Previously, in my 24 hours

Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /2010 16:58
24H(Previously, in my 24 hours, je prenais l’apéro avec Germaine, qui est donc lesbienne, et son amie Cathy, l’ex femme de Gaston; et découvrais que ladite Cathy n’était autre que la blonde tueuse aux porte-jarretelles rouges décrite par Valentin. Sous le choc de la découverte -et un peu sous effet mojito- je finissais une fois de plus par tomber, littéralement, de ma chaise…)

 

 

Nom : Pauv’tâche

Prénom : Emma

Profession : spécialiste en chutes en tout genre

Activité principale : animations dans les bars lors de soirées parisiennes…

 

Parfois, il ne faut pas ouvrir les yeux. C’est un réflexe humain, certes, mais qui peut s’avérer idiot.

Cela dit, comme manifestement je suis condamnée à faire des trucs idiots…je les ai ouverts.

Ah oui, pour ceux qui ne suivent pas…je vous rappelle que je suis, à l’instant où j’ouvre les yeux, explosée (y’a pas d’autres mots) par terre, en compagnie de Germaine et de sa Cathy-chérie, au milieu d’un bar, bourrée comme un coing à coup de mojitos, et couverte d’huitres. Lesdites huitres provenant d’un plateau que j’ai percuté en chutant.

Ce qui m’a sortie de ma torpeur, c’est l’odeur du vinaigre. A l’échalote. Mon cerveau embrumé s’est soudain rappelé que comme parfum, c’est pas banal, et j’ai ouvert les yeux, pour mieux évaluer l’ampleur des dégâts.

 

Vous est-il déjà arrivé d’avoir le sentiment d’être en dehors de votre corps, et de regarder la scène, vous compris, de l’extèrieur? C’est très étrange. Insolite, je dirai même.

Je vous explique  : (voix de commentateur façon Zitrone, ça fait mieux quand même, et puis ça va bien avec mon côté princesse…).

Bonsoir chers amis. Nous avons devant nous, ou plus exactement posée, étalée au sol, la jeune Emma, dont nous distinguons avec peine les cheveux, la veste, et le pantalon, car ils sont à l’instant même recouverts d’un monceau d’huitres et autres bigorneaux décoratifs. Sa très fidèle amie lui tend déjà une main secourable, aidée par d’une femme blonde, dont nous pouvons apercevoir une partie d’affriolants dessous n’est-ce pas mon cher Guy, n’avalez pas votre moumoute-. Mais que se passé t’il? Alors que la jeune femme tente maladroitement de se remettre sur pieds, voici un homme qui surgit, nous ne savons d’où et yes yes it’s completely incredible, amazing (ah oui, Nelson Monfort a pris le relai pour l’occasion…), he’s running to the young and beautiful lady, with his beautiful white horse and…

 

And ma pauvre Emma, t’es complètement torchée, tu tiens pas sur tes jambes, tu pues le crustacé, ce qui va t’attirer des blagues diverses et variées (et pour certaines avariées wouarf wouarf quel humour), t’as ruiné une fois de plus un restau, tu es la risée de l’assistance, Germaine te pardonnera mais va commencer à en avoir sérieusement ras la casquette de tes conneries.

Quant au cheval blanc, rien du tout.

L’homme qui surgit, en revanche, est bien là.

 

Toujours posée au sol, entre deux huitres qui manifestement se fichaient bien de moi, je le vis soudain arriver, au grand galop. Enfer et damnation. Il ne manquait que ça.

Parfois, on ferait mieux de ne pas se lever. Et je commence à trouver que franchement, très franchement, ce serait une excellente chose que plus jamais je ne me lève.

 

Germaine me tend une main, Cathy une autre, je les attrape, morte de honte et subitement dégrisée. L’homme qui se précipite vers moi (pas si vite que ça, la foule soudain debout pour me voir l’empêchant de passer) semble à la fois hilare et consterné. Plus jamais il ne me prendra au sérieux. Plus jamais il ne voudra me parler. Tout est fini.

Tout est fini…mais que fait-il là?

Comment a t’il su que j’étais là?

Bon, ok, il n’est peut-être pas venu pour moi, mais alors pour qui? En tout cas il est là, bien là, de plus en plus là car moins d’un mètre nous sépare, il arrive, il se penche vers moi, c’est donc qu’il est bien vivant, tout va bien, personne ne s’en est pris à lui…

-       Emma…besoin d’aide?

-       Valentin…je te croyais mort…

-       Pardon?

 

C’est sûr, comme manière de remercier un presque inconnu qui vient à votre secours, c’est moyen. Mais c’est sorti tout seul.

 

Je lâche la main de Germaine, pour saisir la sienne, tente de chasser de mon talon droit un mollusque tenace, et dans le même temps d’adopter un air digne. Si vous vous êtes déjà retrouvé avec des huitres dans les cheveux, vous devez savoir que c’est quasi mission impossible d’avoir l’air digne en étant ainsi paré.

 

Et alors que je me redresse, lentement, mais presque sûrement, il y a comme un brouhaha :

-       Valentin??? Mais qu’est-ce que tu fiches là?

-       Ah Valentin t’as pu venir…suis tellement contente…

-       Tu connais Valentin?

-       Oui, je n’ai pas eu le temps de te le dire, mais entre Valentin et moi…

-       Oh les filles suis HEUREUX pour vous

 

(Pourquoi il crie Valentin…j’ai mal au crâne…et puis entre lui et moi…mais c’est pas trop le moment d’en parler…)

 

-       Sacrée surprise tout de même

-       Comme tu dis, suis sciée

-       Vous vous connaissez?

-       Oui, Valentin est un pote de Gaston

-       Non, pas possible…

 

Euh…excusez moi, je veux pas la ramener, mais soit vous m’aider à me lever, soit je me débrouille toute seule…

 

-       Alors ça quand même c’est pas banal…

-       Non, comme tu dis. Et vous retrouver toutes les deux ici…

 

On est trois Valentin. Suis en dessous, sous les huitres…

 

-       Tu bois quelque chose?

 

Si ça intéresse quelqu’un, j’offre le citron, j’en ai des rondelles dans le décolleté…Bon, ok tout le monde s’en fout.

 

-       Alors, vous êtes heureuses? N’empêche j’y crois pas. Un truc de malades…Et Gaston est au courant?

 

Non, Gaston penses que tu es avec sa femme…enfin, je vais garder mes commentaires pour moi. Finalement on s’y fait à avoir les fesses posées sur un tas de coquilles d’huitres. Qui a dit déjà que ça ferait de jolis cendriers? Puisque personne ne me regarde, je pourrais en glisser une dans mon sac à main, ni vu ni connu, et hop je refais la déco…

 

-       Non, Gaston ne le sait pas.

-       Remarque, question con, il m’a appelé pour m’insulter, il pense que je suis avec toi.

-       Comment ça, il pense que tu es avec Cathy?

 

Ah, ça, c’est Germaine. Oh, ben elle a l’air fâché d’un coup. Et puis vu d’en bas, qu’est ce qu’elle fait grande.

Tiens, j’avais une huitre dans le cou. Bizarre quand même, ça se glisse partout ces trucs, faudra que je vérifie plus tard que je n’en ai pas d’autres ailleurs…

 

-       Rien, ma chérie, n’écoute pas Valentin, Gaston est parano…

 

Gaston parano? MON Gaston?? Ah ben non, pas du tout. Cocu, oui, mais pas parano.

 

-       Si tu le dis, je te crois…c’est quand même curieux de la part de Gaston, mais je ne le connais pas. Emma, tu le connais toi?

 

Oui, je connais Gaston, oui, j’ai les fesses dans le vinaigre, oui, je n’arrive pas à me lever, et oui, ce n’est pas du tout le moment de vous rappeler que je suis là.

 

-       Ah oui? Tu connais mon ex?

 

Je pourrais simuler l’évanouissement. Là, ça me semble idéal comme moment.

 

-       Oui, je crois même qu’elle le connaît bien.

 

Mais de quoi je me mêle, Valentin?? On t’a sonné? Tu débarques comme un pet sur une toile cirée, je pensais que t’étais mort, ok j’étais inquiète, mais bon, tu l’es pas ça va tant mieux, tu me laisses trainer dans mes coquilles, et en plus tu vas raconter ma vie…

 

-       Comment ça très bien?

-       Ça a l’air de t’ennuyer, Cathy, que Emma connaisse ton ex?

-       Fais pas ta mijorée, Germaine. Je t’aime, mais c’est encore mon mari…

-       Mais tu l’as quitté…

-       Oh les filles vous n’allez pas vous disputer?

-       Valentin, TAIS TOI!

 

Oh ben la Cathy, elle est en rogne. Peut-être qu’en rampant sous la table je pourrais fuir discrètement…

 

-       Emma, bouge pas!

 

Merde, elle m’a vue. Bon, je vais rester sagement assise avec mes bigorneaux.

 

-       Alors, c’est vrai ce que dit Valentin?

 

Ppppffffff….je suis obligée de répondre? Y’a un avocat dans la salle ?(j’ai pas dit dans la salade…désolée, je ne peux pas m’empêcher de faire des blagues nulles)

 

-       Tu ne dis rien (suis pas en posture pour parler, blondasse…), c’est que c’est vrai, alors…

-       Cathy, je t’en prie…

-       Tais toi Germaine, ne t’en mêle pas…

 

Et c’est là que Cathy s’est ruée sur moi.

Que tous les hommes de la salle restent debout…

Catfight…

To be continued 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /2010 17:30
24H(Previously, in my 24 hours, je voulais annoncer à Germaine qu’il se passait quelque chose entre Gaston et moi. Mais la laissant d’abord parler, je découvrais alors que non seulement mon amie avait viré lesbienne, mais que de plus sa grande histoire se passait avec l’ex femme de Gaston, j’ai nommé…Cathy…)

 

-       -  Emma…tu ne dis rien…je t’ai choquée?

 

Non, suis pas choquée. J’ai bu trois mojitos à jeun, t’es homo, ta nana est l’ex femme de mon mec, tout est normal.

Oh ça va vous. Suis pas tombée de la dernière pluie, et suis pas si gourdasse que ça. Je m’en fiche qu’elle soit gou…enfin je veux dire homo. Lesbienne. Gay. M’en fiche complètement. Si elle est heureuse, ben ça c’est bien.

Voilà.

Y’a plus rien dans mon verre, c’est un souci.

Vais p’têtre reprendre un mojito. C’est bon les mojitos. Et puis c’est frais, avec la menthe, on se croirait presque au soleil. Faudrait que je prenne des vacances d’ailleurs, ça fait longtemps que je ne suis pas partie. Voilà vais faire ça, vais partir au soleil, toute seule…pas de Germaine, ni de Gaston, ni de Cathy, ni de Valentin, adieu veaux vaches cochons, débrouillez vous sans moi, je rends mon tablier, ras le bol basta…

 

-       - Emma? Tu fais la gueule?

 

Ah mais non, mais pas du tout, pourquoi je ferai la gueule? Elle est bonne celle-là! Je vais pile poil impec, tout est en ordre dans ma vie, je gère à fond.

 

-       -  Emma! Tu pourrais dire quelque chose quand même!

-       Oui, c’est vrai, je pourrais. Et bien je vais dire que je veux bien un mojito, là.

-       - Emma, tu crois pas que t’as assez bu? En plus, franchement ça m’arrange pas, ça me fait de la peine, même. J’étais tellement heureuse, je voulais tellement te le dire…Je me doutais un peu de ta réaction, mais suis déçue et triste. Je pensais que tu pouvais comprendre, accepter, que tu pouvais te réjouir pour moi…

 

Ben oui ma grande je me réjouis pour toi. Ouhlala qu’est ce que je suis contente. Et qu’est ce que c’est simple tout ça. Ça va être trop bien nos diners avec nos copains (oh, copine, pardon…). Gaston, je te présente Germaine, c’est ma meilleure amie, et Cathy, sa copine, qui t’a quitté pour Germaine…

 

-       En plus…mais c’est moi qui suis stupide, j’aurai du t’en parler avant…en plus Cathy va arriver, je voulais te la présenter.

 

Trop de chance Emma. Cache ta joie, tu vas finir par faire envie aux autres. C’est ça, parfait, super. Bonjour Cathy, ravie de te connaître…au fait t’inquiète pas pour ton mari, c’est avec moi qu’il couche maintenant.

Je veux mourir tout de suite.

Creuser un trou sous la table et m’enfoncer dedans à tout jamais, et ne plus jamais jamais voir personne. M’enfoncer mais avec deux ou trois verres en plus quand même, faut pas partir les mains vides.

-       Ah ben c’est une bonne idée Germaine, je suis très touchée…

-       C’est vrai? Tu sais, ça compte tellement pour moi…tu es ma meilleure amie, je serai malheureuse comme tout si tu ne partageais pas mon bonheur…

-       T’inquiète, suis vraiment…trop trop bien, enfin, contente, là. Ouais. Contente, c’est ça.

 

Je n’avais pas fini ma phrase que Germaine se levait. Elle va faire quoi? Se mettre debout sur la table pour crier au monde sa passion pour le gazon? Oh Emma arrête tu deviens vulgaire….ppppffff pas bien ma fille.

Ah non, elle se tourne vers la porte.

Ça doit être la femme de Gaston, enfin, la copine de Germaine, qui arrive.

 

Emma, n’oublie pas que Germaine est ta meilleure et plus vieille amie, et que tu dois accepter son bonheur. Ouais ouais. Et être dé-ten-due. Tout cool. Cool Raoul.

N’empêche avec un autre mojito, ça serait plus simple, mais Germaine elle a dit non non non, alors c’est non non non.

 

Vais essayer de me mettre debout. C’est énervant quand même ces bars où ils mettent des tables qui bougent toutes seules, après on ne sait plus à quoi se tenir…

Alors donc là, je vais voir Cathy.

Quelle chance.

 

-       Emma, je te présente Cathy…

-       Bonjour Emma…

 

Oh ben elle a vite traversé la pièce celle-là. Alors Cathy, à quoi tu ressembles?

 

Tu ressembles à une grande blonde. Vachement chic la grande blonde. Oh p*****le sac c’est celui dont je rêvais. C’est un cadeau de Gaston? (Non, ça je peux pas demander, je sais me tenir quand même, on a sa réserve…).

Alors ok bien bien, blonde, grande, chic, avec le sac de Gaston (je cafouille un peu je crois quand même), et hop elle me claque la bise, super moi aussi suis contente, surprise mais contente, eh oh pourquoi tu me tiens la main la grande blonde? Ah, pour m’aider à m’asseoir, c’est sympa, voilà, je me pose, ok, poussez pas les filles.

 

-       Moi aussi suis très heureuse pour vous.

 

Ça fait un peu félicitations avant mariage ce que je viens dire. Pas grave, on va le mettre sur le coup de l’émotion.

Et me voilà assise entre Germaine et Cathy.

Ça me rappelle ma soirée avec Germaine et Valentin, mais en pire. Faites qu’il n’y ait pas de coulommiers dans les parages

 

Germaine a des yeux de merlans frits. C’est pas des masses glamour. Mais je dois reconnaître qu’elle a l’air super amoureuse.

Et Cathy, pareil. Même regard. Je me sens l’âme d’un marin pêcheur tout à coup. Bon, et maintenant on fait quoi, après les présentations officielles? Cathy, que font vos parents? C’est naze ça…ppppffffff Emma, t’es à côté de la plaque.

 

Pendant que je converse avec moi-même, Cathy croise les jambes. Je vous jure que je n’ai pas l’habitude de regarder les jambes des filles, mais là, je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas m’en empêcher. Elle croise ses jambes, et en les croisant, laisse apparaître un truc, un , ohhhhh comment ça s’appelle déjà? Pppfff j’ai plus toute ma tête. Ah oui. Un porte-jarretelles. C’est ça. Rouge. C’est un peu vulgaire, ça, un porte-jarretelles rouge. Porte-jarretelles rouge…merde ça me rappelle un truc…cherche Emma, cherche…

Porte jarretelles rouge…le mail de Valentin…Valentin….mais que disait Valentin…ah oui…oh…ohlala…il me disait de me méfier. D’une blonde serial killer mega dangereuse. En sous-vêtements rouges. Oh merde. Et en plus il connaît Cathy, forcément, il se l’est tapée (eurkkk, faudrait lui dire à Valentin qu’elle est homo sa Cathy). Et merde de merde, mais s’il a raison? Si c’est une folle malade dangereuse? Et ma Germaine, qu’est ce qu’elle va devenir?

Et Valentin d’ailleurs, s’il n’est pas avec Cathy, avec qui est-il? Où est-il? Qu’est ce que Cathy lui a fait?

 

Eloigne toi de moi, monstre…pauvre Valentin…si ça se trouve, elle l’a coupé en morceaux, et il traîne par petits bouts dans toutes les poubelles de Paris, et maintenant elle va s’en prendre à Germaine…

 

Et c’est là que je suis tombée de ma chaise.

 

To be continued

Et pendant ce temps là...Valentin... 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 19:35
24H(Previously, in my 24 hours, J’allais boire un (bon, ok, des) verre(s) avec Gaston. Je remettais deux trois pendules à l’heure au sujet de Valentin, cet être vil et sans intérêt, et je finissais par être embrassée par Gaston…)

 

ça commence à se compliquer.

Et réfléchir avec la gueule de bois est franchement pas simple.

Si je me résume : ce soir je vois Germaine, qui va me dire ce qu’elle vit de si mystérieux. Je vais bien sûr lui parler de Gaston, avec qui j’ai passé un peu plus que la soirée, et du fait que c’est tout de même bien embêtant parce que et d’un c’est un collègue de travail, et de deux, il est malheureux car quitté par sa femme donc, est-il sincère? Et puis je lui dirai aussi clairement ce que je pense de Valentin, et ce que j’ai appris sur lui récemment.

A moins que… à moins que en fait Germaine ne soit avec Valentin, mais qu’elle voulait être sure d’elle avant d’en parler. Mais dans ce cas, avec qui serait la femme de Gaston? (Tiens, elle doit avoir un prénom celle-là, mais j’ai zappé, ou il ne me l’a pas dit, enfin, je sais plus, et c’est sans importance).

Alors si Germaine est avec Valentin, je ne peux tout de même pas en faire un tableau trop sordide; Une fois ça va, mais deux, Germaine va finir par mal le prendre. Mais faudrait quand même que je l’avertisse que c’est un être sans scrupule.

Et avec tout ça, cette histoire avec Gaston, c’est du lard ou du cochon? Parce qu’on était quand même sérieusement allumés hier. D’un autre côté si c’est sérieux, au travail, ça va pas le faire. Et puis il vient d’être plaqué, et…ohhh j’ai mal à la tête moi.

 

Bing.

 

“Emma.

Merci pour hier. Être avec toi m’a fait le plus grand bien. Et quoique nous ayons bu, et fait, je ne regrette rien. Bien au contraire. Est-ce que tu es libre ce soir?

Tendres baisers.

Gaston”

 

Alleluia et mazeltov.

Il assume. Il veut me voir. Je vais bien, Gaston est un être parfait, sensible et tout, fragile encore, mais parfait, et ce soir nous allons…Nous allons rien du tout. Ce soir je vois Germaine. Gaston va comprendre, Gaston, je le verrai demain, Gaston et moi allons vivre nous aussi une histoire et je ne vais pas la tenir secrète, enfin, sauf au bureau, et ça plane pour moi lalalala.

 

“Gaston

Ce soir ça va être très difficile, je dois absolument voir ma meilleure amie, Germaine…Demain, si tu peux? J’ai passé une soirée étonnante et …tes sentiments sont partagés.

Je t’embrasse, tendrement.

Emma”

 

Chouette, j’ai pu placé mon “Je t’embrasse tendrement”

 

Bing

 

“Passe une bonne soirée avec ton amie. Demain, je t’invite à diner. Hâte de te tenir dans mes bras.

Baisers

Gaston”

 

Waouahhhh…Hâte de me tenir dans ses bras…Hier soir était sans aucun doute précipité, mais ce n’était pas une connerie. Je fonds.

 

“Mille tendre baisers aussi. Emma”

Je suis d’accord. C’est un peu culcul la praline. Mais je ne vais pas me plaindre. Il me plait bien, Gaston. Et s’il veut m’embrasser…qu’il ne se gêne pas.

 

Et la journée s’est passée ainsi. Un p’tit mail de Gaston par ci, un autre par là, des “je pense à toi”, et des “vivement demain, millions de bisous” en veux tu en voilà. A un moment je me suis même dit que c’était trop. Presque louche. Et puis non. Ma fille, toi aussi tu as droit au bonheur.

De plus, avec l’heure qui tournait, ma curiosité vis-à-vis des amours germainesques ne faisait que croître et embellir. Et mon envie de lui parler de Gaston aussi.

 

Nous avions elle et moi rendez-vous dans notre bar préféré. J’étais un peu en avance (ce qui est rare chez moi) et Germaine un peu en retard (ce qui est très rare chez elle), aussi je décidais d’attaquer sans plus tarder. Un mojito pour la p”tite dame (après le citron coincé en travers de ma gorge hier soir, je préférais arrêter le gin tonic pour quelques temps).

Je sirotais tranquillement mon verre, remuant la menthe avec la paille et faisant tinter les glaçons, lorsque je vis entrer Germaine.

Stupéfaction complete. J’en lachais la paille (pas mon verre; y’a des choses qui se respectent tout de même).

Germaine, MA Germaine, en principe si discrète, si réservée, et disons le franchement, plutôt fade, genre souris si vous voyez ce que je veux dire, MA Germaine donc, était totalement transformée. D’abord, elle était habillée en pantalon de cuir noir et veste (pas en cuir) rouge. (Cette couleur me rappelait subitement quelque chose, mais, un peu comme un flash, je ne voyais pas bien quoi). Elle était allée chez le coiffeur, et ses cheveux en principe d’un très joli ton queue de vache semblaient avoir avalé le soleil (c’est pas mal ça comme formule, je vais la revendre à Marc Levy), et illuminaient son visage. Son sourire éclatait, ses yeux pétillaient. Il m’a fallu moins de trois secondes pour me dire que là, effectivement, clairement, y’avait un truc.

Dès qu’elle est entrée, elle m’a repérée, et s’est dirigée droit vers moi. Elle qui en temps normal aurait contourné les tables et se serait excusée mille fois de déranger, elle faisait preuve d’une assurance stupéfiante. J’étais d’ailleurs stupéfiée.

 

-       Emma, ah Emma, j’étais tellement impatiente de te voir, et pschuiit (bisous sur la joue gauche, ça, elle a pas changé, sont toujours aussi bruyants…) de tout te dire mais (re pschuiit) je t’en prie je t’en supplie ne te moque pas de moi, je n’ai jamais été aussi bien.

-       En tout cas tu es superbe, et transformée…assieds toi tout de suite et dis moi tout, tout de suite…j’ai aussi des trucs à te dire, mais aucune importance, enfin presque aucune, enfin, si c’est important, mais moins que toi, vas y je t’écoute, je me tais, hop plus rien silence c’est à toi.

-       Je suis amoureuse (ok, elle a changé et en plus elle me prends pour une cloche)

-       Je m’en doutais un peu

-       Oui, je suis amoureuse et je vis ce dont on peut rêver en se disant que ça n’arrivera jamais; c’est le vrai bonheur, la félicité, uen complicité totale, un partage de gouts comme tu ne peux pas imaginer, je vais de découvertes en découvertes, je sais enfin ce que c’est que la tendresse, l’affection, le respect et..

-       Bois un peu et reprends ton souffle, tu vas t’étrangler là

-       Oui, t’as raison, mais je suis tellement excitée et passionnée, et tout est si incroyable. Et sexuellement, c’est si nouveau et si étrange et je me laisse complètement aller, je vais au bout de mes désirs, tu vois par exemple, quand j’ai sa main sur moi, je…

-       Stop!!! C’est bon Germaine, merci, pas besoin des détails, je vois vaguement de quoi tu parles…

-       Mais ce que tu ne sais pas c’est que moi, MOI, je sais enfin ce que c’est qu’un orgasme…

 

Là, c’est sérieux. Germaine ne parle jamais de cul, de sexe, de ses aventures, et de ce qu’elle a ressenti. Aussi, si elle me parle d’orgasme, c’est que c’est vraiment du lourd. Mais qui est ce mec…faites que ce ne soit pas Valentin, s’il vous plait mon Dieu et tous les anges qui vous tournez les pouces là-haut…pas ça, pas pour Germaine, ce serait dégueulasse de votre part.

 

-       Sa peau est tellement douce (et voilà qu’elle remet ça) et quand je m’endors dans ses bras, je peux enfin me détendre…on pense à bientôt vivre ensemble tu sais? Oh je vois ton regard tu te dis que c’est fou et mille fois trop rapide, mais je suis sûre de moi, et cathy aussi…

 

Euurrrpfff (bruit qu’a fait la feuille de menthe le long de mon oesophage quand je l’ai avalée, juste avant de cracher mon mojito)

 

-       Cathy? Cathy, comme le prénom de fille?

-       Oui, ma chérie…

 

Ah non, elle ne va pas m’appeler ma chérie maintenant. Germaine..Germaine est avec une …fille???!!! Nom de nom de nom d’un chien, merde alors. Ma copine a viré lesbienne.

Et moi qui trouve ma vie compliquée avec Gaston, ou plus exactement, méritant la discrétion…Alors là, suis soufflée. Germaine, lesbienne. Je vais reprendre un mojito. Germaine, lesbienne…bon, c’est vrai, ça rime.

Mais c’est pas une raison, tout de même!! Et puis c’est qui cette Cathy??

 

-       Tu ne dis rien?

-       Oh, excuse moi, tu comprendras que je suis un peu…étonnée…Mais vraiement, sincèrement, je suis heureuse pour toi, tu as l’air tellement…tellement…tellement bien…

 

Dans d’autres circonstances, je l’aurai prise dans mes bras. Là, j’avoue que j’ai un peu de mal.

 

-       Et attends je ne t’ai pas tout dit…

 

Allons bon. Et je dois savoir quoi en plus? Cathy est un transexuel? Elle a un Labrador et ils font ça à trois (tiens vais boire un coup moi)? Elles vont aller vivre à San Francisco et adopter trois enfants?

 

-       Tu ne connais pas Cathy, mais tu connais un de ses proches. Très proches même. C’est presque drôle, d’ailleurs, tu travailles avec lui. C’est son ex mari. Enfin, futur ex, elle vient de le quitter, pour moi. Il s’appelle Gaston…

 

Je peux avoir encore un mojito?

 

To be continued…

Et on file lire ça : Valentin et ses tracas...Lèvres absentes 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 12:36
24H

(Previously, in my 24 hours, Gaston me proposait finalement de prendre un verre, ce que j’acceptais. Dans la foulée, Germaine insistait pour me voir et me dire quelque chose de très, très important. )

 

Parfois il faut trancher dans le vif. Savoir prendre une decision, et s’y tenir. Être ferme. Carrée.

Gaston est revenu vers moi, alors qu’il demandait le temps et le silence. Germaine veut me parler, certes, parfait. Mais elle aussi demandait du silence et du temps…Priorité au premier. Gaston, ce soir, nous serons tous les deux. Germaine, ma chérie, tu vas devoir attendre, désolée.

 

“Germaine.

Je suis ravie pour toi, et suis très impatiente que tu me racontes tout. Je dis bien TOUT. J’aurai vraiment voulu te voir ce soir si j’avais été disponible. Mais je viens d’accepter une invitation, un collègue de travail, qui ne va pas super bien et qui a besoin de réconfort. Je crois qu’il veut parler un peu. Je ne sais pas jusqu’à quelle heure j’en ai avec lui, pour ce soir, ça va être compliqué.

Je suis désolée, et en plus je suis hyper curieuse que tu me racontes tout et le reste…Tu ne m’en veux pas? On se voit demain, promis? (Enfin si toi tu peux…)

En attendant, suis heureuse pour toi.

Gros bisous

Emma”

 

Et bien…Presque franche dans le mail, pas trop de détails, pas la peine de s’avancer, mais franche quand même, enfin en gros…oui j’ai accepté une invitation, et oui, Gaston va mal. Bon, ok, j’ai pas précisé à Germaine qui est ce “collègue”, ni pourquoi il va mal, ni pourquoi il est si important pour moi de le voir…Je ne lui ai pas reparlé de Valentin, même si je pense qu’elle s’en fiche puisqu’elle vit manifestement un truc pas croyable…Mais je serai toujours à temps de lui en dire plus demain. Si elle peut demain.

 

“Emma.

Je comprends parfaitement…un engagement est un engagement. Passe une bonne soirée, j’espère qu’il ne va pas trop mal et qu’il ne va pas te plomber le moral.

On se voit demain soir et je te raconte tout. Tu vas être étonnée, je te préviens…

Bisous, à demain.

Germaine”

 

Elle est cool, Germaine. Mystèrieuse, ce qui ne lui ressemble pas, mais cool.

Je penserai à Germaine plus tard. Ce soir, c’est Gaston.

 

 

 

 

Quelle soirée mes enfants…attendez, je finis de bailler, et je suis à vous.

C’est plus de mon âge des trucs pareils…suis raplapla. Et ce soir je remets ça avec Germaine…Quoi? Oui? Ah, c’est vrai, faut que je vous raconte ma soirée avec Gaston, bande de curieux.

J’sais pas, j’vais voir…

Bon, ok, vous fâchez pas…si on peut plus rigoler, vraiment…

 

Et bien voilà.

Vers 19h, j’ai eu un sms : “Toujours OK pour ce soir? Gaston”

Ayant de la suite dans les idées, j’ai dit OK.

“Dans dix minutes, dans le hall?”

Assez glamour comme lieu de rendez-vous, et parfaitement discret. Il aurait aussi bien pu envoyer un mail à tout le monde : “Ce soir je vois Emma”…enfin, pas grave. Ok pour dans dix minutes, dans le hall.

 

Dix minutes plus tard, je poireautais. En fait, dès que j’avais eu son sms, j’étais descendue. Je n’avais plus rien à faire de toute façon, alors autant descendre, et attendre.

Je regardais les portes de l’ascenseur s’ouvrir et se fermer.

 

Et soudain…le choc.

Gaston était là, devant moi. Mais pas le Gaston de la dernière fois; pas cet athlète vigoureux et élégant (j’exagère à peine, et puis vous commencez à me connaître) qui m’avez séduite. Non. Là, devant moi, se tenait un homme abattu par le chagrin et la fatigue. Les yeux cernés, que dis-je, pochés, la mine grise, le cheveu en bataille, le costume froissé, la chemise (non, rien à dire sur la chemise)…

Il m’a posé un baiser sur la joue, m’a prise par l’épaule, m’a guidée vers la sortie, m’a dit qu’il était heureux de me voir…Raconté comme ça, ça fait très romantique. Mais en fait ça ne l’était pas du tout. C’était plutôt, comment dire : j’ai hésité à me pendre, mais avant je voulais encore boire un verre une dernière fois, et comme t’es là, si ça te va, on va picoler ensemble.

 

Et ça m’a mise très en colère. Une colère sourde, muette, que je tentais aussi sec de dissimuler. Mais qui, comme un feu mal éteint, brûlait en moi (j’ai lu du Emily Brontë hier soir, ne vous étonnez pas…), et me dévorait peu à peu.

 

J’ai laissé Gaston parler. Sa femme, un beau matin, sans autre forme de procès, l’a appelé, au bureau. Très classe. Et lui a dit que c’était fini, ciao good bye, et à jamais sans doute (sauf pour se retrouver devant les avocats). Elle ne le supportait plus, même si elle n’avait rien de grave à lui reprocher. Et elle avait rencontré quelqu’un, elle ne voulait pas en parler pour l’instant (c’est dingue tous ces gens heureux qui le disent, mais en faisant des secrets…). Elle ne voulait pas qu’il soit malheureux, mais elle pouvait enfin avoir droit au Bonheur…etc etc…

 

De là, coups de téléphone, engueulades, et comme Gaston me racontait tout, j’ai appris au passage qu’il était cocu. Enfin, là, c’était évident, mais c’était pas la première fois.

 

Ma colère et moi écoutions encore sagement, même si ce feu dont je parlais tout à l’heure me dévorait de plus en plus. C’est très difficile de tenir dans ce cas là, et je décidais de l’éteindre à coups de gin tonic, largement relayée par Gaston.

J’en étais à me demander si le gin tonic était meilleur avec une rondelle de citron ou deux, et à essayer de dissimuler mon ire croissante, lorsque Gaston prononça ce prénom semblant devant à nouveau surgir comme un cauchemar : Valentin.

Valentin, celui par qui le mal, la faute, le péché, le drame, arrivent…Valentin qui, ne l’oublions pas, avait séduit Germaine, l’avait plantée, m’avait séduite, et plantée de même (Valentin, ou le fantasme de Nicolas le jardinier, eheh…ok, c’est nul, c’est l’effet Gin To), et s’était révélé finalement être un grand malade détraqué à côté de la plaque.

Valentin qui, quelques années plut tôt, avait séduit la femme de Gaston. Et avait vécu avec elle une histoire que la morale réprouve. Et qui sûrement avait remis le couvert. Beurk. J’en ai avalé ma rondelle de citron et la peau avec.

Et Gaston avait une larme qui coulait.

 

Alors là, je suis sortie de mes gonds. Et j’ai dit : ça suffit Gaston. Tu ne vas quand même pas te mettre dans cet état là. D’abord je te rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, tu m’invitais à diner, sans me dire que tu étais marié, donc manifestement ça ne te préoccupait pas plus que ça.

D’autre part Valentin est un sombre abruti totalement à la masse et que franchement je trouve assez répugnant, genre limace sur le retour, alors si ta femme préfère les limaces, t’as pas perdu grand chose. Et je pèse mes mots concernant cet être visqueux et sans intérêt, cette espèce de rat lépreux handicapé du bonheur et des sentiments. Laisse le dans sa fange.

 En plus j’vais t’dire, je pense que c’est surtout une blessure d’orgueil. Non, mais, regarde toi, tu ressembles à rien, là. Enfin, si t’as toujours des yeux waouh (qu’est ce que je suis en train de lui dire?), et puis même si tu ressembles à une vieille serpillière, t’es craquant tout frippé (Emma, attention, tu vas trop loin), et Valentin, c’est une ordure (c’est gratuit mais ça soulage), et si ta femme préfère être avec un minable plutôt qu’avec toi, t’as rien perdu, parce que toi, franchement toi (Emma, Emma…)…”

 

J’ai pas eu le temps de finir.

 

Vous voulez un dessin?

 

Désolée, je ne vous dirai rien de plus, les détails, enfin, le racontable, je le dirai à Germaine ce soir. Quand elle m’aura parlé de sa belle histoire qu’elle voulait tenir secrète.

 

Ce qui est certain, c’est que le Gaston, il embrasse drôlement bien.

 

To be continued.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 13:08
24H(Previously, in my 24 hours, je découvrais à la lecture d’un mail que Valentin est sérieusement atteint et l’éloignais aussi sec de mon entourage proche et immédiat ; j’apprenais également que Gaston avait une femme et que ladite femme venait de le quitter, le laissant au plus mal et ruinant mes espoirs de concrétiser une histoire. Gaston semblant désespéré, il me fallait voler à son secours…)

 

 

Emma, n’agis pas dans la précipitation. Il va falloir que tu sois fine (enfin, un minimum), discrète, mais en même temps proche, rassurante, amie, à l’écoute, tendre, mais pas trop, patiente, mais raisonnablement…On va partir du postulat que tu peux y arriver.

Et procéder par élimination.

 

Ça c’est déjà fait, d’ailleurs. Valentin est déclaré officiellement out of order, absent pour cause de folie avérée. Nous (je dis « nous » quand je fais dans la généralité) pourrions espérer que cette folie ne soit que temporaire. Mais dans le doute, nous nous abstiendrons de creuser la question.

Valentin a devant lui au minimum trente ans pour se faire remettre les neurones d’aplomb.

D’ici là, il faut sauver Gaston.

 

Je relis son mail. Il y a un message subliminal caché dedans, c’est évident. Votre mission, si vous l’acceptez…ce message s’auto détruira dans 10 secondes…Bien reçu. Gaston, n’aie pas peur, ne pleure pas, ne sois pas désespéré, Emma est là…

 

 

Et pour une fois, Emma va tenter de ne pas faire n’importe quoi. Il faut qu’il sache que je comprends et partage sa douleur. Juste un petit mot, tout discret qui n’implique rien en réponse…et puis laisser passer quelques jours (par exemple un jour, si on compte aujourd’hui en plus, ça fait que jusqu’à après demain, je ne me manifeste pas, et ça fait déjà quelques jours, deux jours…).

 

« Gaston,

Je suis sincèrement désolée pour toi. Sache que je suis là si tu as besoin. Courage. Je t’embrasse.

Emma »

 

J’ai failli écrire « je t’embrasse tendrement », mais me suis retenue . Trop forte.

 

Voilà. Simple, discret, efficace. Emma, pour une fois, tu es parfaite.

 

Et maintenant, y’a plus qu’à attendre, deux jours. Deux jours. 48 heures. 2880 minutes. 172 800 secondes. Pétard. Vu comme ça, ça fait long.

Je vais déduire mes heures de sommeil, en moyenne sept heures par nuit, que je multiplie par deux, donc quatorze heures de sommeil, donc 48 – 14 = 34. Trente quatre heures…122 400 secondes.

La vache. J’ai le temps de mourir dix fois.

Et Gaston n’en saura jamais rien. Il pensera juste que j’ai préféré ne plus donner de nouvelles. Que je l’ai abandonné dans son malheur. Que je suis déjà partie voir ailleurs, et que lui est seul, si seul, désespérément seul, et que je ne suis qu’une sombre égoïste. Incapable de sentiments. Au cœur sec comme une pierre. Je ne pourrai jamais m’expliquer. C’est affreux.

Je pourrais rédiger une lettre, au cas où dans ce laps de temps il m’arrive quelque chose… « Gaston, si tu lis ces lignes, c’est que le sort funeste a voulu que je quitte prématurément notre monde. Dis toi que jamais je ne t’ai oublié, je voulais juste respecter le temps que tu demandais et le silence qui va avec. De là où je suis maintenant, je veille sur toi et… »

 

Non, mais ça va pas bien ma pauvre fille ? Complètement marteau, dommage collatéral de la fréquentation de Valentin sans doute. On parle de deux jours, là. Tu peux attendre deux jours, non ? C’est si compliqué que ça ? T’es pas bien, franchement, faudrait peut-être songer à consulter et…

 

Oui bon, ça va aller. Le petit diable et le petit ange, vous allez déguerpir très vite de mes épaules, sinon, j’en prends un pour taper sur l’autre, c’est clair ? Je ne peux pas me concentrer si vous parlez tout le temps. « Emma fais ci, Emma fais ça »….ça suffit ! Dehors, fichez moi le camp, je vais me débrouiller très bien sans vous.

 

 

Deux jours sont passés. Ça n’a pas été facile. Je me suis retenue plus d’une fois d’envoyer un mail, ou un sms ou un signe, quelque chose qui fasse comprendre à Gaston que je pensais très discrètement, mais très sincèrement, à lui.

J’ai rien fait. Je sais, ça vous épate. Suis comme ça, moi.

 

Finalement, on prend l’habitude d’attendre. Ça n’est pas si difficile. Les premières heures sont très longues, et après, ça passe comme une lettre à la poste. J’ai presque plus envie de contacter Gaston (j’ai dit presque plus…).

Je vais lui envoyer un mail dans la journée, mais là j’ai encore deux ou trois trucs à faire, avant.

 

Bing.

 

Et voilà, ça recommence. A chaque fois que je me plonge dans mon travail, je suis dérangée. C’est pas une vie ça.

Oups. C’est Gaston. Ouhla. Ouhlala. C’est Gaston, Gaston qui m’écrit. Ouhlala ouhlala…

 

« Emma.

Je te remercie pour ton dernier message, et surtout pour ta gentillesse et ta patience (ohhhhh….). J’ai beaucoup réfléchi pendant ces deux derniers jours et (et et et quoi ???) si tu en as encore envie, si ta proposition tiens toujours, je fêterais volontiers la St Gaston avec toi, même si c’est avec un peu de retard.

Pour être honnête, je ne suis pas en forme, et j’ai franchement le moral dans les chaussettes. Ne m’en veux pas si je ne suis pas d’excellente compagnie, mais si tu es prête à supporter mes états d’âme…ça me ferait plaisir.

Et puis, il faut que je te parle de Valentin.

Je t’embrasse.

Gaston »

 

Il veut me voir…il veut me voir, il veut me voir, tralalalère et ça vient pas de moi, et elle est pas belle la vie ? et…il veut me parler de Valentin. Quoi encore avec Valentin ? Commence à me fatiguer celui-là à toujours refaire surface. Ça me rappelle ce film, Jo, avec le cadavre qui se manifeste à tout bout de champ, et si possible au mauvais moment.

Allez, on va considérer que Valentin est un détail. Gênant certes, mais juste un détail. C’est pas lui qui va gâcher ma joie, pas maintenant. Gaston veut me voir, et quelle que soit la raison, elle est forcément bonne, sinon, il ne m’embrasserait pas, en prime.

 

« Gaston

Quand tu veux…dis moi quand tu peux.

Je t’embrasse

Emma »

 

Hop. Votre message a été envoyé…oh merdouille. Quand tu veux dis moi quand tu peux…Entre le « vas y prends moi sauvagement », et le « ok, suis pas pressée, comme tu le sens », je ne sais pas comment Gaston va comprendre mon message.

 

Bing.

 

« Ce soir ? Gaston »

 

Hummmppppffffff

 

« Génial. Emma ».

 

N’importe quoi.

 

Je ne sais même plus écrire un mail normalement. Génial… Pauvre tâche. Franchement ma fille tu aurais pu trouver mieux.

 

Bing

 

« A tout à l’heure. Je t’embrasse ».

 

Tu t’attendais à quoi ? Avec tes réponses à deux balles, t’as encore été brillante, ma pauvre Emma…Enfin, pas grave, ce soir tu vois Gaston, et vous allez pouvoir parler…

 

Bing

 

…Il a réfléchi. En deux minutes. Et il annule, suis trop débile pour qu’il me supporte alors qu’il va mal…

 

« Emma

Il faut ABSOLUMENT que je te vois. Je ne peux pas le garder pour moi plus longtemps ; je nage en plein bonheur, c’est incroyable, et je veux vraiment, vraiment, vite, tout te raconter. Tu seras surprise peut-être, mais surtout, sois heureuse pour moi.

Un verre ce soir ?? S’il te plaît, s’il te plaît, dis oui…

Germaine »

 

Ah non, pitié, pas ça…pas Germaine…pas maintenant…

Je ne peux pas lui dire non, ça a l’air trop urgent, et puis là, je commence à être franchement curieuse, c’est quoi ce truc incroyable qui la rend si heureuse ?…

Mais Gaston, je ne peux pas le planter, et j’ai déjà dit oui, mais si je dis non à Germaine, est-ce qu’elle va bien le prendre, et si je dis non maintenant à Gaston, c’est nul nul naze pourri de ma part, et … je pourrais leurs proposer qu’on se voit tous les trois ?

 

Ohla, je ne sais plus…entre mon amie, et mon (futur) amour…je suis perdue…

 

 

To be continued


 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Facebookiens grands auteurs
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Publications...à ce jour...

NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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