Previously, in my 24 hours

Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 10:09
24H(Previously, in my 24 hours, Gaston me figeait sur place façon statut de sel, en m’annonçant qu’il avait entendu parler de moi par…Valentin)

 

Valentin. Manquait que ça. J’ai reçu son prénom comme un coup de poing en plein plexus solaire (Je ne sais pas bien où se situe le plexus solaire, mais ça me paraît tout à fait adapté).

Y’a ceux qui ont de la chance. Et puis, y’a les autres. Jusqu’à la semaine dernière je pensais faire partie de la première catégorie. J’ai rencontré Valentin, Mr Dieu-sur-Terre-et-je-me-fous-de-ta-gueule. Qui doit voir en moi à l’heure qu’il est une fille alcoolique, aux mœurs légères, et sans scrupule. Qui a brisé le cœur de ma meilleure amie (tiens, j’ai toujours pas appelé Germaine, ça commence à craindre), et a disparu sans autre forme de procès du jour au lendemain.

Et voilà t’y pas que, alors que je tente de me reconstruire (comment ça j’exagère encore ma destruction ? C’est pas vous qui l’avez vécue, tout de même !), il revient, tel un spectre machiavélique, transformant Gaston en une marionnette ridicule.

 

Arrrrgggghhhhhh. Ggggrrrrrrrr. Eeeuuuurrrrfffff.

 

Messieurs, qui que vous soyez, je ne vais pas me laisser faire. Emma is back and is angry. Hasta la vista,baby. Un peu plus, et je me collais mes lunettes de soleil sur le nez, mais en pleine cafet, ça serait bizarre. Je suis spécialiste en comportements bizarres, pas la peine d’en rajouter.

 

Ainsi Valentin a parlé à Gaston ; de moi de surcroît. Donc, ils se connaissent. Comment, depuis combien de temps…on s’en fiche.

Il n’est qu’une question qui compte : qu’est ce que Valentin a pu dire ? Réfléchis vite et, pour une fois, bien, Emma. Quoi que V, l’homme-lézard le plus répugnant de la planète, ait dit, Gaston ne doit pas se douter que ça t’inquiète. Et Valentin n’est pas si répugnant que ça. Incapable de donner des nouvelles, mufle, mais pas répugnant. Pas du tout, même. Hummmpppffffff…plutôt…plutôt top, Valentin. Mais là, je dois jouer serré ; ne rien laisser deviner à Gaston.

 

Zen, détendue, relax (take it ea-ea-sy…), tutti va bene.

 

Valentin…Vernoux, c’est bien ça ? Tu le connais ? Oh c’est curieux ça. C’est l’ex de ma meilleure amie, enfin l’ex… il a été assez minable en fait, avec elle. Une espèce de grand lâche qui n’a pas assumé ce qu’il vivait. Il m’a proposé de dîner avec lui le lendemain. Et comme il me sait très proche de Germaine (la fille dont je parlais, ma meilleure amie, tu suis… ???), je pensais qu’il voulait s’expliquer…Oh, tu sais comment on est, nous, les filles, on est convaincue que vous êtes capables de courage et de franchise…Enfin c’est pas cool, ne le prends pas pour toi, mais tu comprends, quand je pense à ce que Valentin peut faire, et à sa manière de se comporter…ppppfffff…Tu parles d’un dîner franc et honnête… Il s’est lancé dans un plan drague à deux balles…grotesque. J’avais honte pour lui.

Ohhh pardon, mais qu’est ce qu’il me prend ? Je te dis ça alors que vous êtes amis…non vraiment suis désolée, Gaston. Suis juste réellement en colère contre lui. Germaine tenait à ce…Valentin…et il a été minable.

 

 

Non, non non, attend Emma, suis navré, c’est moi qui n’est pas été clair. Oui, je connais Valentin, mais pour être exact, je ne l’ai pas vu depuis, je sais pas, dix, ou quinze ans peut-être. J’ai même été carrément surpris en recevant son appel. Super bizarre d’ailleurs. Il a tout de suite parlé de sa vie sentimentale, comme si après autant d’années c’était la seule chose qui m’intéresse. Il m’a d’ailleurs vaguement raconté un truc, et il se pourrait bien qu’il ait parlé de Germaine, enfin, je sais pas trop. Ca a été très rapide comme coup de fil, à peine quelques phrases, il a juste terminé en me demandant si je te connaissais…Pour être franc (eh oui, nous aussi, les hommes, on peut l’être parfois), il a fait quelques compliments sur ton physique, et si j’avais déjà peu de doutes quand il a commencé à parler de toi, je n’en avais plus après ces détails.

Ce qui ne veut pas dire que je t’ai invitée à dîner pour ça.

Au déjeuner, j’ai voulu vérifier qu’il parlait bien de toi. Et tu as souri. Et j’ai voulu te connaître mieux.

 

Ohhhh…et j’ai souri et il a voulu…EMMA !! ça SUFFIT !! L’ordre du jour est modifié, on parle de Va-len-tin, là. OK ?

 

OK. On se concentre. Inspiration, expiration. Valentin a appelé Gaston. Pour se renseigner sur moi, pas la peine d’essayer de me faire croire autre chose. Soit il a passé sous silence l’épisode restaurant-Coulommiers-alccol, soit Gaston me teste.

En attendant, je suis bien avancée avec ça.

J’ai l’impression que mon cerveau va crasher. Ma fille, fais hyper gaffe à ce que tu vas dire.

Pourquoi je suis comme ça, là, subitement ? Je m’en moque de Valentin. Il ne m’intéresse pas du tout. Hop, oublié, affaires classées. Cold case. OK, à la télé, ils ré ouvrent les dossiers. Emma, tu n’es pas à la télé, non, non, non. Et tu n’es pas du tout convaincante, si tu veux mon avis. (Et en plus je me parle toute seule, ça s’arrange pas…)

Il était quand même vachement bien, Valentin. Et reconnais que t’as été particulièrement ridicule. Peut-être qu’en fait, il hésite à te revoir, donc à t’appeler. Il doit te prendre pour une grande schizo, un jour bourrée, le lendemain nunuche…Pas sortie de l’auberge, ma grande, va falloir la jouer super fine.

 

Ecoute Gaston, franchement, parler de Valentin ne m’intéresse pas plus que ça. S’il nous a permis de nous rencontrer, enfin…tu vois ce que je veux dire, de mieux nous connaître, je dis : merci Valentin. Pour le reste, si j’avais deux minutes à perdre, je l’appellerai pour lui dire ce que je pense de lui. Sauf que je n’ai ni deux minutes, ni deux secondes à lui accorder. Pas la peine d’en parler davantage.

 

Tu sais Emma, un vieux pote, dont je suis sans nouvelle depuis des lustres, qui m’appelle, pour en fait avoir des infos sur toi (je ne suis pas non plus totalement con)…Mais bon, si t’en as rien à faire…ça me va (Sourire de Gaston). Tu serais libre à nouveau cette semaine à dîner ?

 

Oui, je pense (Un non définitif ne me semble pas non plus approprié, on ne sait jamais ce que réserve l’avenir…). Tu me fais un mail, on fixe une date ? M’en veux pas, j’ai du pain sur la planche, faut que je file…

 

Voilà comment j’ai planté Gaston au milieu de la cafet. Il fallait que je sois seule pour réfléchir, et faire un point.

 

1/ Valentin a appelé Gaston ; pour parler de moi.

2/ Gaston m’a invitée à dîner ; seulement parce que Valentin lui a parlé de moi. Donc Gaston…on verra plus tard. Il n’y aurait pas eu Valentin, il ne m’aurait pas invitée. Et puis, à bien y réfléchir, il a l’œil sacrément lubrique, le Gaston, et qui plonge sur certaines parties de mon anatomie, sans vergogne. Je me fais tripoter par ses prunelles, en fait. Euurrkk.

3/ Valentin a du dire sur moi des trucs plutôt cool, sinon Gaston ne m’aurait pas proposé ce dîner.

4/ (très accessoire) : Gaston veut ENCORE m’inviter à dîner. M’étonnerait fort qu’il donne des nouvelles à Valentin, ou sinon, ça ne sera pas aimable à mon sujet. (D’un autre côté, être au centre d’un combat de coqs, c’est pas mal pour l’ego). Cela dit, Valentin…Valentin, c’est Valentin.

5/ N’empêche qu’un lézard incapable de se servir de son téléphone, … Donc, soit je reste à croupir comme une imbécile en espérant que le cerveau du monsieur lui indique comment on compose un numéro, soit je prends les choses en mains.

6/ De toute façon, faut que j’en ai le cœur net. Au pire, je ne vais pas laisser Valentin me faire une réputation de je ne sais pas quoi auprès de Gaston. Au mieux…Inch Allah…

7/ Ppppffffffff…..Faut pas que j’oublie Germaine. Je lui passerai un p’tit coup de fil, tout à l’heure, pour savoir si elle va mieux.

 

Et ensuite…Valentin, à nous deux…

 

To be continued

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 11:15
24H(Previously, in my 24 hours, Gaston me proposait de nous retrouver à la machine à café, ce que je trouvais absolument hype, car il avait quelque chose à me dire. )

 

Oh mon Dieu, oh mon  Dieu, oh mon Dieu. Gaston a quelque chose à me dire. Oh mon Dieu, oh mon Dieu. C’est sûr, c’est évident, c’est ça, il va me faire une déclaration, une belle, grande, amoureuse déclaration, là, devant la machine à café, et je vais fondre. Ensuite, on se tiendra la main, mais pas longtemps, pour que personne ne nous voit, et on s’enverra des petits mails très discrets pleins de mots tendres, et puis très rapidement tout le monde sera au courant, parce qu’on sera tellement heureux que ça va se voir, et toutes les filles de la boîte vont en crever de jalousie.

Je sens que je rougis. C’est très énervant, ça, de rougir pour un oui ou non. Bon, là, il ne s’agit pas vraiment d’un oui ou d’un non, en fait juste un oui me suffirait, oui Emma, tu me fais craquer, oui Emma, tu me plais, oui Emma j’ai des sentiments, oui Emma au bureau on sera discret, oui Emma oui Emma…En attendant tous ces oui qui vont arriver, je rougis. C’est toujours pareil. Dès que je sens qu’il va se passer quelque chose dans ma vie, je rougis.

 

-       Tu veux un café ?

 

Mesure de diversion. Gaston gagne du temps. C’est adorable. On dirait moi. Incapable d’aller droit au but, je tergiverse, digresse et prends mon temps. (J’ai acquis un certain vocabulaire dans le domaine, à force de couper les cheveux en quatre plutôt que d’être directe).

 

-       Volontiers.

 

Sacrée conversation. Pour notre défense, l’émotion manifeste qui nous gagne l’un et l’autre. J’ai les joues en feu, j’espère qu’il ne le voit pas trop, et les mains moites. Gaston a l’air parfaitement calme, mais je sais que sous ce flegme quasi britannique se cache un cœur sensible et fragile, une volonté de fer partagée avec  une émotivité tellement touchante.

 

-       Avec ou sans sucre ?

 

Comme il est prévenant, attentionnée, gentil …Il cherche à connaître mes habitudes, mes petites manies. Quand il m’apportera mon café au lit, pour un petit-déjeuner à deux, sous la couette, il saura que j’aime le café sans sucre.

 

-       Sans. Merci.

 

Bon, là, je brûle d’envie de lui dire : « Merci, merci pour hier, merci pour le café, merci de m’avoir demandé de venir, merci d’être là, merci d’être aussi beau…. ». Mais je ne dis rien. Pas question non plus de me dévoiler trop vite. J’ai des sentiments, certes, mais je vais être forte et ne rien montrer. Rien du tout. Pas le moindre battement de cils, pas le plus petit regard en coin. De la retenue. En toute chose savoir mesure garder, qu’ils disaient.

 

-       Tu n’es pas très bavarde.

 

Merde. Il préférerait que je parle. Réfléchis donc ma fille, réfléchis un peu. Une fille qui se tait comme toi, c’est qu’elle n’a rien à dire. C’est qu’elle est sans intérêt, stupide,  sans conversation…Déjà hier soir, tu n’as presque rien dit, tu recommences, il va finir par penser que tu as le cerveau aussi développé que celui d’un hippocampe. D’un autre côté, c’est tout de même lui qui a dit qu’il avait, justement, quelque chose à me dire. Plus aucun doute, c’est réellement important, réellement fondamental, ça va bouleverser nos vies, sinon il ne tournerait pas comme ça autour du pot.

 

-       Tu sais, le matin, je suis rarement bavarde, j’ai un peu de mal à démarrer.

 

Sourire de Gaston. Je suis con ou quoi ?… Il est déjà presque 9h30 ; alors le matin, chez moi, dure jusqu’à quelle heure ? Il faut que je reprenne la main, vite vite, vite.

 

-       Tu m’as dit que tu avais quelque chose à me dire ?

 

Très engageant. Bravo Emma. Entre stupide et désagréable, mon cœur balance. A jouer la forte pour ne pas montrer ton impatience, tu en deviens sèche. Sans cœur. Indigne de l’homme qui se tient devant toi. Grosse débile.

 

-       Oui, c’est vrai, mais ce n’est pas facile à dire.

 

Je vais imploser, tellement mon pauvre cœur fait boum boum. Pire, je vais exploser. Destruction neuronale totale devant la machine à café. Accouche nom d’un chien, ça va te prendre combien de temps pour me dire ce que tu penses ? Je vais me mettre à trépigner, et ça va se voir, et comme j’ai une patience proche du néant absolu (j’essaie de me corriger, mais je n’y arrive pas), je vais finir, en plus, par t’aboyer au nez, et là adieu veaux, vaches, cochons et Gaston.

 

-       J’ai passé une excellente soirée. Et je suis ravi de mieux te connaître.

 

On a bien progressé, d’un coup. Pas encore très déclaratif, mais on y vient. Tout vient à point à qui sait attendre…Allez, lance toi mon gars, je t’assure que je vais te tomber dans les bras.

 

-       J’ai beaucoup entendu parler de toi, tu sais ?

 

Non, je ne sais pas, mais je sais que je me liquéfie. Il a entendu parler de moi. Et il a voulu me connaître. Il était séduit avant même de me voir. Life is beautiful (sans l’accent, mais on s’en fiche).

 

-       Non, je ne sais pas. (C’est futé ça comme réponse. Emma, tu fais de plus en plus fort…)

-       Oui, beaucoup. On a une connaissance commune.

 

Euhhh….il compte faire quoi maintenant ? Jouer aux devinettes ? Aux portraits ? Un homme, une femme, je la connais (idiot : si c’est une connaissance commune, je la connais, pauvre pomme).

 

-       Ah oui ?

 

J’ai l’impression d’avoir plus émis un son genre vieux gargouillis, glouglou de dindon mal réglé, que quelque chose d’intelligible. Tant pis, il n’a qu’à se dépêcher un peu.

 

-       Oui. Et j’ai eu envie de te rencontrer. Savoir si ce que j’avais entendu était exact.

 

Ouhhhh….je dois me réjouir là sans doute, mais j’en peux plus, Gaston, tu peux pas faire simple, un peu ?

 

-       Je ne vais pas te faire attendre plus longtemps (merci, c’est sympa). C’est Valentin.

 

Je veux mourir. Là, tout de suite. Mourir, et disparaître, à jamais.

 

To be continued. 

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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 13:44
24H 

(Previously, in my 24 hours, je dînais avec Gaston, un dîner très agréable, surprenant certes, mais très agréable. Avec une fin très…collègues de travail.)

 

Si je me tiens très droite, en rentrant le ventre au maximum, et en serrant autant les fesses, sans bouger, sans parler, et sans respirer, ça va à peu près.

 

Ce matin, c’était pas gagné. En retard, comme d’hab, j’attrape le premier jean qui me tombe sous la main. Et de là, contorsions, acrobaties, petits sauts de biches assez inélégants lorsque le jean est coincé à mi cuisse. Le tenant fermement par la ceinture, dans un mouvement imitant mi la danse du crotale avant morsure, mi la danse du ventre après loukoum, j’ai réussi à le passer. Me restait la dernière épreuve, cruciale, celle du bouton.

Vous avez sans doute vu cette pub, il y a…quelques années…pour une marque de jean. La nana qui s’allonge sur son lit, et tente de remonter la fermeture éclair, en se mettant instantanément en apnée. Et bien, c’est exactement ce que j’ai vécu. A la différence près que depuis, je suis toujours en apnée. Je respire tel le poisson hors de l’eau, par tous petits à-coups.

 

Tout ça pour dire que le dîner d’hier m’est resté sur l’estomac. J’ai trop mangé. Bien fait pour moi.

Mais ça, c’est pas le plus grave. Ce qui m’est le plus resté sur l’estomac, c’est Gaston. Déjà, le début de la semaine avait été illustré par la goujaterie de Valentin (d’ailleurs, je suis sans nouvelle de Germaine, faudrait quand même que je lui envoie un SMS, peut-être qu’elle m’en veut toujours). Et maintenant, Gaston. Je t’invite à dîner, et je suis gentil, et prévenant, et délicat, et je te souris, et gnagnagna je te fous dans un taxi et adieu Berthe. Ce n’est pas parce que c’est un collègue de travail qu’il peut se comporter de la sorte. On peut être discret, même au bureau. Surtout au bureau. Je ne suis pas du style à lui sauter dessus tous les quarts d’heure. Je lui aurai envoyé des petits mails, comme ça, tout mignons tout romantiques…

 

De toutes les manières, les hommes sont des gros nuls en romantisme, ils ne comprennent rien à rien, c’est navrant, lamentable, eurkk.

 

De plus je suis convaincue que Gaston, à l’heure qu’il est, se dit : « Hop , la p’tite Emma, je peux en faire ce que je veux, elle est sous le charme… ». L’espoir fait vivre, mon vieux. Avec tous tes beaux sourires, et tes grands discours, et ta galanterie, ça ne marche pas. Collègue de travail tu es, collègue de travail tu resteras, j’ai bien dîné, merci, c’était très bon, je t’enverrai un mail très comme il faut tout à l’heure : « Merci beaucoup pour le dîner. Bonne journée. E ». Point final. Même pas mal. Et si je te croise, je serai aimable, souriante, naturelle, c’était juste un dîner entre collègues, très contente qu’on se connaisse mieux, excuse-moi j’ai un dossier sur le feu, à bientôt. Et ne t’imagine pas que j’attendais plus.

 

Bing. Sonnerie indiquant l’arrivée d’un mail.

 

« Bonjour. J’espère que tu es bien rentrée. Un café, dans dix minutes, ça te dit ? Gaston»

 

Oui, suis bien rentrée. Merci de prendre des nouvelles. J’aurai pu tomber sur un chauffeur de taxi sadique, violeur multirécidiviste, un Jack l’Etrangleur en puissance, et aujourd’hui je serais morte, et personne ne le saurai et ce serait affreux.

Cela dit, c’est sympa de demander.

Et puis, il est tout juste 9h du matin. Donc, il vient d’arriver. Et il m’écrit déjà. Entre collègues. Mais il ne m’a jamais proposé de café avant. Même pas entre collègues. Cela dit, si là on prend un café ensemble, entre collègues, ça ne prête pas à confusion. On est entre collègues, justement, on peut se croiser à la machine à café. Je ne suis pas obligée de répondre. Mais je n’ai pas de raison de ne pas le faire, tout comme je n’en ai pas de refuser.

 

Bing. Quoi encore ? On ne peut pas réfléchir tranquille dans cette boîte ?

 

« Ca me ferait VRAIMENT plaisir. Gaston. »

 

Merde. Il a écrit vraiment en majuscule. Ça, ça veut dire quelque chose. Ça veut dire qu’il veut me voir. Bon, moi aussi, c’est vrai. Mais je vais encore le faire poireauter deux minutes. Il peut bien attendre deux minutes, non ? En plus si je dis oui tout de suite, ça va lui donner l’impression que je suis hyper dispo. Alors que je suis débordée. Débordée, débordée. Tiens, je vais redresser cette pile de papiers qui attend depuis une semaine ou deux, bien droite la pile. Voilà voilà.

 

Bing.

 

« VRAIMENT VRAIMENT. Gaston »

 

Arrrrggggghhhhhhhh. Hhhhhuuuummmppppp. Emma, ne craque pas. C’est juste pour un café.

 

« OK, je descends, à tout de suite. Emma »

 

Bing

 

« A tout de suite. Gaston »

 

J’ai à peine envoyé mon mail qu’il me répond déjà. Donc, il guettait ma réponse. Donc, il est devant son ordi, et il ne fait que ça, m’envoyer des mails, et attendre que je réponde. Donc, il veut VRAIMENT me voir. Donc, sans doute, hier, il voulait juste prendre son temps. Donc, là, tout peut basculer. Ohlala ohlala est-ce que j’ai une tête normale ? Pas le temps de passer devant une glace, là j’ai dit que je descendais, faut que je descende, je ne vais pas lui faire faire le pied de grue devant la machine à café. Ce n’est pas parce que Valentin est du style à faire lambiner qu’il faut que je me venge sur Gaston. Pourquoi je pense à Valentin, là ? C’est stupide. Valentin, c’est de l’histoire ancienne, y’a même pas eu histoire en fait.

Et bien Gaston, il va me voir telle que je suis, naturelle et en apnée, et c’est génial, hop je file, je saute dans l’ascenseur, calme toi Emma, tu vas boire un café, l’immeuble n’est pas en feu.

 

Il est là. Sublime, dans son costard coupe italienne. (En fait, j’en sais rien, de la coupe de son costard, mais c’est pas grave, Gaston est là).

-       Bonjour Emma. (P’tit bisou sur la joue, j’adore c’est trop chou). Suis content de te voir. J’ai quelque chose à te dire.

 

To be continued. 

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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 11:15
24H

 

(Previously, in my 24 hours, je me retrouvais dans le fameux bouchon lyonnais, que j’avais choisi, avec Gaston, qui en fait est très séduisant. )

 

 

J’avais pas prévu ça. L’assiette de terrines était…une assiette de terrines. Pas vaguement trois tranches épaisses comme du papier à cigarettes anorexique. Sous mes yeux ébahis je vis débarquer quatre pots. Vous savez, ces pots en verre qui ferment hermétiquement avec un caoutchouc orange, tellement hermétiquement que si on veut les ouvrir, il faut soit un pied de biche, soit une force herculéenne. Soit, tout simplement, renoncer à manger.

Ils étaient déjà ouverts. Avec en prime le pot de cornichons. Plus le beurre. Plus le pain.

J’ai été raisonnable. Je n’ai pas fini la corbeille de pain. Et je suis allée jusqu’à proposer à Gaston de goûter les terrines. Il a refusé, poliment, avec un sourire. ça n’irait pas avec son saumon mariné.

 

Là, un doute subit a surgit (Dites donc, j’en ai repéré deux trois qui tout de suite ont pensé “un doute m’habite”…pas bien). Je n’avais pas fait attention à ce qu’il avait commandé, mais de toute évidence, il avait choisi plus light que moi.

 

Quand les quenelles sont arrivées, j’ai eu comme un vertige. Dans mon souvenir, les quenelles, c’était des tous petits trucs de rien du tout, flottant dans la sauce, que l’on peut délicatement repousser sur le côté, genre ni vu ni connu j’t’embrouille. Or, ce que la serveuse m’apportait n’avait rien à voir. Le plat était tellement copieux que j’ai cru un instant qu’il était pour deux. Erreur.

Gaston, lui, avait pris le dos de cabillaud. Avec les épinards. Raté, ce soir, je ne piquerai de frites à personne.

 

 

J’ai cru malin de lui dire : “Tu aimes beaucoup le poisson, n’est-ce pas”. Ce à quoi, très galament, il m’a répondu : “Effectivement. Et je fais attention, aussi, c’est vrai. Je suis toujours étonné de voir comme certains peuvent se goinfrer. A croire qu’ils ne mangent jamais chez eux.“

 

C’était ballot comme question. Emma, ma fille, ça s’appelle un paquet, gratuit, et direct pour toi. Dans les dents.

 

Gaston, manifestement, mangeait beaucoup moins que moi. Je commençais sérieusement à me demander ce qu’il allait penser, à me voir dévorer de la sorte.

Comme il avait fini son dos de cabillaud avant que je n’attaque la troisième quenelle, je vis qu’il me fixait avec un sourire en coin. Signe évident qu’il se fichait de moi.

 

C’est quand même dingue ça. Vouloir coincer une fille, en l’invitant délibérement dans un restaurant où l’on ne peut faire autrement que manger comme quatre, et ensuite se payer sa tête, parce que, justement elle mange comme quatre…Vraiment, les hommes sont capables des pires bassesses pour se moquer de nous. C’est nul et lamentable Gaston. Un peu plus et j’aurais été épatée par ta petite minable ridicule personne, qui cherche en fait juste à l’instant précis à me faire passer pour une dangereuse boulimique. Ça m’est parfaitement égal, mes quenelles, je vais les manger jusqu’au bout. Et si je veux, je saucerais, oui Monsieur.

 

- Tu permets que je goute ta sauce?

 

Hein? Pardon? Il veut goûter MA sauce? Elle est bonne celle-là. Comme si moi j’étais du style à aller piquer dans l’assiette de l’autre. J’emprunte parfois, juste pour m’assurer que c’est bon, par altruisme. Je ne me sers pas spontanément, c’est facile, monsieur chipote, monsieur fait des manières, monsieur se la joue chichis et compagnie, et maintenant il veut manger MA sauce?

 

-      Je pensais que, même ici, tu ferais partie de ces filles qui ne prennent rien à manger, de peur de ne plus rentrer dans leur slim déjà trop serré le lendemain. J’ai même choisi du poisson, pour voir si tu changerais d’avis, alors que tu avais déjà choisi ton menu. Je suis allé jusqu’à te dire que les goinfres me fascinent, mais tu as continué à dîner, comme si de rien n’était. T’aime vivre, c’est tout. Et j’aime ça. Sauf que là, à jouer au con avec mes pièges à deux balles, j’ai faim.

-      Tu peux prendre toute la sauce que tu veux…

 

Comment ça je souris béatement? Pas du tout. Je suis bien élevée, c’est un sourire tout ce qu’il y a de plus normal. No comment.

 

-        - C’est vraiment débile, je sais. Désolé, suis un gros naze. Et, comme compliment c’est nul, mais j’adore te voir manger.

 

Je crois que je vais défaillir. Non seulement il est pas mal du tout, non seulement il est courtois et bien élevé et intelligent et n’attend pas que je parle pour avoir des choses à dire, non seulement il n’impose rien, mais laisse faire, mais en plus il est franc. Oooohhhhhh Emma, calme toi, calme toi….C’est juste un collègue de travail…Pppppffffffff, je hais mon travail. D’ailleurs, j’envisage de changer. Je n’en ai pas encore parlé, mais je l’envisage sérieusement.

 

On a partagé les profiterolles. Il n’avait pas commandé de dessert. Et pendant qu’on finissait le chocolat, on n’a plus rien dit, on se regardait juste, les yeux dans les yeux, et c’était merveilleux.

 

Et puis, il a appelé un taxi. Du restaurant, pour être sûr qu’on n’attende pas dans le froid. Il est allé chercher mon manteau, il m’a aidée à le mettre, il m’a tenu la porte en sortant.

 

Je me serai bien appuyée langoureusement sur lui, enfin, sur son épaule, mais le taxi était déjà là. Il m’a ouvert la portière. Je me suis assise.

Là, il s’est penché vers moi, j’ai vu son visage près du mien, ses lèvres si près des miennes, j’ai cessé de respirer, j’ai fermé les yeux…

 

Et j’ai eu droit à une chouette bise, de pote à pote, sur la joue. ça a fait un bruit genre “Mchouink”.

 

-       Rentre bien. J’ai passé une très bonne soirée. On se voit demain au bureau.

 

Et il a refermé la portière.

 

C’est sûr, demain on va se voir, au bureau. Entre collègues. T’as qu’à croire. Connard.

 

To be continued

 

 

 

 

 

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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 11:52
24H(Previously, in my 24 hours, j’étais invitée au restaurant par Gaston, un collègue de bureau. En tout bien tout honneur. M’ayant laissé non le choix des armes, mais du lieu, nous devions aller dans un bouchon lyonnais. )

 

Comment a t’il eu le temps de faire ça?

Suis sciée. Scotchée. Soufflée. Epoustoufflée. Epatée….(j’ai un bon dictionnaire des synonymes, aussi). Je le laisse, au déjeuner, habillé en costard-cravatte-pardon-je vais-à-une-réunion-très-importante. Et je le retrouve six heures plus tard en col roulé noir, pantalon noir, chaussures noires (bon, en même temps, elles auraient été vertes, j’aurai fui), l’air dégagé, vaguement détaché, l’oeil brillant et le sourire aux lèvres. Il s’est changé dans les toilettes? Ou dans une cabine téléphonique? C’est Clark Kent, ce soir je vais au resto avec Superman.

 

Emmaaaaaaaa!!!!!!!! Ça suffit. Arrêtte tout de suite! Gaston est un collègue de travail. Je répète en articulant : un col-lègue-de-tra-vail. Tu vois ce que je veux dire, ma fille? C’est un copain. Simplement un copain. Qui t’invite à diner. Ça t’arrive très souvent ça, d’être invitée à diner par des copains. (Euh, en fait, les dernières fois, ils ne sont pas restés copains très longtemps….). Alors calme. Repos. Oublie tes hormones, ou fais toi oublier d’elles, démerde-toi comme tu veux, mais c’est juste un diner entre collègues. Et même si toutes les filles se retournent, parce que là, comme ça,  il est quand même craquant, le Gaston, tu t’en fiches, et t’es super fière de l’avoir comme ami.

Juste, ami. Juste

N’empêche, juste en amis, il me prend par le bras, avant que j’ai eu le temps de dire ouf, et m’entraîne avec lui. Et moi, je cours presque sur le trottoir pour le suivre. Non, en fait je ne cours pas, je flotte, je vole, je…redescends. C’est un AMI, Emma, faut te le dire sur quel ton?

 

Voilà. On a pris un apéro. Comme j’ai dit auparavant, j’ai bu juste un Perrier, les catastrophes comportementales étant un peu une spécialité en ce moment, j’ai essayé de ne pas renouveler. Rien à déplorer, rien à signaler, Gaston a bu son whisky tout proprement, il m’a parlé de plein de choses, et rien à voir avec le boulot, il aime le cinéma, la lecture, les ballades en forêt, les chats, les ficus (ça je sais pas mais je suis certaine que oui), la musique, et Bowie, surtout. Comme moi.

C’est-à-dire que moi, je connais mal Bowie, en fait. J’ai dansé sur “Absolute Beginners”, et puis “Life on Mars”, je le mettais, ado, les soirs de déprime pendant lesquels il fallait que je pleure. (Eh, les filles, me la faites pas. On a toutes eu notre playlist de chansons super tristes qu’on écoute quand ça va super pas bien, on pleure super beaucoup, on va mourir certainement, et de toute façon le monde est super con, et après ça va mieux.)

Mais même si je connais mal Bowie, je suis prête à apprendre, et demain, je me colle sur U Tube au bureau, et j’écoute tout, même les titres dont je ne me souviens déjà plus.

Après, on est monté dans un taxi, il me tenait encore la main, mais ça ne me gênait pas, et comme j’étais assez près de lui (ce qui est inévitable quand on se tient la main), j’ai remarqué que ses yeux, à défaut d’être bleus, sont noisettes, et même très clairs quand on les regarde de près, et on dirait aussi, comme de minuscules pépites d’or à l’intérieur, et je me suis penchée un peu plus pour mieux les voir, et le temps aurait pu s’arrêter là.

Sauf qu’on était arrivé au restaurant.

 

Qui a choisi le bouchon lyonnais? C’est complètement, totalement, stupide, comme idée. C’est typiquement le genre de restaurant où la graisse se bat avec les féculents, les uns n’allant pas sans l’autre, où il est inévitable de manger copieusement, où la salade verte n’est là que pour décorer, style : tiens j’ai une feuille de salade, je vais me faire un nem avec deux cornichons, où, même en faisant preuve d’une imagination débordante, on ne s’en sort pas à moins de 1500 Kcal par repas.

Et Gaston qui me prend mon manteau, l’accroche délicatement à la patère, tire ma chaise pour que je m’asseye, me complimente sur … je ne sais pas bien quoi, de toute façon c’est un compliment, donc waouh, enfin, je veux dire, c’est sympa,merci Gaston.

 

Emma, Gaston est un COLLEGUE DE TRAVAIL. CA VA ALLER, LA!

 

Il me tend la carte. Sourire en coin. Je sens que je suis piégée. Je pourrais prendre poireau-vinaigrette, c’est sexy pour commencer, et puis le dos de cabillaud, avec des épinards, merci pas de purée, et la sauce à part.

Pas de dessert, j’aime pas le sucré. Arrrrggghhhhh.

Crever d’inanition aussi, pour finir, ça pourrait être une bonne idée. Je vois déjà les titres dans les journaux demain : “Un employé de la société XXX tue une de ses collègues de travail en la faisant mourir de faim.”.

 

Et là, il me regarde, et de sa voix finalement assez atomique, me dit : “N’hésite pas, tout est bon. Je suis très content que tu aies choisi de venir ici. Les filles qui passent leur vie au régime me gonflent. Et, en général, ne savent pas profiter de la vie.”

 

Ok. Emma; ressaisis-toi. Gaston s’en fiche que tu dévores, au contraire, ça a l’air de lui plaire. Et, je le répète encore, ce n’est qu’un collègue de travail…ma fille, lâche toi.

 

“Alors je prendrai l’assiette de terrines et ses cornichons, les quenelles sauce Nantua (et pas “à part la sauce”), et les profiterolles.”

 

Gaston sourit. C’est idiot de sourire comme ça, un peu plus et ça pourrait me plaire.

 

To be continued. 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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