça. Mais Madame, aujourd’hui, voulait discuter. De sa vie si intéressante. Son mari, ses enfants, son chien, sa maison, sa maison de campagne, ses voyages, ses vacances ratées…Comme si ça se faisait de s’étaler comme ça, au bureau, et de plus devant son assistante. Ce manque de pudeur me fascine. Les gens ne sont-ils donc pas Dieu capables de garder pour eux leurs états d’âme ? L’étalage de la misère humaine au quotidien me désole, vraiment.

Mais, bon, j’ai écouté, hoché la tête, dit oui oui, non non, non c’est pas vrai, là j’y crois pas, trop fort, oh c’est dingue, pendant un temps que j’ai jugé réglementaire. Et puis, j’ai demandé l’autorisation de retourner vaquer à mes propres dossiers.

Parce que là, j’ai du pain sur la planche. Tant pis pour la pause déjeuner, tant pis pour les copines qui doivent m’attendre de pied ferme pour aller papoter. Leurs petites histoires ne m’intéressent pas du tout. (Euhhh, précision : ne m’intéressent pas du tout, aujourd’hui).

 

Je vais enfin pouvoir lire ces mails. Gaston, Valentin, Valentin, Gaston, par lequel je commence ? La logique voudrait que je commence par celui de Gaston, puisque je l’ai eu en premier. La logique ne fonctionne pas toujours avec l’envie. L’envie décide que celui de Valentin est beaucoup, beaucoup plus urgent. Mais, je vous rappelle que je suis en stage zen, et j’apprends donc à contrôler mes envies.

 

Inspiration, expiration. Pourquoi je tremble là ? Toute fébrile je suis, c’est idiot tout de même. Emma, mon enfant, ton avenir ne dépend pas de ses mails. Au pire, tu te fais dégager par les deux, tu t’en fiches, tu ne t’effondres pas, ta vie ne s’arrête pas maintenant. Il y a plein d’hommes partout. Plein, plein. Suffit de trouver le partout.

Et de plus tu psychotes à fond les ballons, alors que je te rappelle, ma cocotte, que c’est toi qui est à l’origine de tout ça. Donc, pour une fois, mûris, et assume.

 

Je déteste quand ma petite voix intérieure me rappelle à l’ordre. De quoi je me mêle ? J’ai l’impression d’être dans un dessin animé, avec le petit ange d’un côté, le petit diable de l’autre, les deux assis sur mes épaules, version, on s’installe et on discute. Oui, je sais, l’ange, tout va bien, aucun stress. Oui, t’as raison le diable, mettre la pagaille c’est quand même drôle. Ok, l’ange tais-toi, tout est de ma faute, pas la peine de me le seriner, suis pas sourde.

 

Gggggrrrrrrrr.

 

Je vais arroser mon ficus, ça va me calmer. (J’ai des ficus partout. Que ce soit clair, ce n’est pas par passion, c’est un truc de Germaine, elle est convaincue de la bonne influence des plantes vertes, et m’offre un ficus à chaque fois que j’arrive quelque part. Je hais les ficus, le prochain, je lui fais bouffer feuille après feuille.)

 

Ah, et puis, je vais m’étirer un peu. La discussion avec ma boss m’a laissée sur le flanc. Voilà, voilà. Bon. Bien. Parfait. Ça c’est fait.

Je vais tirer à pile ou face, entre le mail de Gaston et de Valentin. Laissons le hasard faire les choses. Alors pile : Gaston, et face : Valentin. Hop. La pièce vole au dessus de ma tête, retombe, sous mon nez. C’est pile. Ok. Très bien.

Gaston, que me veux-tu ?

 

« Emma, il faut absolument que je te…. (Respire Emma, respire, ce n’est qu’un mail…) parle. Je crois que tu te trompes. Tu sembles m’associer à Valentin, puisque je l’ai cité ce matin. Alors, que les choses soient claires : Valentin n’est pas un ami. C’est un vieux pote que j’avais totalement perdu de vue. Et je n’avais pour être honnête aucune envie de revoir ce triste sire. Pour des raisons personnelles, je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais je le considère sans intérêt, prétentieux, orgueilleux, lâche, et effectivement sans scrupule.

Voilà, il fallait que ce soit dit.

Maintenant, sache aussi que TOI tu m’intéresses. En amie. Si, d’aventure, il s’avérait que l’affection que j’ai pour toi, même si je te connais très peu, est partagée, j’en serai le plus heureux des hommes. Si, d’aventure aussi, l’amitié dissimulait autre chose, je serais alors encore plus heureux.

Pardonne ce mail que je t’envoie, en toute franchise, en toute confiance, le plus sincèrement possible.

J’ai envie de te revoir.

Je t’embrasse, tendrement.

Gaston. »

 

Ben merde alors.

D’où il se croit autorisé à critiquer Valentin comme ça ? C’est facile tout de même. C’est pas parce que je lui dis que Valentin, là, si c’est un de se copains, ça va pas être possible, qu’il faut le casser complètement. C’est lui qui a mis le sujet sur le tapis, si je ne m’abuse.

 

D’un autre côté, il dit qu’il tient à moi. Huuummmppffff. C’est pas dit exactement comme ça, mais ça revient au même. Quoi, le petit ange ? T’as un truc à dire ? Non ? ça tombe bien, parce que là, j’ai pas le temps de t’écouter. Et toi le diable ? Tu rigoles, c’est ça ? Oui, t’as l’air content.

 

Ahhhh….Gaston….C’est mignon, non, le « je t’embrasse tendrement » ? Et puis ça veut dire beaucoup de choses…En fait il est juste honnête. Re hummmpppfff. Et Valentin, je ne le connais pas tant que ça. Et c’est vrai qu’il s’est comporté comme un gros lâche. Beurk… Et Gaston ne me force pas la main, il veut me revoir, et en fait je veux bien aussi. Re re hummmpppffff…..

 

Allez, 1 point pour Gaston. Moi aussi en toute franchise, en toute amitié, je serai heureuse que tu sois le plus heureux des hommes, et, moi aussi, si d’aventure…Emma !!! Lis le mail de Valentin, c’est bon, là, avec Gaston. Peut-être que Valentin à lui aussi des choses à dire !

 

Hop. Clic sur le mail de Valentin.

 

 

« Emma, il faut absolument que je te prévienne,

J'ai fait une petite bêtise, vraiment une broutille, mais il faut que tu te mettes à l'abri immédiatement.

Tu es en danger, on veut te tuer.

L'assassin est une femme d'une quarantaine d'année, super bien foutue, blondasse mais c'est pas naturel, elle porte en général des sous-vêtements rouges avec des porte-jarretelles, mais par-dessus je ne sais pas ce qu'elle porte, elle est très souple et elle fait des choses très étranges avec son corps, méfie-toi d'elle elle est corse.

Sois très prudente et ne fais confiance à personne.

      Emma, Emma mon Amour, tu es vivante, je suis tellement heureux,

      Valentin »

 

 

Ah oui quand même.

Il va mieux le garçon. J’avais des doutes sérieux, mais là, les bras m’en tombent. Il pense que ça va m’exciter, son mail ? Eh oh, suis bizarre sans doute, mais pas parano. Il va pas bien lui. Oh ben j’ai peur dites donc. On veut me tuer. Allo allo la CIA, la NSA, et les services secrets, je suis informée mais chut c’est confidentiel, par un sombre abruti obsédé par le fonctionnement de sa virilité qu’une femme blonde en culotte rouge m’en veut. Vous pouvez faire quelque chose pour moi ?

 

Il est complètement frappé, l’autre.

Je me retiens d’exploser de rire.

Taré. C’est un taré, un dingue.

 

Ah, et puis bonjour la technique de naze…Il veut me faire peur, enfin, que j’ai très très peur d’une dame trop trop méchante, et comme ça, je lui saute dans les bras…Oh Valentin, mon héros, heureusement tu es là pour me protéger…

 

Emma, mon amour… il est fêlé, …De quel droit mon amour ? Mon amour, mais je ne te donne pas de nouvelles, je t’aime trop pour te parler. Bien sûr.

 

Il croit quoi, le Valentin ? Y’a marqué « Grosse débile » au néon sur mon front ?

Il a quel âge ? Dix ans ? C’est à dix ans qu’on fait peur aux filles pour jouer les gros bras…Et je l’ai regardé, moi ? J’étais ne serait-ce qu’un minimum attirée ? C’est pas possible. Ah non, c’est pas possible.

 

Bon, Valentin, t’es bien gentil, t’es bien mignon, mais là, t’as perdu. Allez, salut, sans rancune. Les dingues, je les laisse chez eux, et moi, je vais continuer ma vie. Peinarde.

Avec Gaston.

Et ça va être super.

 

J’en reviens pas quand même. Totalement à la masse le Valentin.

C’est dommage, il était pas mal.

Heureusement, y’a Gaston…

 

To be continued.

(et pour ne rien manquer, rater, suivre ou reprendre, à lire ab-so-lu-ment : les pensées de Valentin

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 14:36
24H(Previously, in my 24 hours, je mettais en place un combat de coqs entre Valentin et Gaston. Comment ça, je suis un peu garce? Pas du tout. Juste joueuse.)

 

 

Et maintenant, que le meilleur gagne.

 

Oh vous, là, je vous arrête tout de suite. Quand je dis “que le meilleur gagne”, je ne considère pas que je sois le lot attribué au champion. Il est vrai que dans mes rêves de petite fille, j’étais parfois une belle princesse, agitant son mouchoir de dentelles sous le nez de preux chevaliers prêts à se lancer dans de terribles tournois, parfois mortels, uniquement pour ses beaux yeux. Je jetais ensuite ce mouchoir au vainqueur, il m’enlevait et m’emmenait au loin, dans des contrées dont lui seul avait la clé et…

 

Bing.

Un mail. Impossible de rêver calmement.  Moi qui voyait déjà voler la poussière autour des flancs fumants, bouillonnants d’impatience, de deux destriers valeureusement montés, portant les couleurs et les armes de leurs maîtres, sang et or pour l’un, azur et argent pour l’autre…

 

Bing.

OK, ça va, je regarde.

Pas la peine de s’énerver.

Ni de sonner comme si, forcément, j’étais derrière mon ordinateur, guettant un “nouveau message” . Je pourrais très bien être ailleurs. Être en réunion, justement, avec Gaston. Comme je l’ai dit à Valentin. Ça serait possible, pourquoi pas. Je serai assise, sérieuse en tailleur noir et chignon serré, armée de mes dossiers, très compétente, très convaincante, et tout le staff boirait mes paroles, et Gaston serait subjugué, il serait suspendu à mes lèvres, me regardant comme on regarde l’augure, et…

 

Bing.

Ohhhh c’est bon là. Je suis occupée, moi.

Je vais jeter un oeil, juste pour voir qui m’adresse ce mail, et je retourne à ce que je faisais précédemment.

 

gaston.g¨¨¨¨@lamaillepicarde.com

Je ne vois que le début de son mail : “Emma, il faut absolument que je te…

 

Rapide le chevalier d’azur et d’argent vêtu. (Sourire de votre obligée).

 

“Il faut absolument que je te… “ Que je te quoi? Je pourrais cliquer sur le contenu du message, juste comme ça, pour lire, mais je vais attendre un peu. Je développe depuis quelques temps un comportement très zen, j’ai vu ça sur Facebook, j’envoie et je reçois plein de points zen toute la journée, et le soir j’ouvre mes chakras et je me sens bien. Il faut d’ailleurs que j’aille voir où j’en suis dans ma progression, suis-je ou non passée de bouddhiste apprenti à confirmé, où en est mon karma? Et ensuite que je fasse le tour de mes amis facebookiens, que je lise leurs derniers statuts, je vais peut-être mettre des commentaires, je vais voir aussi deux ou trois applications, par exemple l’horoscope du jour, fondamental, la phrase du jour, aussi fondamentale, et puis envoyer quelques bisous et des coeurs, comme ça mes amis sauront que je les aime.

 

Voilà.

Avant d’ouvrir le mail de Gaston, je vais d’abord aller sur Facebook.

De toute façon, je ne suis pas impatiente de le lire. Pas du tout.

11 nouvelles notifications. Il s’en passe des choses sur Facebook pendant que je travaille. A peine vingt minutes que je n’y suis pas allée…Tiens, truc machin a posté quelque chose sur mon mur, et sinon, quelques commentaires sur mon statut, très intéressant d’ailleurs “Emma Lalatête (c’est un pseudo, je préfère l’anonymat pour Facebook) va boire un café, qui en veut un?”.

 

“Il faut absolument que je te… “. Ça me titille quand même.

Je vais lire le message de Gaston.

Sans impatience. Calmement. Je me serais précipitée dessus si ça me passionnait. Alors que pas du tout. J’ai réglé quelques affaires urgentes (c’est ça Facebook, faut être hyper réactif sinon on perd le fil).

Je peux maintenant me consacrer pleinement à la lecture du mail de Gaston.

 

Bing.

Merde. C’est un mail de ma boss. Emma, j’ai besoin de toi tout de suite. Tu prends le dossier XYZ et tu rappliques dare-dare dans mon bureau”. (Contrairement aux apparences, on s’entend très bien, mais elle adore jouer les chefs.) Dare-dare, dare-dare… Mais j’ai moi aussi un dossier sur le feu, là.

Arrrggghhhhh, va falloir que je repousse aux calandes grecques la lecture du message gastonien. Ggggrrrrr.

 

Bing.

Merde. Merde merde, quoi encore?

valentinvernoux@lesillustresinconnus.com

Manquait que lui. Début du message : “Emma, il faut absolument que je te….

 

Ils se sont appelés? Ils se sont donnés le mot ou quoi? C’est un code? Je suis peut-être la proie d’un sortilège. C’est ça, en fait j’ai été vaudouisée.

Et là, j’ai pas une seconde, ni pour l’un, ni pour l’autre.

 

Bing.

Mail de la boss : “bon alors Emmmmaaaaaaaa!!!!!!!! Tu viens là ou pas?”

Ou pas. Je pourrais lui répondre ça. Ou pas. J’ai moi aussi des affaires à régler, ma chère. Ça se voit que ce n’est pas toi qui reçoit des messages de Gaston et de Valentin.

En plus je la connais, il va y en avoir pour une plombe, et ensuite elle va sûrement me demander de lui taper un rapport, ou de passer des coups de fil pour elle, et elle se moque bien de savoir si je n’ai pas, moi, des trucs à faire. Aucun respect pour le personnel.

 

Je pourrais vite fait en lire un, juste comme ça pour avoir une idée. Gaston a répondu en premier, je vais commencer par lui.

 

Bing.

Emma, je sais que tu es dans ton bureau, et que tu es face à l’ordi, je te vois, alors tu viens MAINTENANT”

Grillée. Elle a l’air furax en plus.

Il faut que je me résigne, je lirai ces mails plus tard. Arrrgggghhhhh. Il faut que je tienne.

 

To be continued

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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