Drôle d'endroit (...)

(Previously, in my 24 hours, je testais la résistance de mon propre corps contre une pièce montée. Ce sont des choses qui arrivent. Le premier qui dit que vraiment faut que j’arrête de boire et que je regare où je mets les pieds, je le fais passer par la fenêtre, que les choses soient claires.)
à qui sont ces cloches qui sonnent dans ma tête? Ça fait mal. Faudrait demander au carillonneur de faire un peu moins de bruit, c’est bon là. Aïe. Ça fait comme si on m’épilait le crâne, cheveu après cheveu, mais en tirant bien fort, avec une pince à épiler toute pourrie.
En plus faut pas que je bouge trop, y’a une sorte de remue-ménage à l’intérieur de moi-même, qui me fait dire que je ne gagnerai sans doute pas cette guerre intrinsèque facilement.
Alors, il s’est passé quoi encore hier?
Ça me revient, par bribes.
Le jeu de pistes, ok.
Gaston, pas content du tout, ok.
Valentin, pas là du tout, ok.
Et puis le dîner, on échange des voeux, ok.
Non, pas ok.
J’ai pas vu l’échange de voeux…Ah ben oui, j’avais la tête dans la pièce montée. Oh la honte.
Merde.
Là, je suis pas convaincue que Germaine me le pardonne. Même si en fait elle n’est pas convaincue, elle, d’aimer Cathy, puisqu’elle est totalement convaincue de m’aimer moi, et moi je trouve que c’est une très mauvaise idée.
J’en ai marre quand même.
Je vais essayer de me redresser dans le lit, mais sans faire de bruit, Gaston doit dormir, je l’entends pas. Y’a un truc qui me colle dans la main…oh de la nougatine. Ça c’est rigolo quand même. Non, d’accord, c’est pas rigolo, la fille qui finit toujours par détruire un truc, je sais, ça fait un peu redite. C’est pas de ma faute, si y’a des obsctacles sur ma route. Perso, je voulais ni me faire remarquer, ni gâcher l’ambiance. Je suis un tantinet maladroite, ça arrive, non? Vous n’avez jamais détruit de restaurant, vous? Ni de pièce montée? Ah oui? Jamais jamais même pas un tout petit peu? Ah bon. Ça doit être moi alors.
Valentin.
Valentin était là.
Voilà, c’est lui, il me porte la poisse en fait ce mec.
Dès que j’ai plus mal au coeur, je lui dis. Et je serai très ferme. Je vais lui dire : “Valentin, il faut qu’on se voit (ehhhhohhhhhhhh j’ai pas dit que je ne voulais plus le voir, mais juste qu’il me porte la poisse) dans des endroits sans risque, par exemple, tu penses quoi d’une plage déserte sur une île déserte comme la plage, juste toi et moi?” ça c’est hyper sans risque, non?
Oh pétard, je sens que la journée va être longue.
Sauf que c’est pas le jour, fait nuit…Il est quelle heure au fait?
Je reconnais, je ne me suis pas bien tenue, mais Gaston pourrait m’aider sur ce coup-là, au lieu de ronfler. Quoi, y’a pas de bruit? Normal, il ronfle silencieusement.
Hein Gaston, tu ronfles silencieusement.
Hein? Hein?
Allo?
La dame te parle, y’a quelqu’un?
Ouhouh m’oblige pas à ouvrir les yeux, c’est trop dur, j’ai les paupières trop lourdes.
Gaston, je vais avoir besoin d’aide, je suis ta copine, fais quelque chose. S’il te plaît. Y’a urgence.
GASTON!
Ah le chien galeux, il ne me répond pas, et là je vais devoir bouger, toute seule, et ouvrir les yeux, et c’est pas facile facile, moi j’vous l’dis. Je vais le secouer un peu. C’est fou ça, je lui hurle dessus, pas fort mais juste ce qu’il faut, et zéro réaction. Bon, moteur (je dis moteur pour la réaction…oui, je sais, c’est nul, comme à chaque fois, pas la peine d’insister, merci).
Je tends un bras vers ma gauche (je dors à droite dans le lit, je précise si jamais ça intéresse quelqu’un).
Rien.
Vide.
Même en tatonnant bien, tout vide le lit.
Et puis depuis un bout de temps, parce que tout vide ET tout froid.
Comment ça, tout vide et tout froid et où il est Gaston? Qui peut me le dire? Personne. Merci, ça fait du bien de se sentir soutenue dans l’épreuve. Je pensais que depuis le temps on avait sympathisé, et là, la déception s’abat sur moi. Ah ben oui, tiens. Vous, vous restez là plantés à regarder cette pauvre Emma se débattre dans des tracas quasi insurmontables, et vous en profitez pour boire un café, tranquilou peinard, et moi, je dois gérer. Comme d’hab. C’est agréable, vraiment.
Bon, alors, Gaston, t’es où? T’es venu te coucher bourré toi aussi, et en fait t’as raté le lit, tu dors sur le tapis qui complexe de ne pas être persan, c’est ça? C’est une blague? Attends je vais te trouver, suis une maligne moi, je me penche.
ça fait mal au coeur de se pencher comme ça.
Beurp.
Désolée.
En plus t’es pas sous le lit.
Je sais. Eheh. T’as dormi dans la baignoire. Bouge pas chéri, j’arrive.
Dès que je serai debout.
D’ici quelques jours quoi…oh, c’est dur.
Allez Emma, sois courageuse, faut juste glisser, doucement, tout doucement, voilà, t’as un pied par terre ma fille, pose l’autre, tu peux le faire, c’est bien, bravo, trop forte la cascade.
Hop. Salle de bain.
C’est quoi ce bruit? Ah si, je reconnais…Les Stones. J’adore les Stones.
C’est marrant ça me dit quelque chose…mon téléphone (frappe de la paume de la main sur le front. C’est bête c’est très douloureux comme geste).
C’est mon téléphone qui sonne.
Où il est? Petit petit viens voir maman…Ah t’es là…Et c’est qui qui appelle?
C’est Valentin.
Valentin.
Allo allo Valentin…non non suis pas essoufflée (même pas émue, même pas vrai…), oui, ça va mieux (oh la menteuse, elle est…oui ben ça va taisez-vous, vous) (Oui, c’est à VOUS que je parle), oui, je sais hier…ohlala, et puis là, je comprends pas, mais Gaston n’est pas là…je sais pas…non, comme je te le dis…non, pas là, pas du tout, j’ai même regardé sous le lit…le placard? Non, j’ai pas encore regardé…et oui t’es trop chou de prendre de mes nouvelles, j’ai tellement…
Et c’est là que je suis tombée.
J’ai rien fait, vous avez vu. Rien.
Suis tombée quand même.
Comme un gros tas flasque et sans forme et sans vie.
Je sais pas combien de temps je suis restée par terre.
Longtemps.
Et puis, je ne sais pas non plus d’où ça vient, mais j’ai mal à la tête et … non, c’est pas l’alcool, ça va, vous. C’est pas l’alcool, je le sens, d’ailleurs j’ai une bosse, énorme, suis sûre que je suis défigurée. Mais il s’est passé quoi ici?
Et c’est quoi ça? Oui, ça là au pied du lit. Ce truc juste là. Un chandelier. Mais qu’est ce qu’un chandelier fiche là? Et…aïeeeuhhhh…j’ai mal, merde…Qui aurait mis un chandelier juste là? Un chandelier. Aïe aïe. Mal. Bosse. Boum. Tombée.
Assomée. J’ai été assomée.
C’est quoi l’idée là? Ça tourne au cauchemar ce week-end, je veux rentrer chez moi.
Sauf que je sais pas où est Gaston.
En fait, je sais pas grand chose, vous me direz.
Ce que je sais, c’est que lorsque je me suis réveillée, pour vous raconter tout ça, j’étais dans mon lit.
Pas seule.
Me tenant la main, doucement, me caressant le front, s’assurant que je revenais à moi, devant moi, magnifique, chevaleresque, doux, tendre…oui bon, vous avez compris…Valentin. Hummmppppfffffffffff….
- On parlait. J’ai entendu un grand bruit, comme un boum. Suivi d’un autre. Je sais pas pourquoi, tu disais plus rien, je me suis affolé, j’ai couru, pour être sur que ça allait, et tu étais là, sur ce sol, je t’ai crue sans vie, je t’ai portée dans ton lit, tu as ouvert un oeil, il s’est refermé, j’ai su que tu étais en vie, je n’ai pas bougé, je voulais être là à ton réveil…
- Oh Valentin….tu t’es précipité…
J’aurai bien dit merci, mais comme Valentin a soudain collé sa bouche sur la mienne, et que je suis assez d’accord pour qu’il continue, je dirai merci plus tard.
Hummpppppppppppppfffffffffffffffff
Re hummmppppppppffffffffffffffffffffffff
Il embrasse vraiment trop bien. Ça doit être homologuable, même. (quoique depuis deux jours, les mots avec homo dedans me fassent un peu peur).
Alors donc, il m’embrasse, je l’embrasse, on s’embrasse, et après, j’ai perdu je sais pas comment une partie de mon pyjama (Oui. Je dors en pyjama. Vous avez déjà dormi en Bretagne dans un château glacial vous? Alors, le pyjama, c’est peut-être pas sexy, mais c’est vachement adapté. )
Et Valentin a perdu sa chemise, et il a un buste, et des bras, et waouhhhhhhh je vais mourir, enfin pas là, là ça serait gâcher quand même.
Mais waouh.
Fermez les yeux, vous.
C’est pas des trucs qu’on regarde quand on est bien élevé.
Allez, zou…fichez-moi le camp bande de voyeurs.
Attendez, Valentin, attends aussi, juste deux secondes, c’est quoi ce bruit là? Oui, ce bruit LA, dans le couloir. Juste derrière la porte. Des pas. C’est des pas. Ohla. Ohlala. Et les pas viennent de s’arrêter. Ohlalala.
Ohlalalalalalalala (ça fait un peu raï…ça tombe bien raï aïe aïe aïe…)Faites que s’il vous plaît, là, ça soit pas Gaston, s’il vous plaît…
La poignée se baisse…Valentin a juste le temps de glisser au bas du lit, je remonte le drap, ni vu ni connu, qui que ce soit, Valentin, rampe sous le sommier s’il te plaît, si c’est Gaston, ça va être baston…la porte s’ouvre, j’aime pas trop ça du tout, je vois un pied, oh mon Dieu…
C’est Cathy.
Là.
Dans ma chambre.
Sans frapper Madame rentre.
Je respire mieux, et la trouve quand même gonflée, l’autre.
On rentre pas comme ça dans une chambre, ça peut gêner tout de même.
- Excuse moi Emma. J’ai besoin de toi (Ah non, t’es pas amoureuse de moi toi?). C’est grave. Germaine a disparu.
To be continued
Et Valentin?
J’étais prévenue.
Mais pas assez.
“Un supplément d’âme et l’addition!”…un livre dont vous ne sortirez pas indemne…oui, j’ai lu ça, ici, ou ailleurs.
Aussi, quand ce matin j’ai reçu le livre écrit par Tonvoisin de la Garlée, j’ai attendu avec impatience le moment où je pourrai le lire.
Le moment est venu, et a pris fin à la dernière page. Ou plutôt, il y a eu une dernière page, sans que le livre ne prenne vraiment fin.
“Aimer, à perdre la raison”…qui ne l’a pas chanté, par réflexe ou habitude? Qui en a compris le sens? Qui lui a donné un sens?
Tonvoisin le fait, pour nous. Magistralement. À rendre la lecture folle, conduite au rythme de ses mots et de la passion dévorante de son personnage.
Comme Tonvoisin l’écrit : “J’aurais…aimé des moments aux goûts éternels de l’instant”. Ce goût que l’histoire laisse une fois le livre reposé. Un moment de plongée en folie d’amour. On repose le livre à court d’oxygène, avec ses maux qui résonnent encore comme le coeur qui cogne quand on remonte trop vite.
Et puis, il y a cette phrase, que Musset doit lui envier, de là où il est (et Dieu sait que j’aime Musset) : “Aimer, ce n’est pas du troc, aimer, Madame, ce n’est pas vouloir, ce n’est pas désirer; aimer, c’est disparaître dans l’autre sans qu’il n’en sache rien, sans jamais se plaindre, sans jamais réclamer…”
A croire que seuls les hommes peuvent nous apprendre ce qu’est l’Amour…
Alors, merci Tonvoisin; et merci Laura Mare de nous y amener.
Un supplément d'âme et l'addition! Tonvoisin de la Garlée; ed.Laura Mare
Vu l’humeur de tout le monde et de Gaston en particulier, j’ai laissé tomber. Et je suis allée prendre un bain. Ce soir, on a droit à un grand dîner bien pompeux où faut être sur son 31 s’il vous plaît merci c’est important pour Germaine et Cathy…
Elles vont échanger des voeux. Ben voyons. Au point où l’on en est, vous me direz…
Pourtant depuis le jeu de pistes, je me dis que Germaine aimerait bien échanger quelque chose avec moi, genre mélange de fluides corporels, tout ça tout ça, et …beurrrkkkkk.
J’ai failli me noyer en y repensant. Heureusement le calcaire stagnant par plaques dans le fond de la baignoire a fait usage de frein, peeling du fessier offert au passage. Ambiance Spa en Bretagne en fin de journée, vraiment de plus en plus sympa ce week-end.
Bref.
Je me suis mise comme ils ont dit sur le programme, très chic, avec ma petite robe noire décolletée, ma petite paire de bas, mes petits talons de 10, super commodes dans le château où le plancher se pète la gueule tous les vingt centimètres, mais c’est ça ou des Converses, et je sors de la chambre, juste au moment où Gaston y entre. Et bien comme ça, lui, sa soupe à la grimace, et sa mauvaise humeur, on va s’éviter encore quelques temps.
Et tant mieux, parce que pour tout vous dire, je sature et pas qu’un peu.
Parce que sans blague…j’y suis pour rien moi si Valentin est venu ce week-end. J’y suis pour rien s’il était aussi dans la tour. J’y suis pour rien si je peux pas me retenir quand je le vois…Bon, je reconnais, là j’y suis un peu pour quelque chose. Mais Gaston n’avait qu’à pas me balancer des vacheries sur tous les tons. Flûte c’est quand même lui qui finalement a voulu venir. Et c’est lui aussi qui me saoule avec ma soeur, et avec son ex femme, et avec …avec… avec le fait d’être là. M’énerve à la fin ce mec.
Ça y est, on a fini par tous se retrouver, on a échangé des banalités, Gaston regardait Pauline qui regardait Fabrizio qui regardait Valentine qui regardait ses pieds.
Cathy fixait Germaine, que j’évitais consciencieusement, le dénommé Philippe (ça y est, j’avais retenu son prénom, trop forte) fixait Cathy, je commençais à me dire que non seulement il ne savait pas à qui il parlait, mais qu’en plus un plan avec une lesbienne devait le tenter, vu son regard des plus …clairs…sur les seins de la copine de mon amie qui voudrait elle que ça soit moi qui regarde ses seins.
Je dis ça pour vous aider si vous n’arrivez plus à suivre, je pense que c’est plus simple, là.
Quant à Valentin, il ne regardait rien, ne fixait rien, sauf un truc dans le coin de la pièce, je sais pas bien quoi, ça avait l’air de l’obséder, il était manifestement plongé dans ses pensées. Je me tenais à une distance raisonnable, pas nécessaire de réveiller les idés belliqueuses de Gaston.
On est passé à table. Et franchement, je ne sais pas qui a fait ce plan de table, mais c’était du grand n’importe quoi. Pauline à côté de Gaston, Philippe à côté de Valentine, moi à côté de….mince, lui, c’est…ah oui, Pascal, celui qui a organisé le jeu de pistes, Valentin à côté de Karine, à l’autre bout de la table, Germaine à côté de je sais plus qui, Fabrizio pas trop loin enfin bref, n’importe quoi.
Et puis après deux gin to, de toute façon je commence à me moquer de tout ce soir.
Je fais le voeu solennel, la main sur la Bible, ou sur mon téléphone portable, ou sur ce que vous voulez, que plus jamais je ne bois.
Plus jamais.
Même pas un tout petit verre. Rien. Niet. Nada.
Comment ça vous ne me croyez pas? Merci, la confiance règne, on se croirait avec Gaston. En même temps, pendant que vous êtes là à rigoler juste parce que je ne veux plus jamais boire, vous ne me parlez pas de ma soirée. Et c’est tant mieux.
Demandez rien j’ai tout oublié.
Ce qui m’ennuie c’est pour ma robe, je sais pas si je vais …quoi? Oui, ma robe. Elle a passé la soirée avec moi, alors forcément, ça a été dur pour elle. C’est en l’enlevant que j’ai vu les tâches…Quoi encore? Ben oui, j’ai fini par l’enlever, je vais pas vivre avec quand même.
Bon, très bien, je vous raconte, ça va.
C’est pas facile, mais comme c’est vous, je sais que ça restera entre nous, alors ok, très bien. Et puis y’a pas de honte à avoir, après tout. C’est la vie. Life is life…voilà mon nouvel opus…
Je vous rappelle qu’à table j’étais à côté dudit Pascal, cette espèce de chose bizarre, super monumental mais alors fade, mais fade, pas de conversation, pas de charme, rien. Je vous rappelle aussi que mon amoureux me fait la tronche, ma meilleure amie est amoureuse de moi, ma soeur ressemble à une grosse guimauve …ah oui, vous savez déjà tout ça? OK.
Bon, bref, comme je m’emmerdais sérieusement, je me suis mise à penser.
Pascal me servait à boire, je pensais, Pascal me servait à boire, je pensais, et comme ça tout le dîner.
Gaston.
Gaston me scie. Si c’est vrai, c’est comme je vous le dis. Je sais pas ce qu’il a depuis plusieurs jours, mais franchement j’y comprends plus rien. Oui, ben ne me dites pas que c’est à cause de Valentin tout de même. Il a commencé à être odieux bien avant. Et on va pas à la fête et mon ex ouin ouin elle aime les filles, et on va à la fête, oh oui, avec Pauline, elle est trop super ta soeur, allez allez, et Pauline par ci et Pauline par là et prenez-moi pour une andouille, comme si je voyais pas votre manège. C’est pas joli joli – oui, Pascal, je veux bien encore un peu de vin – qu’est-ce que je disais? Ah oui, c’est pas joli joli de faire ça sous mes yeux. Mes yeux à moi. Ah non, moi ça me fait de la peine quand même. Beauuuucccoup de peine. Oui.
Et puis l’autre, là, le Fabri-chaud, très chaud…je te chope la blonde à gros seins (oh pardon Pauline, j’oublie tout le temps que t’es ma soeur), et je te chope Valentine…c’est cruel pour Valentin, ça. Oui, Pascal je veux bien encore un verre, pas la peine de demander, oui oui quand le verre est vide je le plains, non, c’est pas ça, je voulais dire faut le remplir, voilà merci pas plus haut que le bord hihihi, ….Alors je disais, Valentin, il va être malheureuuuuxxx. C’est trop infâme ce que fait Valentine, oh j’aime pas ça, moi. Ah non, ça va pas se passer comme ça, moi Valentin je veux pas qu’il soit triste avec ses tout petits yeux qu’on dirait un cocker à qui on a enlevé son nonos. PPppffffffff. Mais Emma est là, et même si tu veux, moi je veux bien te consoler, enfin, si tu veux, hein, Valentin?
Moi en tout cas Valentin je t’ai jamais oublié. Et je t’aurai jamais fait ça. Ahhhhhh non. Allez parler comme ça à un inconnu alors que t’es là, bouh c’est moche. C’est pas mon genre ça beurk, ça me plaît pas. Elle a une drôle de mentalté ta copineuuhhh.
Oui Pascal demande pas, sers moi. Ouh dis donc tu sais qu’avec une autre tête tu serais mignon? Attends je me penche pour regarder…Oui, oui, je te jure, tu pourrais être pas mal si t’avais pas ce pif de naze, et alors tes cheveux, donne moi la marque du shampoing, ça m’intéresse que j’en achète pas, oh et ta bouche…t’as vu t’as pas de lèvres…hop disparue disparue ta bouche, tes lèvres, et tout, avalées…Ou sinon t’es un Mutant…oh je vais m’éloigner, quand même mais oublie pas mon verre.
Et puis Germaine. Non, mais regardez-la. Mademoiselle présente ses voeux, mademoiselle roucoule, mademoiselle se la joue hyper amoureuse, je te lèche tu me lèches youpi suis une fille et j’aime ça, et je mets ma tête sur ton épaule, et ma main sur ta cuisse, oui ben là c’est comme le verre hein, on va dire en public pas plus haut que le bord s’te plaît Germaine on vous regarde…Et tu me dragues moi ton amie que tu sais que j’aime que les hommes, les vrais, les purs les durs, les lâches (ah ben oui quand même sont pas parfaits ces gens là), tu vois comme Valentin, enfin, je voulais dire Gaston, avec des trucs que toi t’as pas Germaine, alors là, non merci , pas du tout envie de savoir ce que ça fait que d’avoir ta main dans ma…oh non, eh oh, j’vais pas dire de gros mots…c’est pas le genre de la maison. On a son éducation quand même.
Oh, ben voilà que le vieux château en Bretagne, il bouge de partout. Attention mesdames et messieurs, glissement de terrain en perspective. Ouais d’abord, et hop Pascal, mon verre, coucou allo allo, comment ça je bois trop? Ben elle est forte celle-là, c’est toi qui fait que de me servir. Oui, monsieur. Hein?? Je parle plus comme tout le monde?
C’est normal. C’est que j’ai les lèvres qui viennent de se coller. Ca fait pschuit pschuit quand je parle.
Non Germaine, pas ces lèvres là. Oh la coquine, je te vois venir, oui, oui.
Valentin, mon Amourrrrr, regarde moi, le plancher il est pas bôôô du tout. Oh, il est pas bon ce vin, j’ai mal au coeur moi. J’ai trop mangé aussi, moi tout ce poisson, déjà ici ça sent la moule…
Oh pardon suis vulgaire.
Ben oui.
Suis pas parfaite.
On a ses défauts, hein?
Bon, j’en étais où moi avec tout ça?
Ah ben si, je sais, avec Valentin qu’aime pas les lesbiennes, c’est pas comme Gaston, oh suis sûre que si il aime, suis sûre. Pour excuser sa na…non, c’est plus sa nana, sa nana c’est moi. J’ai comme un trou de mémoire, là. Ben c’est peut-être Alzheimer. Ou un autre truc grave.
Valentin, j’ai un truc grave, faut que tu m’aides, s’il te plaît, regarde on a droit encore à une chance…et…mais c’est quoi ça?
Une pièce montée. C’est ridicule quand même. Tiens les goudous elles se lèvent, elles vont faire quoi là? Ah oui, leurs voeux…c’est marrant comme idée, j’y aurais pas pensé moi si j’étais gou-homo-je sais plus quoi d’ailleurs. Ppppfffff. Allez, et on va avoir droit aux discours. Trop génial. Ça va, c’est pas un mariage, faut se calmer. Et c’est quoi ce truc en haut? Un couple? Des mariés mais c’est deux filles. Alors là, pétée de rire. Comme on dirait sur Facebook, PTDR.
Attendez, que je regarde de plus près. Ouhh c’est joli avec ces petites fleurs en susucre. C’est grotesque. On dirait un gâteau américain. Dallas….ton univers impitoya-a-ble….
Où est JR? Où est JR?
Bon, moi suis ok pour jouer Sue Ellen, ouais m’ssieur dame, j’ai pas honte.
Gaston fait une drôle de tête là, genre il me regarde et il la secoue dans tous les sens. Valentin, c’est un peu pareil, je l’ai subitement droit devant dans mon champ de vision ultra sophistiqué, et on dirait un ventilateur, c’est trop drôle, il remue dans tous les sens, mais vachement dans ma direction quand même.
Quoi Gaston?? Tu me parles? Articule, je comprends pas bien là. Remarque c’est drôle de te voir bouger la tête comme ça, moi ça m’amuse bien en fait. Tu peux y aller mon chéri, t’es cloche, mais ça fait pas de bruit, vas-y remue, on dirait un chien en plastique à l’arrière d’une bagnole.
Bon, ben, voilà, vais me pencher quand même pour voir, pardon tout le monde, poussez-vous, attends Pauline t’as des gros seins, vais m’appuyer dessus, de toute façon c’est une soirée lesbos, alors avec ma soeur, ça fera pas jaser au village, hein? Ouhla. Ouhlala , ça glisse, ça glisse beaucoup, beaucoup, oui, ouhla, pardon pardon, je glisse, ohla, ohlala, ohlala…
Je crois qu’après, pour me sortir de là, ils ont du retirer un par un de mes cheveux et de mes bas tous les choux de la pièce montée. Je venais de plonger dedans.
To be continued.

Y’a eu comme qui dirait une accalmie.
Vers midi, notre gentille cheftaine scout Germaine a fait sonner la cloche de la tour, regroupement dans la grande salle déjeuner hop hop pas une minute à perdre, donc pas le temps de se prendre la tête.
En plus, miracle peut-être dû au soleil, tout le monde avait l’air détendu. A distance raisonnable les uns des autres, mais détendu.
Un observateur non informé aurait peut-être eu des difficultés à reformer les bons couples, mais comme personne ne demandait rien, c’est pas bien grave.
Germaine pouffait, et Cathy, une main sur son épaule (enfin, sur l’épaule de Germaine), nous demanda quelques minutes de silence, juste pour nous informer du programme.
Nous allions donc déjeuner, rapido presto, vue l’après-midi on n’a pas de temps à perdre (hihihi de Germaine, un peu agaçants), il y a donc un grand jeu de pistes de prévu, ça va être très drôle (suis dubitative d’un coup), tout est organisé pas de panique, et d’ailleurs nous avons un couple d’amis qui a tout prévu.
Surgissant de nulle part, une dénommée Karine, l’air plutôt cool faut bien le dire, et son accolyte, Pascal je crois, mais de toutes les manières je m’en fous de son nom, il ressemble à rien, et j’ai déjà assez de soucis comme ça pour pas aller détailler tous les nouveaux venus, bref, Karine et Pascal nous expliquent comment ça va se passer.
On va être en équipes de trois, couples séparés. Ça je le savais déjà, Gaston avait précédemment fait une crise à ce sujet, on va pas insister lourdement, hein les gars. Tout se passera dans le parc du château. L’objectif si j’ai bien compris est de trouver les indices en répondant à des énigmes, ensuite avec tous ces indices on court vite vite, pour découvrir un trésor. En gros ça doit être ça, aggrémenté de quelques surprises, et comme c’est des surprises, on ne nous dit rien, et moi, là, les surprises, j’en ai franchement ma claque.
Je fais un tour rapide d’horizon, sans presque bouger la tête. Pauline glousse, ce qui n’étonnera personne, Fabrizio a l’air ailleurs, Valentine a l’air ailleurs, Valentin a l’air ailleurs, Germaine a l’air ailleurs, Gaston a l’air ailleurs…Bonjour et bienvenue dans la 4eme dimension, en direct d’un château du fond de la Bretagne…Vous êtes là pour un week-end entre amis, mais seuls vos carapaces corporelles sont présentes…Depuis votre arrivée, vos esprits sont absorbés par des forces extra-terrrestres vous conduisant à ne plus bien savoir qui est qui…
Tu parles d’un jeu de pistes, on arrive déjà pas à se retrouver dans ce château, on sait plus qui est qui et qui est avec qui, si en plus tout se complique, ça va pas être simple.
Pour couronner le tout, Karine et Pascal ont déjà prévu les équipes, et sont certains qu’on va être très contents. Moi, un doute m’habite, mais je ne le dis pas trop fort, c’est un tantinet vulgaire.
Alors, équipe 1 : Germaine, un inconnu dénommé…j’ai pas entendu, et moi. Jusque là, tout va bien.
Équipe 2 : Valentin, Pauline et Cathy. Y’a un truc qui me chagrine dans cette équipe, mais je ne vais pas m’apesantir, on en est déjà à la 3 : Valentine, l’italien bellâtre, et une autre personne, mais là, ppfff, je sais pas qui. Si Valentine touche au mec de ma soeur je lui fais bouffer sa perruque à cette pouf. D’un autre côté, si elle lâche Valentin, c’est bien. Ah mais voilà, merdouille, faudrait pas que Pauline en déconfiture se jette sur Valentin…
Ppppffff, ça va m’en faire des trucs à surveiller, moi.
Et Gaston? Ben Gaston, il est pas ravi du tout. Il est avec deux personnes j’ai pas entendu qui, suis trop occupée avec mes soucis, mais ça n’a pas l’air et l’heur de lui plaire, pour son grand malheur (je vais finir le week-end poète).
Valentin, Pauline et Cathy…Valentin, Pauline et Cathy.
J’aurais bien aimé être avec Valentin, mais je ne vais rien dire.
Tiens, j’imagine, dans le genre abrutie congénitale, moi levant le doigt “Siouplé on peut changer j’aimerais bien être avec Valentin, on a plein d’indices à chercher ensemble dans des fourrés et on va pas vous dire lesquels, après on veut bien mourir, ou fuir tous les deux en changeant d’identité parce qu’on risque quand même d’avoir des emmerdes…”.
En même temps, le parc est grand, on peut toujours se perdre, et là par hasard, je croise Valentin, et il me croise, et même si y’a pas la lune dans le ciel, on peut en voir d’autres et…mais qu’est ce que je raconte là? Ok, Valentin, juste je craque grave de chez grave au cas où personne n’aurait compris, mais très officiellement je suis avec Gaston, et vaudrait mieux pas que je tire trop sur la corde, ça pourrait encore l’énerver. Enfin, les énerver. Mais pas le même énervement sii vous voyez ce que je veux dire. Et là, y’a un énervement qui me tente plus qu’un autre, et …ah non Emma, ça va pas recommencer…
Enfin, voilà, que ça nous plaise ou pas, nous savions quoi faire de notre après-midi, et comment, et avec qui. Départ dans une heure, le temps de partager un grand taboulé, ça va être très sympa.
L’avantage c’est qu’il fait beau. On va se mettre tout de suite d’accord là dessus, pour éviter que les mauvaises langues (et ici, je pense qu’il y en a, eheh) ne se réveillent, je croyais qu’en Bretagne, point de survie sans parapluie, et bien, c’est faux. Mea culpa, ça c’est fait.
Ben dites donc, si je vais prendre un mojito, là tout de suite, faut pas m’en vouloir. J’ai des excuses, et pas des moindres.
Suis même toute retournée.
Comment ça je bois trop de mojitos? Si vous dites ça, c’est que et d’une vous n’en avez jamais bu, et vous ne savez pas ce qui est bon, et de deux comme vous m’avez coupé la parole, vous ne m’avez pas laissé finir, et donc vous ne savez pas comment mon après-midi trop sympa s’est passée, et là, ben là, si vous le saviez, vous iriez boire aussi.
Oui, absolument. Comme je vous le dis.
Je vous le dis ou je ne vous le dis pas?
Je sais pas, je vais peut-être d’abord aller prendre une douche, pour me remettre.
Ou me faire les ongles….
OK, suis pas cool, vous crevez d’impatience malsaine, vous piaffez, et moi je vous fais attendre. Ouh qu’elle est vilaine Emma. Pas bien.
Alors, on s’assied, on se pose, les fumeurs peuvent fumer, les autres n’ont pas besoin de commencer, je vous raconte.
Nous voilà tous partis, en petits groupes bien répartis (enfin, bien, reste à voir), pour cette folle équipée, pleine d’aventures et de rebondissements, comme ça a été promis.
Comment vous dire? L’inconnu qui nous accompagne Germaine et moi est fade, moche, sans intérêt, et il pue un peu. Cela dit, vu l’état des salles de bain, il a peut-être hésité à se laver, mais il pue un peu. Donc, Germaine et moi, fortes de notre première énigme, et tacitement d’accord, nous éloignons sans bruit afin de le perdre. Quoi, c’est pas charitable? C’est pas votre nez qui était en jeu, tout de même.
Comme on est assez douées, Germaine et moi (Je vais dire nous, ça ira plus vite), avons mis approximativement une minute et demi à le semer. (Si un jour vous voulez semer quelqu’un, demandez moi, suis hyper forte pour ça).
Et nous voilà, toutes les deux, les deux meilleures amies du monde, tranquilles et tout, en train de chercher la réponse à l’énigme tout en devisant gentiment. Toutes les deux. Rien que toutes les deux.
Germaine me parle, de son couple, du mien, elle est un peu inquiète, elle trouve qu’avec Gaston ça n’a pas l’air d’être le bonheur (aufff, moui, ça va…), et puis elle espère que revoir Valentin ne me gêne pas (non pas trop, on s’y fait je te remercie), elle est contente je suis superbe (oui, merci, suis comme d’hab mais bon), et elle, et bien elle, elle a découvert le bonheur.
Ah oui, ben c’est super chouette ça le bonheur. Et alors Cathy et elle? Oui ben Cathy et elle, c’est sympa, mais surtout ce qui est merveilleux c’est cet amour, enfin cette forme d’amour,enfin ce partage, cette compréhension, parce que y’a pas de doute, y’a qu’une femme pour comprendre les attentes et les désirs et les besoins d’une autre femme, et savoir comment se faire du bien et …et là ça a commencé à plus trop me plaire quand même.
Que Germaine soit heureuse et épanouie en lesbienne, j’en suis ravie pour elle. Mais les petits trucs du quotidien entre filles, hormis la couleur des pompes ou le nouveau pull trop beau de la boutique qui vient d’ouvrir, moi, ça me branche pas des masses.
Ce qui ne me branchait pas des masses non plus, c’est que pour raconter ça, Germaine se rapprochait de moi. Beaucoup. Du style, je te colle.
Ce qui m’a branché encore moins, c’est quand elle m’a dit : “Et toi?”
Et moi? Et moi quoi et moi? Moi ça va très bien, merci pour elle. Oui je suis sûre. Non, les nouvelles expériences, tout ça, c’est pas trop mon truc, suis pas du genre aventurière, mais t’as quoi là Germaine, tu prosélytes pour les goudous?
Prétextant avoir vu quelque chose au loin très loin derrière un arbre, j’ai tenté de m’éloigner (ce qui est souvent le cas quand on va loin très loin). Mais Germaine était sur mes traces. On ne peut pas dire qu’elle se donnait un mal de chien pour répondre aux énigmes. Qui, moi, m’occupaient vraiment l’esprit, enfin, je faisais tout comme, pour détourner la conversation.
Peine perdue, Germaine avait de la suite dans les idées.
Ma chérie (ah non, ça suffit de m’appeler “ma chérie” tout le temps, et puis là ça ne me plaît pas du tout), tu sais, faut que je te dise…Euh, y’a pas d’urgence, on peut en parler par sms, dans quelques jours? Non, bon, ok, vas-y…
Ma chérie, tu sais, Cathy est géniale, elle m’apporte beaucoup, je suis bien; mais tu vois c’est pas non plus l’extase au quotidien, y’a des nuages, bon, je sais comme dans tous les couples, mais en fait, bon, si je me suis découverte avec elle c’est géniale, et les hommes c’est bien fini.
Complètement fini même.
Surtout, j’ai réalisé quelque chose. Je suis donc merveilleusement bien. En lesbienne. Mais je sais aussi qui j’aime, qui j’aime vraiment, profondément, à qui j’ai envie de donner tout cet amour et de montrer comme le corps exulte et s’exprime, sous des caresses que les hommes n’ont pas l’idée de faire, vraiment, tu saurais, enfin, j’aimerai que tu saches, voilà, je sais aujourd’hui que ce corps que je veux faire bondir de plaisir et ce coeur que je veux chérir, c’est à toi qu’ils appartiennent.
C’est là que je suis tombée. (ça faisait longtemps, et pour une fois c’est pas ma faute).
Je suis tombée, et puis je me suis relevée, mais alors très très vite, Bip bip à côté c’est un escargot endormi, et puis, j’ai dit Ahhhhhhhhhhhhhhhh non, ça va pas être possible Germaine, je t’aime beaucoup, j’ai rien contre les homos, j’adore le rainbow et tout et tout, mais là, désolée, je m’excuse d’ailleurs j’y vais non non, ça va me touche pas merci c’est pas grave la terre dans les cheveux me touche pas je te dis arggggg t’es sourde beurk excuse moi, mais là garde tes mains dans tes poches, bon, moi j’y vais, c’qu’on fait c’est qu’on fait comme si t’avais rien dit allez à plus, je vais chercher les indices, ou pas, je sais pas bien, bon, salut, merci pour tout, enfin non, pour rien, suis flattée, mais voilà, je peux pas , le prends mal….Et moi j’ai pris mes jambes à mon cou.
Oh p***** de p*****. Lesbienne, ok. Je vous promets que l’homosexualité ne me dérange absolument pas. Mais là, non non, je ne suis pas du tout d’accord, Germaine, elle doit pas du tout être amoureuse de moi, oh beurk beurk.
Alors j’ai couru, longtemps longtemps, j’ai planté Germaine, je ne savais pas trop où j’étais, sauf que j’étais sans doute toute décoiffée, avec de la terre partout et même des herbes dans les cheveux et sur mon pull, et ouhla genre crise de panique, et soudain oh miracle j’ai vu la tour, et j’ai couru encore, bon, en même temps vous me direz, c’était pas non plus monstrueux, j’avais pas de quoi flipper comme ça, mais merde, quand votre meilleure amie vous dit qu’elle est lesbienne et amoureuse de vous, ça fiche les choquotte quand même un peu.
À force de courir, je suis arrivée au château, j’ai foncé dans l’entrée, et j’ai percuté Gaston.
Ahhhhh Gaston….j’allais m’écrouler dans ses bras, quand j’ai senti qu’il y avait (encore) un souci.
C’est épuisant à la longue tous ces soucis.
Je commence à rêver de calme….
- T’étais où?
Ohla, quel accueil, fichtre, il est ravi de me voir lui.
- Hein? T’étais où? Suis là, comme un con depuis deux heures, avec les deux abrutis qui ont tout trouvé tout de suite, et toi…???? Je peux savoir? Et c’est quoi cette tenue, tu t’es roulée où?
- Figure-toi, tu ne vas pas me croire, mais….
- Non, laisse tomber, je vais pas te croire, t’as chopé Valentin, c’est ça?
- Mais non, mais arrête un peu avec Valentin, merde, c’est Germaine…
- Germaine a chopé Valentin? Tu te fous de moi en plus?
- Mais laisse moi finir…bordel. (ça pose, bordel, là). Germaine, elle est amoureuse de moi. J’ai pas vu Valentin, j’ai fui Germaine, me suis cassée la figure, c’est tout.
- Germaine, amoureuse de toi? Manquait que ça, les mecs te suffisent plus?
- Mais j’ai pas dit que moi j’aime Germaine, c’est pas vrai, t’es devenu con ou quoi?
- Bon. Admettons, t’étais avec Germaine, elle te fait sa big déclaration, et alors Valentin est où?
- Mais j’en sais rien, moi…
- Avec Pauline. Ça me revient. Avec Pauline, ils étaient ensemble. Oh l’enfoiré. Il va chercher à se la taper, c’est sur. L’ordure. Pauvre Pauline (pauvre pauvre….je dirais pas ça moi). Ce fumier avec ta soeur (oui, euh, elle est grande, elle se débrouille, elle peut gérer je pense). J’te jure Emma, s’il a touché à Pauline, je lui explose sa gueule à ce connard.
J’ai jamais vu Gaston comme ça. Je sais pas ce qu’il a depuis quelques jours, mais il est vraiment pas clair.
Et pourquoi il défend autant Pauline. C’est quoi le truc avec Pauline?
Je sentais bien quelque chose, mais c’est ma soeur quand même.
Et puis Valentin, j’ai pas trop envie que Gaston y touche.
Pas du tout même.
Pauvre Valentin…
- Oui, vais lui démonter sa tête, à Valentin.
- Gaston…calme-toi, mon chéri, s’il te plaît.
To be continued

Huuuummmppppppffffuuiiiiittttttttt. Waouh. Ppppfffffffff.
Il embrasse trop bien.
Et c’est trop bon.
Et la nuit est trop belle.
Et on est trop en retard pour le dîner.
Valentin et moi avons eu du mal à nous arracher de nos bras et langues respectifs, on était assez emmêlé au sommet de cette tour, mais ça devenait franchement imprudent, considérant le détail non négligeable qu’on était très vraissemblablement attendus, chacun par nos moitiés respectives.
On a échangé encore quelques “J’y crois pas, c’est merveilleux, on essaie de se retrouver très vite, bisou, bisou, oui, encore un, un dernier…”, j’ai filé dans l’escalier pour rejoindre la salle d’armes où le dîner était servi.
Valentin avait décidé de rester fumer une cigarette, ce qui me laissait le temps de réapparaître, seule, détendue (mouais…), et souriante (l’air benêt sans doute).
La première personne que je vis fut Gaston. Il n’avait pas l’air content du tout. En fait, il avait même l’air sacrément furibard. Comme je suis très douée pour sentir arriver les situations de crise, je me suis doutée qu’il fallait en urgence que je trouve une pirouette cacahouete à lui fournir. Mais d’une main ferme et froide, il m’arrêta dans mon élan. (Pour les réalisateurs hollywoodiens qui s’intéressent autant à la saison 3 qu’aux précédentes, je précise que nous sommes donc à l’entrée de cette grande salle. Le regard noir et perçant de Gaston est posé sur moi, sa main tendue bien droite devant lui, comme celle d’un homme prêt à jurer votre honneur que je vais tuer cette femme si elle me ment, et le ton glacial qui l’accompagne, à faire geler le soleil en deux secondes trente. Ça fait très peur, il faudrait même trouver une petite musique genre celle de l’Exorciste ou un truc du même style, enfin bref on se met à la place de l’héroïne qui pétoche mais est trop intelligente pour tomber dans ce piège à la fois masculin et ridicule. Cela dit masculin et ridicule, ça peut parfois être des pléonasmes.)
- T’étais où?
- Dans le parc.
- Et tu faisais quoi dans le parc?
- Je cherchais Pauline.
- Tu crois que je vais te croire?
- Tu fais comme tu veux. Je cherchais Pauline, c’est tout.
- Et tu l’as trouvée?
- Oui, dans les bras de Fabrizio (Tiens prends ça grand schnock, toi qui n’arrête pas de tourner autour de ma soeur). Un italien que Cathy a invité. Tiens d’ailleurs regarde, les voilà.
Et hop, pendant que Gaston tourne la tête, je m’éclipse et fonce vers Germaine. Ça sent la grande scène du 2, Hiroshima à côté aura été un compte de fées, j’ai la très nette impression que ce coup-ci la crise est inévitable.
Mais je ne l’affronterai pas le ventre vide. Là, l’urgence, c’est un mojito, et dîner. Simuler aussi que je suis totalement pompette ohhhh trop drôle le château où l’on y voit que pouic, et ronfler. Non, pas ronfler, il serait capable de me secouer pour que j’arrête. Dormir, déjà, c’est sans doute la solution.
Je me suis réveillée avec un superbe rayon de soleil. Aussitôt gâché par un énorme nuage, sous la forme d’une attaque, que dis-je d’une attaque, d’une aggression verbale et massive de Gaston.
C’est dingue ce que les mecs peuvent être lâches. Quand ils ont un truc à dire, ils ne vont pas attendre qu’on soit fraîches et disposes et en état de parler. Ah que non. Ils guettent le moment où nous sommes bien faibles et légèrement pas réveillées du tout, donc très fragiles psychologiquement, et ils se mettent à mordre. Un peu comme les roquets qui s’accrochent aux jambes de pantalon et ne lâchent plus, en faisant des ggggrrrrrr ggggggrrrrr qui n’en finissent pas. C’est assez insupportable, mais d’un point de vue ethnologique c’est pas inintéressant.
Et au réveil, en Margaret Mead de l’homme viril et énervé, je me trouve assez douée.
Pendant ce temps-là, je subis sans vraiment entendre les critiques de Gaston. Qui sont la quintessence de la mauvaise foi masculine. Si on est là c’est de ma faute, je n’ai jamais cessé de penser à Valentin, je lui cache plein de choses, il est très malheureux mais il ne dit rien (Victime et martyr, admirable, bravo…), je me tiens n’importe comment (Là, je vois pas, j’ai rien fait hier. J’étais pompette, mais j’ai rien détruit pour une fois), j’attends qu’une chose c’est que Valentin m’embrasse (Pour être précise au vu des derniers évènements : qu’il m’embrasse encore. Mais ça je le garde pour moi)…Ouhlala, ça va pas le faire Gaston. Mais alors pas du tout.
Devant un tel vomi verbal, je ne peux que réagir. Je ne vais tout de même pas le laisser se pavaner, au milieu de la chambre, en caleçon (ce qui le rend assez grotesque tout de même), en train de remuer les bras dans tous les sens, comme un contrôleur aérien sur le tarmac, imposant sa colère démesurée et son autorité déplacée. Va falloir redescendre d’un ton mon p’tit. 1, j’ai mal au crâne, et 2 t’as tort (Bon, je reconnais, pas sur tout, mais je ne vais pas apporter de l’eau à son moulin tout de même).
Je me redresse dans le lit, au rythme des grincements du sommier. Je suis sereine, posée, mon ton est clair et respectueux, je ne parle pas fort car je sais que c’est ainsi que je peux le calmer.
- Gaston, calme toi.
- Non, je ne me calmerai pas.
Raté.
Changement de tactique.
- Très bien, et bien ne te calme pas. T’es grotesque mon pauvre ami. T’es en train de hurler, de Quimper à Ouessant ils sont au courant que tu divagues. Mais tu crois quoi? Que j’ai pas vu ton manège avec Pauline? T’es là, à lui tourner autour, à lui sourire, et nianiania Emma elle est trop méchante ta soeur, t’inquiète je suis là. Oui, ben tu l’as dans l’os mon vieux, Pauline a flashé sur Fabrizio, et réciproquement, et tu te venges en me gueulant dessus? Mais t’es complètement barré c’est pas possible. Si je te dis que je ne SAVAIS PAS que Valentin serait là, c’est que je ne le savais pas. Oh, et puis c’est vrai, t’as bien les boules, avec ton ex qu’a viré gouinasse. Mais grandis un peu nom d’un chien, je suis là, je suis avec toi, tu crois franchement que je suis venue pour Valentin?
- Bon, ok. T’as pas tort. Enfin, si, pour Pauline. Mais c’est vrai que ça me fiche les glandes de voir Cathy avec une nana, même si c’est Germaine.
(Alors là, Emma, chapeau. Trop forte. Avoir sorti comme ça le coup de l’ex et que ça marche…trop forte vraiment. Ouf ouf ouf)
- Bon allez, excuse-moi, on va pas se gâcher le week-end pour ça. Tu ne colles pas trop Valentin, tu t’éloignes s’il te colle, et ça sera nickel, ok?
Un mec qui dit désolé, ça vaut une fille qui dit : je t’aime, tu es le plus beau le plus fort le plus intelligent j’ai énormément de chance tu es merveilleux je suis nulle je te demande mille fois pardon. Et puis c’est pas le moment d’envenimer la situation. Va pour le excuse-moi, et on embraye.
- Allez, c’est rien. On a tous le droit d’être énervé, non? Bon, si on allait prendre un petit-dej?
Voilà comment j’ai réussi à stopper la crise. N’empêche, j’avais eu chaud.
Et je me demandais comment ça se passait du côté de Valentin. Parce que sa Valentineuhhhh, m’est avis qu’elle doit pas être bien commode non plus. Vaudrait mieux éviter qu’ils se parlent avec Gaston, ça pourrait nous attirer des ennuis.
Au petit déjeuner, on retrouve Germaine, pimpante, souriante, nous demandant si la nuit a été bonne. Oui, très bonne merci, bien sûr, on ne te dit pas que dormir à l’auberge du cul tourné dans des draps qui sentent le moisi, c’est pas glop, on va pas s’arrêter à ce genre de détails.
Germaine nous donne deux ou trois infos sur la journée, ce matin chacun fait ce qu’il veut, on devrait en profiter pour aller se promener, rien que le parc c’est une merveille, y’a même un étang (intérieurement je me dis que même un étang, c’est bien, avec un bon parpaing, au pire, je peux y dissimuler Gaston, ou Valentine, ou même les deux, faut que je trouve cet étang), et après le déjeuner, ça va être très chouette et très sympa, on va tous faire un grand jeu de piste.
Super idée le grand jeu de pistes, les week-end scouts, ça me manquait drôlement. Non, mais c’est quoi cette idée Germaine? Un jeu de piste? Ben voyons…j’ai pas envie de te gâcher ton plaisir, mais moi c’est pas trop mon truc le jeu de pistes. Quant à Gaston, il passe de placide faussement jovial, à crispé. C’est dingue comme il se crispe depuis hier, il va finir tout de travers si ça continue. Et je te fais des grimaces, et je tords ma bouche dans tous les sens…
Et Germaine qui continue…Oui oui un grand jeu de pistes, bon, en équipes bien sûr, c’est plus rigolo, alors on va faire des équipes de trois, et bien sûr hihihi on sépare les couples, voilà, tout est prévu mais là ça va être la surprise…
Gaston n’a pas du tout l’air de trouver ça drôle. Moi, là, si on pouvait m’éviter deux ou trois surprises, ça m’irait bien. Je veux bien embrasser encore très longtemps sous plein de belles lunes Valentin, je veux même bien plus si affinités, et je peux vous dire que y’a affinités, j’ai bien senti, mais c’est pas trop la peine non plus que je me tape des crises et des scènes de Gaston toutes les trois heures. Ça fatigue à force.
- Et voilà, on y revient. T’es contente Emma, tu vas pouvoir…
- Je vais pouvoir quoi? Vas-y, dis-moi, je t’écoute, ça me passionne.
- Tu sais très bien de quoi je parle.
- Oui, je sais. Je sais aussi que t’es complètement à l’ouest, tendance parano obtu.
- Je suis parano? JE suis PARANO? Nymphomane, va…
- Pardon?
- Oh, c’est bon. J’vais pendre l’air, tu me fatigues, regarde ta tête, t’es toute excitée depuis que Germaine a parlé de son jeu de pistes.
- C’est ça, va te rafraîchir les idées. Salut.
Et Gaston est sorti. Merde alors, ça s’arrange pas en fait.
Germaine a l’air très ennuyé. Et me demande si ça va entre Gaston et moi. De temps en temps je me dis qu’elle est un peu con quand même. Ça va très bien, c’est évident, non?
Ça commence bien cette journée. Puisque c’est comme ça, j’vais prendre l’air aussi, tiens. Pas envie de tout expliquer à Germaine.
Si je me souviens bien, la sortie du château, c’est la troisième à droite, après le rond-point (eheh). Je passe devant un petit salon, un moyen salon, un grand salon, je fais encore cinq mètres, et je freine. Non, je stoppe. Vous savez, comme dans les dessins animés, quand le héros qui va très bien et court vers un avenir très drôle se bloque en plein mouvement et recule. Voilà, c’est exactement ça. Je stoppe, et je recule. Lentement, mais sûrement, et sans faire de bruit. Ou presque, parce que le vieux parquet vermoulu (faut dire, avec l’humidité, ça aide pas), craque à chaque pas.
Et là, qui je vois dans le grand salon, hein? Je vous le donne en mille.
Attention, ça va vous faire un choc. Moi, j’en ai eu un tout de même. Un sacré même.
Là, dans le grand salon, y’a Fabrizio. Fabrizio et ses dents blanches, et son torse abdominé, et sa chemise blanche qui sent bon jusqu’ici, et ses yeux qui disent “Tou es la plou bellissima que yé jamais vou”, et qui tient une main.
Et à qui elle est, cette main? Hein?
Quel salaud ce Fabrizio, dire qu’hier il embrassait ma soeur, quel salaud.
Ordure d’italien vérolé.
Lâche cette main tout de suite.
Ah, j’ai oublié de vous dire de qui il tient la main.
C’est de Valentine.
Comme je vous le dis.
Salaud. Et Pauline??
Bon, en même temps, c’est la main de Valentine, c’est vrai.
Ppppppfffff.
On n’est pas sorti de l’auberge.
To be continued.
Et pendant ce temps-là, que fabrique Valentin?

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