Drôle d'endroit (...)
- Tiens, ma chérie, y’a du courrier pour toi.
- Merci, mais je t’ai déjà dit que je pouvais très bien le prendre toute seule, c’est MA boîte aux lettres…et ne m’appelle pas « ma chérie », merci.
- Emma, Pauline voulait juste t’aider.
- Je sais. Merci Pauline c’est très gentil. Ça va comme ça Gaston ?
- Pppppffffffffff……..
Cherchez pas, comme ça je sais c’est pas clair. Je vous résume, mais vite. Je suis légèrement énervée, là, tout de suite, et j’ai pas envie de passer trois heures à tout vous expliquer.
Gaston et moi coulons des jours heureux…Non, ça commence mal. Gaston et moi COULIONS des jours heureux. Calmes, tranquilles, sereins. Sans encombres, sans chutes inaproppriées dans de quelconques plateaux de fruits de mer, ou visites nocturnes au poste de police le plus proche. Il s’était consolé de sa séparation d’avec Cathy, même s’il lui avait été un peu difficile de digérer le fait que sa femme vire lesbienne. J’étais très amoureuse, d’ailleurs je ne pensais jamais (presque jamais, de moins en moins, d’accord …) à Valentin.
Tout cela pour dire que tout allait bien.
Gaston sortait même les poubelles, c’est dire. Et mettait ses chaussettes sales dans le panier destiné à les recevoir, ne cherchait jamais le beurre dans le frigo, n’hésitait pas quand il n’était pas sûr de son chemin à le demander, poliment, sans crainte et sans honte, au passant…Gaston…l’antithèse de Mars, le contre exemple des exemples donnés par mes copines au bureau.
Je pouvais même changer de chaîne sans qu’il ne se mette à hurler.
Je sais, je suis excessivement chanceuse.
Non, j’étais excessivement chanceuse.
Avant.
Avant que Pauline ne débarque. Qui est Pauline ? Ma sœur.
Mon cauchemar.
Une erreur. Une hérésie. Une atteinte à l’équilibre de notre planète.
Et je mesure mes propos.
Là où elle passe, le calme trépasse. Je sais, c’est facile. Mais je suis épuisée. Vidée. Achevée, liquidée, et tout ce que vous voulez.
Je vous raconte. Nous étions en train de regarder un film, Gaston et moi. Un joli petit film, sans alien, sans cocon rempli de monstre, sans monstre tout court prêt à découper sauvagement la moitié de la planète avec une lime à ongles transformée en scie sauteuse. Et avec Brad Pitt, ce qui fait tout de suite dudit film un eeeexxccccellent film.
Et là, juste avant la pub, alors que l’action battait son plein, coup de sonnette.
Je sursaute, Gaston sursaute, on se cogne, on s’excuse, on s’embrasse, je vais ouvrir…et me retrouve nez à nez avec Pauline.
Essoufflée, décoiffée, et chargée comme une mule, elle me pousse, m’intime l’ordre de refermer la porte, m’explique qu’elle s’est fâchée avec son copain, qu’il l’a fichue à la porte, qu’elle ne sait pas où aller, que sûrement il la suit, qu’elle m’aime et que je suis géniale comme grande sœur, que si je peux la loger pendant une nuit ou deux c’est super, merci ma chérie (Ne m’appelle pas ma chérie j’ai horreur de ça), et que sa vie est un enfer, et que heureusement on peut compter sur la famille.
Globalement, je n’avais pas le choix. Soit je réouvrais la porte, poussais ma soeur gentiment mais fermement dehors, et m’en lavais les mains, soit je cédais. J’ai cédé.
Et Pauline s’est installée.
Ça fait un mois maintenant jour pour jour.
Depuis, Gaston et mois n’avons pas eu une soirée seuls. Le ficus est mort de désespoir. Ma note de téléphone a triplé, mes voisins se plaignent du bruit, ça sent le rat crevé dans la chambre d’amis…et j’en ai assez. Parce que je ne vous dis pas tout. Mais c’est ma sœur, je vais donc garder certaines choses pour moi.
Je n’en peux plus, et Gaston ne dit rien.
Il semble accepter. Trouver ça normal. Il met le comportement de Pauline sur le compte de l’âge, de la jeunesse, elle va mûrir (il serait temps), elle ne le fait pas méchamment (manquerait plus que ça), c’est ta sœur (oui, et j’ai rien demandé…).
Aussi, ce matin, au petit-déjeuner, j’étais sur le point de craquer.
Gaston m’a regardée, alors que Pauline me tendait une enveloppe. Il m’a souri. Je lui ai souri. Pauline a dit « Oh les zamoureux », j’ai soupiré. J’ai ouvert l’enveloppe. Et j’ai lâché ma tartine dans ma tasse de café.
« Pour fêter l’arrivée du Printemps…
Pour vous faire partager notre Amour…
Nous vous convions à nous rejoindre les 3,4 et 5 avril,
pour un week-end où la fête, les jeux, les déguisements et les surprises seront au rendez-vous, au château de… »
Je ne suis pas allée plus loin dans ma lecture.
J’ai lâché l’invitation.
Gaston l’a attrappée.
Et a dit « Ben merde alors ». Ce qui n’est pas du tout son style. Pauline a dit « Quoi ». J’ai dit « Rien ». Gaston a dit « T’appelle ça rien ?!!! ». J’ai dit « Je disais rien pour Pauline ». Pauline a dit « Sympa, merci ». J’ai dit « De rien ». Et tout le monde s’est tu.
Gaston avait subitement changé de tête et était manifestement contrarié. Très contrarié même. Du genre hyper crispé. Vous voyez, le mec qui se retient de péter un cable, parce qu’il est en public, qu’il a mis un costume tout propre et une chemise bien repassée avant d’aller bosser, qu’il n’a pas le temps, mais qui n’en pense pas moins.
Et ben voilà, c’était mon Gaston, là, planté devant moi.
- Pas question d’y aller.
J’aime bien quand il est macho. Ça me rassure. Mais à l’instant je le trouve un peu catégorique.
- Comment ça pas question?
- D’aller où?
- Tais toi Pauline. (à l’écrit ça ne s’entend pas, mais Gaston et moi l’avons dit en même temps)
- Non, pas question, Emma. Pas question que j’assiste à ce spectacle. Je te rappelle quand même qu’il s’agit de mon ex. Je m’en fiche qu’elle soit mon ex, suis bien plus heureux maintenant (oh Gaston…..), mais imaginer, en la voyant, ce qui sera inévitable, que cette femme avec laquelle j’ai couché (ah oui, c’est vrai si c’est ton ex…. Et c’était bien, tu veux qu’on en parle?), se fait maintenant tripoter par ta copine… (euh…je pense que Germaine fait plus que la tripoter. Et n’accuse pas ma copine comme ça, elle n’a pas détourné ta femme, faut se calmer). En plus, pour faire un truc pareil, va y avoir du monde, étalage oblige, troupeau de goudous en vue (il est vraiment à cran, il ne parle jamais comme ça), tout ça se caressant sur la pelouse (Le gazon on dit…oh ça va je voulais juste alléger l’ambiance…). De plus c’est évident que Valentin va se pointer (Ah bon? Tu crois qu’il va être invité? Ah….Ah bon…), à chaque fois ça finit en cata…
- Emma, c’est qui la copine de l’ex de Gaston?
- Pauline TAIS-TOI!!!! (comme déjà dit, cri du coeur commun)
- Donc, ma bichette (il ne m’a jamais appelée ma bichette, il doit être encore plus furax qu’il ne le montre) nous n’y irons pas.
- Mais, c’est quand même Germaine….
- Ah, la copine de ton ex, c’est Germaine? Germaine est gouine? P****trop drôle…
- PAULINE! MERDE A LA FIN!!!!! (Je ne précise plus qu’on s’exprime à deux, là).
- C’est quand même Germaine, c’est quand même MON EX, et nous n’irons pas. Point final, sujet clos.
Et Gaston est sorti.
- Germaine est…ok je me tais…
Pour une fois Pauline semble avoir compris un truc. Gaston est hors de lui. Super directif, et hors de lui. Je vais rater la fête de Germaine. Ou sinon je me fâche avec Gaston. J’aime Gaston. Ce n’est qu’une fête. Mais c’est celle de Germaine.
Arrrggghhhh.
Entre les deux, mon coeur balance. Pas exactement mon coeur, mon coeur est à Gaston (Je sais, c’est bô).
Et puis, il a raison, il y aura Valentin. Valentin….Je m’en fiche. Ppppfffff aucun intérêt. Il doit être toujours avec Valentine, Valentin. C’est crétin quand même. Valentine et Valentin, nianiania…aucune envie de le revoir. Aucune. Même s’il est toujours aussi beau. Je suis avec Gaston, j’aime Gaston, je ne ferai pas de peine à Gaston.
Il a raison.
Nous n’y irons pas.
C’est décidé. C’est très clair.
Va falloir trouver une raison.
Pauline….Pauline, pour une fois, une fois dans sa vie, va m’être utile. Merci merci Pauline, un peu plus et je le dirais tout fort. Je vais écrire à Germaine, lui expliquer que Pauline est là, qu’elle va mal, que je ne peux pas la laisser sans surveillance, même un week-end, avec Gaston nous sommes très inquiets pour son état mental; que je suis très très heureuse pour Cathy et elle mais je ne peux vraiment pas…désolée.
Elle comprendra.
Je l’inviterai à déjeuner pour faire passer la pilule.
Tiens, vais tout de suite lui envoyer un SMS.
“Bien reçu l’invitation…Aurions aimé y aller, mais ce sera difficile. On déjeune bientôt, je t’expliquerai…Ne m’en veux pas. Gros très gros bisous. Emma”.
Et voilà; SMS envoyé.
Ding…SMS bien reçu par…Valentin ?!?!?!?!
Oh merde Emma.
Merde.
Tu t’es encore plantée.
To be continued
Et quant à Valentin....
Oh. Fait jour. Il fait jour de plus en plus tôt je
trouve.
Mais bon, tôt ou tard, s’il fait jour, c’est qu’il faut que je me lève.
Alors, dans l’ordre, le pied droit, le pied gauche, je reprends mon souffle après tant d’efforts, me redresse, ne me bouscule pas faut pas charrier non plus, et pars me faire un café.
Comme je vous l’ai déjà dit, le café est pour moi vital, avec un V majuscule. Eventuellement, pour mon entourage proche et immédiat, il peut-être considéré comme un élément pacificateur, un médiateur entre la réalité et moi.
Je ne suis pas du genre Pittbull au réveil, je ne vais pas faire dans l’auto-flagellation, mais quand on se couche, comme moi hier, à 3h46 du matin, (c’est précis, je sais), et qu’il faut se lever à 6h50, on a des excuses.
Bref.
Vous n’en avez strictement rien à faire de savoir à quelle heure je me suis couchée. Et vous avez bien raison.
Alors que l’eau chauffe, que se dessine un espoir d’amélioration sous forme de robusta bien dosé, j’allume mon ordi (Ah, vous pensiez que j’allais dire une clope? Raté. Pas encore. Pas avant le café. Oui, je sais c’est très tôt dans la journée pour fumer. C’est pour ça que demain je me lèverai plus tard.). Et je navigue tranquilement, presque joyeusement, de site en site.
Non, en fait, je ne fais pas ça du tout.
J’allume mon ordi.
Je n’arrive pas à choper le réseau, comme d’hab cette abrutie de Livebox de m**** déconne.
Je ne m’énerve pas.
Je relance la Livebox.
Je rallume l’ordi.
J’ai oublié la cafetière qui entre-temps s’est mise en veille. P***** de m****
Je rallume la cafetière en implorant dieu Nespresso de se magner franchement parce que là ça va pas le faire.
Et je vais voir mes sites préférés.
Dont celui de mon très cher ami, mon comparse, mon pote vas y tape moi dans l’dos on va s’en payer une bonne tranche, Valentin.
Valentin, vous savez, c’est le mec qui a tout compris aux femmes mais ne le dit pas trop pour ne pas se faire piquer ses trucs, on sait jamais si d’autres savaient comment ça marche une femme, il pourrait se retrouver sur le carreau. Et c’est le mec aussi qui se croit encore dans une jolie cour de récré avec tous ses potes, alors devant les filles faut faire le coq et je roule des mécaniques, et je bombe le torse, et même pas mal si tu me fais mal, sauf que je vais pleurer dans les WC parce que j’ai mal quand même et après je dis les filles c’est nul beurk.
Voilà, Valentin, c’est ça.
Cela dit, Valentin, je l’aime beaucoup.
Partant du principe que c’est un homme, dans toute sa splendeur, sa force et sa fierté, il est déjà largement excusé pour une grande part de ses propos. Je sais, je suis magnanime. Je suis surtout consciente qu’après des années, des siècles d’efforts, parfois surhumains, il est devenu aujourd’hui indubitablement indiscutable (Oh c’est dur ça avant le café) que ces messieurs ne changeront pas. Deux solutions s’offrent à nous : on accepte, ou on les laisse dans leur coin.
J’accepte.
J’accepte les hommes avec ce qu’ils ont de défauts et d’incongruité quotidienne. Faut juste se dire qu’ils sont pas bien méchants. Pas toujours bien malins, mais c’est pas de leur faute. C’est comme ça.
Revenons-en à nos moutons. Je me disperse, là, mais avant le café j’ai comme du mal à rassembler mes neurones (Oui, messieurs j’en ai. Pas des masses. Mais j’en ai).
Valentin, en plus d’être un ami, s’amuse et se divertit à raconter sa vie sur un blog. C’est pas moi qui ferait ça, mais chacun son truc. Si ça le défoule, et s’il y trouve un public, pourquoi pas… (Valentin, n’oublie pas que je n’ai toujours pas bu de café, mais je t’aime beaucoup tu sais…)
Et Valentin a des soucis. Ohlala, des soucis, mais alors des gros même. Depuis quelques jours, Valentin se prend la tête avec sa copine, Valentine. (Je digresse deux minutes…j’ai longtemps cru que Valentine était un pseudo. Que nenni mes petits. Hasards de la vie sans doute, Valentin a réellement trouvé une Valentine. C’est pas dingue ça quand même?)
Valentin qu’est pas toujours fin s’est pris les pieds dans le tapis, et est soupçonné par Valentine de manoeuvres diverses pour détourner son attention, d’innatention, et de de manque d’affection, d’affectation dans ses jugements, de semeur de tension, tout ça avec application.
(Il devient urgent que je me fasse un café.)
Valentin qui se croit très malin envisage diverses techniques et tactiques de contournements d’obstacles, pour éviter de mettre à plat les ressentis des deux belligérants (Ah oui, ça va vite, on en est là, ça belligère chez Valentin).
Valentin n’arrive pas à contourner. Et se retrouve à dormir sur le canapé.
Perso, avec ce qu’il a raconté, ça ne m’étonne pas.
Et Valentin se met à brainstormer. Ouhla, un homme qui brainstorme, c’est surprenant. Attention, je ne dis pas qu’un homme ne peut pas réfléchir. Il peut se demander par exemple quelle bière boire pendant un match de foot. Il peut mettre un beau costume et une cravate, éventuellement, ce qui semble développer instantanément des facultés mentales considérables; il s’assied alors autour d’une table avec d’autres hommes, lance des “oui oui non non je pense que…”, ça dure des heures, tout le monde est très content, on se serre la main, aucune décision n’est prise, mais c’était une bonne réunion, vraiment franchement là on a bien progressé.
Mais quand il s’agit de brainstormer sur une situation de crise de couple, c’est plus du tout la même chanson.
Aussi Valentin réfléchit (et moi je trouve que la lecture de ses réflexions, avant MON café, est éloquente, criante de vérité, même…j’explique dans les lignes qui suivent).
Voilà à quoi nous mène sa réflexion.
Be careful, c’est futé :
Alors là, comment dire? Chapeau bas Valentin. Epoustouflée je suis.
Après, certains vont dire que nous les filles, nous nous contentons de lieux communs sur eux les hommes, à dire qu’ils n’écoutent jamais quand on leur parle, qu’ils sont obtus, lâches et égoïstes, que la zappette est leur meilleure amie, qu’ils ont très très peur de demander leur chemin au méchant monsieur dans la rue, parce que c’est évident le méchant monsieur va les envoyer pile poil dans la mauvaise direction exprès, vaut mieux tourner pendant deux heures mais sans avoir été induit en erreur par l’autochtone sauvage…etc…etc…etc…
C’est évident. Les filles ça pleure et ça crie…ça c’est de la réflexion. Une belle théorie, Valentin mon petit fait une thèse là-dessus. Fais gaffe au jury, mais fais une thèse, que je rigole deux secondes…
Mais Valentin ne s’en est pas tenu là. Il reconnaît lui-même que c’est un peu basique tout de même ce truc des filles qui pleurent et crient (Pour vous dire à quel point c’est basique, si Valentin l’admet), et creuse le débat.
Pour en arriver là : “Elle aurait juste besoin que je la rassure, que je lui rappelle que je l'aime encore ? »
Et là, je me suis arrêtée.
Et je dis oui.
Oui Valentin, c’est peut-être là qu’est la question, et non pas au château d’Elseneur.
Peut-être que Valentine a besoin que tu lui rappelles que tu l’aimes. Simplement. Que tu lui dises. Simplement. Pourquoi imaginer que c’est nul les filles parce que ça veut toujours entendre des compliments ? En quoi est-ce si compliqué d’en faire ? N’aimes-tu pas entendre de la part de Dulcinée, pardon, de Valentine, que tu es beau beau, intelligent et fort et tout et tout ? Pourquoi sommes-nous à même de le faire, et pas vous, les garçons ? ça vous fait si mal que ça d’être juste un peu sincère, de mettre votre hâche de cromagnon dans votre poche et de simplement dire « Je t’aime ? ». Simplement ? Et même si « Je t’aime » ne vient pas, juste d’avoir un mot gentil, une pensée, un truc quoi, qui fait que de potiche on devient un peu plus humaine.
Les fleurs, c’est pas le plus important.
La parole, et le geste aussi, le regard surtout, ça vaut mille fois plus que toutes les fleurs du monde.
Enfin, Valentin, tu me connais, j’dis ça, j’dis rien….
Allez, zou, sur ce je vais vraiment me faire un café.
Bonne journée…
Il y a une question qui commence un
tantinet à m'agacer.
Et, pour être parfaitement honnête, je crois que je ne suis pas la seule à être dans cet état d'esprit.
Aussi, je vous la transmets et la précise, au cas où l'idée saugrenue vous prendrait de me la poser. Ou de la poser à un de mes amis.
Je scénarise un peu, tout de même, on ne se refait pas...Plongée dans le décor.
Moi face à vous (et si ce n'est vous c'est donc votre frère, comme dirait ce bon vieux La Fontaine).
Vous :
- Que faites vous dans la vie?
Moi :
- J'écris. Je suis auteur, de nouvelles, et, j’essaie, de romans. Je suisce qu’on appelle pompeusement un « écrivain ».
Vous:
- Ah ! c'est super. Et sinon, c'est quoi votre vrai métier?
Moi:
- ppppppffffffffffffffffffff...................
Alors donc voilà je résume et j'explique.
Auteur, romancieur, écrivain, ... , et pourquoi pas bloggueur, c'est un métier. Un vrai métier. Un métier qui nous rend heureux, très heureux certes. Mais un métier.
Ou sinon, appelez nous "Génie". Ça me plaît bien, Génie. Mais quelque soit la lampe, je ne tiens pas dedans. Ça me plaît, mais c’est faux.
Quelle que soit la longueur du texte, on ne l'écrit pas en 5 minutes, entre la poire et le fromage sur un coin de table graisseux.
On TRAVAILLE.
On se penche dessus. On cherche. Le mot, l'idée, le terme, la phrase qui retiendra VOTRE attention. On reprend, on corrige, on rature, on barre, on froisse du papier et on remplit des corbeilles, on s'arrache les cheveux, on se relève la nuit, on dort debout quand on est trop insatisfait.
On saute de joie, on s'auto félicite, dans l'idée de "Aide toi le ciel t'aidera".
On n'est jamais sûrs de nous. Jamais.
On y prend plaisir aussi.
On prend plaisir dans notre travail, parce qu'on l'aime. Parce que c'est une passion. Parce que vous donnez, souvent sans le savoir, parfois sans le vouloir, ce qui nous habite, nous anime, nous est indispensable. Sans recherche de notoriété ou de gloire.
Travail et plaisir. Les deux vont de paire.
Mais, en aucun cas, écrire n'est pour nous qu'une simple distraction, un passe-temps, un loisir agréable certes, mais rapidement satisfait.
On pêche, c’est évident, par nos manquements qui nous énervent. On chasse aussi, les mots, les idées, les sons qui vous feront, nous feront vibrer. On brode une histoire, on raccomode des paragraphes, on utilise les pensées à notre sauce, on jongle avec les lettres, on est un funambule sur les lignes. Nous ne sommes ni chasseurs ni pêcheurs, ni couturiers, ni cuisiniers.
Aussi, si d'aventure, à la réponse "J’écris, je suis auteur", vous êtes tenté de dire "Et sinon c'est quoi votre vrai métier?", n'oubliez-pas que sans le plaisir que nous prenons à travailler pour écrire, pour nous, pour vous, vous risquez un jour de ne plus pouvoir avoir le plaisir de lire, tout simplement.
Eh oh??? Allo??? Vous m’entendez???
Vous me recevez là? Y’a quelqu’un??
C’est pénible franchement de parler comme ça dans le vide.
Non, vraiment.
J’en ai marre.
J’ai bien compris que je ne vous intéresse pas plus que ça, surtout en ce moment, mais vous pourriez faire un effort tout de même. J’ai pas choisi d’être là, moi. Vous étiez bien contents pourtant de m’avoir. Mais bon, c’était il y a quelques années.
C’est sûr, ces instants-là, il n’en reste que des photos.
Et vous savez quoi? J’aime pas les regarder, les photos. Elles font mal. Ces photos de quand on était heureux. De quand vous vous aimiez. Alors que vous vous crachez dessus maintenant.
Regardez-vous.
Des adultes, ça? Je vous rappelle au cas où vous auriez zappé que vous êtes mes parents. Vous êtes censés donner l’exemple. Bravo, quel exemple. Si c’est ça la vie à deux, merci, très peu pour
moi.
Vous vous êtes promis quoi déjà? Pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort vous sépare? C’est sympa pour moi. Je ne sais pas à quel moment vous vous êtes offert le meilleur. En tout cas moi, j’ai droit au pire.
Puisque vous êtes manifestement sourds et aveugles, je vais aller faire autre chose. De toute façon, vous vous en moquez de savoir comment ma journée s’est passée. Vous savez, l’école, les copains, les profs, les notes, mon avenir, tout ça…Pas la peine d’essayer, vous êtes là à vous regarder en chiens de faïence depuis une heure.
Cela dit, ça me repose. Vos cris, j’en ai franchement plein la tête. Et je te reproche ceci, et je te critique pour cela, et je t’insulte, et je vais faire pareil, question de ne pas être laissée pour compte côté mauvaise foi et méchanceté gratuite.
Vous vous demandez de temps en temps ce que ça me fait, à moi, de vous entendre vous parler comme ça? Je veux bien être cool, et prendre de la distance, et tout ce que les psys peuvent raconter, mais vous êtes mes parents. Tous les deux. Je vous aime. Tous les deux. Je ne me demande pas pourquoi, je ne me pose pas la question, je n’en ai pas besoin.
Je vous aime, c’est tout.
Alors quand vous me prenez à partie, vous croyez que c’est facile? Regarde ton père, regarde ta mère…Regardez-vous, c’est ça qui vous ferait du bien. Regardez-vous, et regardez-moi. Je suis un peu de vous deux; un peu de chacun de vous. Si vous m’obligez à ne plus vous aimez, à vous jugez, à vous critiquez, l’un ou l’autre, c’est un peu de moi que je dois détester.
Vous savez, je vous entends, quand vous parlez avec vos amis. Les enfants…on les protège bien sûr…Ils sont suivis…
C’est pas d’un psy don’t j’ai besoin. C’est de vous.
Je ne vous critique pas. Je ne vous oblige pas à vous aimer. Enfin, à vous aimer encore; j’ose croire que lorsque vous m’avez mis en route, vous aviez des sentiments l’un pour l’autre. Des sentiments qui donnent envie d’avoir un enfant.
Je voudrais que vous m’aimiez, moi. Que vous me respectiez. Vos histoires, c’est pas les miennes. Vos choix ne sont pas les miens.
C’est pas facile, vous savez, ça fait mal de vous voir vous battre comme ça. Comme si mon bras droit tapait sur mon bras gauche, tout le temps, et mon bras gauche serait là, à lui rendre les coups, aussi fort. En oubliant qu’au milieu y’a mon coeur. Et que mon coeur, il est en morceaux, il n’a plus confiance, il sait plus à qui parler. Il pleure, tout seul, il se vide, y’a plus de joie dedans. Il essaie de sauver l’amour. Mais il a peur de le voir s’envoler.
Je sais pas ce que ça donnera quand je serai grand. Peut-être que je me remettrais à espérer. À y croire. À pouvoir aimer. À m’aimer, moi. À me respecter. Pour l’instant, je vois pas comment y arriver, puisque vous n’y arrivez déjà pas vous-même.
La pause est finie? Bang…Vous êtes comme sur un ring, le match va reprendre, début du 5eme round, pour ce soir. Je veux pas y assister, pardon, poussez-vous. Faites comme d’habitude, faites pas attention à moi.
Je sors.
Quand vous vous rappelerez que je suis là, vous me trouverez dans ma chambre, sans doute. Peut-être que je serais en train de pleurer. Peut-être que je serais caché, dans mon lit, sous ma couette. Sûrement, je ne vous entendrais pas, je me serai vissé la musique dans les oreilles.
Disputez-vous, battez-vous, pour le meilleur et pour le pire, et jusqu’à ce que la mort vous sépare.
Sans moi.
Photo Fred Vignale
Dimanche 14
février...
C’est pas parce que c’est dimanche qu’il ne faut pas se lever.
Je vais y réfléchir.
Il est quelle heure? 11h.
Bon, en même temps, j’ai pas des milliards de choses à faire.
Enfin, rien de palpitant.
Un dimanche comme un autre en sommes.
14 février.
Ça me rappelle un truc.
Emma, ma fille, réfléchis.
14 février…14 février???
Saint quelque chose… suis embrumée moi.
Saint…Valentin. Nom d’un chien. (Je vous mime la scène au ralenti, pour les réalisateurs hollywoodiens qui tourneront bientôt cette scène, y’a pas que cette andouille de Bridget Jones qui aura droit au grand écran, non mais. Donc : Nom d’un chien, je me redresse subitement dans mon lit tel un diable dans sa boîte en me tapant le front genre “oh la boulette” pour ceux qui voient ce que je veux dire, je m’aggrippe à mon oreiller et me dis, avec un noeud au ventre et une bouffée d’angoisse : “C’est la Saint Valentin”.)
C’est la Saint Valentin.
Gaston.
Oui, je sais, c’est pas logique…Saint Valentin, je pense à Gaston.
Je vous rappelle tout de même que Gaston est mon chéri chouchou, mon amoureux, I’m in love youpi.
Gaston…
Et puis la logique….le jour de la Saint Gaston, je pensais à Valentin, alors….
Gaston, je vais te téléphoner et on va se faire un brunch hyper amoureux dans un lieu hyper cosy et ça va être hyper mignon et tout et tout. Hyper tout.
Et même si t’as pas de cadeau je m’en moque, je suis si bien avec toi, Gaston. Même des fleurs, qui me feraient plaisir certes, ne sont pas indispensables, tellement je t’aime (je pense à toi…oui bon, c’est vrai, il ne s’appelle pas Aïcha).
N’empêche que c’est quand même la Saint Valentin.
Oh merde, en plus c’est son anniversaire. À Valentin, pas à Gaston. Pourriez suivre tout de même.
Je me souviens, il l’a dit un soir, avant que je ne fonce dans le coulommiers, en expliquant que s’il portait ce prénom pas bien commode au quotidien, c’est juste lié au fait qu’il était né le 14 février, justement. Et que ses parents étant à peu près aussi dégourdis qu’une poule avec un couteau, et avec une imagination proche du néant absolu, ils s’étaient donc contentés de prendre le prénom du jour pour baptiser leur bébé. Coup de bol, il n’est pas né le jour de la Saint Ursule.
Bref. Les détails historiques concernant Valentin ne sont pas d’un intérêt majeur. Il n’en demeure pas moins que c’est sa fête ET son anniversaire. Cumulard.
Oh et puis ça m’est égal. Aucune importance. Pppppfffff. Sans intérêt. Déjà oublié.
Je vais appeler Gaston.
C’est pas très gentil quand même.
C’est vrai que c’est ballot d’être né le jour de la fête des amoureux, ça peut prêter à confusion.
Je l’appelerai demain. En lui disant : “Désolée, hier j’étais très occupée, avec Gaston.” (Comment ça au passage j’en profite pour lui rappeler que je ne suis pas désespérée et que le fait qu’il ne soit pas seul ne m’ennuie pas et que moi aussi je suis heureuse.)
De plus, on a dit AMIS.
Entre amis, on peut se souhaiter nos fêtes.
Et nos anniversaires.
Sans confusion.
Sans ambiguïté.
Naturellement.
Si j’y pense, c’est juste parce que j’ai de l’amitié pour lui.
Et je suis très heureuse qu’il soit avec Valentine.
Pas certaine d’ailleurs que je le reverrai un jour, Valentin. Pas certaine du tout. Pas très envie, en fait. Pas trop en tout cas. Pas des masses.
J’y pense à peine. Très peu. Presque pas.
Non, je ne vais pas l’appeler.
Gaston, Gaston, Gaston…voilà, c’est avec lui que je vais passer la journée. Et demain, et les jours suivants.
Valentin…oublié, fini, so long (si long….)…
Même, je ne l’appelerai pas. Juste un mail, comme ça : “Désolée, j’ai zappé hier…Joyeux anniv, bises”
Style : “Je ne t’oublie pas, mais pas que ça à faire”.
Ça ira très bien. Parfait.
(Et non, je n’espère pas qu’il se dira…”elle aurait pu…juste deux minutes…quand même…un simple coup de fil”…non, non, je n’y songe même pas.)
Emma, tu es très très forte.
Valentin, c’est fini, c’est du passé.
Ma vie, aujourd’hui, est avec Gaston. C’est clair. C’est évident. D’ailleurs je vais réfléchir au petit cadeau que je vais lui faire.
Valentin…on verra une autre fois.
“Allo? C’est Emma…Je te souhaite la plus belle saint Valentin du monde…”
Un petit message tout mignon sur son répondeur, comme ça…et puis, il va me rappeler, et puis nous…C’était pas sa voix, sur le répondeur.
Pas du tout même.
Arfff.
Argghhhh.
Emma…Qu’est-ce que t’as encore fait?
Pas grand chose. Pas grand chose de malin, en tout cas.
Tu viens juste de laisser un message à Valentin…

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