Previously, in my 24 hours

Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 17:07
24H

(Previously, in my 24 hours, c’était compliqué. Là, je commence même à m’y perdre. Gaston me fait la tête toutes les cinq minutes, Germaine se prend pour une cheftaine scoute option gay - soumise, Pauline se fait draguer par un italien qui enchaîne avec Valentine, Gaston galope derrière Pauline, Valentin me coince dans une tour pour m’embrasser – bon, ok, ça s’est pas passé exactement comme ça, mais depuis hier il a redisparu – et moi je fatigue franchement. Et en plus, on va se taper un grand jeu de pistes tout l’après-midi, comme si c’était cool)

 

Y’a eu comme qui dirait une accalmie.

Vers midi, notre gentille cheftaine scout Germaine a fait sonner la cloche de la tour, regroupement dans la grande salle déjeuner hop hop pas une minute à perdre, donc pas le temps de se prendre la tête.

En plus, miracle peut-être dû au soleil, tout le monde avait l’air détendu. A distance raisonnable les uns des autres, mais détendu.

Un observateur non informé aurait peut-être eu des difficultés à reformer les bons couples, mais comme personne ne demandait rien, c’est pas bien grave.

 

Germaine pouffait, et Cathy, une main sur son épaule (enfin, sur l’épaule de Germaine), nous demanda quelques minutes de silence, juste pour nous informer du programme.

Nous allions donc déjeuner, rapido presto, vue l’après-midi on n’a pas de temps à perdre (hihihi de Germaine, un peu agaçants), il y a donc un grand jeu de pistes de prévu, ça va être très drôle (suis dubitative d’un coup), tout est organisé pas de panique, et d’ailleurs nous avons un couple d’amis qui a tout prévu.

 

Surgissant de nulle part, une dénommée Karine, l’air plutôt cool faut bien le dire, et son accolyte, Pascal je crois, mais de toutes les manières je m’en fous de son nom, il ressemble à rien, et j’ai déjà assez de soucis comme ça pour pas aller détailler tous les nouveaux venus, bref, Karine et Pascal nous expliquent comment ça va se passer.

On va être en équipes de trois, couples séparés. Ça je le savais déjà, Gaston avait précédemment fait une crise à ce sujet, on va pas insister lourdement, hein les gars. Tout se passera dans le parc du château. L’objectif si j’ai bien compris est de trouver les indices en répondant à des énigmes, ensuite avec tous ces indices on court vite vite, pour découvrir un trésor. En gros ça doit être ça, aggrémenté de quelques surprises, et comme c’est des surprises, on ne nous dit rien, et moi, là, les surprises, j’en ai franchement ma claque.

 

Je fais un tour rapide d’horizon, sans presque bouger la tête. Pauline glousse, ce qui n’étonnera personne, Fabrizio a l’air ailleurs, Valentine a l’air ailleurs, Valentin a l’air ailleurs, Germaine a l’air ailleurs, Gaston a l’air ailleurs…Bonjour et bienvenue dans la 4eme dimension, en direct d’un château du fond de la Bretagne…Vous êtes là pour un week-end entre amis, mais seuls vos carapaces corporelles sont présentes…Depuis votre arrivée, vos esprits sont absorbés par des forces extra-terrrestres vous conduisant à ne plus bien savoir qui est qui

 

Tu parles d’un jeu de pistes, on arrive déjà pas à se retrouver dans ce château, on sait plus qui est qui et qui est avec qui, si en plus tout se complique, ça va pas être simple.

 

Pour couronner le tout, Karine et Pascal ont déjà prévu les équipes, et sont certains qu’on va être très contents. Moi, un doute m’habite, mais je ne le dis pas trop fort, c’est un tantinet vulgaire.

 

Alors, équipe 1 : Germaine, un inconnu dénommé…j’ai pas entendu, et moi. Jusque là, tout va bien.

Équipe 2 : Valentin, Pauline et Cathy. Y’a un truc qui me chagrine dans cette équipe, mais je ne vais pas m’apesantir, on en est déjà à la 3 : Valentine, l’italien bellâtre, et une autre personne, mais là, ppfff, je sais pas qui. Si Valentine touche au mec de ma soeur je lui fais bouffer sa perruque à cette pouf. D’un autre côté, si elle lâche Valentin, c’est bien. Ah mais voilà, merdouille, faudrait pas que Pauline en déconfiture se jette sur Valentin…

Ppppffff, ça va m’en faire des trucs à surveiller, moi.

 

Et Gaston? Ben Gaston, il est pas ravi du tout. Il est avec deux personnes j’ai pas entendu qui, suis trop occupée avec mes soucis, mais ça n’a pas l’air et l’heur de lui plaire, pour son grand malheur (je vais finir le week-end poète).

 

Valentin, Pauline et Cathy…Valentin, Pauline et Cathy.

J’aurais bien aimé être avec Valentin, mais je ne vais rien dire.

Tiens, j’imagine, dans le genre abrutie congénitale, moi levant le doigt “Siouplé on peut changer j’aimerais bien être avec Valentin, on a plein d’indices à chercher ensemble dans des fourrés et on va pas vous dire lesquels, après on veut bien mourir, ou fuir tous les deux en changeant d’identité parce qu’on risque quand même d’avoir des emmerdes…”.

 

En même temps, le parc est grand, on peut toujours se perdre, et là par hasard, je croise Valentin, et il me croise, et même si y’a pas la lune dans le ciel, on peut en voir d’autres et…mais qu’est ce que je raconte là? Ok, Valentin, juste je craque grave de chez grave au cas où personne n’aurait compris, mais très officiellement je suis avec Gaston, et vaudrait mieux pas que je tire trop sur la corde, ça pourrait encore l’énerver. Enfin, les énerver. Mais pas le même énervement sii vous voyez ce que je veux dire. Et là, y’a un énervement qui me tente plus qu’un autre, et …ah non Emma, ça va pas recommencer…

 

 

Enfin, voilà, que ça nous plaise ou pas, nous savions quoi faire de notre après-midi, et comment, et avec qui. Départ dans une heure, le temps de partager un grand taboulé, ça va être très sympa.

 

L’avantage c’est qu’il fait beau. On va se mettre tout de suite d’accord là dessus, pour éviter que les mauvaises langues (et ici, je pense qu’il y en a, eheh) ne se réveillent, je croyais qu’en Bretagne, point de survie sans parapluie, et bien, c’est faux. Mea culpa, ça c’est fait.

 

 

 

Ben dites donc, si je vais prendre un mojito, là tout de suite, faut pas m’en vouloir. J’ai des excuses, et pas des moindres.

Suis même toute retournée.

Comment ça je bois trop de mojitos? Si vous dites ça, c’est que et d’une vous n’en avez jamais bu, et vous ne savez pas ce qui est bon, et de deux comme vous m’avez coupé la parole, vous ne m’avez pas laissé finir, et donc vous ne savez pas comment mon après-midi trop sympa s’est passée, et là, ben là, si vous le saviez, vous iriez boire aussi.

 

Oui, absolument. Comme je vous le dis.

Je vous le dis ou je ne vous le dis pas?

Je sais pas, je vais peut-être d’abord aller prendre une douche, pour me remettre.

Ou me faire les ongles….

OK, suis pas cool, vous crevez d’impatience malsaine, vous piaffez, et moi je vous fais attendre. Ouh qu’elle est vilaine Emma. Pas bien.

 

Alors, on s’assied, on se pose, les fumeurs peuvent fumer, les autres n’ont pas besoin de commencer, je vous raconte.

 

Nous voilà tous partis, en petits groupes bien répartis (enfin, bien, reste à voir), pour cette folle équipée, pleine d’aventures et de rebondissements, comme ça a été promis.

Comment vous dire? L’inconnu qui nous accompagne Germaine et moi est fade, moche, sans intérêt, et il pue un peu. Cela dit, vu l’état des salles de bain, il a peut-être hésité à se laver, mais il pue un peu. Donc, Germaine et moi, fortes de notre première énigme, et tacitement d’accord, nous éloignons sans bruit afin de le perdre. Quoi,  c’est pas charitable? C’est pas votre nez qui était en jeu, tout de même.

 

Comme on est assez douées, Germaine et moi (Je vais dire nous, ça ira plus vite), avons mis approximativement une minute et demi à le semer. (Si un jour vous voulez semer quelqu’un, demandez moi, suis hyper forte pour ça).

Et nous voilà, toutes les deux, les deux meilleures amies du monde, tranquilles et tout, en train de chercher la réponse à l’énigme tout en devisant gentiment. Toutes les deux. Rien que toutes les deux.

 

Germaine me parle, de son couple, du mien, elle est un peu inquiète, elle trouve qu’avec Gaston ça n’a pas l’air d’être le bonheur (aufff, moui, ça va…), et puis elle espère que revoir Valentin ne me gêne pas (non pas trop, on s’y fait je te remercie), elle est contente je suis superbe (oui, merci, suis comme d’hab mais bon), et elle, et bien elle, elle a découvert le bonheur.

Ah oui, ben c’est super chouette ça le bonheur. Et alors Cathy et elle? Oui ben Cathy et elle, c’est sympa, mais surtout ce qui est merveilleux c’est cet amour, enfin cette forme d’amour,enfin ce partage, cette compréhension, parce que y’a pas de doute, y’a qu’une femme pour comprendre les attentes et les désirs et les besoins d’une autre femme, et savoir comment se faire du bien et …et là ça a commencé à plus trop me plaire quand même.

 

Que Germaine soit heureuse et épanouie en lesbienne, j’en suis ravie pour elle. Mais les petits trucs du quotidien entre filles, hormis la couleur des pompes ou le nouveau pull trop beau de la boutique qui vient d’ouvrir, moi, ça me branche pas des masses.

Ce qui ne me branchait pas des masses non plus, c’est que pour raconter ça, Germaine se rapprochait de moi. Beaucoup. Du style, je te colle.

Ce qui m’a branché encore moins, c’est quand elle m’a dit : “Et toi?”

Et moi? Et moi quoi et moi? Moi ça va très bien, merci pour elle. Oui je suis sûre. Non, les nouvelles expériences, tout ça, c’est pas trop mon truc, suis pas du genre aventurière, mais t’as quoi là Germaine, tu prosélytes pour les goudous?

 

Prétextant avoir vu quelque chose au loin très loin derrière un arbre, j’ai tenté de m’éloigner (ce qui est souvent le cas quand on va loin très loin). Mais Germaine était sur mes traces. On ne peut pas dire qu’elle se donnait un mal de chien pour répondre aux énigmes. Qui, moi, m’occupaient vraiment l’esprit, enfin, je faisais tout comme, pour détourner la conversation.

 

Peine perdue, Germaine avait de la suite dans les idées.

Ma chérie (ah non, ça suffit de m’appeler “ma chérie” tout le temps, et puis là ça ne me plaît pas du tout), tu sais, faut que je te dise…Euh, y’a pas d’urgence, on peut en parler par sms, dans quelques jours? Non, bon, ok, vas-y…

 

Ma chérie, tu sais, Cathy est géniale, elle m’apporte beaucoup, je suis bien; mais tu vois c’est pas non plus l’extase au quotidien, y’a des nuages, bon, je sais comme dans tous les couples, mais en fait, bon, si je me suis découverte avec elle c’est géniale, et les hommes c’est bien fini.

Complètement fini même.

Surtout, j’ai réalisé quelque chose. Je suis donc merveilleusement bien. En lesbienne. Mais je sais aussi qui j’aime, qui j’aime vraiment, profondément, à qui j’ai envie de donner tout cet amour et de montrer comme le corps exulte et s’exprime, sous des caresses que les hommes n’ont pas l’idée de faire, vraiment, tu saurais, enfin, j’aimerai que tu saches, voilà, je sais aujourd’hui que ce corps que je veux faire bondir de plaisir et ce coeur que je veux chérir, c’est à toi qu’ils appartiennent.

 

C’est là que je suis tombée. (ça faisait longtemps, et pour une fois c’est pas ma faute).

 

Je suis tombée, et puis je me suis relevée, mais alors très très vite, Bip bip à côté c’est un escargot endormi, et puis, j’ai dit Ahhhhhhhhhhhhhhhh non, ça va pas être possible Germaine, je t’aime beaucoup, j’ai rien contre les homos, j’adore le rainbow et tout et tout, mais là, désolée, je m’excuse d’ailleurs j’y vais non non, ça va me touche pas merci c’est pas grave la terre dans les cheveux me touche pas je te dis arggggg t’es sourde beurk excuse moi, mais là garde tes mains dans tes poches, bon, moi j’y vais, c’qu’on fait c’est qu’on fait comme si t’avais rien dit allez à plus, je vais chercher les indices, ou pas, je sais pas bien, bon, salut, merci pour tout, enfin non, pour rien, suis flattée, mais voilà, je peux pas , le prends mal….Et moi j’ai pris mes jambes à mon cou.

 

Oh p***** de p*****. Lesbienne, ok. Je vous promets que l’homosexualité ne me dérange absolument pas. Mais là, non non, je ne suis pas du tout d’accord, Germaine, elle doit pas du tout être amoureuse de moi, oh beurk beurk.

 

Alors j’ai couru, longtemps longtemps, j’ai planté Germaine, je ne savais pas trop où j’étais, sauf que j’étais sans doute toute décoiffée, avec de la terre partout et même des herbes dans les cheveux et sur mon pull, et ouhla genre crise de panique, et soudain oh miracle j’ai vu la tour, et j’ai couru encore, bon, en même temps vous me direz, c’était pas non plus monstrueux, j’avais pas de quoi flipper comme ça, mais merde, quand votre meilleure amie vous dit qu’elle est lesbienne et amoureuse de vous, ça fiche les choquotte quand même un peu.

 

À force de courir, je suis arrivée au château, j’ai foncé dans l’entrée, et j’ai percuté Gaston.

Ahhhhh Gaston….j’allais m’écrouler dans ses bras, quand j’ai senti qu’il y avait (encore) un souci.

C’est épuisant à la longue tous ces soucis.

Je commence à rêver de calme….

 

-       T’étais où?

 

Ohla, quel accueil, fichtre, il est ravi de me voir lui.

 

-       Hein? T’étais où? Suis là, comme un con depuis deux heures, avec les deux abrutis qui ont tout trouvé tout de suite, et toi…???? Je peux savoir? Et c’est quoi cette tenue, tu t’es roulée où?

-       Figure-toi, tu ne vas pas me croire, mais….

-       Non, laisse tomber, je vais pas te croire, t’as chopé Valentin, c’est ça?

-       Mais non, mais arrête un peu avec Valentin, merde, c’est Germaine…

-       Germaine a chopé Valentin? Tu te fous de moi en plus?

-       Mais laisse moi finir…bordel. (ça pose, bordel, là). Germaine, elle est amoureuse de moi. J’ai pas vu Valentin, j’ai fui Germaine, me suis cassée la figure, c’est tout.

-       Germaine, amoureuse de toi? Manquait que ça, les mecs te suffisent plus?

-       Mais j’ai pas dit que moi j’aime Germaine, c’est pas vrai, t’es devenu con ou quoi?

-       Bon. Admettons, t’étais avec Germaine, elle te fait sa big déclaration, et alors Valentin est où?

-       Mais j’en sais rien, moi…

-       Avec Pauline. Ça me revient. Avec Pauline, ils étaient ensemble. Oh l’enfoiré. Il va chercher à se la taper, c’est sur. L’ordure. Pauvre Pauline (pauvre pauvre….je dirais pas ça moi). Ce fumier avec ta soeur (oui, euh, elle est grande, elle se débrouille, elle peut gérer je pense). J’te jure Emma, s’il a touché à Pauline, je lui explose sa gueule à ce connard.

 

J’ai jamais vu Gaston comme ça. Je sais pas ce qu’il a depuis quelques jours, mais il est vraiment pas clair.

Et pourquoi il défend autant Pauline. C’est quoi le truc avec Pauline?

Je sentais bien quelque chose, mais c’est ma soeur quand même.

Et puis Valentin, j’ai pas trop envie que Gaston y touche.

Pas du tout même.

Pauvre Valentin…

 

-       Oui, vais lui démonter sa tête, à Valentin.

-       Gaston…calme-toi, mon chéri, s’il te plaît.

 

 

To be continued

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /2010 16:21
24H

(Previously, in my 24 hours, tout le monde s’engueulait. Là, je pense avoir bien résumer. Tout le monde, c’est Gaston et moi, Germaine, et moi, Pauline et moi…Pauline, qui inopinément croise un bel italien s’appelant Fabrizio et qui tombe sous son charme, alors que ledit Fabrizio est soupçonné par Germaine de se faire draguer par Cathy. Pour fuir ces nombreuses complications, je me cache dans la tour et décide de fumer une cigarette. Mais dans la tour se trouve aussi Valentin. Et sous une lune des plus romantiques, nous nous sommes embrassés…)

 

Huuuummmppppppffffuuiiiiittttttttt. Waouh. Ppppfffffffff.

Il embrasse trop bien.

Et c’est trop bon.

Et la nuit est trop belle.

Et on est trop en retard pour le dîner.

 

Valentin et moi avons eu du mal à nous arracher de nos bras et langues respectifs, on était assez emmêlé au sommet de cette tour, mais ça devenait franchement imprudent, considérant le détail non négligeable qu’on était très vraissemblablement attendus, chacun par nos moitiés respectives.

 

On a échangé encore quelques “J’y crois pas, c’est merveilleux, on essaie de se retrouver très vite, bisou, bisou, oui, encore un, un dernier…”, j’ai filé dans l’escalier pour rejoindre la salle d’armes où le dîner était servi.

Valentin avait décidé de rester fumer une cigarette, ce qui me laissait le temps de réapparaître, seule, détendue (mouais…), et souriante (l’air benêt sans doute).

 

La première personne que je vis fut Gaston. Il n’avait pas l’air content du tout. En fait, il avait même l’air sacrément furibard. Comme je suis très douée pour sentir arriver les situations de crise, je me suis doutée qu’il fallait en urgence que je trouve une pirouette cacahouete à lui fournir. Mais d’une main ferme et froide, il m’arrêta dans mon élan. (Pour les réalisateurs hollywoodiens qui s’intéressent autant à la saison 3 qu’aux précédentes, je précise que nous sommes donc à l’entrée de cette grande salle. Le regard noir et perçant de Gaston est posé sur moi, sa main tendue bien droite devant lui, comme celle d’un homme prêt à jurer votre honneur que je vais tuer cette femme si elle me ment, et le ton glacial qui l’accompagne, à faire geler le soleil en deux secondes trente. Ça fait très peur, il faudrait même trouver une petite musique genre celle de l’Exorciste ou un truc du même style, enfin bref on se met à la place de l’héroïne qui pétoche mais est trop intelligente pour tomber dans ce piège à la fois masculin et ridicule. Cela dit masculin et ridicule, ça peut parfois être des pléonasmes.)

 

-       T’étais où?

-       Dans le parc.

-       Et tu faisais quoi dans le parc?

-       Je cherchais Pauline.

-       Tu crois que je vais te croire?

-       Tu fais comme tu veux. Je cherchais Pauline, c’est tout.

-       Et tu l’as trouvée?

-       Oui, dans les bras de Fabrizio (Tiens prends ça grand schnock, toi qui n’arrête pas de tourner autour de ma soeur). Un italien que Cathy a invité. Tiens d’ailleurs regarde, les voilà.

 

Et hop, pendant que Gaston tourne la tête, je m’éclipse et fonce vers Germaine. Ça sent la grande scène du 2, Hiroshima à côté aura été un compte de fées, j’ai la très nette impression que ce coup-ci la crise est inévitable.

Mais je ne l’affronterai pas le ventre vide. Là, l’urgence, c’est un mojito, et dîner. Simuler aussi que je suis totalement pompette ohhhh trop drôle le château où l’on y voit que pouic, et ronfler. Non, pas ronfler, il serait capable de me secouer pour que j’arrête. Dormir, déjà, c’est sans doute la solution.

 

 

Je me suis réveillée avec un superbe rayon de soleil. Aussitôt gâché par un énorme nuage, sous la forme d’une attaque, que dis-je d’une attaque, d’une aggression verbale et massive de Gaston.

C’est dingue ce que les mecs peuvent être lâches. Quand ils ont un truc à dire, ils ne vont pas attendre qu’on soit fraîches et disposes et en état de parler. Ah que non. Ils guettent le moment où nous sommes bien faibles et légèrement pas réveillées du tout, donc très fragiles psychologiquement, et ils se mettent à mordre. Un peu comme les roquets qui s’accrochent aux jambes de pantalon et ne lâchent plus, en faisant des ggggrrrrrr ggggggrrrrr qui n’en finissent pas. C’est assez insupportable, mais d’un point de vue ethnologique c’est pas inintéressant.

Et au réveil, en Margaret Mead de l’homme viril et énervé, je me trouve assez douée.

 

Pendant ce temps-là, je subis sans vraiment entendre les critiques de Gaston. Qui sont la quintessence de la mauvaise foi masculine. Si on est là c’est de ma faute, je n’ai jamais cessé de penser à Valentin, je lui cache plein de choses, il est très malheureux mais il ne dit rien (Victime et martyr, admirable, bravo…), je me tiens n’importe comment (Là, je vois pas, j’ai rien fait hier. J’étais pompette, mais j’ai rien détruit pour une fois), j’attends qu’une chose c’est que Valentin m’embrasse (Pour être précise au vu des derniers évènements : qu’il m’embrasse encore. Mais ça je le garde pour moi)…Ouhlala, ça va pas le faire Gaston. Mais alors pas du tout.

Devant un tel vomi verbal, je ne peux que réagir. Je ne vais tout de même pas le laisser se pavaner, au milieu de la chambre, en caleçon (ce qui le rend assez grotesque tout de même), en train de remuer les bras dans tous les sens, comme un contrôleur aérien sur le tarmac, imposant sa colère démesurée et son autorité déplacée. Va falloir redescendre d’un ton mon p’tit. 1, j’ai mal au crâne, et 2 t’as tort (Bon, je reconnais, pas sur tout, mais je ne vais pas apporter de l’eau à son moulin tout de même).

 

Je me redresse dans le lit, au rythme des grincements du sommier. Je suis sereine, posée, mon ton est clair et respectueux, je ne parle pas fort car je sais que c’est ainsi que je peux le calmer.

-       Gaston, calme toi.

-       Non, je ne me calmerai pas.

 

Raté.

 

Changement de tactique.

 

-       Très bien, et bien ne te calme pas. T’es grotesque mon pauvre ami. T’es en train de hurler, de Quimper à Ouessant ils sont au courant que tu divagues. Mais tu crois quoi? Que j’ai pas vu ton manège avec Pauline? T’es là, à lui tourner autour, à lui sourire, et nianiania Emma elle est trop méchante ta soeur, t’inquiète je suis là. Oui, ben tu l’as dans l’os mon vieux, Pauline a flashé sur Fabrizio, et réciproquement, et tu te venges en me gueulant dessus? Mais t’es complètement barré c’est pas possible. Si je te dis que je ne SAVAIS PAS que Valentin serait là, c’est que je ne le savais pas. Oh, et puis c’est vrai, t’as bien les boules, avec ton ex qu’a viré gouinasse. Mais grandis un peu nom d’un chien, je suis là, je suis avec toi, tu crois franchement que je suis venue pour Valentin?

-       Bon, ok. T’as pas tort. Enfin, si, pour Pauline. Mais c’est vrai que ça me fiche les glandes de voir Cathy avec une nana, même si c’est Germaine.

 

(Alors là, Emma, chapeau. Trop forte. Avoir sorti comme ça le coup de l’ex et que ça marche…trop forte vraiment. Ouf ouf ouf)

 

-       Bon allez, excuse-moi, on va pas se gâcher le week-end pour ça. Tu ne colles pas trop Valentin, tu t’éloignes s’il te colle, et ça sera nickel, ok?

 

Un mec qui dit désolé, ça vaut une fille qui dit : je t’aime, tu es le plus beau le plus fort le plus intelligent j’ai énormément de chance tu es merveilleux je suis nulle je te demande mille fois pardon. Et puis c’est pas le moment d’envenimer la situation. Va pour le excuse-moi, et on embraye.

 

-       Allez, c’est rien. On a tous le droit d’être énervé, non? Bon, si on allait prendre un petit-dej?

 

Voilà comment j’ai réussi à stopper la crise. N’empêche, j’avais eu chaud.

Et je me demandais comment ça se passait du côté de Valentin. Parce que sa Valentineuhhhh, m’est avis qu’elle doit pas être bien commode non plus. Vaudrait mieux éviter qu’ils se parlent avec Gaston, ça pourrait nous attirer des ennuis.

 

Au petit déjeuner, on retrouve Germaine, pimpante, souriante, nous demandant si la nuit a été bonne. Oui, très bonne merci, bien sûr, on ne te dit pas que dormir à l’auberge du cul tourné dans des draps qui sentent le moisi, c’est pas glop, on va pas s’arrêter à ce genre de détails.

Germaine nous donne deux ou trois infos sur la journée, ce matin chacun fait ce qu’il veut, on devrait en profiter pour aller se promener, rien que le parc c’est une merveille, y’a même un étang (intérieurement je me dis que même un étang, c’est bien, avec un bon parpaing, au pire, je peux y dissimuler Gaston, ou Valentine, ou même les deux, faut que je trouve cet étang), et après le déjeuner, ça va être très chouette et très sympa, on va tous faire un grand jeu de piste.

 

Super idée le grand jeu de pistes, les week-end scouts, ça me manquait drôlement. Non, mais c’est quoi cette idée Germaine? Un jeu de piste? Ben voyons…j’ai pas envie de te gâcher ton plaisir, mais moi c’est pas trop mon truc le jeu de pistes. Quant à Gaston, il passe de placide faussement jovial, à crispé. C’est dingue comme il se crispe depuis hier, il va finir tout de travers si ça continue. Et je te fais des grimaces, et je tords ma bouche dans tous les sens…

 

Et Germaine qui continue…Oui oui  un grand jeu de pistes, bon, en équipes bien sûr, c’est plus rigolo, alors on va faire des équipes de trois, et bien sûr hihihi on sépare les couples, voilà, tout est prévu mais là ça va être la surprise…

Gaston n’a pas du tout l’air de trouver ça drôle. Moi, là, si on pouvait m’éviter deux ou trois surprises, ça m’irait bien. Je veux bien embrasser encore très longtemps sous plein de belles lunes Valentin, je veux même bien plus si affinités, et je peux vous dire que y’a affinités, j’ai bien senti, mais c’est pas trop la peine non plus que je me tape des crises et des scènes de Gaston toutes les trois heures. Ça fatigue à force.

 

-       Et voilà, on y revient. T’es contente Emma, tu vas pouvoir…

-       Je vais pouvoir quoi? Vas-y, dis-moi, je t’écoute, ça me passionne.

-       Tu sais très bien de quoi je parle.

-       Oui, je sais. Je sais aussi que t’es complètement à l’ouest, tendance parano obtu.

-       Je suis parano? JE suis PARANO? Nymphomane, va…

-       Pardon?

-       Oh, c’est bon. J’vais pendre l’air, tu me fatigues, regarde ta tête, t’es toute excitée depuis que Germaine a parlé de son jeu de pistes.

-       C’est ça, va te rafraîchir les idées. Salut.

 

Et Gaston est sorti. Merde alors, ça s’arrange pas en fait.

Germaine a l’air très ennuyé. Et me demande si ça va entre Gaston et moi. De temps en temps je me dis qu’elle est un peu con quand même. Ça va très bien, c’est évident, non?

Ça commence bien cette journée. Puisque c’est comme ça, j’vais prendre l’air aussi, tiens. Pas envie de tout expliquer à Germaine.

 

Si je me souviens bien, la sortie du château, c’est la troisième à droite, après le rond-point (eheh). Je passe devant un petit salon, un moyen salon, un grand salon, je fais encore cinq mètres, et je freine. Non, je stoppe. Vous savez, comme dans les dessins animés, quand le héros qui va très bien et court vers un avenir très drôle se bloque en plein mouvement et recule. Voilà, c’est exactement ça. Je stoppe, et je recule. Lentement, mais sûrement, et sans faire de bruit. Ou presque, parce que le vieux parquet vermoulu (faut dire, avec l’humidité, ça aide pas), craque à chaque pas.

Et là, qui je vois dans le grand salon, hein? Je vous le donne en mille.

Attention, ça va vous faire un choc. Moi, j’en ai eu un tout de même. Un sacré même.

 

Là, dans le grand salon, y’a Fabrizio. Fabrizio et ses dents blanches, et son torse abdominé, et sa chemise blanche qui sent bon jusqu’ici, et ses yeux qui disent “Tou es la plou bellissima que yé jamais vou”, et qui tient une main.

 

Et à qui elle est, cette main? Hein?

 

Quel salaud ce Fabrizio, dire qu’hier il embrassait ma soeur, quel salaud.

Ordure d’italien vérolé.

Lâche cette main tout de suite.

Ah, j’ai oublié de vous dire de qui il tient la main.

 

C’est de Valentine.

Comme je vous le dis.

 

Salaud. Et Pauline??

 

Bon, en même temps, c’est la main de Valentine, c’est vrai.

 

Ppppppfffff.

On n’est pas sorti de l’auberge.

 

To be continued.

Et pendant ce temps-là, que fabrique Valentin? 

 

 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /2010 17:25
24H(Previously, in my 24 hours, nous arrivions au château Lesbosland, Gaston, Pauline, et moi. Après avoir constaté que je risquais de m’y perdre plus souvent qu’à mon tour, nous partions tous chercher du vin, quand, soudain, percutée je fus, par Valentin…)

 

Dans les films, y’a un truc que j’adore, c’est les retournements de situation, les imprévus et les situations auxquelles on s’attendait parce qu’on a déjà vu plein de films avant, mais celle-là, on s’y attendait quand même pas.

Dans ma vie j’aime moins.

Et j’aime encore moins que Valentin y soit constamment mêlé.

J’ai pas dit que j’aimais pas Valentin. J’apprécierais juste qu’il se trouve ailleurs que là où je suis, et surtout quand c’est pas du tout le moment d’y être.

 

Autant vous dire que sa main sur mon sein dans un escalier sombre au milieu d’un château breton, alors que n’y lui, ni moi, n’aurions du être là, a très nettement refroidie l’athmosphère, comme s’il en était encore besoin.

Subitement, de glaciale, la situation est passé à chaude, très chaude, voir même chaud brulant. Personnellement, je me serais bien téléportée sur une autre planète de façon quasi définitive. J’aurais même accepté les oreilles de Spock si ça pouvait aider à me faire disparaître.

 

En plus, c’est pénible, parce que clairement, on n’y était pour rien. Personne ne nous a cru, mais on n’y était pour rien, et vous êtes témoins que c’est vrai. Pourriez aider d’ailleurs sur ce coup-là. M’est avis que Valentin et moi allons avoir besoin de médiateurs.

Parce que Valentine, ça ne l’a pas faite rire du tout. En fait, elle a émis un son genre hyènne enragée, pas très sexy, dans lequel j’ai cru reconnaître des “espèce de salaud ordure pauv’merde”, ou un truc approchant.

Gaston était moins proche de la hyènne dans le son, c’était plus Sher Khan qui rugissait dans mon dos “Je le savais, je le savais, je peux même pas te faire confiance…”

Pauline répétait “C’est qui c’est qui c’est qui????” en gloussant, à nouveau. Quand je dis que ma soeur est une poule, c’est qu’il y a de bonnes raisons, outre ses gros nichons et ses cheveux décolorés, parce qu’elle le vaut bien.

Cathy, que je reconnus derrière Valentine, qui était derrière Valentin, s’écria : “Ah…Gaston…!!!”. Ça veut dire quoi, ça “Ahhh Gaston”?? Ben oui, c’est pas le pape, ça se voit quand même, elle est forte d’arriver à reconnaître encore son ex.

Germaine était, comment dire? Vous voyez une éponge après usage? Pareil, mais en rouge. Trempée dégoulinante, esoufflée, et l’air en vrac…”Oh…suis désolée, j’ai oublié de vous prévenir…”. Merci, c’est malin, on n’est pas dans la mouise maintenant.

Gaston a dit “Viens Pauline, on remonte”, je me suis dit “Comment ça ils remontent? Ils sont montés où avant?”, Germaine m’a dit “Désolée ma chérie”, j’ai dit “Là, tu peux”, Valentin a dit à Valentine “Mais euh mais euh”, ce qui en langage normal devait vouloir signifier “Je te jure et te promets que c’est une terrible coïncidence”.

 

Et tout le monde est remonté.

En faisant la gueule.

C’est étrange quand même, à chaque fois qu’on se croise, tous autant qu’on est, on finit par se faire la gueule.

Ppffff…j’y réfléchirai plus tard.

 

J’étais à peine sur le palier, ne sachant plus si je devais aller à droite ou à gauche, que Gaston m’a attrapée par le bras. “Tu le savais, tu le savais, et tu ne m’as rien dit. C’était un piège…Valentin, tu l’as pas oublié, et là t’aimerais bien que ça soit lui qui te tienne. C’est loupé ma petite. Mais t’inquiète, tu vas pas t’en sortir comme ça, je compte pas me barrer, je vais rester et t’avoir à l’oeil, c’est moi qui te le dis”

Oh, ben dis donc Gaston on se calme. “Tu peux penser ce que tu veux, je m’en fous. Je savais pas qu’ils seraient là. Tu crois que ça me fait plaisir de voir cette espèce de dégénéré? Mais t’es pas bien mon pauv’Gaston, t’es pas bien, et t’es sacrément jaloux et je déteste ça (Non, c’est pas vrai, j’aime bien, c’est flatteur, mais je ne vais pas lui faire le plaisir de lui dire). Oh, et puis gueule si tu veux, je m’en fous, va voir Pauline, puisque tu lui tournes si bien autour, tu crois que je ne t’ai pas vu? Tu ferais bien de me lâcher, et de la lâcher aussi, t’es vraiment lourd, là. Excuse-moi, y’a un apéro dans la grande salle, moi j’y vais, tes conneries je m’en balance. Salut. “

 

Ce qui m’énerve, c’est que pour une fois je ne suis vraiment pas responsable. Germaine est nulle, elle aurait pu me le dire, pour Valentin.

Allez, direction mojito, c’est urgent. Commence à me saouler ce week-end. Et on est à peine arrivé, ça promet.

 

 

Je me croyais enfin tranquille, que Germaine déboule, et me tire par le bras. Va falloir arrêter avec mes bras, c’est agaçant à la fin.

- Emma suis désolée, vraiment désolée, mais…

- Oh, ça va, tu vas pas passer le week-end à t’excuser en plus?! C’est fait, c’est fait, voilà.

- T’es vraiment sympa. Faut dire suis à cran, tu sais quand même je me pose des questions sur Cathy, je me demande si elle ne vise pas quelqu’un d’autre en ce moment, en plus, ben figure toi que c’est un homme, et moi je reste là comme une poire, bon, ok, j’ai découvert l’amour au féminin, et je te jure que c’est génial, un truc tu peux pas imaginer (en même temps j’ai pas envie d’imaginer, Germaine, pas envie du tout même)…

- Oh, Germaine, mais tu racontes quoi? Cathy t’aime, c’est évident…Enfin, dis-moi qui c’est, je te donnerai mon avis.

- Un mec avec qui elle bosse, un italien, Fabrizio, mannequin, dans la lingerie, tu vois le truc? (Oui, là, je peux un peu mieux imaginer, l’italien mannequin dans la lingerie), et elle l’a invité, soit disant il est de passage à Paris, mais je suis sûre que c’est du pipeau…

- ça va Germaine, j’ai compris l’idée, je vais observer très discrètement, tu me connais, et je te dirai ce que j’en pense, ok? Je peux y aller, là, j’ai vraiment besoin de boire un verre…

 

ça commence à faire beaucoup pour ce soir. Gaston qui me soupçonne du pire, Pauline qui tourne autour de Gaston et inversement, Germaine qui pense que Cathy drague ailleurs, et Valentin qui confond mon sein et une rampe d’escalier…

Ce coup-ci, j’y vais, boire mon verre.

La grande salle est pleine de gens que je ne connais pas. Je me demande bien d’où ils sortent, tous ces gens que je ne connais pas. Pleine…c’est un peu exagérer, mais à vue de nez, y’a trois ou quatre couples, je vois pas bien, qui sont déjà en train de boire. Et puis y’a ce grand type, là, près du buffet, qui est juste un Apollon en mieux. Bon, Apollon était grec, mais je ne me souviens plus de son nom en latin. Alors, on va dire, un sublissime magistral canon de beauté. Et comme je suis très fine et que j’ai plein de nouvelles infos, j’en déduis que c’est le fameux Fabrizio. Qui me regarde, me fait un grand sourire, et la blancheur de ses dents parfaites m’éblouit, comme dans la pub, avec même l’éclat brillant sur une incisive et tout et tout et…

 

-       J’ai tellement entendu parler de toi, je suis ravi de te rencontrer.

 

Qu’est-ce que c’est encore?

 

-       Je m’appelle Philippe. Et tout le monde me dit “Philippe, il faut que tu fasses la connaissance d’Anne-laure”, alors là c’est vraiment incroyable non?

 

Mais c’est qui ce con? Comment il m’a appelée? Anne-Laure? Il est pas bien lui? Allez ouste, remonte dans ton arbre, le singe, t’es pas drôle et tu m’empêches de passer, et là, j’ai dit, faut que je boive un verre, c’est urgent même. Et puis Fabrizio est …enfin, juste pour le plaisir des yeux, mais il est …regardable et…disparu. Paf, plus de Fabrizio. L’autre abruti se met sur ma route, me parle de je sais pas qui, et l’italien s’est envolé.

J’ai tout faux ce soir, et je sens que je vais disjoncter, et puis très très vite.

 

Tant pis pour le verre, je vais aller fumer une clope dehors. Je ne sais même pas où est passé Gaston, d’ailleurs je m’en contre fiche.

 

 

Enfin seule. La lune brille, il fait doux, même meilleur que dans le château, y’a pas de con à l’horizon, je prends mon paquet, sors une cigarette, allume mon briquet, et …

-       J’ai craqué dès que je t’ai vue (à prononcer avec l’accent italien. Si vous n’y arrivez pas, faites vous des penne al pesto, ça aide bien).

-       Moi aussi. (Gloussements)

 

Manquait que ça. Vu l’accent, c’est évident que c’est Fabrizio. Et vu les gloussements, c’est clair que c’est Pauline. Pauline ma soeur. Merde, c’est qu’elle n’est pas avec Gaston alors. Et j’ai dit à Gaston des choses affreuses sur Pauline et lui et ohlala ohlala, mais qu’est-ce que je fais là moi? Je fais que je me penche un peu, comme ça, vous voyez, genre contorsions sur le côté droit, pour voir un peu quand même, il s’agit de ma petite soeur, faut pas charrier, on ne sait rien de ce Fabrizio…sauf que là, Pauline est en plein cours de langues.

C’est une adulte.

Et lui, c’est pas Gaston.

Si je fume ma clope ici, ils vont se sentir observés, et Pauline va me prendre la tête sérieusement.

Je commence à m’habituer à ne pas être là où je devrais, et à en partir. Donc, je pars fumer ailleurs.

 

Reste la tour. Il fait trop nuit pour observer le paysage, et puis jouer à Anne ma soeur Anne, c’est pas mon truc. Mais pour fumer, je vais enfin être paisible. Allez, zou, à moi la tour.

 

Ouh ben dites donc, elle est haute la tour. D’abord, il a fallu que je trouve mon chemin, et avec mon sens imparable de l’orientation, j’ai du ouvrir cinquante portes au moins avant de trouver la bonne. Et puis, y’a eu l’escalier à grimper. Dans le noir. C’est une manie de ne pas éclairer ici.

 

Enfin, je suis arrivée, je suis seule, il fait toujours bon, la lune brille, elle est superbe, ronde, en cercle parfait, et je peux me poser.

Mais pas là.

Là, y’a un truc rouge qui brille. Et s’éteint. Et rebrille. Et se rééteint.

Comme un bout de cigarette.

Or, il me semble qu’une cigarette doit être tenue par quelqu’un pour être fumée. Donc il y a moi, une cigarette, et quelqu’un.

Et comme je suis très perspicace, je crains le pire.

 

-       Emma?

-       Valentin? (Oh non…enfin, oh si, mais oh non quand même, enfin…pppffff, je sais pas, j’en étais où? Ah oui…Valentin)

-       C’est pas banal, hein?

-       Non, ça c’est sûr, et puis je pensais que tu ne serais pas là, enfin, avec ton mot, et en fait si t’es là, et et et (Je me mets à bégayer en plus, trop bien, c’est le moment.)

-       Moi aussi, pareil, Emma, je pensais pas que je te verrai, enfin, pas ici, et comment vas-tu depuis cette nuit chez les flics? Ça me fait plaisir de te voir, tu as l’air en forme, bon, t’es toujours avec Gaston, mais là tout à l’heure ça avait l’air tendu, j’espère que ce n’est pas à cause de moi, enfin c’est cool que tu sois là…

-       Oui, toujours avec Gaston, mais oui, là c’est un peu tendu en ce moment, enfin, ça arrive, et moi aussi suis heureuse de te voir, tu m’as man…man…mangé toutes mes huitres la dernière fois que je t’ai vu (n’importe quoi mais toujours mieux que de lui dire tu m’as manqué)…

-       J’aurais aimé en manger plus et plus vite (il dit quoi là? Je comprends rien du tout d’un coup).

 

Et tout en disant n’importe quoi, il se rapproche de moi.

À moins que ça ne soit moi qui me rapproche de lui.

En fait on se rapproche tous les deux l’un de l’autre.

On est de plus en plus près, très très près, et il me prend par les mains, je le laisse faire, et m’attire vers lui, et je le laisse faire, enfin, j’aide un peu, il me dit que mes cheveux sentent bon, je souris, la lune sourit, c’est incroyablement romantique, on pourrait entendre chanter tous les anges du ciel.

 

Et Valentin m’a embrassée.

 

To be continued.

 Et pendant ce temps-là, Valentin...

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /2010 16:18
24H

 

(Previously, in my 24 hours, Je disais à Germaine que je n’allais pas à son week-end “j’aime les lesbiennes”, je disais la même chose sans le vouloir à Valentin, j’essuyais un refus de Gaston d’aller au dit week-end, je finissais par le convaincre d’y aller, et continuais à vouloir tuer ma soeur)

 

 

Et voilà, on est parti pour ce super week-end à Lesbos en Bretagne.

Les valises sont dans le coffre, Pauline est à l’arrière, (ça, ça me gonfle…), Gaston est détendu, tout est parfait dans ce monde parfait.

Il fait beau, et même très beau.

Ça va être un excellent week-end.

Pauline s’est endormie dès que Gaston a mis le contact. Et tant mieux, au moins elle va fermer son clapet.

Parce que ça s’est sérieusement dégradé depuis qu’on lui a dit qu’elle venait avec nous. Enfin, si elle voulait. Elle était pas obligée en même temps. J’ai bien insisté sur le côté pas obligée mais ça devait sans doute lui faire plaisir de venir, elle n’a pas dit non. Gaston a souri. J’ai rien dit. Et Pauline lui susurre des “Merci Gaston” à tout bout de champ, et Gaston lui envoie des “Ce n’est rien Pauline, c’est un plaisir” toutes les deux secondes.

 

J’ai parfois l’impression qu’un truc m’échappe, je sais pas bien quoi, faut que je creuse.

Sauf que là, c’est pas le moment.

 

Comme je m’emmerde un peu, j’entame une vraie discussion de couple. C’est pas trop l’endroit, mais bon, pourquoi pas, allons-y.

 

-       ça se passe bien nous deux, hein?

-       Ben oui, super.

-       T’es heureux avec moi?

-       Bien sûr.

-       C’est cool. Moi aussi.

-       Tant mieux.

-       Y’a rien qui te manque?

-       Mais qu’est ce que t’as? Tout va bien, suis heureux, c’est super, mais là tu vois, suis juste un peu naze, ça roule pas, on n’est pas arrivé, et ça m’énerve. Donc on va pas parler, on parlera plus tard, ok?

-       Ok

Là, on a vraiment eu une bonne discussion. C’est bien, c’est important dans un couple de parler et d’être sur la même longueur d’ondes.

 

 

 

On a fini par arriver. Comme quoi tout arrive. (Oui, c’est nul, mais j’essaie de détendre l’athmosphère).

 

Vous avez vu Psychose? Vous savez, ce film super drôle avec un fils super bien dans sa tête qui adore prendre des douches avec des jeunes filles qui n’ont rien demandé à personne, avant d’aller préparer de bons repas pour sa maman? Vous voyez la maison? Moi, là, je la vois très bien. Elle est juste sous mes yeux. Ou plutôt, je suis juste sous elle, parce que cette baraque dans laquelle on va passer trois jours que j’ai vendus comme allant être gé-niaux à Gaston, cette baraque donc, elle est tout pareil. En pire. Énorme, gigantesque, et sombre. Très sombre. Y’a même une tour qui n’en finit plus, doit y avoir des tas de corbeaux dedans, ça fait un bruit terrible les corbeaux. Comme le rire stupide de Pauline. Je sais, vous n’avez jamais entendu Pauline rire. Imaginez des corbeaux, en pire.

 

Germaine, souriante et toute excitée, nous accueille. C’est aussitôt bisous bisous, vous arrivez enfin, pas trop fatigués? Pas trop long la route? Suis tellement, tellement heureuse de vous voir, vous ne pouvez pas imaginer, ce week-end est très important pour moi, sans vous il aurait été différent…

 

Gaston trépigne, grimace, s’agace et rechigne. (Je ne sais pas bien à quoi il rechigne, mais c’est pour la rime avec trépigne).

Pauline glousse. Depuis qu’elle sait pour Germaine, elle glousse.

Je reste stoïque, bisous bisous Germaine ma chérie t’es superbe, on est très content d’être là, ça va être trois jours top, les autres sont déjà arrivés? Oui? Ils font le tour du château? Ah d’accord ok…Faut dire, c’est beau. C’est grand, et puis c’est sombre quand même un peu, surtout de nuit, mais c’est beau.

Oui oui on veut bien faire le tour.

Allez allons-y Alonso (je ne m’en lasse pas de celle-là)…

 

Et comme de gentils petits moutons, nous suivons Germaine.

 

Je ne vais pas vous refaire toute la visite, ça serait trop long. Ce qui est sûr, c’est que le château est encore plus grand à l’intérieur que vu de dehors. Avec des couloirs interminables, des portes partout, c’est ni numéroté ni fléché, on s’est déjà paumé trois fois, je ne sais pas si un jour on arrivera à destination, Germaine commente tout genre conférencière pour groupes férus d’histoire et de vieilles pierres, on va dire que c’est l’émotion. Moi, là, les vieilles pierres, franchement je m’en tamponne le coquillard, je voudrai juste m’asseoir et manger. Si “les autres” visitent aussi, ça va finir par faire KohLanta comme soirée, nous on est les rouges, eux les jaunes, les premiers à table ont gagné une immunité.

 

En plus, le château est hyper mal éclairé, je me cogne tous les trois mètres dans un meuble qui n’avait rien à faire là, et Germaine nous entraîne dans un dédale d’escaliers et de couloirs, tous plus mal éclairés les uns que les autres. J’étais pourtant convaincue que l’électricité était arrivée jusqu’en Bretagne. On peut se tromper.

 

Gaston râle assez peu discrètement, il profère des sons comme “faim”, “dormir”, “froid”, “merde”…

Et Pauline glousse encore.

Si elle doit glousser comme ça tout le week-end, ça va finir par être crispant.

 

Je commence à avoir des doutes sur les jours qui arrivent, et le côté sympathiqe de la chose. Gaston fait très ouvertement la gueule. Germaine fait genre j’ai rien vu, mais je vois bien qu’elle est blessée. Pauline a muté en poule, j’attends la ponte d’un oeuf pour dans pas longtemps, et moi, j’ai froid. Et quand j’ai froid, rien ne va.

 

-       Voilà vos appartements…

 

Germaine ouvre une lourde porte en bois, ça grince, ça crisse et ça craque, on se croirait dans “Fantôme à vendre”, Pauline, fait “bouhhhhhhh bouhhhhhhhh”, Gaston dit “enfin”, Germaine dit “merde me suis trompée, c’est un escalier dérobé”, je me dis “ça s’arrange pas”.

 

Deux autres portes et un couloir plus loin, nous arrivons enfin. Perso, j’aimerai bien que l’on me fournisse un plan du château, ça serait vachement sympa quand même.

La chambre, ça va à peu près. Je ne sais pas si j’arriverais à la retrouver, mais ça va à peu près. Et puis là, je vais pas faire la difficile.

 

Germaine nous demande si ça nous plaît, ça nous plaît, de toute façon au point où l’on en est, tout nous plaît, à condition de pouvoir manger bientôt. Je connais Gaston, il commence à avoir sa tête des mauvais jours. C’est ce qui arrive quand il a faim. Il a une tête genre m’approchez pas je vais mordre, c’est pas très sympathique, faut en général activer le mouvement sinon, ça peut virer au drame.

Alors oui, Germaine, ça nous plaît beaucoup, le lit à sommier défoncé option bruitages intégrés, les escaliers dans tous les sens, le plancher qui s’effondre, les robinets qui fonctionnent pas et les tuyaux de la salle de bain avec l’eau rouillée, et le froid c’est super ça conserve la fermeté des chairs, c’est chouette, mais là fait faim ma chérie.

 

Soit je l’ai dit tout fort, soit elle lit dans mes pensées.

 

- Vous devez avoir faim, après toute cette route. On va aller dîner. Je vous emmène à la cave, (Hein? On dîne à la cave? ça craint, Germaine. T’avais dit qu’il y aurait des surprises, mais là ça craint), on va aller chercher de bonnes bouteilles (Ah ok la cave bien sûr…Suis fatiguée moi…).

 

Et nous voilà repartis, Germaine en tête. Je prends mentalement des notes : “Descendre un escalier, tourner à gauche, à 400 mètres ouvrir une porte, la refermer parce que c’est pas la bonne, aller plus loin, continuer sur votre file, ouvrir une porte, attention à la marche, on n’y voit rien, tourner à droite, longer le mur pour être sûr de ne pas tomber, descendre un escalier…”

Tout ça dans le noir. Germaine s’excuse, les plombs ont sauté dans l’escalier de la cave, tant pis, on fait attention et on avance et BOUM.

 

On a vraiment fait BOUM.

Boum dans un escalier en pleine descente, ça freine considérablement notre avancée.

La source du boum dit “Désolés”. On dit “Désolés”. Je sais pas à qui, on n’y voit toujours rien, mais bon, on est urbain quand même, alors on s’excuse, les autres, ceux qui nous ont percutés, s’excusent, tout le monde essaie de se pousser, ça se bouscule à droite, à gauche, pardon, pas là, aïe, oh navrée c’est vos pieds, c’est pas grave, attendez je me décale, après vous, mais non je vous en prie, hihihi.

 

Moi, je bouge pas trop. J’évite juste de tomber, même si je suis spécialiste es chutes en tout genre et autres catastrophes.

Soudain je suis saisie sans sommation (admirez l’allitération, quand même j’ai un certain talent pour la narration, je trouve). Une main me tient fermement. Par le sein gauche (que je n’ai pas si gros que ça, pas la peine non plus d’imaginer des trucs là). C’est gênant, Gaston est juste derrière moi, même s’il ne voit rien, ça pourrait l’énerver, il sait se montrer jaloux, et c’est un week-end un peu gay, alors faudrait pas que…Enfin, j’ai rien contre, mais c’est pas trop mon truc à moi, les filles.

 

Je tente de repousser cette main, elle s’obstine, bon, en plus, c’est pas trop désagréable, je me dis, “c’est pas grave on est dans le noir, personne n’a rien vu, y’a rien de dramatique”, et la lumière s’allume.

 

Je sais pas si c’est une blague d’EDF, mais j’aurai pas choisi ce moment pour remettre le courant.

À bien y réfléchir, c’était carrément pas idéal.

Car sous l’ampoule qui brille maintenant très franchement, je vois la main toujours posée sur mon sein, et tout ce qui va avec.

 

-       Emma…oh…euh…bonsoir…excuse-moi…j’ai cru que…

-       C’est rien Valentin. C’est rien. Tu pourrais enlever ta main, maintenant?

 

To be continued


Et Valentin, alors? 

 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /2010 16:36
24H

 

(Previously, in my 24 hours, nous recevions Gaston et moi une invitation à passer un week-end pour fêter le printemps et l’amour de Germaine et cathy. Gaston refusait d’y aller, Pauline, ma soeur qui habite chez moi et ça me gave, me servait d’alibi, je prévenais Germaine, mais bien sûr, me trompais, et prévenais en fait Valentin que nous ne serions pas de la fête)

 

 

-       Alors, Germaine est goudou?

-       Pauline, sois pas vulgaire. Pas goudou, lesbienne, s’il te plaît.

-       Oh pardon, ma langue a fourché (Et elle explose de rire en plus. Quelle abrutie ma soeur). Et de qui broute t’elle le gazon?

-       Pauline, merde!

-       Ah, là c’est toi qui es vulgaire.

 

Je vais la tuer. L’anéantir. En même temps je ferai un geste pour préserver l’environnement, personne ne m’en voudra. C’est hyper bio comme attitude.

 

-       Alors, tu peux le dire, quand même?!

 

Ding

Un sms. Sauvée par le ding. Ça doit être Valentin.

Raté. C’est Gaston.

 

“Emma. Dis à Germaine qu’on est pris, démmerde-toi, je n’irai pas.”

 

Ppppppffffffff. Il n’est pas calmé, lui.

 

-       C’est qui?

-       Ça te regarde?

-       T’es pas drôle, si on peut plus discuter entre soeurs, même pas un peu de complicité, ça fait mal, Emma, tu sais, ça fait mal…

 

Et moi, ce qui me fait mal, c’est de te voir tous les matins au réveil. Mais ça je ne le dis pas. Je suis forte. Je garde ces sentiments venimeux pour moi. Débile de blonde à gros seins. Et si ça continue, je me barre vivre chez Gaston. Je te laisse l’appart, je prends juste le ficus. Voilà.

 

Germaine…Pas la peine de reculer plus longtemps. La situation est critique, mais pas désespérée. Houston, we have a problem…

Telle une Salomon du sentiment, je dois trancher.

Et je tranche pour Gaston.

Allez Emma, haut les coeurs, inspire un bon coup, tu peux y arriver.

 

“Ma chérie, je viens de recevoir ton invitation et suis vraiment ravie pour toi. Te savoir heureuse au point d’organiser un week-end me réjouit. Et, franchement, j’aurais adoré venir, et Gaston aussi (Et toc pour Gaston). Malheureusement nous ne pourrons pas. Pauline, ma soeur (tu te souviens de ma soeur…) squatte chez moi depuis quelques jours. Elle va mal, nous sommes très inquiets et je ne veux pas la laisser seule. Pardonne moi, j’aurais adoré être là. On déjeune vite. Gros bisous. Emma”

 

Je sais c’est nul. Qui a dit que nous les femmes étions toujours parfaitement honnêtes et courageuses? (Pas comme les hommes qui eux ne sont fait que d’égoïsme et de bassesse). D’un autre côté, j’ai pas vraiment menti. J’ai un peu arrangé la réalité, pour ne pas faire de peine à Germaine. Je ne peux pas aller à son week-end, c’est vrai. Et c’est vrai aussi que Pauline est totalement à la ramasse.

 

En plus, c’est entre vous et moi, mais ça ne s’est pas arrangé depuis qu’elle s’est fait refaire les seins (Pas Germaine, Pauline). Bon, c’est un truc que je ne devrais pas vous raconter, c’est la famille ça se protège, mais là, elle a déconné. C’est pas des seins, pas des obus, c’est juste une atteinte aux bonnes moeurs. Avec ses cheveux blonds qui lui pendouillent dans la figure, je me cogne la poupée Barbie toute la journée ou presque, j’en viens à adorer être au bureau. Alors la promener pendant un week-end entier, c’est au dessus de mes forces.

 

Ding.

 

Ah, Germaine me répond.

 

Loupé, c’est Valentin. (Si les réponses arrivent en décalé, je ne vais pas m’en sortir.)

 

Il m’a envoyé un message…il m’a ENVOYE UN MESSAGE. A MOI. Ouhhhhh…Et qu’est ce qu’il dit? Ohlala ohlala…Pourquoi suis excitée comme ça, d’un coup? C’est juste Valentin, l’espèce de dragueur lâche et mauviette qui m’a abandonnée un soir, seule et sale et déconfite sur un trottoir pour rester avec sa Valentine…

 

Emma, aujourd’hui ta vie rayonne de soleil grâce à Gaston, Valentin est un vieux nuage, allez hop souflle desus.

 

Il ne va pas à la fête de Germaine. Voilà ce que dit son message.

Merde.

Ça m’aurait fait plaisir de le revoir, juste un peu, comme ça, on aurait discuté du bon vieux temps, et puis, peut-être…

 

Mais au fait, c’est qu’il n’a pas eu mon SMS alors…Je ne sais pas par quel miracle il ne l’a pas eu, mais il ne l’a pas eu, sinon, il ne m’aurait pas envoyé son message. Il ne peut pas se douter, donc, que je pense un tout petit petit peu à lui. Génial. Ouf. Sauvée je suis. Merci mon Dieu. Ah, Valentin…Valentin, quand même j’aurai aimé…

 

Emma, recentre-toi sur le sujet! Tu ne vas pas au week-end parce que tu aimes Gaston, j’ai dit GASTON, qui ne veut pas voir son ex femme dont la chérie est maintenant ta meilleure amie à laquelle tu vas faire beaucoup de peine et tu pensais éviter ainsi Valentin, mais en fait parce que tu t’es encore plantée t’as dit à Valentin que tu n’y allais pas et là il te répond que lui non plus et ça t’es pas obligée de le dire à Gaston qui pourrait se demander comment tu sais que Valentin n’y va pas.

C’est simple en fait.

 

Ding.

 

“Ma chérie, c’est impossible, impossible, que tu ne sois pas là. Cette fête n’aura pas lieu sans toi. Amène Pauline, on trouvera bien un homme pour l’occuper (hihihi). Valentin m’a déjà répondu qu’il ne venait pas. S’il te plaît s’il te plaît…si aucun de mes amis n’est là, ce sera vraiment raté. Bisous je t’adore. Germaine “

 

C’est vrai que je ne peux pas faire ça à Germaine. Ça serait dégueulasse de ma part. Je risque de faire beaucoup de peine à ma meilleure amie, elle qui a toujours été là pour moi, même aux moments les pires (On ne reviendra pas sur cette sombre affaire de coulommier, par exemple.)

 

Point positif : je peux dire à Gaston que Valentin n’y va pas et que je le sais, puisque c’est Germaine qui me l’a dit…Petit mensonge versus gros soucis, j’opte pour le petit mensonge. Qui, je précise, ne fait de mal à personne.

 

Reste que je dois vaincre la résistance gastonnienne et le convaincre que voir son ex devenue gou (Arrrghhhhh, suis atteinte de trouble linguistique, maintenant) lesbienne, n’a rien de triste, grave, dramatique, ou pouvant atteindre sa somptueuse virilité.

 

 

 

Ça n’a pas été facile. Il m’a fallu faire preuve de douceur, d’éloquence, de fermeté aussi parfois, de charme, de…ah non, ça je ne vais pas vous le dire. J’en rougis encore. Mais c’était bien.

 

Enfin, Gaston a cédé. Complètement. Faut dire que quand je lui ai…non…je vous dirai pas. Mais c’était bon.

 

Et là, manifestement, que son ex soit homo ne le gêne plus du tout.

 

Il m’a demandé quand même, juste après m’avoir…enfin, vous imaginez, si par hasard les filles ça me tentaient. J’ai failli m’étrangler, et c’était pas le moment.

 

Quand les…négociations ont été terminées, il m’a dit qu’on y irait, à la fête. Qu’il ne voulait pas me gâcher ce plaisir. Que je suis sa chérie. Qu’il se fichait bien de Cathy maintenant.

Et qu’on peut y aller avec Pauline.

Il est adorable.

Waouh, n’empêche, je veux bien négocier tous les soirs.

 

Il veut bien y aller avec Pauline.

Pourquoi avec Pauline?

Qu’est ce qu’il a soudain avec Pauline?

 

To be continued

Et Valentin, quant à lui... 

 

 

Par Anne-Laure Buffet - Publié dans : Previously, in my 24 hours - Communauté : Les nouvelles au fil des jours
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Publications...à ce jour...

NOUVEAUTES EN FEVRIER : 
2 PARUTIONS : UNE NOUVELLE ET UN ROMAN EPISTOLAIRE

La nouvelle, c'est "Joyeuses fêtes", publiée avec le collectif d'auteurs
Dix de plume, Edition Maruja Sener. 



Quant au roman épistolaire, il s'agit de "Maman chérie", aux éditions Lemanuscrit.com.

Pas trop son truc le roman épistolaire. Lettres d'une petite fille en mal d'amour. 
Il a promis de le lire. Méme de donner son avis. 
Il a eu un peu de mal au début. Puis les pages ont défilé sans notion du temps qui passe. 
Prenant. Emouvant. Choquant. Souriant parfois. 
Un vrai roman. Une véritable oeuvre littéraire. Aboutie. 
La technique le faisait sourire. Il a l'oeil humide. 
L'auteur maitrise son style et son histoire. 
Les personnages, même absents se dessinent avec force sous une plume experte. Nul besoin de lire les dates pour voir les étés passer. Emma grandir. Emma comprendre. Emma oser devenir enfin elle.
Un vrai plaisir et une douleur. 
Seul regret il en aurait voulu plus.

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